Guérir et redevenir frère, en route vers l’éternité

 

Si je voulais transposer cette page d’évangile dans notre temps je ne parlerais pas de lèpre mais de Covid… Celui qui est atteint doit bien dire à tous ceux qu’il a côtoyés qu’il est positif au Covid et il est alors isolé, mis à part, exclu, tant qu’il n’est pas guéri ou à nouveau négatif. Ce n’est pas si différent des lépreux à l’époque de Moïse ou de Jésus qui devaient rester en-dehors de la ville en criant « impur ! »… et les prêtres d’aujourd’hui sont ceux de l’ARS… ! Ce sont eux, en s’appuyant sur les testeurs, qui déclarent l’isolement ou qui libèrent de l’emprisonnement chez soi, quand pour les Juifs c’était le prêtre qui pouvait constater la guérison et réintégrer dans la communauté. Mais la guérison aujourd’hui, personne ne va la chercher chez le Christ (ou alors ils sont bien rares), c’est le vaccin qui est devenu l’objet de tous les espoirs… Deux époques, deux maladies qui excluent de la société (c’est la double peine), deux façons de chercher la santé…

Il est cependant une maladie qui ne change pas : c’est celle du péché. Elle aussi, elle est contagieuse. On sait bien depuis Adam et Ève que le péché est contagieux, qu’il y a malheureusement une solidarité dans le péché. Le péché d’Adam et Ève s’est transmis à toute l’humanité. Et chacun de nos péchés, même invisiblement salit l’humanité. La maladie du péché, elle aussi, elle exclut. Car il faut parfois protéger la communauté de la contagion du péché en excluant le pécheur. Et car le péché est excluant par nature : le pécheur est dans une relation blessée ou brisée avec Dieu, et donc avec l’Église, communauté des enfants de Dieu dans la grâce. Le péché divise : il sépare de Dieu, il sépare les uns des autres. D’ailleurs, le diable s’appelle aussi le Diviseur…

Mais là, celui qui veut en être guéri doit se comporter non pas comme l’homme d’aujourd’hui, mais comme le lépreux d’il y a deux mille ans. C’est auprès de Jésus qu’il faut aller, car c’est de lui seul que vient le salut, c’est par lui que vient le pardon. Comme le lépreux, il faut se mettre à genoux devant Dieu et en appeler à la bienveillance divine pour le pardon : si tu le veux, tu peux me purifier. Et le Christ, en renouant la relation avec lui, réintègre dans l’Église, comme le lépreux était réintégré dans la communauté par le prêtre qui constatait la guérison.

Cela, c’est ce qui se passe lors de la confession. A genoux devant le Christ notre Seigneur rendu présent par le prêtre qui lui est configuré par l’ordination, le malade, celui qui se sait pécheur, demande au Seigneur, par le ministère du prêtre, la pureté de l’âme : si tu le veux, tu peux me purifier. Et Dieu le veut toujours, bien sûr. Dieu veut rétablir la relation altérée, il vient toucher le pécheur par le sacrement pour rétablir le contact, pour fermer les blessures de l’âme. Et ce faisant, le pécheur est réconcilié avec l’Église, il retrouve sa place dans la communauté des baptisés, dans le Corps du Christ. Non seulement il obtient une guérison qui plus belle que toutes les guérisons physiques car il s’agit de la guérison de l’âme, celle qui conduit au salut, à la vie éternelle, mais en plus il revient à la plus belle place, la place dans l’Église, car c’est là qu’on redevient frère, et c’est là que s’obtient le salut.

Alors posons-nous la question : combien de fois disons-nous, si tu le veux, tu peux me purifier ? C’est une phrase qui devrait habiter bien souvent nos cœurs, c’est une phrase qui devrait nous pousser à recourir bien souvent à la confession, ce sacrement si beau du pardon et de la réconciliation. Puisse ce carême qui approche nous conduire à ouvrir lucidement nos yeux sur la lèpre de nos cœurs, sur nos péchés, et puisse t-il nous pousser à venir humblement à genoux devant un prêtre pour ouvrir notre cœur dans sa misère devant le Seigneur et obtenir le pardon et la réconciliation avec l’Église notre mère, elle qui fait de nous des frères. Demandons, comme le lépreux, les attitudes qui obtiennent la guérison : le regard lucide sur son mal, la sincérité, l’humilité, la contrition et la repentance.

Le point de départ de tout cela c’est la reconnaissance de son état de pécheur (et nous sommes tous pécheurs) ainsi que la question que Jésus pose parfois : que veux-tu que je fasse pour toi ? C’est là que tout commence. Et si nous désirons la vie éternelle, la vraie vie avec Jésus, alors nous supplierons que Dieu veuille bien nous guérir : si tu le veux, tu peux me purifier. Car c’est bien la seule chose qui compte finalement : la vie, la vie vraie, et donc la vie chrétienne qui devient vie éternelle. La vie dépouillée de tout, dans la nudité de la seule santé physique, vie que nous souhaitons absolument préserver depuis un an, est d’une tristesse effarante, d’une froideur désolante, d’une pauvreté effrayante. Nous sommes faits pour beaucoup plus, beaucoup mieux, nous sommes faits pour la vie éternelle et la communion dans le Christ. Alors marchons vers la vie éternelle en nous purifiant, et plutôt que de reculer ou d’errer, arrêtons-nous régulièrement à genoux pour recevoir le pardon salutaire qui relève et guérit. L’Église attend les pécheurs, des pécheurs qui veulent être réconciliés. Soyons de ceux-ci. Soyons de ceux qui de partout, comme dans l’évangile, venaient à Jésus.

Amen.