Chers frères et sœurs, les paroles que nous avons entendues prononcées par la voie dans la nuée : Celui-ci est mon fils, celui que j’ai choisi, écoutez-le – ces paroles nous rappellent le Baptême de Jésus, à cette différence que dans le baptême de Jésus nous n’entendons pas ces mots en particulier : Écoutez-le.

Mais le baptême de Jésus nous pourrions en parler en dehors de la sainte Messe, en dehors de l’église, et même en dehors de la communauté chrétienne. On pourrait en parler avec qui que ce soit et dire que Jésus est le Fils éternel de Dieu qui est descendu du Ciel pour vivre parmi nous.

Tandis que cette page évangélique de la Transfiguration, il ne convient pas d’en parler en dehors de la communauté chrétienne et même je dirais en dehors de la sainte Messe.

Parce que cet Évangile nous donne une vision de l’Église, et cette vision de l’Église nous est donnée dans l’Église et elle nous est donnée par l’Église – seulement dans l’Église il est possible de la contempler. En haut de cette montagne nous sommes comme en un point en dehors du temps où nous avons ensemble une vision très forte de l’Église.

Vous avez entendu que Jésus a porté avec lui en haut de la montagne Pierre, Jacques et Jean. Et saint Paul nous le dit : Pierre, Jacques et Jean sont les piliers de l’Église en son temps, ils le sont d’une certaine façon jusqu’à aujourd’hui. Dans cette page de l’Évangile vous avez entendu que Pierre se propose de faire trois tentes, une pour Jésus, une pour Moise et une pour Elie.

Les tentes parmi les Israélites rappellent les quarante années passés dans le désert où le peuple d’Israël vivait dans des tentes. Mais ces tentes qu’évoque Pierre rappellent surtout la tente du Rendez-vous, la tente qui se trouvait dressée en dehors du campement et dans laquelle la nuée descendait et remplissait la tente et Dieu était dans la nuée – et Moise entrait dans la tente et parlait avec Dieu.

L’Évangile nous dit que Pierre ne savait pas ce qu’il disait. Il ne sait pas ce qu’il dit déjà parce qu’il est difficile de faire trois tentes comme cela en haut d’une montagne… Mais surtout parce qu’en réalité Jésus a déjà pourvu aux trois tentes.

Les tentes en question ce sont Pierre, Jacques et Jean eux-mêmes, c’est sur eux que la nuée descend, et chacun d’eux se trouve être rempli de la nuée, rempli de la présence de Dieu. Pierre est tente de Jésus Christ, Jacques est tente de Moise et Jean est tente d’Elie.

Et la voix qui résonne dans la nuée en disant : Celui-ci est mon fils, écoutez-le – cette voix désigne Pierre qui est tente du Christ, cette voix nous demande de l’écouter parce qu’il est le vicaire du Christ, comme elle nous demande d’écouter aussi Jacques et Jean. Elle ne nous demande pas d’écouter Jésus parce que lui il est le Fils éternel de Dieu et il va de soi qu’il faut l’écouter.

Pierre est le vicaire du Christ, il est rempli de son Esprit, et comme lui il est au service de l’Église comme pierre de soutien et comme clef de voûte. Pourquoi Pierre ? nous l’avons vu, pour son esprit de service, il se propose spontanément de construire trois tentes.

Et de même Jacques se trouve être tente de Moise et Jean tente d’Elie. C’est-à-dire que Jacques représente une dimension de l’Église qui est celle de la juridiction, de l’institution – et en effet Jacques avait la réputation d’être celui des apôtres le plus porté sur l’observance, comme Moise. Et Jean de son côté représente la partie plus charismatique de l’Église, sur le modèle d’Elie qui est un prophète et un thaumaturge.

Cette vision nous montre quels sont les rapports de la dimension juridique et de la dimension charismatique entre elles. Comme Jacques et Jean sont du même sang et sont disciples du Christ, de même la dimension juridique et la dimension charismatique de l’Église doivent aussi aller ensemble et ont la même source.

L’institution et le charisme ne doivent jamais s’opposer dans l’Église et devenir des principes de division. L’Institution doit toujours se rappeler qu’elle a une origine charismatique, ne pas se scléroser et accueillir la nouveauté. Et le charisme doit savoir qu’il a un destin institutionnel, il doit se responsabiliser et ne pas se complaire dans les marges ou dans l’opposition. Alors l’Église peut grandir et se renouveler.

Cela fait deux mille ans que nous proclamons cet Évangile pendant la liturgie et à chaque fois la communauté chrétienne est rassemblée sur ce mont et a cette vision. L’Esprit descend dans la personne de chaque chrétien et s’exprime à travers chacun d’entre nous.

Cette voix nous dit d’écouter Pierre et ses successeurs bien entendu, mais elle nous dit également d’écouter chacun d’entre nous dans une Église synodale, et pour ce faire il faut aussi nous exprimer chacun véritablement, exprimer ce que nous portons en nous, qui vient de l’Esprit et qui attend de paraitre pour renouveler l’Église et le monde.