Chargement…

Homélies des messes

Homélie du Père Joseph du XXVI° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)

Mes chers frères et sœurs !

Depuis trois dimanches au moins, la Parole de Dieu nousparle de la richesse, celle qui passe et celle qui demeure. Le 11 septembre, pour la rentrée paroissiale au Phare, c’était le fils prodigue qui demandait sa part d’héritage et qui est allé tout dilapider dans une vie de plaisir. Dimanche dernier, Jésus nous invitait à nous faire des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles ! » Aujourd’hui, c’est un homme opulent qui nous est présenté. Ce dernier n’a rien compris au message de dimanche dernier. Nous contemplons Lazare et l’homme riche, comparable àl’alarmante contradiction de nos sociétés et du système économique actuel qui voit le nombre des millionnaires et milliardaires augmenter. Mais on voit aussi accroitre le fosséentre riches et pauvres avec une honteuse augmentation des millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvretésans que cela interroge le système économique.

Dès le sein maternel, Dieu nous appelle et nous reconnait personnellement. Il nous reconnait au milieu des milliards des personnes sur la terre et appelle chacun de nous par son prénom, signe de notre identité. L’Evangile ne nous donne que le nom d’un seul des protagonistes.  Il s’appelle Lazare queDieu connait et dont il reconnait sa souffrance. L’homme richelui n’a pas de nom mais l’évangile nous le décrit par ce qu’il possède et par sa vie opulente : « Il y avait un homme riche, vêtu de pourpre et de lin fin, qui faisait chaque jour des festins somptueux. Devant son portail gisait un pauvre nommé Lazare ». Il n’est pas décrit comme méchant. Il est simplement absorbé par ses affaires et sa richesse au point de ne pas se rendre compte du pauvre qui mourait de faim sous sa table.

Dieu ne connaît pas cet homme riche parce que ce dernier se suffit à lui-même, n’a besoin de personne, et surtout il n’a pas besoin de Dieu. Apparemment, il n’a aucun problème religieux. Il est indifférent et a bien barricadé sa conscience pour ne pas ressentir des remords. Dieu respecte même ladistance que l’homme riche a établie. Le cœur cette parabole n’est pas la vengeance de Dieu qui renverse la situation entre le riche et Lazare. Le cœur, le mot clef pour comprendre cette parabole est l’abime.

Il y a un abîme impossible à colmater entre le riche et le pauvre ! La vie du riche, non pas condamné parce qu’il est riche, mais parce qu’il est indifférent, est entièrement résumée dans cette terrible image : l’abîme de sa vie.  Il est probablement un juif pratiquant, comme ceux que le prophète Amos décrit dans la première lecture, ces puissantsdont parle le prophète Amos dans la première lecture et qui sont insensible aux souffrances des autres : « Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles dans Sion, et à ceux qui se croient en sécurité sur la montagne de Samarie. Couchés sur des lits d’ivoire, vautrés sur leurs divans, ils mangent les agneaux du troupeau, les veaux les plus tendres de l’étable ; ils improvisent au son de la harpe, ils inventent, comme David, des instruments de musique ; ils boivent le vin à même les amphores, ils se frottent avec des parfums de luxe, mais ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël ! » De même, le riche de l’évangile ne voit tout simplement pas le pauvre mourant à ses pieds. L’abîme est dans son cœur et sespréoccupations mondaines.  

Le riche pèche par omission. Nous demandons pardon au début de la messe : « J’ai péché en parole, en pensée, par action, et par omission ». Omission signifie ne pas faire ce qu’on devait faire. Cet abime décrit le cœur de celui qui pense être suffisamment bon, pieux, normal par rapport au monde extérieur qui est mauvais et corrompu. C’est l’attitude de celui qui sait qu’il n’est certes pas le meilleur des chrétiens, mais qui est aussi certain au fond de son cœur qu’il n’est pas pire que tous ces criminels dont parlent les médias, et qui se donne ainsi bonne conscience pour ne rien faire devant la souffrance des autres.  En écoutant mes propos, vous pouvez me faire l’objection logique et naturelle du « que puis-je faire devant l’immensité de la pauvreté de nos jours ! »Devant la tragique question de l’immigration, nous pouvonsaussi naturellement dire aussi « que la France ne peut pas accueillir toutes les misères du monde », et ça se comprend naturellement.

Devant la souffrance des autres, je ne peux pas me réfugier dans ma chaleureuse et intime relation avec Dieu. Si ma foi, transformée en dévotion personnelle ne se transforme pas en service, en engagement, la foi reste stérile. où nous vivons, Dieu nous appelle à croire et à aimerconcrètement. Saint Jacques nous dit : « montre-moi ta foi qui n’agit pas ! Moi, c’est par mes actes que je te montrerai ma foi ! ». Rappelons des paroles du Seigneur quand il dit : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! et chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait ! » (Mt 25). Dans la vie personnelle, familiale, professionnelle, ecclésiale, Dieu nous demande de manifester notre amour et notre foi concrètement. Saint Jean nous invite à ne pas aimer seulement en paroles, mais par des actes et en vérité. Une foi qui se contente seulement de la messe, de la prière ou de l’appartenance à un mouvement spirituel, mais qui n’agit pas concrètement, qui ne s’engage pas de manière prophétique pour transformer notre monde en le rendant meilleur, cette foi qui n’agit pas est en fin de vie car elle meure à petit feu sans s’en rendre compte !  

Un autre élément que j’aimerais souligner dans la parole de Dieu est la compassion ! Avant de nous engager, une première étape est nécessaire : la compassion ! On ne peut venir en aide à quelqu’un que dans la mesure où nous nous sommes d’abord laissés touchés, dans nos tripes, dans notre cœur par sa souffrance, comme le bon samaritain qui est pris de compassion. Nous avons chacun un cœur et Dieu nous invite à l’ouvrir, à se laisser toucher par la joie des autres pour nous réjouir avec eux, et par la souffrance des autres pour pleurer avec eux ! Une préface eucharistique dit que par pitié pour notre misère, Dieu s’est fait l’un de nous dans le corps d’une femme pour nous sauver !

Notre monde vit un déficit de compassion. Nous ne savons plus compatir, et sans cesse, même les psychologues nous disent que nous devons nous « protéger » ! Evidemment qu’il faut se protéger du mal et du Malin, de tout ce qui peut nous abimer, nous détruire. Mais nous ne pouvons pas nous protéger notre cœur pour l’empêcher de faire du bien. Un chrétien ne peut barricader ni blinder son cœur aux autres ! Le prophète Ezéchiel nous appelle à permettre à Dieu d’arracher notre cœur de pierre, insensible, pour nous donner un cœur de chair qui se laisse toucher, qui sait être affecté par la joie et la peine des autres. Nous sommes devenus des femmes et hommes trop cérébraux, très logiques et cartésiens au point d’oublier parfois que nous avons aussi un cœur capable d’aimer, de rire et de pleurer. C’est parce que le cœur de l’homme riche de l’évangile est fermé que ses yeux, ses mains et ses oreilles sont aussi fermés au point de ne plus voir ni entendre la souffrance du pauvre Lazare assis près de lui.

Seigneur, ouvre notre cœur, ouvre nos yeux, nos oreilles, nos mains aux joies et aux peines qui nous entourent. Amen.

Homélie du Père Joseph du XXVI° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)2022-09-25T11:27:21+02:00

Homélie du Père Joseph du XXV° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)

Mes chers frères et sœurs !

Une confession au début de cette homélie. L’évangile de ce dimanche est parmi les plus difficiles pour moi. Préparer cette homélie a été un exercice un peu rude car je me suis retrouvé devant une page d’évangile que je trouvé un peu bizarre ! Avouez qu’il est choquant de voir comment le commerçant riche du livre d’Amos, dans de la première lecture met en place toute une stratégie, en utilisant la religion, pour exploiter les pauvres ! Ca fait penser à ce qu’on appelle de nos jours « l’optimisation fiscale » : rien d’illégale mais tellement rusé et malhonnête e intelligent pour passer entre les mailles du filet du Fisc pour gagner beaucoup plus encore et moins payer d’impôts comme savent le faire les GAFA ou beaucoup d’autres grosses boites.  Ce comportement provoque naturellement la colère de Dieu exprimée dans la première lecture. Aussi, dans l’évangile je trouve, à première vue, très choquant, d’entendre Jésus vanter et encenser un gérant malhonnête, rusé et corrompu.

Alors devant cette Parole de Dieu et regardant notre société, quelques affaires, faits et personnages me sont venus spontanément à l’esprit : affaires Balkany, Bygmalion, des scandales et malversations financières, avec quelques mafieux qui veulent blanchir l’argent sale au Vatican qu’on a appelé Vatilix dans lesquels pape François a essayé de mettre de l’ordre, les Panama Papers….Vous pouvez penser à tous les fraudeurs du Fisc ou aux prises illégalesd’intérêt que l’actualité judiciaire nous rappelle de temps en temps… ! Nous en avons tous un peu marre de tous ces donneurs de leçon appelant au respect de la Loi mais qui planquent leur argent aux Bahamas, aux Iles Caïmans et autres paradis fiscaux près de chez nous comme la Suisse ou le Luxembourg… Dans ce contexte, il est normal que nous soyons choqués par cet évangile qui semble faire la part belle à gérant corrompu et malhonnête….

Devant la tentation de l’argent, s’il vous plaît, ne surestimons pas notre force et intégrité morale, car nous tous plus ou moins faibles et fragiles. L’argent nous fait parfois oublier les grands principes auxquels nous croyons comme la justice, la vérité, l’honnêteté et que nous enseignons à nos enfants. Nous ne sommes pas toujours capables de maîtriser notre appétit au gain et de résister à l’attrait de la richesse. Du coup, de manière inconsciente, sans le vouloir, et parfois même, malheureusement de manière, délibérée et choisie, nous accumulons et trichons pour avoir un peu plus d’argent chaque jour….oubliant qu’à notre mort, ni billet, ni chéquier, ni coffre ne nous suivra pas dans la tombe. Ne nous faisons pas d’illusion : l’attrait de l’argent est très puissant, et comme nous dit l’évangile de ce dimanche, si nous ne faisons pas attention, nous risquons de tomber dans son piège en devenant, de manière sournoise, un peu plus malhonnête chaque jour.

Pour comprendre le sens profond du message de cet l’évangile qui peut nous choquer, essayons de dépasser le caractère scandaleux du récit et regarder le contexte de cette parabole. La course au pouvoir et le succès économique, la prétendue sécurité que nous octroie l’argent et les biens matériels…tout cela risque de nous faire oublier combien l’argent est capable de nous appauvrir humainement et spirituellement. Quand l’argent atteint notre cœur, le siège de l’amour et des sentiments, il peut nous rendre « insensibles et durs comme pierre ». N’avez-vous jamais rencontré dans votre famille ou entourage des gens qui ne pensent qu’à gagner l’argent, pour qui tous ceux pour qui tous les coups sont permis pour augmenter et grossier leurs comptes en banque.

L’argent a le pouvoir de nous rendre esclaves et aveugles, au point de nous empêcher de voir qu’il y a des pauvres autour de nous. Certaines personnes tellement riches donnent parfois l’impression de vivre dans « leurs bulles ». On se demande si nous habitons la même planète, confrontés aux mêmes problèmes de famine, de chômage, de crise écologique, énergétique… On parle actuellement d’inflation, de crise énergétique, des prix des denrées alimentaires qui ont explosé à cause de la guerre en Ukraine. Le contexte économique nous oblige à la sobriété, à faire attention notre consommation de gaz et électricité, nos déplacements en voiture… mais je sais que certaines personnes ne se sentent pas tellement concernées et qu’ils vont continuer à vivre dans l’opulence. Alors que le nombre de gens vivant sous le seuil de la pauvreté augmente dans le monde, le Magazine Forbes nous dit que le nombre des milliardaires ne fait que multiplier chaque année.

Il a été notifié au gérant malhonnête son licenciement pour mauvaise gestion, qui est une faute grave ! Avant de partir, il manipule les comptes pour en tirer profit avant son licenciement. Dans la première lecture, le prophète Amos nous présente, en réprouvant son attitude, un homme qui ne pense qu’au profit en faisant de la spéculation financière : « Quand donc la fête de la nouvelle lune sera-t-elle passée, pour que nous puissions vendre notre blé ? Quand donc le sabbat sera-t-il fini, pour que nous puissions écouler notre froment ? Nous allons diminuer les mesures, augmenter les prix et fausser les balances. Nous pourrons acheter le faible pour un peu d’argent, le malheureux pour une paire de sandales. Nous vendrons jusqu’aux déchets du froment ! » Le Seigneur le jure par la Fierté de Jacob : Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits ».

Loin du sens premier, Jésus ne fait pas l’éloge ni la louange du gestionnaire malhonnête de l’évangile. Ce qu’il souligne ici, c’est cette grande capacité que cultivent les enfants des ténèbres, c’est-à-dire, ceux qui ne pensent qu’à la vie terrestre à faire des bénéfices, à gagner plus. Les enfants de la lumière, c’est-à-dire nous tous avons reçu la lumière du baptême, sommes appelés à cultiver les mêmes capacités, les mêmes astuces pour nourrir en eux le désir du ciel et gagner la vie éternelle. Grâce à un process très intelligent, une stratégie ingénieuse, le gérant malhonnête se rend compte qu’il faut « assurer ses arrières », comme on dit, en se faisant quelques amis ! Alors, le pourcentage qu’il devait mettre dans sa poche sur la dette des travailleurs, il fait tout pour le perdre et s’attirer ainsi un peu de sympathie. Cela lui sera utile quand il sera licencié. Ainsi, il ne sera pas rejeté par tout le monde car quelques travailleurs qui lui resteront un peu reconnaissants.

C’est à ce niveau qu’intervient l’enseignement de Jésus. En observant cet homme malhonnête, Jésus nous demander aussi d’être aussi « rusés », d’être aussi intelligents et ingénieux pour obtenir et chercher notre salut, la vie éternelle. Nous utilisons notre intelligence pour faire le mal, pour accumuler et gagner plus d’argent ! Pourquoi ne pas utiliser la même intelligence et ingéniosité pour faire le bien autour de soi, pour rendre les autres un peu plus heureux, rendre notre monde un peu meilleur. Si toute cette énergie déployée pour exploiter les autres et faire du profit dans notre monde économique ultra libéral était pareillement déployée au service du bien commun, pour lutter contre la pauvreté, les maladies, l’exclusion, faire et consolider la paix entre les peuples… c’est sûr que notre monde serait déjà un peu le ciel car serait devenu un peu le paradis car nous serions certainement plus heureux les uns et les autres.

Le Seigneur nous dit : « Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles ». Demandons au Seigneur de nous à ne jamais oublier la dimension précaire, périssable de l’argent pour rechercher la vraie richesse impérissable, celle qui nous fera obtenir le salut et la vie éternelle. Amen.

 

Homélie du Père Joseph du XXV° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)2022-09-17T22:28:07+02:00

Homélie du Père Joseph du XXIV° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)

Chers frères et sœurs, chers paroissiens !

Pour notre rentrée paroissiale, l’évangile nous invite à parler de la famille. La parabole du fils prodigue, est un appel à regarder notre communauté ecclésiale comme Eglise-famille de Dieu sur notre ensemble paroissial à travers la diversité de ses paroisses et de ses membres tous appelés à marcher ensemble, à chercher le bien de tous et de chacunde ses membres. Cette parabole nous révèle le vrai visage du Dieu qui nous rassemble, ce Père attentif à chacun de ses enfants. Ce Père permet à ses enfants, tous différents, à se reconnaitre comme frères et sœurs ! Alors que l’aîné refuse toute relation fraternelle pour une raison que nous pouvons comprendre, c’est le père qui restaure la relation fraternelle entre ses enfants : « ‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! »

Cet évangile nous parle de deux autres paraboles, mais je fais le choix de méditer celle de ce père prodigue dans son amour avec ses deux enfants déjà majeurs avec lesquels il gère une petite entreprise agricole familiale. Ne soyez pas aussi étonnés ma lecture moins spirituelle, exégétique ou biblique de cette parabole. J’ai fait le choix d’en faire une lecture plutôt pastorale et ecclésiale qui nous interpelle tous en cette rentrée pastorale.

A première vue, le fils aîné ne pose aucun problème ! Il est sérieux, travailleur, engagé. Le père appuie sur lui car il est digne de confiance et loyal. Il a le sens du devoir, ne râle jamais, ne fait ni contestation ni réclamation. Il n’est pas salarié, comme vous tous qui êtes engagés dans nos paroisses, et qui êtes presque tous de bénévoles, vous donnant à fond dans vos missions. Le sérieux du fils aîné a un impact sur les ouvriers qui reconnaissent en lui le digne héritier parce qu’il fait bien son travail.

Ce fils aîné fait penser à tous ces paroissiens engagés dans les différents services pour que la mission avance et grandissent. Par le sérieux de leur engagement, ils impressionnent les parents du KT, de l’aumônerie, du scoutisme, ceux qui sont éprouvés par le deuil, les baptêmes des petits-enfants, des enfants du primaires, les fiancés qui se préparent au mariage, les ados, les adultes et tous ceux qui frappent aux portes de nos églises. Ils le font bénévolement, généreusement, encaissant parfois des coups parce qu’il y aura toujours quelqu’un qui critique ou qui fait des remarques désagréables autour des choses qui sont faites ou mal faites. La mission dans l’Eglise peut être parfois ingrate, éprouvante et crucifiante. Je sais combien vous en prenez parfois plein la gueule et êtes tentés parfois de tout envoyer balader, mais vous restez là par loyauté et sens du devoir, pour ne pas laisser mourir l’Eglise qui a besoin de vous et de votre engagement.

Le fils cadet lui, souffre un peu de la routine familiale quotidienne et de ce travail qui ne le passionne plus. Il étouffe dans cette famille où il se sent malheureux.  L’évangile ne nous dit pas les raisons qui font que cadet soit malheureux au sein de sa communauté familiale, mais il décide de prendre le large, veut voir autre chose, voir ailleurs ! Il paraît que c’est toujours mieux ailleurs ! L’herbe est toujours plus verte chez le voisin. La paroisse voisine, celle d’à côté aura toujours quelque chose de plus que la nôtre ! C’est certain ! Mais quand tu écoutes et regardes avec attention les voisins, tu vois qu’ils ont aussi leurs propres fragilités.

Ce cadet fait penser à ceux qui pensent que c’est toujours mieux ailleurs, se sentent un peu à l’étroit, mal aimés, incompris au sein de la communauté et qui sont tentés de changer de paroisse ! Nous devons, personnellement et collectivement nous interroger sur les raisons qui pousseraient certains à fuir nos paroisses, ce qui pourrait être cause de frustration, de blessure et de découragement pour ceux qui partent ou sont tentés de partir ?

Pensez à vos enfants ou petits-enfants qui n’attendent que le lendemain de leur18 ans pour quitter le domicile familial pour se sentir vraiment libres, épanouis et libérés du poids des parents ! Humainement, nous pouvons comprendre l’attitude du cadet qui désire prendre un peu de distance de la communauté familiale. Nous avons parfois besoin de cette distance pour apprendre ou réapprendre à aimer de nouveau la maison familiale, celle des parents, et si on peut parler de manière plus ecclésiale, pour aimer de nouveau notre communauté paroissiale, comme le cadet qui finalement, est revenu, redonnant la joie au père, aux ouvriers, malgré la jalousie du frère aîné qui est resté à la tâche.

Un artiste Sud-africain Lucky Dube chante que « l’on choisit ses amis, mais pas sa famille biologique ». De même, canoniquement et territorialement, on ne choisit pas sa famille paroissiale. Elle est là, à un territoire donné, là où nous habitons, Lardenne, Tournefeuille, Plaisance, St Simon, La Salvetat ! Cette communauté porte ses fragilités, certes, et comme notre famille naturelle, mais nous apprenons à aimer notre famille ecclésiale sans l’idéaliser. Nos paroisses ne sont pas idéales ! On le saurait. Parfois, on a envie de se barrer, et de claquer la porte. Un adage congolais que « qu’on ne répare une maison qu’en restant à l’intérieur pour voir d’où viennent les fuites d’eau sur le toit ». Notre communauté est loin d’être un modèle. Nous avons tous, en commençant par le curé et ses vicaires, des conversions à vivre.

S’il vous plaît, aimons, apprenons à aimer notre communauté ! Si nous ne l’aimons pas, nous ne pouvons pas nous engager pour la réparer et la rendre plus belle. Fuir la communauté ou s’en désengager n’est pas la solution qui lui permettra de se convertir et de devenir meilleure. Aimer sa communauté, c’est s’engager pour elle parce qu’elle a besoin de moi et pas seulement quand cela me fait plaisir ou me convient ! Jésus n’éprouvait aucun plaisir quand il était en croix. Il aurait pu écouter l’un des bandits crucifiés avec lui et qui lui demandait de se sauver de la croix, et de les libérer aussi s’il est le fils de Dieu. Mais, Jésus est resté sur la croix, par amour pour nous, pour notre salut. Nos missions sont parfois crucifiantes mais nous y restons parfois par amour pour nos frères et sœurs dans le Christ.

Le fils cadet a demandé et obtenu sa part d’héritage. Il s’est éloigné et s’est coupé de tous pour profiter de la vie, sans se soucier de l’avenir. Il aurait pu investir, placer son argent, le faire fructifier, mais il a tout dilapidé. Quand il y a que des sorties d’argent, sans entrées ni recettes, le compte bancaire est rapidement dans le rouge et forcement la misère se pointe. Une famille, une paroisse ne peut dépenser aveuglement sans faire attention aux recettes….! Je profite de cette parabole, en cette rentrée paroissiale pour remercier ceux et celles ont le souci de la santé matériellede nos 5 paroisses, vous qui lui permettez de vivre par vos dons et votre générosité, vous qui bricolez, qui faites des grands et petits travaux d’entretien dans nos églises, sacristies et maisons, vous qui vous occupez de la quête, du Denier… et de tant des questions matérielles ! Votre mission peut paraitre parfois ingrate, mais elle est indispensable pour que notre communauté ne sombre pas dans la misère comme le fils prodigue.

Le fils cadet est tombé dans la misère. Aimer sa communauté paroissiale, c’est aussi être capable de regarder sa propre misère et ses pauvretés pour l’aider à s’en sortir, à se relever. Il ne sert à rien de pointer la misère, la souligner si nous ne prenons pas l’engagement de nous bouger pour nous en sortir. Il y a des gens qui savent et disent ce qu’il faudrait faire, mettre en place, mais qui ne font rien. Si je vois que ma communauté est pauvre de quelque chose, l’attitude juste serait de me demander ce que je peux faire personnellement pour que cela s’améliore. Si je veux que ma communauté soit plus accueillante, s’engager personnellement pour améliorer l’accueil. Si je veux que les enfants trouvent leur place aux messes dominicales et que nos communautés rajeunissent encore plus, m’investir dans l’accueil des enfants à la messe de dimanche, par exemple. Je pense à Irène qui pendant plusieurs mois, elle était seule à s’occuper des enfants le dimanche à Tournefeuille. Tout le monde disait que c’était beau ! Elle a lancé des appels pour trouver de l’aide ! Aucune réponse. Elle s’est découragée ! Et elle a déménagé de Tournefeuille cet été!

Vous avez constaté qu’il n’y a pas suffisamment de groupes de prière dans nos paroisses, moins de temps conviviaux, mois d’apéros ou repas partagés, moins de solidarité, moins de louange… Parfait !  Allez-y, prenez des initiatives ! N’attendez pas que ce soient vos prêtres qui conçoivent tout. Nous sommes là pour accueillir, discerner, soutenir et accompagner vos idées et propositions.…Chaque baptisé est responsable de la santé de la communauté paroissiale pour la sortir de la misère dans laquelle elle se trouve.

La situation négative de misère a permis au fils cadet de prendre conscience de la chance qu’il pouvait avoir dans la maison familiale. Cela l’a poussé à prendre la décision d’y retourner : « Alors il réfléchit : ‘Tant d’ouvriers chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je vais retourner chez mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils. Prends-moi comme l’un de tes ouvriers ». Mal habillé, devenu ombre de lui-même et très affamé, il reprend la route du retour vers son Père.

Le père a respecté la liberté de son fils, même celle de s’éloigner de lui. Dieu nous aime tellement qu’il nous a créés libres. Liberté même de lui dire non, de quitter la communauté et d’y revenir. Une des caractéristiques qui différentient l’Eglise d’une secte, c’est la liberté, celle d’entrer ou de sortir. Le père reconnaît au cadet même le droit de se tromper, de tout quitter, droit à l’erreur. Mais ce père n’a jamais cessé d’aimer et d’espérer le retour du fils cadet et l’attendait tellement depuis son départ qu’il est le premier à l’apercevoir, de très loin : « Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de pitié ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers ».

Le père ne laisse même pas au fils cadet couvert de honte le temps de déclamer le petit baratin qu’il avait déjà bien préparé pour demander pardon. Dieu connaît notre cœur, nos plaies et nos blessures. Le père ne fait aucun reproche au fils. Ce qui compte pour le père, c’est redonner honneur et dignité à son fils qui revient à la maison : « Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller. Mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds » et il tue le veau gras réservé aux grandes fêtes.

Nous contemplons dans cette parabole la figure sublime du père qui va à la rencontre de chacun de ses deux enfants qu’il aime d’un amour particulier et impartial. Celui qui nous rassemble, au-delà de nos différences, c’est Dieu le Père qui nous rend frères et sœurs en Jésus Christ et par son Esprit d’Amour. Puisse Dieu nous donner la grâce de former vraiment une Eglise-Famille, où nous nous reconnaissons vraiment frères et sœurs, où nous avons à la fois le souci de l’ensemble de la famille, et les uns des autres en cette année pastorale. Amen.

 

Homélie du Père Joseph du XXIV° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)2022-09-13T14:28:10+02:00

Homélie du Père Joseph du XXIII° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)

Mes chers frères et sœurs !

Depuis quelques années, nous assistons à un fait évident dans la vie de l’Eglise, nous assistons à un fait évident : c’est la baisse très sensible de la pratique religieuse. Nous avons eu les inscriptions KT et d’aumônerie hier, et même si nous ne pouvons pas nous plaindre sur les effectifs par rapport à certaines paroisses du diocèse, il est évident que nous sommes bien en deçà des effectifs d’il y a 20 ans par exemple. Même si nous assistons à un renouveau spirituel et chrétien en France (voir l’augmentations des demandes de baptêmes et confirmations des adultes). La France qui, par son histoire, avait déjà touché le fond et qui ne pouvait que renaître petit à petit de ses cendres…en l’espace de quelques années, la pratique religieuse varie, selon les régions de France, de 5% qui se disent chrétiens pratiquants à moins 1% selon que nous sommes dans une ville comme Toulouse.

Le curé que j’avais quand j’étais tout jeune vicaire me parlait de Toulouse comme étant une région « radicale-socialiste » où la pratique religieuse est l’une des plus faibles en France. Pour les non pratiquants, ceux qui ne s’intéressent pas à la vie de l’Eglise, ces données statistiques ne font ni chaud ni froid. D’ailleurs, certains même parmi les plus anticléricaux s’en réjouiront. Mais pour nous qui avons le souci de faire vivre et voir grandir l’Eglise, même si nous n’avons pas le syndrome des chiffres….ces statistiques  sont frustrants et  éprouvants.

Alors, nous aimerions mettre en place des stratégies pour bien remplir de nouveau nos Eglises, faire le plein au catéchisme et à l’aumônerie, avoir plus d’enfants au scoutisme…Nous y travaillons chaque jour. Mais en ce premier dimanche de septembre, Jésus nous donne quelques éléments pour nous accompagner au cours de cette année pastorale que nous commençons, nous mettant en garde contre la tentation de faire du chiffre à tout prix.

Suivre Jésus, aller à la messe, s’engager dans l’Eglise… est d’abord une question de liberté et d’adhésion personnelle. Même les enfants baptisés bébés grâce à la demande de leur parents, plus tard, ils  sont appelés à adhérer librement à la foi de leur baptême grâce à l’éducation reçue des parents, en milieu familial et grâce à l’accompagnement des catéchistes, animateurs d’aumônerie, les responsables de l’éducation religieuse les écoles et mouvements comme le scoutisme….Cette liberté se manifeste dans les étapes de la vie chrétienne telles que la première communion, la profession de Foi , la Confirmation (qu’on peut recevoir même adultes ), et des choix plus importants comme le mariage ou la vie consacrée. Cette liberté de choisir Jésus exige de prendre suffisamment conscience des difficultésque comporte une vie chrétienne. Dans l’évangile, Jésus met l’accent sur certaines de ces difficultés pour que la liberté de le suivre ne se base pas sur un enthousiasme euphorique et superficiel…

Jésus ne nous tient pas un discours de campagne électorale, parfois démagogique, promettant la lune, une France forte, apaisée, meilleure, sécurisée, moderne,  avec le plein emploi, avec une immigration réduite, choisie et maitrisée,  sans burkini, mais peut-être avec plus de bikini… ! Bref, Jésus ne nous tient pas un discours parce qu’il veut monter dans les sondages.  Jésus pose dès le départ les conditions très difficiles pour tous ceux qui veulent le suivre en affirmant que ce choix ne sera pas une partie de plaisir… On dirait même qu’il veuille décourager cette foule nombreuse et enthousiaste.

Précis, le ton grave, ferme et catégorique, Jésus redit, en s’adressant à cette foule, que nous ne pouvons pas être ses disciples si nous ne sommes pas capables de renoncer, de dire non à quelque chose qui nous tient à cœur. Être disciple du Christ, c’est dire oui à Lui, et par conséquent renoncer à beaucoup d’autres choses, en particulier à trois réalités sans lesquelles nous sommes humainement fragile et pauvres : les liens familiaux et affectifs, la gloire de la société et les biens matériels : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple ».

Pour être disciples du Christ, il n’y pas d’autre alternative. Il nous faut considérer les liens affectifs et familiaux moins importants que l’Amour du Maître ; accepter la logique de la croix, c’est-à-dire la possibilité d’être rejeté par la société ; renoncer aussi aux biens matériels. Jésus est vraiment exigeant. En quelques versets, il nous donne des éléments pour nous aider à construire son Eglise au sein de chaque communauté locale.

Jésus s’insurge ainsi contre la logique sentimentale et affective qui caractérise parfois dans nos relations au sein de nos communautés, la logique des liens parentaux, celle de la clique, la bande des copains, du groupuscule des gens bien qui se retrouvent souvent seulement parce qu’ils s’entendent bien entre eux et qui excluent les autres. On ne peut construire une communauté chrétienne en se basant sur la logique des sentiments et des préférences. Je préfère ce prêtre à l’autre et je vais seulement à « sa messe », et je fais tout pour trouver le planning des célébrants pour savoir qui célèbre où et quand…. Ou alors, je m’engage dans un service, un mouvement, un groupe seulement parce que je vais y rencontrer mes amis. La logique sentimentale et affective nous fait obtenir notre récompense dès ici-bas, comme nous le disait l’évangile de dimanche dernier.

Alors que la réussite de la vie dans notre société se mesure au poids du compte en banque, de notre niveau social, nos diplômes, responsabilité professionnelle ou ecclésiale, Jésus nous dit aujourd’hui que la réussite du disciple se mesure à sa capacité à renoncer aux biens matériels, au pouvoir et aux relations affectives. Pendant que ses disciples aspirent à prendre le pouvoir et voient en lui un leader puissant qui prendra Jérusalem des mains des Romains, Jésus les appelle à entrer dans la logique de la croix, de la souffrance et du renoncement !

Durant sa marche vers Jérusalem, Jésus veut que les choses soient bien claires pour tous ses disciples. Il dit ouvertement et clairement que la logique de la foule nombreuse, celle de ceux qui font exploser tous les sondages et les statistiques, comme en politique, celle de celui qui a plus de signatures, d’adhérents, de fonds récoltés…., celle des salles combles ou églises  pleines, des messes les plus suivies, du poids des chrétiens dans la société française… celle-là n’est pas du tout sa logique. Si nous sommes dans cette logique-là, nous ne sommes pas faits pour être chrétiens ou disciples du Christ ? Ce que Jésus nous dit parait contre-nature. Prenons cet évangile comme un appel à nous arrêterun moment pour reconsidérer notre vie chrétienne et nos motivations premières pour repartir sur des nouvelles bases totalement différentes, mais plus vraies et plus solides : celles de la croix, du renoncement au pouvoir, du service, de discrétion, en acceptant, humblement parfois la dernière place. Que le Seigneur nous vienne en aide et nous apprenne à toujours mieux le suivre en cette année qui s’ouvre. Amen.

 

 

Homélie du Père Joseph du XXIII° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)2022-09-03T14:27:37+02:00

Homélie du Père Joseph du XXII° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)

Mes chers frères et sœurs

Nous sommes en période de rentrée ! Vous ne pouvez imaginer à quel point cela me stresse depuis des semaines pour que tout se passe bien avec tout ce qui doit être mis en place et accompagner dans nos paroisses. Vous ne vous rendez pas compte parce que je cache bien mon jeu pour ne pas faire paniquer, mais quelqu’un m’a dit un jour que j’étais hyperactif !  Conséquence : je peux stresser le monde autour de moi !

Mais, au lieu de parler de moi, ne sommes-nous pas tous, volontairement ou involontairement, consciemment ou inconsciemment, victimes de ce rythme, de cette philosophe, de cette manière d’être et de faire qui nous stresse au quotidien, qui nous angoisse, en nous poussant à nous dépasser, à viser toujours plus haut, plus grand, à faire des conquêtes, à rassembler et amasser les trophées et des médailles,  à être toujours plus performants, les meilleurs compétiteurs, même s’il faut pour cela écraser les autres pour conquérir ces premières places dans la société, dans le sport, au travail, la vie de couple, en famille? Nos enfants sont déjà victimes de cela dans le monde scolaire. Demandez à ceux qui font prépa à Fermat ou au lycée Saliège avant de passer les concours d’admission pour la meilleure des écoles.

Nous avons vécu un pèlerinage vendredi lors de la Journée diocésaine de Lourdes. Notre archevêque, Mgr de Kerimel nous a appelés, à marcher ensemble, dans l’unité, la fraternité, la communion en vue de la mission. Cette recommandation est importante parce que, malheureusement, dans l’Eglise et dans nos petites communautés paroissiales, nous ne sommes pas vaccinés contre cette rivalité et soif des premières places que décrit Jésus dans l’évangile.

Jésus parle d’une tentation qui n’est pas le vice d’une époque révolue de l’histoire, mais bien flagrante à notre époque. Cela est inscrit dans la nature même de l’être humain, parce que nous sommes fils et filles d’Adam et Eve. L’humain est dominé plus ou moins par le premier des 7 péchés Capitaux qui s’appelle l’orgueil. A l’époque de Jésus comme aujourd’hui encore, l’esprit de compétition avait ses fauteurs et faisait ses victimes. Avant de parler de l’orgueil comme péché capital, je reconnais que le progrès dans lequel nous vivons aujourd’hui est, d’une certaine manière, le fruit positif de la compétition entre les personnes et les nations. Cette compétition est donc, de ce point de vue, un moteur efficace pour le développement et progrès dans plusieurs domaines. Je pense en particulier aux facilités que cela provoque au niveau technologique et médicale.

Cependant, reconnaissons aussi que l’esprit de compétition a fini par nous obséder presque tous, que ce soit sur le plan personnel, communautaire, national et international. Même dans l’Eglise, à quelque échelle que ce soit, dans les communautés comme dans la hiérarchie, nous sommes victimes des rivalités.

Dans la société, notre jugement sur les personnes et sur les peuples est conditionné par ce critère.  Nous apprécions et admirons facilement les atouts et capacités de celui ou celle qui a bien réussi à se mettre en vue. On admire, même quand on ne l’aime pas, le fin politique Emmanuel Macron, la stratège Marine Le Pen. On se moque d’Eric Zémmour qui s’est fait laminer aux élections alors qu’il se voyait déjà à l’Elysée. Certaines pratiques et stratagèmes fourbes, malhonnêtes, la tricherie, les « tous les coups sont permis », attitudes arrivistes… sont admirées dans la mesure où elles nous ont permis d’atteindre notre but, même si cela a laissé des millions des malheureux et écrasés au passage. En d’autres mots, celui qui a réussi, qui domine a toujours raison. La quête des premières places a en soi un côté pervers que la société nous empêche de voir.

C’est « l’orgueil », ce péché capital qui nous habite tous, vous et moi, qui est la racine de tout cela. Et cette rentrée pastorale, pouvons-nous travailler et demander la grâce de l’humilité. On ne guérit de l’orgueil que par l’humilité. C’est cela que nous apprend le Christ à travers le mystère l’incarnation « Ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de lui-même, mais aussi des autres. »  (Phil 2, 3-4). C’est le témoignage que le Christ au lavement des pieds le jeudi saint : « Après leur avoir lavé les pieds, il reprit son vêtement et se remit à table. Il leur dit alors : « Comprenez-vous ce que je viens de faire ? Vous m’appelez ‘Maître’ et ‘Seigneur’, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous » (Jn 13, 12-15).  La Vierge Marie, dans son chant du Magnificatreconnait nous rappelle que le Seigneur élève les humble et disperse les orgueilleux.

Toute la vie de Jésus a été fondée sur le choix de l’humilité, des dernières places.  N’oubliez pas qu’on voulait faire de lui un roi « A la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient : « C’est vraiment lui le grand Prophète, celui qui vient dans le monde. » Mais Jésus savait qu’ils étaient sur le point de venir le prendre de force et faire de lui leur roi ; alors de nouveau il se retira, tout seul, dans la montagne. » (Jn 6, 15-15). Chaque disciple de Jésus est appelé à entrer dans la dynamique de l’incarnation, en imitant Dieu qui s’est abaissé en devenant l’un de nous, pas pour nous écraser, mais pour nous élever en nous faisant participer à sa grande dignité divine.

C’est cette grâce que nous allons demander au Seigneur : Qu’il vienne nous guérir de notre orgueil, de cet orgueil subtil et sournois qui se manifeste dans le désir et le besoin légitimes que nous avons d’être reconnu, de recevoir des remerciements pour les services que nous rendons en communauté ou en de famille, la gratitude que nous réclamons de nos amis, les parents, les collègues de travail….

Jésus nous dit qu’un disciple doit servir sans rien attendre de retour, car sa vraie récompense vient de Dieu qui voit tout ce que nous faisons dans le secret. Demandons au Seigneur de nous aider à vaincre en nous les rivalités et les jalousies sournoises qui nous hantent parfois car nous sommes tous embarqués dans le même bateau dont le Christ est le capitaine : peu importe la place que nous occupons dans la barque : l’important est d’y être avec les autres.

Seigneur, en cette nouvelle année pastorale, nous voulons nous mettre à ton école. Apprends-nous l’humilité. Donne-nous la grâce d’être une communauté accueillante et missionnaire. Donne-nous la grâce de servir, de nous engager, généreusement, mais discrètement, sans chercher à occuper les premières places dans le monde. Amen.

Homélie du Père Joseph du XXII° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)2022-09-03T14:27:45+02:00

Homélie du Père Joseph du XXI° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)

Mes chers frères et sœurs !

Dans cet évangile, une grande question est posée à Jésus : « Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? ». Chacun de nous s’est probablement demandé un jour : « Au ciel, y a-t-il quelque chose vraiment ? et puis, s’il y a des gens au ciel, est-ce que j’y serai moi aussi ? ». Cette question est révélatrice de la peur profonde que nous avons de nous perdre, de finir dans le néant, peur de la nuit éternelle. Ellerévèle notre profonde angoisse par rapport à l’au-delà.

Jésus y répond en nous donnant un conseil : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, » Le verbe « s’efforcer » en grec est « agonizo » et veut dire lutter, combattre. L’agon estle lieu de la lutte et des combats. Cela fait penser à une des oraisons du rituel pour l’onction des malades, en particulier quand il s’agit de l’extrême onction car la personne vit ses derniers instants. Nous prions Dieu en disant : « Seigneur, regarde ton serviteur qui mène son dernier combat contre la mort… ». Dans cette prière, il est bien exprimé que nous sommes faits pour la vie et qu’au moment de l’agonie, nous luttons, nous menons notre dernier combat contre la mort.

S’efforcer, comme le dit Jésus, c’est mener un combat,lutter, rester ferme sur notre objectif. Une porte étroiteindique un lieu difficile d’accès, situation compliquée, chose dont nous faisons l’expérience devant des problèmes et des situations qui nous paraissent sans issue. Devant lesdifficultés de la vie, Jésus appelle à la persévérance, c’est-à-dire, ne pas baisser les bras, engager toutes nos forces et notre courage, se relever après une chute au lieu de rester dans la boue dans laquelle nous sommes tombés. Persévérer, c’est être tenace, savoir attendre et patienter, accepter même une défaite apparente et momentanée sans dévier de notre objectif de départ, sans se laisser terroriser par l’épreuve que nous traversons. Cela suppose aussi une discipline et beaucoup de travail.

Tout ce qui, dans la vie, est important et essentielimplique lutte, discipline, patience, travail, et ne s’obtient pasà coup de baguette magique, en un instant, un claquement des doigts. Pour atteindre un objectif important, il nous faut persévérer, travailler, patienter, mettre beaucoup d’amour,essayer, réessayer, reprendre plusieurs fois s’il le faut, sans céder au découragement.

La société nous fait croire parfois qu’en toute chose nous pouvons obtenir et faire « tout et maintenant », « en un instant ». Avec le téléphone, nous sommes connectés avec l’autre bout du monde, à l’instant T. Avec le microonde, je réchauffe mon repas en deux minutes, avec la télé nous voyions à l’instant et en direct la guerre en Ukraine ou l’incendie en Gironde ou dans les Landes, ou un événement à l’autre bout de la planète. Avec un bip, j’ouvre le portail du parking de ma maison à distance pour ne pas attendre ! Certains jeux virtuels ou télévisuels nous promettent en un instant de devenir millionnaire ou une grande star ». De manière inconsciente, prend peu à peu forme en nous l’idée que tout peut être obtenu en un instant… Mais la réalité nous dit tout le contraire !  Nous voyions l’incendie dans les Landes en direct, la guerre en Ukraine ou à Goma en direct… et pourtant nous sommes incapables en un instant de mettre fin à cette tragédie ! Nous pouvons abattre un arbre en in instant, mais pour faire pousser un autre arbre, il faut beaucoup de temps, de travail et de patience !

La réalité de la vie n’est pas aussi simple qu’on nous le faire croire parfois ! Pour comprendre mes propres peurs, pourquoi je réagis en hurlant lorsque quelqu’un me fait une observation désagréable, pourquoi je ne parle plus lorsque quelqu’un hurle contre moi, pourquoi je me renferme et deviens tellement timide en perdant tous mes moyens jusqu’à en avoir honte, ou pourquoi je souffre de panique ou que je ne dors plus la nuit… tout cela est tellement important et refuse l’illusion « du le tout, ici et maintenant ». Le prêtre, l’accompagnateur spirituel, le médecin, le psychologue, le psychiatre, le coach ou conseiller conjugal nous dit que pour résoudre ces problématiques, cela demandera beaucoup de travail, de séances, de la patience, des larmes même et beaucoup de temps. Ils nous disent que nous devons chercher les causes profondes, que nous devons chercher à comprendre, nous remettre en question, creuser, chercher… tout cela signifie batailler ! Autrement, nous ne nous en sortirions jamais !

Pour faire naitre un enfant, il faut bien neuf mois de travail et d’attente, de joie et parfois de douleur ! Un enfant ne vient pas du droit ou d’un simple désir comme on veut nous le faire croire aujourd’hui. L’éducation d’un enfant exige aussi beaucoup discipline et de patience aux parents. Pour que ma foi grandisse, soit enracinée et ferme, je dois faire des efforts, être tenace avec moi-même, lutter, me donner une discipline. Je ne vais pas à la messe et ne prie seulement quand cela me convient : parfois je dois lutter contre ma propre flemme spirituelle, contre la grosse chaleur d’été, accepter de sortir de la chouette pour défier le froid d’hiver pour répondre à l’invitation du Christ. Je dois parfois savoir le dire aux amis qui débarquent à l’improviste dimanche matin et rappeler quela messe est pour moi un rendez-vous important, le signifier au mari ou à l’épouse qui râle parce qu’encore une fois je dois le ou la laisser dimanche matin au lieu de rester ensemble à la maison, accepter les humiliations et moqueries des amis ou mes grands enfants qui m’appellent « grenouille de bénitier » seulement parce que pour moi la messe est très importante ! Tout cela est une lutte qui n’est pas facile ! Et c’est cela la porte étroite dont parle Jésus !

Si dans votre couple, mari et la femme ne se parlent sérieusement qu’une fois l’année, puis basta, le couple ne se construit pas sur du solide ! Au contraire, pour consolider son couple, il faut prendre le temps ensemble, accepter les fragilités de l’autre, patienter, bien communiquer et se parlerrégulièrement, et pas seulement au moment des crises, faire des DSA mensuels (devoir de s’asseoir, dans les END), prendre des vacances ensemble, prier ensemble, regarder un film ensemble, accepter de perdre le temps en faisant simplement une promenade ensemble…. Cela est aussi un combat, une discipline, une porte étroite ! Si on ne se bat pas pour son couple, si on baisse les bras devant les difficultés, le couple va à sa disparition ! Si tu ne fais aucun effort pour prendre soin de ton couple, la séparation te coûtera plus cher économique et affectivement ! Dans la vie, si j’ai un peu d’amour pour moi-même, je dois lutter pour moi-même, persévérer parce que je ne peux grandir ni guérir « tout et tout de suite, ici et maintenant, en un instant ». Ceci nous appelle, dans la vie, à ne pas céder à la facilité mais à tenir bon, faire des efforts, … et surtout pour les choses les plus importantes de notre vie. Cela s’appelle s’efforcer d’entrer par la porte étroite !

Une phrase terrible nous a probablement choqué dans cet évangile. Se retrouver devant Dieu et l’entendre nous dire :«Je ne sais pas d’où vous êtes », ou alors, « Je ne connais pas qui vous êtes » est quelque chose de terrible. Aller chez son propre père et entendre ces mots-là est terrifiant. Pourtant cette phrase est une mise en garde pendant que nous sommes encore ici-bas !  Dieu ne nous condamne jamais et ne peut jamais nous fermer son cœur ! Cependant, il y a un problème !Ici-bas, nous passons notre vie à porter de masques, et montrer des apparences à Dieu et aux autres, à vivre des rôles comme si la vie était un théâtre ou une  comédie!  Nous sommes dans une culture où l’image et les apparences sont plus importantes que la réalité. Conséquence : on se cache, on se ment et on ment aux autres ! Nous donnons l’image d’être des bons cathos alors que nous passons notre vie dans la franc-maçonnerie, nous sommes chez les médiums toutes les semaines ! Je passe pour l’époux, le père modèle alors qu’à la maison je suis violent. Dans la communauté, je donne l’apparence d’être pieux et saint et pourtant je dénigre les autres paroissiens et les critique tout le temps dans leur dos. Je porte en moi des fragilités énormes et pour les cacher, j’écrase les autres, en imposant mes opinions sur tout, je suisincapable d’écouter une idée différente la mienne! Je porte souvent le masque du plus intelligent, du plus fort, du plus puissant, de celui qui sait tout ! Je m’endette pour m’acheter les habits de luxe pour montrer que je suis riche, que j’ai la voiture branchée… Ce sont là nos contradictions que Jésus dénonce !

Si je passe ma vie comme ça à porter le masque devant Dieu qui voit tout et sait tout, ne nous étonnons pas que plus tard il nous dise : « Eloigne-toi de moi car je ne te connais pas ! Tu as tellement passé ta vie sur terre à te cacher et à montrer une image qui ne correspond pas à la vérité de ta vie ! » La réponse de Dieu nous fera tellement mal, mais elle sera à la hauteur de l’hypocrisie de l’image, des masques et des apparences dans lesquelles nous aurons vécus ici-bas. : « Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places.’ Il vous répondra : ‘Je ne sais pas d’où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice. » Tous nos mérites, nos décorationsecclésiastiques, publiques, politiques, la belle réputation basée sur les apparences et le mensonge n’auront aucun impact sur Dieu car il sait tout sur moi ! A notre mort, nous récolterons ce que nous aurons semé pendant notre vie terrestre ! La vie est comme un boomerang : tout ce que nous lançons nous revient à la figure ! Si ici-bas nous sommes dans la haine, l’iniquité, si faire du mal est le boosteur de notre vie, c’est cela que nous récolterons devant Dieu plus tard.

Mes chers amis, cet évangile nous appelle à la conversion. Il n’est jamais tard de revenir à la vérité et se montrer à Dieu et aux hommes tels que nous sommes. Ne perdons plus le temps, avant que cela ne soit trop tard. Revenons au Seigneur de tout notre cœur, revenons à la vérité, au bien, à la vraie et noble simplicité… parce que notre éternité bienheureuse en dépendra. Que le Christ qui nous nourrit aujourd’hui nous donne aussi de vivre, dès ici-bas, tournés vers l’éternité que lui seul peut nous donner. Amen.

Homélie du Père Joseph du XXI° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)2022-08-21T11:24:57+02:00

Homélie du Père Joseph de l’Assomption, année C (2022)

Mes chers frères et sœurs !

Pour le faire comprendre la signification de la fête l’Assomption de la Vierge Marie au Ciel, l’image qui m’a été donnée lorsque je préparais cette homélie, c’est celle de la grossesse. Nous contemplons, dans le ciel, le signe d’une femme enceinte, comme nous le décrit le livre de l’Apocalypse : « Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles.  Elle est enceinte, elle crie, dans les douleurs et la torture d’un enfantement. »  Dans l’évangile, nous contemplons la scène de la rencontre entre de deux femmes enceintes : Marie, la Vierge Mère est déjà enceinte de porte l’enfant Jésus après l’annonciation par l’Ange Gabriel. Elle va à la rencontre d’Elisabeth, sa cousine qui, elle aussi, est enceinte de Jean-Baptiste, le précurseur du Seigneur. « En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. »

La grossesse est un signe qui appelle à l’espérance. Quand une femme est enceinte, elle porte dans son sein le don de la vie d’un enfant. Il s’agit d’un d’abord d’un don de Dieu, le Maître de la Vie. La grossesse n’est jamais une décision humaine. On le saurait déjà. Combien de couples ont un désir d’enfant mais malheureusement n’ont pas encore ou n’ont pas eu cette chance. Certaines personnes qui pensent qu’un enfant de décision, de droit, et qu’on peut avoir quand et comme on veut, à la commande ! La femme enceinte est en attente, dans une attitude de gratitude mêlée, parfois à un peu d’angoisse, de la naissance du bébé. Elle sait que cette gestation n’est pas du tout une promenade tranquille, mais elle se prépare, chaque jour et vit déjà, pendant la grossesse, quelques moments de douleurs qui culminent avec dans les douleurs de l’accouchement. C’est cela l’espérance : attente d’une nouvelle naissance, attente d’un accomplissement. Marie est profondément dans l’espérance. Elle est enceinte et partage cette attente de l’accomplissement du mystère de l’incarnation avec sa cousine Elisabeth. Marie a aussi vécu et partagé la joie de cet accomplissement lors de la naissance de Jésus, avec Joseph à Bethléem.

Marie a aussi porté, on dirait, la grossesse de la nouvelle naissance à la vie éternelle de son Fils, en ayant accepté d’affronter de près, la Passion et la Mort en croix de Jésus et le silence de son ensevelissement jusqu’à la naissance inattendue et extraordinaire de la résurrection qui inaugurait le temps du Saint Esprit. Marie a aussi porté la grossesse de la naissance du Corps Mystique du Christ, c’est-à-dire de l’Eglise, parce que nous la contemplons comme Mère, présente et assise parmi et au milieu des apôtres, dans l’attente de la Pentecôte qui est le jour de la naissance de la nouvelle communauté des croyants.

Marie a aussi porté en dans son cœur la grossesse de l’avènement du Règne de Dieu dans le monde. C’est la joie de cet avènement du Règne devant sa cousine, à travers le Magnificat : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur ! ». Oui, si nous voulons que Règne de Dieu s’installe en nous et parmi nous, ouvrons les yeux pour voir toutes les merveilles que Dieu accomplit dans nos vies. Exaltons le Seigneur, chantons-lui notre reconnaissance car Il fait tellement de belles choses pour nous et en nous. Seule l’espérance nous met dans cette louange qui fait grandir notre joie chaque jour.  Le Magnificat, chant de l’espérance de Marie nous décrit aussi le renversement de la logique du monde : « Le Seigneur renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. »

Dans tout son corps, une femme enceinte est prédisposée à l’accueil de cette vie toute nouvelle qui, en elle, se développe et grandit. De la conception à la naissance, toute l’énergie du corps et du cœur de la mère se concentre sur la nouvelle vie, la vie de ce petit être minuscule qui grandit petit à petit, étape par étapes, processus par lequel nous sommes tous passés dans le sein de notre maman. La vie d’un chrétien devrait ressembler à la vie d’une femme enceinte car tout notre être chemine et prépare notre nouvelle naissance, cette vie nouvelle à laquelle nous goûtons déjà ici-bas, et que nous contemplerons pleinement quand, avec Marie montée au Ciel, nous verrons Dieu tel qu’Il est.

Marie est une femme d’espérance, couverte par le Saint Esprit. Son sein maternel est fécondé par le saint Esprit, qui la couvre de son ombre, pour donner naissance au Fils Unique de Dieu, le Verte fait chair. Mais n’oublions pas que Jésus est formé dans la chair et le sang de la Vierge Marie. C’est pour cela qu’elle est vraiment la Mère de Dieu, Théotokos. Marie a réellement porté en elle son propre Créateur. Notons aussi que Marie a porté d’autres grossesses, et pas les moindres ! Les autres grossesses symboliques, qui la virent présente au jour de la nouvelle ère de la résurrection de Jésus, au jours de la naissance de l’Eglise à la Pentecôte et aussi de la réalisation complète du Règne de Dieu dans son propre corps emporté au ciel, sans être altéré ni détruit par la décomposition…se sont réalisées parce que Marie avait accepté et décidé d’être, dans son corps et dans son âme, chaque jour et pour toujours, une humble et silencieuse demeure du Saint Esprit.

Comme Marie, choisissons aussi de porter le Saint Esprit, dans notre corps et dans notre âme. Depuis notre baptême, nous sommes devenus temple du saint Esprit qui demeure en nous et veut faire grandir la vie nouvelle des enfants de Dieu dans notre âme. Alors, parce que le saint Esprit est en nous comme un enfant qui grandit dans le sein maternel, vivons et agissons de manière à lui permettre de se déployer vraiment. Comme Marie, pouvons-nous compter sur Dieu et lui redonner la première place dans nos vies. Comme Marie, refrénons nos désirs terrestres pour nous ouvrir aux désirs célestes. Demandons la grâce d’être, comme Marie, toujours humbles et apprenons, grâce à la rencontre entre Marie et Elisabeth, à nous accueillir mutuellement, pour former ce Corps Mystique du Christ, l’Eglise, qui naquit en présence de Marie à la Pentecôte.

En contemplant Marie enceinte, femme, Mère et Reine de ceux qui espèrent et qui se laissent portés par le Saint Esprit, nous pourrons alors être une communauté chrétienne appelée à faire naitre Jésus, c’est-à-dire, Le faire connaitre et aimer par tous. Nous formons une Eglise fondée sur cette couronne des douze étoiles que nous contemplons sur la tête de Marie : ces douze étoiles qui symbolisent les apôtres de Jésus. Nous sommes appelés à être une Eglise resplendissante parce qu’elle est revêtue de soleil de la gloire de Dieu. Nous sommes appelés à être une Eglise qui, comme le corps d’une femme enceinte de l’Apocalypse, pose ses pieds sur la lune, c’est-à-dire, dont les pieds sont réellement insérés dans l’histoire de l’humanité marquée par le temps qui passe. Si l’Eglise est dans l’histoire de l’humanité, c’est pour y témoigner de la présence lumineuse de Jésus, le Maître de l’Histoire. Nous sommes appelés à être une Eglise qui fait naître le Christ malgré les menaces du Dragon de l’indifférence religieuse, de cette mentalité qui, au nom de l’argent, du pouvoir, et autres idéologies tellement à la mode, continue à opprimer et persécuter ceux qui croient, idéologies qui tentent de supprimer la présence du Christ Ressuscité et s’opposer à l’avènement  de son Règne qui déjà est présent à travers cette Eglise tellement fragile, et pourtant toujours sainte, que nous formons quand  nous laissons le saint Esprit prendre la première place.

Que cette solennité de l’Assomption fasse naitre en chacun de nous le désir d’imiter Marie chaque jour dans ses vertus et dans cette dimension maternelle qui nous fait naître Jésus dans notre cœur pour Le porter au monde, aux hommes et femmes qui cherchent à rencontrer Jésus. C’est cela qui permettra au monde entier de tressaillir de joie comme Elisabeth, lorsqu’elle rencontre, à travers et grâce à Marie, portant dans son sein, notre Dieu et Seigneur Jésus-Christ. Amen.

 

Homélie du Père Joseph de l’Assomption, année C (2022)2022-08-16T20:18:29+02:00

Homélie du Père Joseph du XX° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)

Chers frères et sœurs !

Psychologiquement, quand on arrive à l’Assomption, je sens déjà la fin des vacances !  Je vois déjà arriver à grand pas la rentrée pastorale. Je sais que beaucoup commencent à vivre le début de la fin des vacances d’été. Je ne parle même pas de rentrée professionnelle parce que je sais que beaucoup parmi nous ont déjà fini les vacances.  Il est donc temps de faire relire nos vacances et de notre été, éclairés par les évangiles qui nous ont accompagnés pendant ces quelques semaines. La Parole met une lumière toute nouvelle sur notre vie pour que nous rendions grâce à Dieu pour les belles choses vécues, ou alors nous appeler à la conversion.  Jésus nous disait dimanche dernier, « là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur », une manière de nous rappeler, avant la rentrée que nous devons fixer les priorités,veiller et réfléchir à ce qui est essentiel dans nos vies, avant la rentrée, où nous risquons rapidement d’avoir le nez le guidon.

Avec Abraham, dimanche dernier, nous avons appris que croire, c’est faire confiance, accueillir la Parole même quand elle nous brûle et nous bouscule. Croire, c’est dépasser les contradictions présentes dans notre cœur, affronter les difficultés en gardant allumée la lumière de l’espérance. La foi est une lutte, un combat spirituel, jamais une certitude acquise ni assurance-vie.  Aujourd’hui, Dieu nous rappelle que l’annonce de l’Evangile, le témoignage de foi est un signe de contradiction. Le monde accepte difficilement l’ingérence divine et préfère souvent les ténèbres à la lumière, comme le rappelle saint Jean dans son prologue. Les disciples de Jésus sont aussi plongés dans ce monde, et sont faits de chair et d’os comme tous les humains. Nous aussi, tout en étant chrétiens, nous ne sommes pas vaccinés contre les contradictions et les peurs. Ce qui nous différencie des autres, c’est la lumière de la foi de notre baptême, lumière qui élargit notre cœur et nous met dans une condition nouvelle nous rendant capables d’aimer. Pour aimer le monde, nous devons aller à sa rencontre. Dans ce monde où nous vivons, nous témoignons de notre foi mais nous nous trouvons parfois blessés et humiliés ! Cela est normal ! Nous sommes disciples d’un Dieu crucifié qui, bien avant et plus gravement que nous, a souffert humiliation, crachats et dérision.

Jérémie, prophète inquiet et persécuté, nous est présenté comme modèle à imiter. Né près de Jérusalem, passionné de Dieu et de son Peuple, le prophète Jérémie passe sa vie à convaincre le roi de Juda et tout Jérusalem à ne pas s’opposer à la naissante puissance babylonienne. Confiants en leur diplomatie et du soutien de l’empire assyrien et de l’Egypte, le roi et son entourage n’ont pas voulu écouter les messages de Jérémie. Ils commencèrent donc à le persécuter. L’épisode de ce dimanche nous décrit la condamnation à mort dont Jérémie est sauvé in extremis : « Alors ils se saisirent de Jérémie et le jetèrent dans la citerne de Melkias, fils du roi, dans la cour de garde. On le descendit avec des cordes. Dans cette citerne il n’y avait pas d’eau, mais de la boue, et Jérémie enfonça dans la boue. »

Un prophète qui annonce la paix se voit persécuté. Il appelle au bien et c’est le mal, la tragédie qui s’abattent sur lui. Les prévisions annoncées par Jérémie se sont avérées. Jérusalem est tombé sous la domination de Nabuchodonosor et plus de 8 milles chefs de familles et notables seront déportés à Babylone. Être disciple, c’est aimer tendrement les personnes auxquelles nous annonçons l’évangile. Être disciple et prophète, c’est chercher chaque jour la vérité et l’ayant trouvée, l’offrir aux autres, même quand ils ne veulent pas l’entendre. Être disciples, c’est accepter d’être parfois incompris par les personnes que nous aimons.

C’est cela le message de l’évangile. Après la chute de Jérusalem aux mains des Romains et la destruction du Temple de Jérusalem, les disciples de Jésus seront excommuniés du judaïsme. Cette persécution causera beaucoup de souffrance au sein la naissante communauté chrétienne à Jérusalem. Aujourd’hui encore, beaucoup font l’expérience de cette contradiction quand ils rencontrent Jésus ou embrassent la foi chrétienne. Alors qu’ils entrent dans la nouvelle famille des enfants des Dieu, la communauté des baptisés, pas toujours accueillante, ces nouveaux convertis souffrent souvent d’exclusion de la part de leur propre famille naturelle et culturelle.

Je vous recommande pour cela un film : « le Prophète » qui nous décrit l’histoire d’un jeune musulman quise convertit au christianisme : comment il a été exclu, rejeté et persécuté par sa propre famille. Pas besoin de chercher chrétien converti de l’Islam pour vivre et voir le déchainement de la persécution. Il nous suffit de regarder dans nos propres familles. Des parents sont déchainés férocement sur le fils ou fille quand ils ont fait le choix radical de consacrer sa vie au Seigneur, au lieu de devenir ingénieur ou avocat. Sans aller jusqu’à ces excès, je crois que chacun de nous a un jour constaté le changement d’attitude des frères et sœurs, des collègues au travail qui se sont parfois moqués de vous parce que vous êtes chrétiens, surtout dans certains milieux professionnels. Tel est notre sort : être chrétien, c’est subir parfois le même sort que Jésus. Il a été persécuté jusqu’à mourir… et chaque jour, il nous appartient de témoigner un petit ou un grand martyre, nos pas dans les siens ! Les chrétiens sont persécutés parce que Jésus a été persécuté.

Jésus dit qu’il est le feu ! Il apporte un feu qui brûle ce qui en nous dépérit. Il a apporté un feu qui illumine, qui réchauffe, qui consume le mal en nous. Mais, on dirait que ce feu a cessé de bruler dans nos cœurs et dans nos communautés chrétiennes. Si le fait d’être chrétien se mesure à l’intensité du feu qui brûle en nous, je pense que les pompiers de la foi doivent être au chômage !  La foi des cathos de nos jours, de nos communautés n’est plus une fois brulante. Nous sommes devenus tellement tièdes et timorés et le monde ne voit plus le feu du Christ bruler en nous. Nous brulons d’envie et d’amour pour tant de choses, pour tel gadget, pour telle personne, pour telle équipe de foot, de rugby ou telle star… mais, y a-t-il encore un peu de feu qui brûle en nos cœur pour le Christ, à tel point que nous pensons très souvent à lui dans nos journées trop remplies ?

Vous est-il arrivé de ne penser qu’à lui, de désirer témoigner de ce feu de votre amour pour le Christ à votre collègue de travail, et le faire sans fanatisme ni simplification ? Vous arrive-t-il de défendre le Christ dans un débat, quand il est injurié, moqué, comme cela arrive souvent dans les médias. J’ai rencontré récemment un fidèle un peu trop critique qui disait qu’en France, même les prêtres et les évêques n’osaient plus défendre le Christ quand il est injurié, pour ne pas faire de vague ! On voit les musulmans et les juifs monter au créneau quand leur religion est méprisée ou discriminée… mais rares sont les chrétiens qui montent au créneau quand on se moque de notre Seigneur. D’ailleurs, dès qu’un chrétien essaye de défendre publiquement sa religion, ce sont même d’autres chrétiens qui le qualifient de fanatique et d’extrémiste. Mes amis, si vous n’avez jamais été moqués pour vos convictions chrétiennes, c’est un très mauvais signe ! Soit, vous vivez dans un monastère (ce qui n’est pas le cas !), ou alors rien dans votre vie ne montre que vous êtes chrétiens. Soeren Kierkegaard nous dit qu’on ne peut pas concevoir la foi chrétienne sans la croix et la persécution.

Quand saint Ignace de Loyola, le fondateur de la compagnie de Jésus envoya ses douze compagnons annoncer l’Evangile jusqu’aux extrémités du monde connu jusqu’alors, il leur dit le jour de leur départ : « Allez, et incendiez le monde ! » Oui, être chrétien, c’est chercher à brûler d’amour pour Jésus et pour le prochain. Nous devons rallumer le feu de notre foi et arrêter d’être des chrétiens timorés et tièdes qui ne donnent pas envie, qui ont honte de témoigner et d’afficher leur foi en société.  Que le saint Esprit allume en nous son feu d’amour pour en brûler dans l’Eglise, dans nos familles et dans le monde. Amen

 

Homélie du Père Joseph du XX° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)2022-08-21T11:22:26+02:00

Homélie du Père Joseph du XIX° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)

Mes cher frères et sœurs !

Au cœur de cet été caniculaire, où nous avons peur d’incendie, d’inflation, où la guerre bat son plein, plus violente plus près d’ici ou dans mon Kivu natal Jésus vient nous rassurer et rallumer en nous confiance et espérance pour ne pas nous laisser abattre.  Il nous dit : « Sois sans crainte, petit troupeau ! votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume ! » Oh là, nous disons-nous ! Au moment où nous parlons d’inflation et d’insécurité, Jésus nous invite à tout vendre et tout donner en aumône ! Eh non, demain est tellement incertain, alors, on épargne et on assure ses arrières !

N’ayons pas peur, mes chers frères et sœurs ! J’ai reçu de l’expérience personnelle de ma petite vie une chose, et cela est un moteur de ma vie et dans la mission : c’est la grâce de la confiance en Dieu quelles que soient les adversités et épreuves que je peux traverser personnellement et pastoralement. Dieu est toujours de notre côté, quoiqu’il arrive ! Soyons confiants même si devant certaines épreuves il est parfois très difficiles de ne pas désespérer.  Nous pouvons demander cette grâce de la foi, de la confiance, comme notre père dans la foi Abraham et Sara qui ont été bénis parce qu’ils ont fait confiance et ont obéi à la parole de Dieu malgré l’épreuve qu’ils traversaient de ne pas avoir une descendance.Obéir à Dieu et lui faire confiance et tout est toujours source de bénédiction « Grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu : il partit vers un pays, qu’il devait recevoir en héritage…. Grâce à la foi, Sara, elle aussi, malgré son âge, fut rendue capable d’être à l’origine d’une descendance parce qu’elle pensait que Dieu est fidèle à ses promesse »

La confiance n’est pas quelque chose de spontanée ! Elle se construit progressivement à travers une expérience relationnelle. Nous avons tous fait l’expérience cet amour de Dieu qui, en Jésus, nous a aimé jusqu’au bout au point de donner sa vie pour nous. En Jésus, Dieu nous aime d’un amour libre et libérateur, un amour vital et vivifiant, concret et quotidien. Nous sommes confiants parce que Dieu a fait de nous les héritiers du Royaume !  L’expérience mondaine nousdit que la vie appartient aux plus forts, aux plus riches, ceux qui peuvent écraser les autres ! Mais, dans les béatitudes, Jésus confie le Royaume aux artisans de paix et aux doux : « Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. »

Nous avons confiance parce que le Père a voulu faire de nous des héritiers du Royaume, cohéritiers avec le Christ de ce royaume dont nous hériterons pleinement après notrepèlerinage ici-bas. Attention cependant ! Le chrétien ne rêve pas d’un Règne à venir, dans un futur incertain ! Le Règne dont nous héritons est déjà présent ici et maintenant si nous laissons Dieu prendre totalement le contrôle de notre vie, le laisser aux manettes de nos affaires quotidiennes. C’est cela la confiance !

Faisons un petit examen de conscience, sérieusementmais sereinement. Qu’est-ce qui compte, ce qui vaut vraiment la peine de vivre pour nous ? Où investissons-nous le plus d’énergie, le plus de temps, des ressources de qualité dans notre vie au quotidien ? Quelle place accordons-nous à Dieu, à sa Parole ? Dieu est-il seulement un petit détail de notre agenda rempli au quotidien ou bien sa présence est-elle le moteur qui fait bouger notre vie, notre manière de regarder le monde, nos rapports aux autres ? La réponse que nous donnons à ces questions montrera celui ou ce qui contrôle et est aux manettes dans notre vie. Le temps que nous vivons ici-bas est une parenthèse, sérieuse soit-elle, mais un temps intermédiaire, une attente que Dieu revienne dans la gloire, comme nous le disons dans la profession de foi « Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts et son règne n’aura pas de fin ! ».

En attendant qu’il revienne, ici et maintenant, Dieu a fait de nous les gestionnaires et les administrateurs de son Royaume. Dans cette perspective, nos familles, nos groupes, mouvements et communautés ecclésiales deviennent des petites succursales, des petites entités ou portions du Royaume de Dieu, des pages publicitaires d’une humanité nouvelle parce que joyeuse, réconciliée et fraternelle, prophétie d’un monde nouveau qui donne envie. Mais est-ce vraiment le cas ? Même si nous n’en sommes ni capables ni dignes, en dépit de nos manques et fragilités, Dieu lui nous montre sa confiance quand il fait de nous les gestionnaires de son Royaume.

A nos mains fragiles, nos esprits parfois tordues et nos cœurs orgueilleux, Dieu confie la gestion de son plus beau trésor. Oui, le Royaume de Dieu est là où deux ou trois personnes sont réunies au nom de Dieu. Il est présent là où l’on s’engage afin que toute personne puisse mener une vie digne. Il est présent là où l’on accompagne avec amour toutes les victimes de la haine et de la violence. Il est présent là où l’on accueille un frère, une sœur en humanité qui est désespéré. Il est présent là où l’on s’engage aux côtés des pauvres, des petits, des malades, làl’on s’efforce à vivre selon les valeurs de l’Evangile.

« Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins, et vos lampes allumées ! » Soyez prêts, nous avertit Jésus. Prêts à veiller, prêts à mettre en cause certaines certitudes du monde présents parce que nous sommes faits pour l’infini du Royaume à venir mais qui déjà a été inauguré avec l’incarnation de Dieu en Jésus. Le disciple du Christ estconscient du « déjà » et du « pas encore » du Royaume de Dieu. Nous avons tous, j’espère, déjà fait la belle et splendideexpérience de tomber vraiment amoureux, d’aimer et se sentir aimé. Mais nous savons aussi qu’aucune de ces expériences affectives humaines déjà vécues ne pourra jamais combler notre cœur de manière définitive qui a soif d’un amour infini et définitif que seul Dieu peut donner. Nous avons déjà vécu une expérience spirituelle bouleversante et profonde de conversion qui a radicalement changé notre vie, et pourtant aujourd’hui encore, nous sommes victimes des doutes lors de nos traversées du désert à cause des épreuves....Telle est ladialectique saine, sainte et belle « du déjà et du pas encore »du Règne de Dieu.

Comme Israël, nous sommes appelés à sortir de l’esclavage, de toute forme d’esclavage, pour apprendre, dans le désert, à faire confiance à Dieu. Esclaves de l’idée que nous avons de nous-mêmes, esclave et préoccupés de notre imagesociales, esclaves des besoins finis et éphémères suscités par la publicité, nous pouvons encore redécouvrir, à la lumière de la Parole de Dieu, que la vie, que toute vie est une progressive libération intérieure comme le chemin parcouru par notre père Abraham. Ce dernier n’est pas un petit jeune converti pris de délire mystique. Abraham est un vieillard éprouvé par la vie et qui essaye d’écouter son cœur. Nous n’écoutons la voix de Dieu que quand nous écoutons vraiment notre cœur, comme le fait Abraham. J’espère que ce temps estival et ces vacances nous aiderons chacun à retrouver un peu d’intériorité pour écoute notre cœur.

« Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins, et vos lampes allumées », c’est-à-dire, avec la foi et la charité, ces deux vertus théologales qui soutiennentl’espérance au cours de notre pèlerinage terrestre en direction du Royaume définitif. Puisse ce temps estival nous faire grandir dans ces vertus qui nous permettent, ici et maintenant, de construire et d’être déjà ici-bas les témoins et héritiers du Royaume éternel autour de nous. Amen.  

Homélie du Père Joseph du XIX° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)2022-08-07T11:28:12+02:00

Homélie du Père Joseph du XVIII° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)

Mes chers frères et sœurs !

Ces les dimanches de juillet que nous clôturons aujourd’hui, nous avons été bien gâtés par l’évangéliste saintLuc. Après le bon samaritain, Marthe et Marie, le Notre-Père reçue et le rappel l’importance d’une prière portée dans uneconfiance filiale… la Parole de Dieu de ce dimanche nous parle d’un sujet déjà présent implicitement ces trois derniers dimanches : l’usage des biens matériels. Quel lien peut-on trouver entre la charité concrète du Samaritain et le repasque Jésus a partagé chez Marthe et Marie à Béthanie ? Quel lien avec le pain quotidien que nous demandons dans le Notre Père ? Le point commun entre ces différents récits etcelui d’aujourd’hui, c’est l’aspect incarné, quotidien et concret de nos choix et de nos relations, dans le rapport délicat que nous avons avec les choses matérielle, l’argent, la richesse.

Petite enquête rapide !  Qui parmi nous ici présents n’a jamais eu des soucis avec l’argent ? Si nous sommes honnêtes, nous avouerons avoir été confrontés un jour à la question de la gestion, l’absence, le manque, les conflits, tension en lien avec l’argent ou les biens matériels. Je vous rappelaisdimanche dernier, comment Abraham et Loth son neveu s’étaient brouillés à cause de la gestion de leur troupeau et ils ont dû se séparer et c’est à ce moment-là que Loth est allé vivre à Sodome. Être en conflit à cause de l’argent, de l’héritage ou des biens matériels est une réalité aussi vielle que le monde !

Combien d’amitiés cassées à cause de l’argent, des liensfamiliaux transformés en haine viscérale pour quelque mètres-carré d’appartement, hectares de terre ou même quelques meubles ou vaisselles laissés par les parents décédés ? Je vois encore les larmes et tristesse de cette jeune adolescente daumônerie qui, lors d’une retraite de profession de foi, vient dire en confession la haine viscérale que se vouaient entre son père et son oncle à cause de l’héritage…ce qui lui privait de revoir ses cousins et cousines alors qu’ils habitaient tous à Toulouse. Pensez à la guerre que se font les époux, quand malheureusement survient le divorce, pour le partage des biens matériels.

En famille comme avec les amis, il faut qu’il y ait de la justice et de l’équité, avant de les transformer en solidarité ! On ne peut pas, au nom de l’amitié, accepter de subirl’injustice de quelques membres de famille. Il y dans toutes les communautés quelques durs qui pensent qu’ils peuvent écraser tout le monde. Parfois, il nous faut mettre les pieds dans les plats pour leur dire que ça suffit et ne pas laisser certains amis, parents écraser les autres. Ces conflits-làcependant, essayons de les résoudre directement, à l’amiable, en famille en évitant dans la mesure du possible de le faire devant juges et avocats.

A la demande qui lui est faite d’être médiateur dans un conflit d’héritage, Jésus refuse de se mêler à cette affaire parce que nous pouvons « par nous-même discerner pour distinguer ce qui est juste » de ce qui ne l’est pas. Jésusrefuse parce que nous avons été créés suffisamment intelligents pour résoudre toutes nos questions pratiques. Jésus refuse parce qu’on ne doit pas demander à Dieu de faire à notre place ce que nous sommes capables de faire par nous-même. Jésus refuse parce qu’il nous traite comme des adultes, et pas comme ces gamins qui doivent toujours faire recours aux parents ou à la maitresse pour résoudre leurs petits différends et querelles sur l’usage des jouets ou le partage du goûter. Jésus refuse parce qu’il nous fait confiance : nous sommes suffisamment intelligents pour prendre soin les uns des autres, pour savoir que l’injustice peut causer des guerres et des conflits, que l’égoïsme conduit le monde à sa disparition, que nous consommons plus que notre planète ne peut produire et que le jour du dépassement arrive de plus en plus tôt dans l’année….. La Bible nous dit que Dieu est le Créateur, à l’origine de tout ce qui existe, mais que la gestion de la création est confiée à notre responsabilité. Pas besoinune thèse en exégèse ni en théologie biblique pour comprendre ce qui est bon pour l’économie, la justice, la paix, la solidarité : il suffit d’écouter notre cœur, de suivrenotre conscience quand elle est éclairée.

Jésus sait que derrière la demande qui lui faite d’être un médiateur, il y a un conflit autour de l’argent. Il en profite alors pour faire un petit enseignement sur la richesse. Nous avons une pudeur presque naturelle à parler d’argent, surtout dans les milieux catholiques, argent que nous considérons comme quelque chose d’un « peu dangereux »,« d’un peu sale », « d’un peu ambiguë ». Nous sommes embarrassés et gênés pour parler d’argent, de notre salaire…. Que c’est compliqué quand je dois inviter les fidèles à donner au Denier de l’Eglise. Ça me gêne alors que sans ce Denier l’Eglise ne peux pas vivre. Il est très facile de suspecter celui qui est riche et l’accuser presque spontanément d’être malhonnête comme ceux qui pense que tous les patrons de « pourris ».

Ce n’est pas cela le message que Jésus donne dans cette parabole. Il ne dit pas que la richesse est sale ou impure. Il dit simplement que la richesse est dangereuse. Il suffit de regarder ce « pauvre-homme-riche » de la parabole : un grand travailleur. Il n’est pas décrit comme malhonnête ! Nous éprouvons d’ailleurs un peu de sympathie envers ce grandtravailleur qui veut profiter tranquillement du fruit de son labeur. C’est comme quelqu’un qui a bien travaillé et qui veut en profiter et se faire plaisir en prenant de belles vacances !

La mort annoncée de cet homme n’est pas une punition, mais un événement possible, toujours dans l’ordre des choses parce que toutes les créatures finissent naturellement par mourir. Pourquoi va-t-il mourir ? Quelles sont les causes de sa mort annoncée ? Trop de stress, trop de travail, trop de cigarette, d’alcool, de drogue, trop de pollution, la maladie, une fusillade, un accident de voiture sont peut-être à l’origine de sa mort qui n’est pas une punition de Dieu.

Jésus nous avertit : la richesse promet ce qu’elle ne peut jamais donner. C’est illusoire de penser que posséder beaucoup de biens comblera notre cœur ! C’est cela que la sagesse de Qohèleth nous dit : « En effet, que reste-t-il à l’homme de toute la peine et de tous les calculs pour lesquels il se fatigue sous le soleil ? Tous ses jours sont autant de souffrances, ses occupations sont autant de tourments : même la nuit, son cœur n’a pas de repos. Cela aussi n’est que vanité. » Alors, inutile de chercher à accumuler des richesses terrestres, mais, comme dit Jésus, cherchons d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste nous sera donné en surcroit. Saint Paul nous invite à changer profondément destratégie et de priorité : « Frères, si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu.  Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre. »

Vouloir combler la soif profonde de notre cœur par les biens terrestres, peut-être comparable à celui a tellement soif au risque de s’abreuver d’eau insalubre. Isaac, toi qui es baptisé aujourd’hui ! Rappelle-toi toujours que dans ton cœur comme dans celui de chacun de nous il y a soif d’absolu que seul Dieu peut combler. A nous de discerner ce qui estvraiment essentiel et se rappeler que nous sommes pèlerins, que la richesse peut être trompeuse, que celui qui a reçu de la Providence un peu de richesse économique s’en serve pour accumuler un peu de trésors au Ciel en aidant les frères et sœurs pauvres, comme dit cette bénédiction finale du mariage: « Soyez dans le monde des témoins de l’amour de Dieu : Ouvrez votre porte aux malheureux et aux pauvres qui vous recevront un jour avec reconnaissance dans la maison du Père ».

Au lieu de nous faire des leçons de morale sur la richesse ou la pauvreté, Jésus nous appelle à un sérieux examen de conscience sur notre rapport à la richesse. Au lieu de nous culpabiliser, Jésus nous rappelle que toute richesse matérielle est marquée par la finitude…et que seule la vie éternelle ne passera pas. Que le Saint Esprit nous soit donné pour discerner ce qui est plus important…dans notre vie : notre cœur n’a pas besoin d’être rempli par un compte en banquemais il a fondamentalement besoin d’être rempli par l’Amour : celui qui nous vient de Dieu et celui de nos frères et sœurs pèlerins et passagers avec nous ici-bas, tous enfants du même Père qui nous appelle au bonheur de la vie éternelle, si nous l’accueillons chaque jour. Amen.

Homélie du Père Joseph du XVIII° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)2022-07-31T11:22:24+02:00
Aller en haut