À propos de Justin Bertho

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Homélie du Père Justin, XXIV Dimanche du TO, Année A, Mt 18,21-35

Chers frères et sœurs, le Seigneur dans cette page de l’Évangile nous enseigne à pardonner du fond du cœur.

Car en effet le risque c’est que quand le Seigneur nous demande de pardonner 70 fois sept fois – ce qui veut dire bien entendu pardonner toujours – c’est qu’on pense à pardonner toujours, oui, mais d’une façon tellement systématique qu’elle en devient superficielle – comme un automatisme, une obligation pure.

On fait comme dans la parabole, comme ce roi qui d’abord envisage froidement, administrativement, de jeter le débiteur en prison, lui, sa femme, ses enfants, tous ses biens… et puis il se ravise d’un seul coup et il efface la dette… et ensuite de nouveau s’étant mis en colère il décide de jeter l’homme en prison – c’est très violent !

Cette façon de changer dans un sens puis dans l’autre crée de l’incertitude, de l’instabilité, notamment émotionnelle, et finalement de la violence tout-court.

Mais c’est violent avant tout parce que c’est superficiel. C’est aussi ce que nous faisons nous-mêmes, quand nous pardonnons superficiellement parce qu’il faut pardonner.

On en veut à la personne qui nous a fait du mal, qui nous a fait souffrir, et puis d’un coup comme cela on pardonne parce qu’il le faut, mais quand la personne nous fait du mal à nouveau on se met en colère et notre rancœur est encore plus grande que précédemment…

Il faut faire attention parce que de cette façon on se déshumanise, or le Seigneur ne veut pas qu’on se déshumanise. On peut se déshumaniser dans le monde, mais il est arrivé aussi qu’on se déshumanise dans l’Église, alors que c’est justement la plus grande menace pour l’Église.

Notre Seigneur est Dieu fait homme, Dieu que l’on rencontre dans l’humanité, et c’est cela que l’Église annonce. Dans le monde on peut croire à Dieu, beaucoup croient à Dieu, mais ils ne savent pas forcément que Dieu est venu dans notre humanité, que c’est là qu’il a décidé d’habiter.

C’est justement ce que l’Église annonce, révèle, proclame… Mais si elle-même se déshumanise c’est terrible !

Il faut faire attention avant tout à la façon que nous avons de recevoir les paraboles de notre Seigneur. Quand il y a de la violence dans une parabole cela signifie que le Seigneur nous demande de nous arrêter pour réfléchir, pour approfondir, il ne nous demande jamais de reproduire cette violence.

La première chose que nous devons faire pour être sûrs de ne pas nous déshumaniser, c’est avant tout de reconnaitre quand nous souffrons, quand nous sommes victimes d’un mal.

Beaucoup de personnes sont scandalisées quand elles entendent parler du pardon, parce qu’elles n’ont pas suffisamment reconnu la réalité de leur souffrance et elles ont l’impression qu’on leur demande de nier leur souffrance ou de relativiser le mal.

Le Seigneur ne veut jamais qu’on relativise le mal – au contraire…

Il faut d’abord reconnaitre ce qui est, cette souffrance en moi ou en autrui – je suis vraiment victime d’un acte mauvais. S’il faut nous pouvons, nous devons même nous faire aider, nous entre-aider, pour reconnaitre quand nous sommes victimes – déjà pour cette reconnaissance elle-même.

Je fais une parenthèse, le Seigneur dit de pardonner 70 fois sept fois, ce sont des paroles que nous avons déjà entendues dans l’Écriture, dans la Genèse au chapitre 4, dans la bouche de Lamech. Lamech dit : Caïn sera vengé sept fois, Lamech 70 fois sept fois – ce sont les paroles de la vengeance dans l’Ancien Testament.

Jésus sait qu’il est en train d’utiliser les paroles de la vengeance, de la vendetta. Pendant des millénaires l’humanité s’est vengée, de génération en génération, une famille se vengeait d’une autre famille à l’infini pour ainsi dire… C’est-à-dire que le frère demandait de l’aide à ses frères, à ses cousins, à sa mère, à ses sœurs pour se venger.

Le Seigneur est en train de nous dire, à présent employez votre énergie à pardonner, l’énergie que vous avez mise pour vous venger, mettez-la pour pardonner. Pardonner cela ne signifie pas ne rien faire, ne rien penser, tout oublier. Demandez de l’aide autour de vous pour qu’on reconnaisse votre mal  en ayant comme optique de pardonner – et employez-vous à cela.

Reconnaitre le mal dont vous souffrez c’est avoir de la considération, du respect pour vous-mêmes. Alors vous pourrez en avoir aussi pour la personne qui vous a fait ce mal. Et en ayant de la considération pour vous-mêmes et pour cette personne, vous déciderez aussi que ça n’est digne d’aucun des deux, ni de vous ni de cette personne, de lui souhaiter du mal.

Et ensuite le Seigneur ne vous demande pas seulement de ne pas souhaiter du mal mais d’aller jusqu’à souhaiter du bien à cette personne…

Là il faut prendre votre téléphone et demander de l’aide au Seigneur, il faut son aide à lui, c’est déjà difficile de ne pas souhaiter du mal quand on souffre profondément, mais on ne peut pas se mettre à souhaiter du bien sans l’aide du Seigneur. Mais c’est cela qui guérit vraiment de ce mal qui est un poison.

Et là du moment que vous ne souhaitez pas de mal et que vous souhaitez du bien, vous êtes très proche du pardon, même s’il y a toujours un chemin à parcourir encore.

Parfois on demande à quelqu’un de pardonner alors que la personne en est encore à souhaiter du mal – ça n’a aucun sens, c’est une violence de plus, c’est contre-nature. Il faut y consacrer du temps et de la profondeur de cœur.

Et puis enfin une dernière chose, le Seigneur lui-même nous pardonne gratuitement bien entendu, il ne demande rien en retour pour que nous soyons pardonnés. Mais en même temps il nous demande quelque chose, parce que s’il ne nous demandait rien il manquerait de considération à notre égard.

Comme ce roi de la parabole qui devrait, au lieu d’effacer purement et simplement la dette, demander quelque chose, une participation – pour le respect de soi, de part et d’autre. Ce n’est pas une vraie condition pour effacer, c’est un ajout pour une réparation.

C’est pareil pour nous, nous pardonnons sans condition, mais une fois que nous avons pardonné, pourquoi ne pas demander un service à la personne à qui nous avons pardonné ? pour aller jusqu’à la réconciliation – si cette réconciliation est possible, en se protégeant tout de même.

On honore quelqu’un quand on lui rend service, mais on l’honore plus encore quand on lui demande un service… sans honneur il n’y a pas de réconciliation possible.

Homélie du Père Justin, XXIV Dimanche du TO, Année A, Mt 18,21-352026-09-13T17:56:50+02:00

Homélie du Père Justin, XXIII Dimanche du TO, Année A, Mt 18,15-20

Chers frères et sœur, nous pourrions intituler l’Évangile que nous venons de proclamer à l’instant l’Évangile de la responsabilité, l’Évangile de notre responsabilisation, car dans cet Évangile le Seigneur parle à chacun de nous comme à un pasteur.

D’ailleurs, par une parabole qui précède immédiatement les paroles que nous avons entendues, le Seigneur commence en disant Qui d’entre vous s’il a 100 brebis et qu’une seule se perde, ne laisse pas les 99 autres pour aller chercher celle qui est perdue ?

Le Seigneur nous parle comme à des pasteurs, il sollicite notre coeur de pasteur. Alors que nous, nous avons tendance à nous voir comme des brebis. Et c’est juste, nous sommes des brebis, le Seigneur est au milieu de nous comme l’unique Pasteur, comme dans l’Ancienne Alliance, c’est toujours vrai.

Mais en même temps il s’est passé quelque chose, le Seigneur est venu vraiment vivre au milieu de nous, il est devenu nous et nous sommes devenus lui, nous devenons lui. Et il fait de nous véritablement des pasteurs comme lui – nous sommes des brebis et nous sommes des pasteurs à la fois.

Et nous le voyons donc dans l’Évangile que nous venons de proclamer, où le Seigneur nous demande vraiment d’assumer pleinement ce rôle de pasteur.

Le Seigneur dit Si ton frère a commis un péché contre toi…, contre toi dans le sens contre toi en tant que membre de la communauté. C’est-à-dire s’il a fait quelque chose qui te scandalise et met en péril ta foi et celle possiblement d’autres personnes.

Toi, vas vers lui seul à seul – c’est à toi d’y aller, il ne te dit pas d’aller chercher un responsable ou un autre, le curé de la paroisse pour aller lui parler – non toi seul. Et tu lui ouvres ton cœur. C’est ton cœur qui doit parler, dans la vérité, c’est de la fraternité, ce n’est pas de la coercition. Et puis s’il ne t’écoute pas il en écoutera peut-être un autre ou toute la communauté.

Ce n’est pas important de voir le détail de ce que dit le Seigneur, il ne s’agit pas tant pour lui de nous donner un processus à suivre, que de nous faire comprendre que chacun d’entre nous est vraiment pasteur, est vraiment responsable dans l’Église et devant l’Église…

Vous vous souvenez qu’il y a quelques temps, deux semaines dans la liturgie du dimanche, le Seigneur a dit à Pierre Tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans le ciel, tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans le ciel – et aujourd’hui il nous le dit à nous, il le dit à chacun d’entre nous.

C’est une expression qui au temps de Jésus regarde les rabbins uniquement, les maîtres de la loi, ils lient et ils délient, c’est-à-dire qu’ils interprètent la Loi et la mettent en application – ils ont cette autorité. Et aujourd’hui le Seigneur le dit pour chacun d’entre nous, il nous appartient à chacun de connaitre l’Écriture, de l’interpréter et de la mettre en pratique.

C’est donc bien l’Évangile de la responsabilité, de notre responsabilisation – et il l’est jusqu’au bout, jusqu’à la dernière parole de notre Seigneur.

Le Seigneur dit que si deux ou trois sont réunis en son nom, il est là au milieu d’eux. Il n’est pas en train de dire Réjouissez-vous car je suis au milieu de vous – oui vous pouvez vous réjouir, mais ce n’est pas là la question, ou pas seulement.

Il est en train de dire Je suis là au milieu de vous, ce que vous faites, vous le faites en mon nom donc je suis impliqué dans ce que vous faites. Nous sommes portés par ce que lui fait, oui, mais nous aussi nous le portons là où nous allons, nous l’entraînons dans ce que nous faisons. Alors responsabilisons-nous…

Et le Seigneur dit Tout ce que vous demanderez en mon nom cela vous sera donné d’auprès du Père. Souvent on dit Attention, il faut demander ce qu’on veut mais le Seigneur nous le donnera du moment que lui veut nous le donner… C’est vrai – mais ça c’est l’Ancien Testament, c’est l’Ancienne Alliance, qui n’est pas abolie – on demande et le Seigneur nous donne ce qu’il veut nous donner…

Mais là c’est autre chose, il s’est passé quelque chose depuis, le Seigneur est lié avec nous étroitement, nous sommes liés comme l’époux et l’épouse qui portent le même nom, qui utilisent la même carte de crédit, tout ce que fait l’un dans cette union entraine l’autre et réciproquement. Quand nous nous réunissons dans son nom il va nous donner des grâces, mais nous sommes responsables de ce que nous en faisons.

Je prends un exemple… qu’ont fait les Lefèbvristes récemment ? vous avez vu qu’au début de l’été ils ont ordonné quatre évêques. Ce qu’ils ont fait est scandaleux, est malhonnête, est insensé aussi et cela blesse la communion. Ce qu’ils font bien entendu ne peut pas plaire à Dieu, mais ces quatre évêques ont réellement été ordonnés, leur ordination est valide – même si l’acte lui-même est illicite – chacun d’eux est véritablement évêque du point de vue du sacrement, ils ont reçu la grâce du sacrement de l’ordination épiscopale qui ne peut venir que de Dieu…

C’est un exemple frappant, un peu extrême, de ce que le Seigneur dit, tout ce que vous demanderez en étant réunis deux ou trois vous l’obtiendrez du Père qui est aux cieux – donc c’est merveilleux, oui, mais aussi responsabilisez-vous !

Je ne le dis pas pour décourager ou effrayer, si nous avons une responsabilité aussi extraordinaire c’est avant tout parce que nous avons une liberté extraordinaire.

En cette rentrée, si vous vous mettez deux ou trois dans le nom du Seigneur, vous pouvez faire énormément de choses, des choses entièrement nouvelles que personne avant vous n’a jamais imaginé de faire et le Seigneur sera avec vous et vous donnera les grâces qu’il s’est engagé à donner !

Et c’est encore mieux si vous êtes en communion avec l’Église et honnêtes – tout est à vous, mais vous êtes du Christ et le Christ est de Dieu.

Homélie du Père Justin, XXIII Dimanche du TO, Année A, Mt 18,15-202026-09-07T08:57:06+02:00

Homélie du Père Justin, XIII Dimanche du TO, année A, Mt 10,37-42

Chers frères et sœurs, les paroles de notre Seigneur dans cet Évangile sont très choquantes, extrêmes, le Seigneur nous demande de l’aimer plus que nos enfants et nos parents…

Mais il faut avant tout rappeler le contexte, pas pour atténuer ses paroles, au contraire, mais pour leur restituer tout leur sens.

L’évangile de Matthieu est proclamé dans un contexte romain où certes l’amour pour les parents et les enfants existe mais il est aussi associé à autre chose. Pour exister dans la société antique, romaine en l’occurrence, il faut être père de famille, avoir des ancêtres et des descendants, être pater familias, être au centre d’une réalité sociale dense.

La famille c’est le socle sur lequel est bâtie la carrière d’un homme, c’est sa visibilité sociale. Sa carrière ensuite se construit sur les relations que procure la famille et le clan et sur les alliances en général qu’il peut contracter. Alors, derrière l’amour à la famille, qui peut être réel ou non, il y a toujours aussi la carrière et les intérêts en tout genre.

Nous ne pensons plus aujourd’hui de la même façon que les romains mais nous devons reconnaitre que toujours nous avons tendance à établir des liens très forts entre le bien-être familial et la réussite sociale, et inversement.

Il est légitime bien entendu d’aimer nos enfants et il est légitime de chercher à améliorer notre situation sociale pour le bien de notre famille. Cependant le Seigneur nous demande de faire attention, de ne pas placer au-dessus de lui des attachements tels que nous risquions de perdre notre liberté et de ne pas la communiquer non plus autour de nous.

Nos enfants ont besoin certes de tout le nécessaire matériel, mais ils ont avant tout besoin que nous vivions dans la vérité et la liberté et que nous leur transmettions cela.

Quand le Seigneur nous demande de ne pas aimer nos enfants plus que lui, il ne nous demande pas de les aimer moins mais de les aimer mieux. De les aimer dans la liberté des fils et des filles de Dieu, en mettant le Seigneur au centre de notre vie.

Nous ne devons pas craindre de mettre le Seigneur au centre.

Souvent nous pensons Si je mets le Seigneur au centre de ma vie, il va prendre toute la place et pousser au-dehors tout ce que j’aime. Le Seigneur ne fait pas cela. Il est au centre d’ores et déjà puisqu’il est Dieu fait homme, il est venu tout restaurer et tout transfigurer, il n’a jamais rien détruit ni ne détruira jamais rien.

Il nous demande de le placer lui au centre de toute notre affection et de notre recherche de bonheur. Du moment qu’il est au centre, il pourra nous inspirer la juste proportion dans la recherche du bien matériel, de manière à ne pas nuire à notre bien relationnel et spirituel.

Et il nous demande de ne pas craindre les revers de notre situation sociale quand nous sommes fidèles à lui. Il appelle cela accepter la croix.

C’est effrayant la mort sociale, la croix, ce n’est pas qu’une question de mort mais de terreur, de terrorisme, de menace d’infamie. Le Seigner veut nous libérer de cette peur. Il nous demande de prendre notre croix, ce qui veut dire principalement accepter le cas échéant de perdre la propre réputation, pour conserver la liberté.

Placer le Seigneur au centre c’est ce que nous faisons avant tout dans la prière, c’est cela prier. Nous remercions, nous demandons pardon, nous disons s’il te plait, mais tout cela, quelle que soit la prière, n’a de sens que si le Seigneur est au cœur de ce que nous faisons…

Par exemple, si nous entreprenons de regarder un match de foot, il faut placer le Seigneur au centre de ce divertissement. Il ne faut pas dire Le Seigneur n’a rien à voir avec cela, avec le foot, donc je ne le prie pas, je regarde le match en catimini loin du Seigneur, j’irai le retrouver après.

Non, il faut au contraire le prier avant le match en disant Seigneur apporte la paix et la prospérité aux pays qui se rencontrent à travers ce match. Les personnes et les peuples ont soif de justice , nous le voyons justement dans l’engouement pour le foot.

Le foot c’est une sorte de mirage de la justice, cela fait du bien, un seul ballon pour tous, bien gonflé, les mêmes règles pour tous, un arbitre, les buts ont la même dimension des deux côtés… Cette soif de justice et de distraction souligne à quel point nous vivons continument dans un monde sans justice, alors on peut prier pour plus de justice…

Mais il manque par exemple la miséricorde dans le monde et dans les sports – alors on peut prier aussi pour demander que les peuples redécouvrent la miséricorde, la charité, la paix, la liberté dans la vérité.

Non, il ne faut pas croire que le Seigneur n’a rien à voir avec ce que nous faisons. Il est venu vivre parmi nous, donc il occupe déjà le centre de chaque réalité, c’est à nous de venir l’y trouver, de restaurer sa place, nous avons tout à y gagner, il n’est jamais hors-jeu.

C’est pareil avec notre travail, qui nous met constamment en face de tant d’injustices et de dureté. Mais nous pouvons prier en demandant au Seigneur de savoir apporter quelque chose de différent dans notre travail, quelque chose qui vient de lui, selon nos moyens et dans le respect de chacun…

En cette fin d’année pastorale, remercions le Seigneur pour ses bienfaits, et durant cet été plaçons-le avec confiance au cœur de notre vie. Il n’est pas là pour nous empêcher de vivre, au contraire. Ce faisant nous dit notre Seigneur Jésus Christ, si nous le plaçons au centre de notre vie, c’est Dieu en personne que nous accueillons.

Et non seulement nous recevrons la récompense du juste et du prophète mais la récompense des disciples du Seigneur, de ceux qu’il appelle les petits, la liberté des fils et des filles de Dieu..

Homélie du Père Justin, XIII Dimanche du TO, année A, Mt 10,37-422026-06-28T16:17:11+02:00

Homélie du Père Justin, Marie Mère de l’Église, lundi de Pentecôte

Chers Frères et sœurs, aujourd’hui nous fêtons Marie, Mère de l’Église. Marie dans le baptême est véritablement notre mère et nous sommes ses fils.

Notre foi catholique est basée sur l’Écriture et sur la Tradition. Et l’Écriture comme la Tradition nous disent que dans le baptême nous sommes fils de Dieu.

L’’évangile de Jean dans son Prologue nous dit Il leur a donné le pouvoir de devenir fils de Dieu. Et la première lettre de Jean aussi nous le rappelle expressément Nous sommes fils de Dieu, nous le sommes réellement. Et la Tradition nous le dit aussi.

La Tradition c’est-à-dire ce qui nous a été transmis et qui remonte à Jésus et aux premiers disciples, aux apôtres. C’est cela qui représente la Tradition proprement dite – beaucoup de choses ensuite sont appelées Tradition d’une façon abusive parce qu’elles ne remontent pas aux premiers temps de l’Église.

La Tradition nous enseigne que nous sommes fils de Dieu, et elle nous enseigne aussi que nous sommes fils de Marie dans le baptême.

C’est une réalité, une réalité spirituelle mais une réalité, pas moins et même davantage que ce que nous voyons – ce qui est spirituel est plus réel, même si notre nature ne nous permet pas de l’apprécier suffisamment.

La Tradition nous l’enseigne et à sa suite les théologiens, par a + b + c, comme font toujours les théologiens, mais ils nous le confirment à partir de raisonnements saintement inspirés.

Par la grâce du baptême nous devenons fils de Dieu mais aussi fils de Marie. Cependant beaucoup de confessions chrétiennes non catholiques le nient parce que cela n’apparait pas dans l’Écriture, dans l’Évangile.

Quand le Seigneur dit à Marie Voici ton fils, ces confessions chrétiennes considèrent que Jésus a confié sa mère au disciple et que cela concerne seulement ce disciple et aucun autre. Il voulait la confier avant son départ, et il l’a confiée au disciple qu’il aimait tout particulièrement…

Mais est-il bien vrai que cela n’apparait pas dans l’Évangile, que Marie est la Mère de tous les disciples et ainsi la Mère de l’Église ?…

Déjà le Seigneur le dit avec une grande solennité, c’est le moment le plus solennel de tout l’Évangile. Jésus avant de mourir en croix dit à sa mère Voici ton fils. Et il ajoute en parlant au disciple Voici ta mère. C’est très fort…

Mais il y a plus important que cela. Nous lisons au début de cette page de l’Évangile que se tenaient au pied de la croix sa mère et deux autres femmes. Et puis aussitôt après l’Évangile nous dit que Jésus voit à côté de sa mère le disciple qu’il aimait…

Mais pourquoi l’Évangile nous dit-il ensuite seulement que Jésus voit le disciple à côté de sa mère ? C’est étrange, dans un premier temps le disciple n’apparait pas, alors qu’il était là…

Quand est-ce que nous voyons des femmes, avec la mère au milieu, et ensuite non plus seulement trois femmes mais aussi un homme à côté de la mère ? C’est au moment d’une naissance.

Quand il y a un accouchement, il y a la mère avec des femmes à ses côtés, et ensuite on revient et à côté de la mère il y a le nouveau-né.

C’est ce que nous dit l’Évangile à sa façon, il nous dit qu’il s’agit d’une véritable naissance, que le disciple est réellement né de nouveau à ce moment-là. Il nous dit que ce n’est pas une adoption…

C’est formidable une adoption, qu’une femme accueille un enfant et l’aime comme son propre enfant, c’est merveilleux, en vertu de l’amour elle devient vraiment sa mère et lui son fils.

Mais là le disciple n’est pas adopté, nous dit l’Évangile, il nait de nouveau. Et si lui nait de nouveau alors tous les disciples aussi naissent de nouveau au pied de la croix – ce serait étrange si un seul disciple renaissait, ce serait un évangile gnostique.

Et d’ailleurs c’est la façon habituelle de procéder de l’Évangile de Jean. Il nous donne à voir des cas particuliers à travers lesquels nous sommes tous concernés – par exemple il parle d’une seule guérison sur tout un chapitre, celle d’un aveugle de naissance, mais cette guérison nous rejoint tous.

Dans le baptême nous devenons vraiment fils de Dieu mais aussi fils de Marie. C’est ce que la Tradition déjà nous enseigne, mais c’est aussi ce que nous dit l’Évangile.

Qu’est-ce que cela change que l’Évangile aussi nous le dise expressément ?

C’est plus fort que quand quelqu’un nous le dit après qu’un autre le lui a dit etc… Là, c’est la parole même de Dieu qui nous le révèle et à travers un évènement concret. Nous pouvons l’accueillir plus en profondeur dans notre cœur.

Marie est notre Mère, elle nous a transmis son patrimoine génétique spirituel, si je peux dire, il est en nous, il fait un avec nous, comme l’Esprit Saint depuis notre baptême.

Il ne s’agit pas d’une parole extérieure qui appellerait de nous une imitation superficielle ou convenue de Marie. Il s’agit d’être nous-mêmes avec ce qui nous a été donné, et qui continue de nous être donné, pour grandir en âge, en sagesse et en grâce.

Nous pouvons accueillir Marie chez nous, comme le dit l’Évangile à propos de ce premier disciple, nous pouvons nous laisser accompagner et éduquer par elle tous les jours de notre vie, prier avec elle et en elle.

Homélie du Père Justin, Marie Mère de l’Église, lundi de Pentecôte2026-05-25T21:39:09+02:00

Homélie du Père Justin, V Dimanche de Pâques, Jn 14,1-12

Chers frères et sœurs, le Seigneur nous dit Il y a de nombreuses demeures dans la maison de mon Père, sinon vous aurais-je dit Je pars vous préparer une place ?

Mais quand est-ce que le Seigneur nous a dit Je pars vous préparer une place ? pas dans l’évangile de Jean, ni dans tous les Évangiles, alors quand nous l’a-t-il dit ? Quand on proclame l’évangile de Jean il faut toujours faire un lien avec l’Ancien Testament.

Vous vous souvenez que l’évangile de Jean commence par Au commencement était le Verbe, et cela fait référence aux premières paroles de la Bible, aux premiers mots du livre de la Genèse Au commencement Dieu créa le ciel et la terre…

Dans l’évangile que nous avons proclamé c’est un peu pareil, il faut trouver le lien avec les paroles de l’Ancien Testament. C’est dans l’Ancien Testament que le Seigneur nous a dit qu’il allait nous préparer une place, quand il a dit aux Hébreux qu’il les ferait sortir d’Égypte et qu’il les ferait entrer sur la terre qu’il leur promet, la terre promise.

Cependant quand le peuple entre sur la terre d’Israël dans l’Ancien Testament il lui est donné l’ordre de ne pas se mélanger aux autres nations. Il ne doit pas se mélanger aux autres nations parce que, qui dit autres nations dit autres dieux, qui dit autres dieux, dit ignorance complète du seul vrai dieu…

Mais est-ce que c’est vrai ? Est-ce qu’il y a des nations qui ignorent complètement qui est Dieu, qui ne le connaissent absolument pas ? Est-ce qu’il existe une personne au monde qui ne connait pas du tout Dieu, quelle que soit sa religion ? Et même si une personne est athée, se peut-il que le Seigneur ne parle en aucune façon à son cœur ?

A présent ce que dit le Seigneur est nouveau, il nous prépare une place comme il nous l’avait dit, mais il ne s’agit pas d’une terre par opposition à d’autres terres, il ne s’agit pas d’une nation par opposition à d’autres nations, ni d’oppositions de personnes.

Il nous dit au contraire d’aller dans toutes les nations, il nous dit Allez-y.

Allez vers les nations sans peur, allez les uns vers les autres, il y a de nombreuses demeures dans la maison de mon père. Allez dans les nations, allez aussi vers chaque personne, mon père a déjà sa demeure d’une façon ou d’une autre en chaque personne et en chaque nation.

Quand notre Seigneur Jésus Christ s’est fait homme, il est devenu hébreu, mais à travers le peuple hébreu il s’est uni mystérieusement à tous les peuples, à toutes les cultures. A travers la personnalité de Jésus de Nazareth il s’est approché intérieurement de chaque personne, il est proche du cœur de chacun.

Le Fils a établi la demeure de Dieu parmi tous les hommes, donc on peut aller les uns vers les autres avec confiance…

Dans l’évangile de Jean il y a deux catégories de disciples, il y a ceux qui aiment le Seigneur et ceux que le Seigneur aime.

Ceux qui aiment le Seigneur ce sont ceux qui confessent publiquement leur foi dans le Christ, comme Pierre à qui Jésus demande M’aimes-tu, et à qui il commande de paître ses brebis. Et puis il y a ceux que le Seigneur aime, ceux qui ne confessent pas leur foi par ignorance du Christ ou pour d’autres motifs, mais que le Seigneur reconnait comme ses disciples.

Et il apparait dans l’Évangile que le disciple que le Seigneur aime est aussi celui qui est le plus intime avec lui. Il a recherché la vérité pour elle-même et il s’est rapproché du Seigneur, pas pour avoir reçu une doctrine de l’extérieur et sans recherche personnelle.

Quand nous recevons la foi nous devons toujours l’accompagner d’une recherche personnelle de vérité pour être aussi le disciple que le Seigneur aime.

Il y a vraiment de très nombreuses demeures dans la maison du Seigneur, de nombreux disciples avérés ou en germe, nombreux par le nombre et par la variété – chacun d’entre nous sur la terre est disciple du Seigneur en devenir.

Le Seigneur nous dit d’y aller avec confiance, il nous précède, ceux vers qui nous allons connaissent déjà le Seigneur et en même temps sont dans l’attente de le rencontrer et de le connaitre plus avant – il y a une véritable attente. Et de même en allant vers les autres nous le découvrirons plus avant nous aussi.

Quelle est la clef, la boussole pour tout cela ? quel est le chemin ?

Le Seigneur le dit à Philippe, le chemin vous le connaissez, ce n’est pas un chemin caché, réservé à la connaissance d’un petit nombre à qui on l’aurait révélé et caché aux autres.

Le chemin c’est l’humanité, c’est l’amour à l’humanité.

Se je vous dis qu’il y a de nombreuses demeures dans la maison du Seigneur, ce n’est pas seulement parce que je l’ai lu dans l’évangile, c’est surtout parce que l’amour à l’humanité que le Seigneur a déposé dans mon cœur ne me donne pas envie de dire que les chrétiens sont bons et que les autres sont mauvais, que les croyants sont bons et les athées mauvais.

L’amour à l’humanité, c’est la boussole, le chemin pour rencontrer la vérité qui est une personne et pour trouver la vie que cette personne nous donne en abondance.

Lui est avec nous depuis si longtemps, depuis le commencement de la création, depuis que l’être humain est créé à l’image de Dieu pour devenir sa ressemblance, il est notre accomplissement, et nous sommes son œuvre, l’œuvre commune au père et au fils.

Dès lors l’œuvre de Dieu et notre œuvre conjointe entre nous et avec lui c’est de faire de nous tous des fils et des filles de Dieu et de le porter les uns aux autres pour faire grandir sa connaissance et son royaume en nous et autour de nous.

Homélie du Père Justin, V Dimanche de Pâques, Jn 14,1-122026-05-05T11:27:33+02:00

Homélie du Père Justin, IV Dimanche de Pâques, Jn 10,1-10

Chers frères et sœurs, dans l’évangile que nous avons proclamé le Seigneur dit Je suis la porte des brebis.

Cette image de la porte évoque celle de la bergerie mais le terme d’enclos qu’il emploie est beaucoup plus large et peut aussi évoquer d’autres enceintes, comme la porte d’une ville ou bien celle d’un temple, ou même celle d’une terre, d’un pays.

Une terre a des frontières naturelles et des villes fortifiées qui sont comme ses portes elles aussi. Comme par exemple la ville de Jéricho qui est la ville frontière, la porte par où sont passés les Israélites pour entrer dans la terre promise.

La porte évoque un endroit clos et ouvert à la fois, comme une ville, avec son enceinte qui est protectrice, maternelle, et qui peut être une image de Dieu. Dieu comme une ville protectrice, génitrice, c’est une image biblique importante dans les Psaumes…

Par la porte nous dit le Seigneur on entre et on sort de l’enceinte, comme d’un ventre maternel. Le Seigneur dit que l’on entre et que l’on sort, c’est-à-dire que l’on est conçu et que l’on nait. On entre et on sort, on est conçu et on nait dans cette ville, de cette ville qui est une image maternelle de Dieu.

Et en même temps le Seigneur nous donne aussi une image paternelle de lui-même. Celle du bon pasteur qui appelle ses brebis une à une, les mène dehors, leur fait trouver un pâturage. Et il les fait entrer et sortir de nouveau. Avec le Seigneur nous pouvons toujours naitre de nouveau et trouver un nouveau pâturage pour nous épanouir.

Il est le bon pasteur, une image biblique du roi, qui conduit ses brebis dans la paix et la justice… Celles qui écoutent sa voix ce sont ses brebis, elles entrent et elles sortent avec lui.

Le voleur, lui, il escalade par l’extérieur pour voler, pour piller. Parce qu’il ne recherche pas la paix et la justice, le voleur est ce que le Seigneur appelle ici l’étranger. La frontière n’est pas géographique ou ethnique, c’est une frontière éthique, morale, spirituelle.

On entre et on sort, on participe aux œuvres de paix et de justice, d’unité. Il n’y a plus le grec et le juif nous dit saint Paul, il n’y a plus le peuple d’Israël et les païens, mais tous sont un dans le Christ.

C’est on ne peut plus clair et en même temps les pharisiens ne comprennent pas. L’Évangile nous le dit, ils ne comprennent pas. Ils devraient pourtant comprendre, ils sont familiers des images bibliques…

Alors Jésus se fait encore plus clair, il dit : Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits ; le bandit vient pour piller, égorger, détruire.

Le Seigneur désavoue solennellement la violence, toute la violence utilisée pour entrer sur la terre promise, et par la suite pour établir la loi et la mettre en pratique. Dans toutes les circonstances quelles qu’elles soient où la violence a été utilisée, il la désavoue.

Et pourtant cette violence a été attribuée à Dieu. Dans le livre de Josué on lit que c’est Dieu qui a commandé d’entrer sur la terre promise en saccageant la ville de Jéricho et en tuant tous ses habitants…

Mais Jésus est Dieu en personne et il désavoue cette violence. Dieu ne change pas, il n’était pas violent il y a mille ans et pacifique maintenant. Donc cette justification de la violence est fausse et Dieu ne l’a jamais commandée.

Alors l’histoire sainte est fausse ? Oui elle est fausse en tout cas à chaque fois qu’elle veut justifier la violence avec Dieu. Nous n’avons une pleine connaissance de Dieu qu’en Jésus Christ et c’est à la lumière de l’Évangile que nous lisons l’Ancien Testament. Et à cette lumière nous refusons en toute légitimité ce qui est contraire à l’enseignement de Jésus.

Cependant les auteurs bibliques ne font pas que nous raconter l’histoire officielle, ils nous racontent aussi l’histoire véritable.

Dans le livre de Josué ils nous racontent la véritable histoire de l’entrée du peuple d’Israël sur la terre promise. Et ils le font à travers la figure de Rahab qui est une femme de Jéricho et une arrière-grand-mère de Jésus.

Le récit nous montre Rahab comme la véritable porte de Jéricho, qui fait entrer et sortir qui elle veut. Et sa véritable enceinte aussi. Rahab accueille dans sa maison comme dans le sein d’une mère à la fois les explorateurs israélites et sa propre famille cananéenne. Ils sont comme des jumeaux dans son sein.

Et comme tous les jumeaux il y en a un qui est là avant l’autre et il y aura des heurts entre eux. Mais il y aura aussi des pactes qui seront conclus entre les deux, et finalement des relations intrinsèquement familiales. C’est ce que le récit nous raconte en images et expose à qui veut et peut le comprendre.

C’est la véritable histoire, que l’auteur biblique nous raconte secrètement et qui contredit l’histoire officielle qui au contraire parle d’une conquête dominatrice et brutale commandée par Dieu.

Les peuples en réalité ont cohabité. Et les historiens aussi de nous jours le confirment, à partir des fouilles archéologiques : il y a eu une entrée progressive du peuple d’Israël sur la terre et une cohabitation des peuples…

Chers frères et sœurs, nous devons toujours mettre en question une histoire qui justifie la violence, quel que soit l’endroit où elle est inscrite, dans la Bible ou ailleurs. Le Seigneur nous appelle et nous guide, il nous renouvelle, il nous conduit à la vérité tout entière.

Il guide les auteurs bibliques, il guide les historiens, et les uns comme les autres comme lui sont menacés d’impiété par les violents.

Dans cette vérité nous construisons notre vie commune, nous participons à l’œuvre de justice et de paix de notre Seigneur, et son royaume peut commencer à croitre sur cette terre.

Homélie du Père Justin, IV Dimanche de Pâques, Jn 10,1-102026-04-26T18:50:01+02:00

Homélie du Père Justin, Solennité du Christ roi de l’univers, Année C, Lc 23,35-43

Chers frères et sœurs, l’Évangile nous dit que le peuple était là à regarder, le peuple qui une heure ou deux auparavant criait Crucifie-le, maintenant a commencé à se repentir et ne crie plus.

Il observe. Il ne s’agit pas de voyeurisme, mais d’apprentissage, le peuple recueille l’enseignement que le Seigneur lui donne, comme il l’a toujours fait, ou plutôt l’enseignement que cette scène lui donne dans son ensemble.

Tous sont tournés vers le Seigneur et tous parlent du salut, les uns en raillant les autres non, mais tous parlent du salut. Là nous voyons que notre Seigneur est vraiment le roi de l’univers, le roi par excellence, tous regardent vers lui et attendent de lui le salut.

Traditionnellement, on attend d’un roi qu’il nous apporte la justice et la paix : de Jésus on n’attend rien de moins que le salut. Et le Seigneur dit au bon larron Aujourd’hui tu seras avec moi au paradis…

Au temps où Jésus enseigne et où l’Évangile a été composé, dans l’Antiquité, on pense que les morts séjournent sous terre. Et beaucoup de peuples antiques, notamment les Grecs – et l’Évangile de Luc est adressé plus particulièrement à des personnes de culture grecque – pensent que dans un endroit reculé du séjour des morts se trouvent aussi le séjour des bienheureux.

Nous, nous nous représentons le paradis au ciel, ce qui est juste théologiquement, puisque le paradis cela signifie être avec Dieu. Mais au temps de l’Évangile la théologie chrétienne n’est pas encore développée et le peuple qui reçoit cette annonce pense à un paradis qui se trouve sous terre…

La question qui se pose pour les peuples de l’Antiquité c’est : comment traverser le royaume des morts pour rejoindre le séjour des bienheureux ? Et la réponse leur était donnée par des mystères, les plus connus sont les mystères d’Éleusis, c’est-à-dire à travers une initiation assez compliquée.

D’abord il faut rappeler que c’était inimaginable qu’un criminel entre dans le séjour des bienheureux, mais dans tous les cas il fallait une initiation pour y entrer.

Pour être initié il fallait voir différents tableaux comme au théâtre à travers lesquels on découvrait comment traverser le séjour des morts, comment éviter les pièges, il y avait des monstres surnaturels auxquels on échappait grâce à des formules secrètes, on y apprenait qu’il y avait des divinités dont il fallait connaitre les noms secrets pour pouvoir passer etc…

Donc c’était surtout très compliqué et réservé à des initiés. Avec le Seigneur c’est entièrement différent, il ne s’agit pas d’initiation secrète, ni de parcours compliqué avec des pièges, de formules secrètes… C’est dans le dialogue du Seigneur avec le bon larron que le peuple en observant apprend comment entrer dans le Royaume de Dieu.

D’abord le bon larron dit à son compagnon Tu ne crains pas le Seigneur !

La première chose c’est craindre le Seigneur, reconnaitre que Dieu est l’unique, le Très-Haut, que lui seul a créé toute chose, qu’il est le seul saint, le seul à être vraiment juste, le seul bon, le seul à qui il faut toujours chercher à plaire.

Ensuite le bon larron dit à son compagnon Pour nous c’est juste si nous sommes punis… Donc il reconnait qu’il est pécheur, qu’il a fauté, c’est la deuxième chose.

Et puis il dit à Jésus Souviens-toi de moi quand tu entreras dans ton royaume… Il lui demande la grâce d’entrer dans son royaume, il la demande à Jésus comme un don gratuit, il ne considère pas qu’il mérite d’y entrer.

C’est seulement trois choses simples dans leur principe, ce sont trois choses seulement et en même temps elles n’en forment qu’une : c’est par l’humilité que nous entrons dans le paradis.

Reconnaitre Dieu, nous reconnaitre pécheurs, demander à Jésus la grâce d’entrer dans le royaume : avoir cette humilité. Cet Évangile est plein d’espérance, le royaume est accessible à tous, c’est même un criminel qui y entre le premier !

Et puis c’est un Évangile plein d’espérance aussi pour un autre motif.

Parce que le contexte des mystères pour connaitre le chemin qui mène au séjour des bienheureux est très important. Pensez-y, du moment que le contexte de l’Évangile est celui des mystères qui nous révèlent ce qui se passe après la mort et comment aller jusqu’au séjour des bienheureux, cela signifie que cet enseignement de l’Évangile vaut pour notre vie mais aussi et surtout pour notre mort.

Cela signifie qu’une fois que nous sommes morts, nous pouvons encore faire ce qui nous a été enseigné : reconnaitre Dieu, nous reconnaitre pécheurs et demander humblement à Jésus de nous donner la grâce d’entrer dans son Royaume. Le Seigneur nous donne et nous redonne la chance d’être accueilli dans son royaume !

Cette page de l’Évangile est pleine d’espérance, cependant elle contient aussi quelque chose d’inquiétant.

Tous ils regardent vers Jésus, tous parlent du salut, il n’y a rien qui les séparent du salut si ce n’est une seule chose qui est l’orgueil : l’orgueil suffit à boucher complètement le passage, à nous rendre entièrement sourds et aveugles à la Grâce.

Qu’est-ce que le larron malveillant a à perdre en acceptant le salut qui vient de Jésus ? et pourtant il est seulement occupé à l’insulter.

Mais c’est tout de même l’espoir qui l’emporte, les chefs après l’avoir raillé ont pu se convertir, comme les soldats. Nous savons par la tradition qu’un soldat s’est converti, celui qui a transpercé le côté de Jésus, un soldat du nom de Longius – nous trouvons sa statue dans la Basilique Saint-Pierre de Rome.

L’Évangile de Jean nous dit Ils regarderont vers celui qu’ils ont transpercé, ils regarderont vers – littéralement cela signifie : Ils se convertiront. Nous gardons l’espoir que la grâce de la conversion soit accueillie par chacun, nous prions le Christ roi de l’univers pour cela.

Comme nous dans notre jeunesse nous avons pu nous moquer du Seigneur ou de ses disciples, et le Seigneur nous a donné la grâce de le connaitre personnellement et de nous reconnaitre pécheurs. Demandons cette grâce pour chacun, pour toute la famille humaine, pour notre monde qui est tellement en quête de salut…

Homélie du Père Justin, Solennité du Christ roi de l’univers, Année C, Lc 23,35-432025-11-23T19:41:40+01:00

Homélie du Père Justin, XXVIII Dimanche du TO, Année C, Lc 17,11-19

Chers frères et sœurs, l’Évangile que nous avons proclamé est assez révélateur, il est un peu comme un test. Dans le sens où nous avons une tendance en nous qui n’est pas très consciente et que cet Evangile révèle.

Il s’agit d’une tendance à voir Dieu comme quelqu’un qui est occupé à nous récompenser ou à nous punir, à nous faire des reproches, qui nous attend au tournant, un peu comme un père fouettard – en exagérant.

Et ce qui va avec cette première tendance, c’est notre tendance à penser que nous méritons les dons que nous recevons, que certains d’entre nous ont des mérites et d’autres pas ou que certains sont préférés par rapport à d’autres…

C’est le ressort de beaucoup de situations et de récits dans l’Ancien Testament, et cet Évangile nous prend un peu sur le fait de penser de cette manière.

Le Seigneur nous fait remarquer qu’un seulement sur les dix lépreux est revenu en glorifiant et louant Dieu et nous, nous nous prenons à penser que le Seigneur fait son éloge tandis qu’il ferait des reproches aux neuf autres…

En réalité le Samaritain n’est pas tenu d’obéir à la loi, tandis qu’elle oblige les neuf autres à aller se montrer aux prêtres et Jésus lui-même leur commande d’y aller.

Il est vrai qu’ils pourraient tous faire demi-tour, remercier Jésus et repartir – mais en fait il ne s’agit pas de cela…

Tout d’abord il faut rappeler que le Seigneur est le Fils éternel de Dieu, il est le Fils de toute éternité, de toute éternité il reçoit tout du Père et il le loue, le glorifie et le remercie. Et dans sa vie terrestre de même il a passé son temps à contempler et louer Dieu et son œuvre dans la Création et dans les évènements de chaque jour.

Vous vous souvenez des paroles de Jésus dans l’Évangile : Je te loue Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que tu as caché ces choses aux intelligents et aux habiles et tu les as révélées aux tout-petits… C’est ce que fait le Seigneur continûment, il loue le Père – et c’est présentement ce qu’il fait maintenant et partage avec nous, la louange, l’émerveillement devant le don du Père.

Quand il nous dit qu’un seul est revenu louer et glorifier Dieu à la différence des neuf autres, il attire notre attention sur le fait qu’un seul sur les dix a reçu le don de la foi.

Il lui dit Ta foi t’a sauvé, c’est-à-dire Tu as reçu le don de la foi qui seul peut sauver, réaliser pleinement votre nature, réaliser ce pour quoi vous êtes faits et que seul Dieu peut vous donner.

Le don de la foi c’est le don d’une relation personnelle avec Dieu, d’une relation de personne à personne qui existe normalement seulement dans la Trinité, entre le Père et le Fils éternels.

Et cette relation il nous est donné à nous de l’avoir, c’est le don de la foi, d’une relation où comme Jésus nous sommes appelés à glorifier et à louer Dieu avant toute chose.

C’est ce que Jésus souligne dans cet Évangile, il nous dit Regardez le don de Dieu, sur les dix un seul a reçu ce don, c’est un don extraordinaire qu’il ne faut pas banaliser, et qui est reçu par cet homme qui se met à son tour à louer Dieu.

C’est tout, le Seigneur nous entraine à la louange à notre tour…

De même dans cette assemblée, si vous êtes venus aujourd’hui c’est parce que vous avez reçu le don de la foi, tandis que votre voisin de palier ou dans votre rue ne l’a pas reçu.

Il n’y a pas de mérite à cela, c’est un don gratuit, mais c’est un don qu’il faut recevoir et là il peut y avoir une différence. Le don il faut vraiment le recevoir, c’est notre rôle, c’est la part que nous avons à jouer.

Si le Seigneur nous bénit, est-ce que nous recevons pleinement cette bénédiction si nous ne bénissons pas à notre tour, est-ce que nous nous la recevons vraiment ? Si Dieu nous pardonne est-ce que nous recevons vraiment son pardon si nous ne pardonnons pas nous-mêmes ?

Il faut vraiment recevoir les dons de Dieux, il n’est pas suffisant qu’il nous les donne.

Si le Seigneur nous donne la foi, le don d’une relation filiale, personnelle avec lui, est-ce que nous le recevons vraiment, à tous les effets, si nous pensons que le Seigneur récompense nos mérites et blâme ceux qui n’ont pas reçu le même don ?

Si nous voulons vraiment recevoir le don de Dieu, alors le Seigneur nous enseigne à nous émerveiller, à louer Dieu à notre tour, à le glorifier et à le remercier.

Glorifions Dieu, remercions-le pour le don qu’il nous a fait, sans nous en attribuer le mérite ni le retirer à qui que ce soit, ainsi nous rendrons témoignage de qui il est véritablement et de ce qu’est vraiment la relation avec Lui.

Homélie du Père Justin, XXVIII Dimanche du TO, Année C, Lc 17,11-192025-10-12T22:06:30+02:00

Homélie du Père Justin, XXV dimanche du TO, année C, Lc 16,1-13

Chers frères et sœurs, dans l’Évangile que nous avons proclamé le Seigneur nous enseigne le sens et la valeur des richesses.

Les richesses servent avant tout à nous mettre en relation les uns avec les autres. Et surtout elles servent dans ces relations à nous apercevoir que nous sommes égaux, que nous sommes semblables.

Nous nous apercevons de la façon la plus concrète, la plus incontournable, que nous sommes les mêmes. Nous avons les mêmes nécessités, les mêmes désirs dans une très large mesure, et aussi de ce fait les mêmes peurs, les mêmes inquiétudes.

Quand cet économe s’aperçoit qu’il va perdre sa gérance et qu’il va se retrouver sans ressources il a peur. Il a peur de la même peur que nous avons tous, nous retrouver à faire un travail qui soit au-delà de nos forces, ou bien nous retrouver à devoir mendier pour survivre.

Et en même temps qu’il s’aperçoit de sa propre détresse, il s’aperçoit aussi que les débiteurs de son maître sont dans la même détresse que lui. Eux aussi ils sont menacés de ruine, s’ils ne peuvent pas payer leurs dettes on va leur prélever leurs biens les plus essentiels, leur maison ou leur champ. Il s’aperçoit de sa communauté de nature et de sort avec eux.

Les richesses sont là pour cela, pour nous mettre en relation les uns avec les autres, nous découvrir semblables, nous rapprocher.

Même le patron de cet homme qui jusque-là le voyait comme un serviteur, une personne distante de lui, très différente, à présent s’aperçoit lui aussi qu’ils sont pareils. Dans l’Antiquité il y avait peu de protection légale pour les biens donc on se protégeait avec un réseau de clientèle c’est-à-dire des sortes d’obligés avec qui on échangeait des faveurs et qui nous protégeaient. C’est ce que l’économe fait aussi à présent, il échange des faveurs contre des faveurs pour assurer sa position et son avenir – alors le patron se reconnait en lui.

Ce n’est pas la question de savoir si c’est bien moralement, mais ce que dit la parabole c’est que les richesses nous permettent d’entrer en relation et nous reconnaitre semblables les uns aux autres…

Chers frères et sœurs dans cet Évangile le Seigneur nous enseigne à ne pas mépriser les richesses de ce monde. Les richesses sont bonnes profondément et ont une influence positive sur nous. Ce ne sont pas les richesses qui sont mauvaises en elles-mêmes mais comment nous les regardons et ce que nous en faisons.

Les richesses sont bonnes en elles-mêmes et elles sont même une préfiguration des biens du monde futur. D’une façon mystérieuse mais réelle les biens de ce monde préfigurent les biens du monde à venir. Je ne sais pas vous dire quels sont les biens du monde futur, mais je sais dans l’Évangile et dans le Seigneur que le Seigneur ne détruit rien, il ne détruit pas le monde présent pour construire le monde futur. Il recrée, il transforme et transfigure, mais ne détruit rien.

Les biens de ce monde préfigurent le monde futur à plus forte raison si nous les partageons. Quand nous partageons les biens de ce monde nous réalisons une ébauche du royaume de notre Seigneur.

Le Seigneur insiste pour nous enseigner à ne pas mépriser les biens de ce monde – c’est la conclusion de son enseignement. Ce n’est pas normal du tout de haïr les richesses de ce monde, c’est le signe d’un désordre très grave. Il dit que ceux qui ont deux maitres, Dieu et l’argent, aiment l’un et haïssent l’autre – c’est très surprenant, on s’attendrait à ce qu’il dise qu’ils aiment les deux et sont divisés… Non il dit quelque chose de plus fort et de plus profond, ils ont deux maitres, antagonistes, donc il y a une si forte contradiction en eux qu’ils vont résoudre le problème en aimant l’un et en haïssant l’autre.

Par exemple un religieux – je prends l’exemple d’un religieux parce que c’est plus frappant – il se promène pieds nus, il refuse de se chauffer l’hiver, il ne prend pas de médicaments quand il est malade – il aime Dieu et il déteste les richesses… Et puis vous le retrouvez 10 ans après en possession de plusieurs comptes en banque cachés à droite à gauche. Est-ce que quelque chose a changé dans sa vie, dans son cœur ? pas véritablement, il a toujours été profondément divisé et désordonné dans ses affections.

Vous connaissez peut-être la parole de saint François quand il dit Mon Dieu et mon tout, il appelle Dieu son tout, tout ce qu’il possède.

Cela ne signifie pas que saint François dit à Dieu Tu me suffis et je méprise tout le reste – parce qu’alors saint François serait devenu un être asocial et violent. Cela signifie au contraire qu’il aime tout en Dieu, qu’il reconnait le don de Dieu dans chaque bien, dans chaque richesse, qu’il aime Dieu bien entendu au-delà de tout, tout comme aussi il aime chaque chose sans exception en Dieu.

Le Seigneur aime le monde et l’embrasse – il suffit de regarder sa croix – il l’embrasse pour le sauver. Il nous enseigne nous aussi à aimer le monde, à l’embrasser, à lui porter l’amour qui vient de Dieu, la justice, la paix, la miséricorde dont il a tant besoin pour exister et se réaliser.

Homélie du Père Justin, XXV dimanche du TO, année C, Lc 16,1-132025-09-21T17:15:53+02:00

Homélie du Père Justin, XXIII dimanche du TO, Année C, Lc 14,25-33

Chers frères et sœurs, comme il est difficile pour notre Seigneur d’annoncer son Royaume – je ne dis pas pour nous les prêtres ou pour vous, ça n’est pas de cela que je parle. Mais vraiment comme c’est difficile pour notre Seigneur lui-même d’annoncer son Royaume au milieu de nous. C’est un Royaume qui commence à croître dans ce monde-ci et qui sera parfait et accompli seulement dans le monde futur.

L’Évangile que nous avons proclamé aujourd’hui est la suite de l’Évangile de dimanche dernier, ou à peu près parce qu’il y a une parabole que nous n’avons pas proclamée. Entre l’Évangile de dimanche dernier et ce dimanche aujourd’hui il y a une parabole que nous n’avons pas entendue, qui a été « coupée ».

C’est une parabole un peut difficile, déroutante, où un roi force les gens de toute condition à venir et remplir la salle de noces, avec même une certaine violence…

Vous en souvenez la semaine dernière le Seigneur était invité parmi des notables et il observait qu’ils recherchaient les meilleures places. Le Seigneur leur dit à chacun Ne te préoccupe pas des honneurs qui te sont rendus, laisse les autres y penser pour toi – déjà que ça n’a pas beaucoup de sens que de s’honorer soi-même mais surtout les autres y penseront mieux que toi à t’honorer.

Et puis il ajoute Quand tu invites chez toi à dîner, invite des pauvres, des infirmes, des malheureux, parce qu’ils ne pourront pas te le rendre, et c’est ton Père qui est au Ciel que te le rendra. Toi et tes calculs tout ça laisse-le de côté et laisse-Lui le soin de te récompenser.

Et là-dessus il y a un convive qui lui dit, littéralement Bienheureux quiconque entrera dans le Royaume de Dieu…

Cette réflexion ne plait pas du tout à Jésus et l’inquiète, elle lui fait découvrir comme un pan de l’avenir. Ce ne sont pas des anonymes qui entrent dans le Royaume de Dieu, mais à chaque fois une personne, connue du Seigneur, aimée infiniment. On entre dans le Royaume de Dieu par une relation d’amitié avec le Seigneur et même d’amour – on n’est jamais un anonyme, un « quiconque » un « qui que ce soit ».

Certes dans son Royaume nous serons des milliards, des milliards de milliards, nous avons même le droit de l’espérer et nous devons l’espérer, tous peut-être nous nous retrouverons dans le Royaume de Dieu et l’Enfer sera vide – mais dans tous les cas c’est une personne à chaque fois connue par le Seigneur par son nom qui entre dans Son Royaume.

Quand le Seigneur nous dit Faites entrer les pauvres, les malades, certains comprennent que ce sont des anonymes, parce qu’ils voient les pauvres comme des personnes sans nom, sans titres, sans identité.

Le Seigneur donne cette parabole pour dire Le Royaume de Dieu se développe en ce monde, et dans son principe il est beau et saint, mais en même temps il s’accompagne de dérives, il se développe avec nos défauts, nos faiblesses, nos erreurs d’interprétation, parfois notre violence – comme ce roi qui croit bien faire en forçant les invités à pénétrer dans la salle des noces parce qu’il ne voit en eux que des anonymes.

Combien de personnes dans l’histoire l’Église ont commis, ou commettent cette erreur, cherchent à faire du remplissage, à faire du chiffre, à sauver des masses, ou soi-disant à les sauver ?

Ces derniers jours nous avons fêté la mémoire liturgique de Mère Teresa de Calcutta. Elle a été canonisée il y a peu d’années. Vous connaissez tous sa vie. Elle est allée en Inde et est venue en aide à des personnes, notamment à des agonisants, qui étaient abandonnés de tous, des particuliers comme des autorités.

Elle leur a donné un toit, elle les a lavés, elle les a nourris, elle leur a donné les soins médicaux élémentaires… Elle a fait véritablement une grande oeuvre et une oeuvre de charité. Mais il semble bien, je dis bien il semble et je ne le dis pas pour la critiquer durement, mais il semble qu’elle ne se soit pas intéressée à la personne elle-même, à connaitre son nom, à parler avec elle pour savoir ce qu’elle aime, ce qu’elle pense, ce qu’elle désire, quelle est son histoire…

Le Royaume de Dieu commence à croître véritablement dans ce monde et en même temps il s’accompagne de nos faiblesses, de nos limites.

A chaque fois que vous voyez de la violence dans une parabole de Jésus vous pouvez vous demander s’il n’est pas en train d’annoncer son Royaume tout en avertissant qu’il y aura des dérives qui vont l’accompagner. Son Royaume commence à grandir dans ce monde avec tout ce que cela implique. Alors vous voyez ce n’est pas simple pour notre Seigneur d’annoncer son Royaume…

Et finalement nous arrivons à l’Évangile d’aujourd’hui – à mon avis ce long préambule était nécessaire. Et là vous voyez ce qui se passe dans l’Évangile d’aujourd’hui, le Seigneur se tourne vers les foules, vers chacun d’entre nous et il met les points sur les i.

Le Seigneur s’exprime avant et après avec des paraboles, et il continuera à le faire – mais là il s’arrête de parler en parabole et nous parle d’une façon directe. Et il nous dit en face Celui qui ne me préfère pas à son père, à sa mère, à sa femme, à ses enfants, à ses frères et sœurs ne peut pas être mon disciple.

Le Seigneur nous dit que pour être son disciple il faut le préférer à tout ce que nous aimons, le préférer à la prunelle de nos yeux, le préférer à nos enfants. C’est-à-dire que par exemple il y aura des persécutions, on menacera votre famille, et à ce moment-là est-ce que vous renierez le Seigneur ? le Seigneur dit Non, si vous êtes mes disciples, quelle que soit la persécution, quelle que soit la menace vous ne me renierez pas.

Mais pas seulement cela, il y a des personnes qui mettent l’Église au service de leurs intérêts personnels, et certes ce n’est pas la même chose qu’aimer par exemple nos enfants plus que le Seigneur et instrumentaliser l’Église pour qu’elle serve nos intérêts – mais où est la frontière, quand est-ce qu’on passe de l’un à l’autre ?

Donc le Seigneur nous dit Voilà mon Royaume commence à grandir parmi vous et il s’accompagne de dérives parfois, parce que vous êtes faibles, mais ce Royaume pour le faire croître il faut le purifier de ses dérives et toutes elles commencent parce qu’on préfère notre propre vie au Seigneur.

Et puis il nous demande de porter notre Croix chaque jour. La Croix c’est la honte, on peut mourir physiquement mais on peut aussi s’en prendre à notre vie sociale, nous faire mourir socialement – c’est cela la Croix principalement, la mort sociale. En tant que disciples nous serons calomniés, nous subirons l’injustice, nos gestes et nos paroles serons déformés – il faudra que nous ayons le cœur bien accroché pour demeurer fidèles au Christ !

Chers frères et sœurs, si nous suivons le Seigneur c’est parce que nous avons compris, parce que nous savons que nous sommes infiniment précieux à ses yeux, et que tous les sacrifices que nous accomplissons nous les déposons dans les mains du Seigneur où les choses et les êtres que nous aimons le plus sont infiniment mieux protégés que tout ce que nous pourrions faire par nous-mêmes. Tour ce que nous aimons il nous le rendra au centuple, déjà sur cette Terre et dans la Vie future définitivement.

Confions-nous au Seigneur et suivons-le en lui donnant généreusement toute notre vie – alors nous serons les annonciateurs de son Royaume.

Le Seigneur avec ses paroles nous donne la liberté intérieure. Nous pourrions dire Mais l’humilité est le plus important, c’est plus que la liberté… Mais justement le Pape Léon dans l’angélus de dimanche dernier nous l’a enseigné : l’humilité c’est la liberté envers soi-même, savoir se priver d’un bien personnel en regardant plus loin vers le Seigneur et la voie où il nous a précédé et nous attend, c’est cela la liberté.

Je vous invite à lire et à méditer, en plus de l’Évangile les catéchèses et les interventions du Saint Père qui sont très profondes et très belles, dans les Audiences générales et dans les angélus notamment – pour bien commencer et continuer cette nouvelle année pastorale !

Homélie du Père Justin, XXIII dimanche du TO, Année C, Lc 14,25-332025-09-07T18:20:46+02:00
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