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Homélies des messes

Homélie du P. Clément M. du XXVIIe Dimanche du Temps Ordinaire Année A.

Frères et sœurs,Le plus douloureux, quand on aime, c’est peut-être de découvrir que l’autre peut se passer de notre amour.

Des parents connaissent cette blessure. Des époux aussi. On a donné son temps, ses forces, son cœur… et l’on se retrouve devant une porte fermée.

Aujourd’hui, la Parole de Dieu nous fait entrer dans ce mystère : Dieu aime, mais son amour peut rester à notre porte.

« Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ? » demande-t-il par la voix d’Isaïe. Quelle question bouleversante ! Dieu semble nous ouvrir son cœur : Je t’ai tant donné… qu’as-tu fait de mon amour ?

En ce 4 octobre, comment pourrais-je, moi qui suis franciscain, ne pas évoquer saint François d’Assise ? Sa vie nous montre ce qui arrive lorsqu’un homme cesse de tenir Dieu à distance et se laisse vraiment aimer.

Avec lui, accueillons trois appels : reconnaître le don, ouvrir la porte, offrir du fruit.

1. RECONNAÎTRE LE DON : tu es une terre aimée

Regardons le maître de la vigne. Il prépare, plante, protège. Il prend soin de cette terre avant d’en attendre une récolte.

Voilà comment Dieu nous regarde : nous sommes une terre aimée avant d’être une terre appelée à produire.

Nous vivons dans un monde où il faut sans cesse prouver sa valeur : réussir, être efficace, rester utile. Et lorsque viennent la maladie, la vieillesse ou l’échec, nous pouvons nous demander : « À quoi est-ce que je sers encore ? »

Mais ta valeur, devant Dieu, ne diminue pas avec tes forces. Tu demeures précieux à ses yeux.

C’est à partir de cet amour reçu que la vie peut porter du fruit. Un malade peut offrir une présence attentive. Une personne âgée peut réconcilier une famille. Quelqu’un qui traverse le doute peut encore poser un acte de bonté.

Nous ne portons pas du fruit pour être aimés de Dieu ; nous en portons parce que son amour nous fait vivre.

2. OUVRIR LA PORTE : ne pas garder les dons en écartant celui qui les donne

Le drame des vignerons, c’est qu’ils veulent garder la vigne en supprimant toute relation avec son propriétaire. Ils vont jusqu’à tuer son fils. Jésus annonce ici le rejet qu’il va lui-même subir.

Cette tentation nous rejoint : recevoir la vie de Dieu, mais décider qu’il n’aura rien à nous dire sur notre manière de vivre.

On peut même lui donner une place dans ses habitudes religieuses tout en lui refusant l’accès à une rancune, à une injustice, à un désir de domination.

Quelle porte de ma vie est encore fermée au Christ ?

François aussi avait ses portes fermées. Dans son Testament, il raconte sa répugnance devant les lépreux. Puis le Seigneur le conduisit parmi eux, et il se mit à les servir. Ce qui lui paraissait amer devint douceur.

Sa conversion a pris le visage d’une personne qu’il aurait préféré éviter.

Pour nous aussi, la porte à ouvrir a peut-être un visage : un proche devenu difficile, une personne isolée, quelqu’un dont la fragilité dérange nos projets.

Et si le Christ nous attendait précisément là où nous n’avons pas envie d’aller ?

3. OFFRIR DU FRUIT : laisser l’amour reçu devenir de l’amour donné

Devant cette parabole, nous pourrions surtout craindre le jugement. Mais regardons Jésus : il raconte l’histoire du fils rejeté, et pourtant il continue d’avancer vers ceux auxquels il donnera sa vie.

Sur la croix, notre refus devient le lieu où il nous aime jusqu’au bout.

C’est cet amour qui peut briser notre dureté et nous remettre debout.

Alors, quels fruits offrir ? Isaïe attend la justice. Dans nos vies, cela peut commencer par un salaire honnête, une parole qui respecte, une responsabilité exercée sans écraser, une réconciliation courageusement recherchée.

Et pour notre communauté : quelqu’un qui vient pour la première fois trouve-t-il seulement une place sur un banc, ou découvre-t-il des frères et des sœurs ?

Saint Paul nous invite à déposer nos inquiétudes dans la prière. La fécondité chrétienne grandit dans cette confiance : nous travaillons la vigne avec Dieu. Nous pouvons lui remettre ce qui nous dépasse et accomplir le bien qui est à notre portée.

Frères et sœurs, cette semaine, choisissons une porte à ouvrir et un fruit à offrir.

Que notre communion au Christ devienne communion avec nos frères. Que l’amour reçu à cet autel trouve, dès aujourd’hui, quelqu’un à aimer.

Seigneur Jésus, tu as confié ta vigne à nos mains fragiles. Par l’intercession de saint François, délivre-nous du besoin de posséder et apprends-nous la joie de servir. Ouvre les portes que nous tenons fermées. Que ton amour reçu dans cette Eucharistie porte en nous des fruits de justice, de fraternité et de paix. Amen.

Homélie du P. Clément M. du XXVIIe Dimanche du Temps Ordinaire Année A.2026-10-07T22:23:35+02:00

Homélie du Père Justin, XXIV Dimanche du TO, Année A, Mt 18,21-35

Chers frères et sœurs, le Seigneur dans cette page de l’Évangile nous enseigne à pardonner du fond du cœur.

Car en effet le risque c’est que quand le Seigneur nous demande de pardonner 70 fois sept fois – ce qui veut dire bien entendu pardonner toujours – c’est qu’on pense à pardonner toujours, oui, mais d’une façon tellement systématique qu’elle en devient superficielle – comme un automatisme, une obligation pure.

On fait comme dans la parabole, comme ce roi qui d’abord envisage froidement, administrativement, de jeter le débiteur en prison, lui, sa femme, ses enfants, tous ses biens… et puis il se ravise d’un seul coup et il efface la dette… et ensuite de nouveau s’étant mis en colère il décide de jeter l’homme en prison – c’est très violent !

Cette façon de changer dans un sens puis dans l’autre crée de l’incertitude, de l’instabilité, notamment émotionnelle, et finalement de la violence tout-court.

Mais c’est violent avant tout parce que c’est superficiel. C’est aussi ce que nous faisons nous-mêmes, quand nous pardonnons superficiellement parce qu’il faut pardonner.

On en veut à la personne qui nous a fait du mal, qui nous a fait souffrir, et puis d’un coup comme cela on pardonne parce qu’il le faut, mais quand la personne nous fait du mal à nouveau on se met en colère et notre rancœur est encore plus grande que précédemment…

Il faut faire attention parce que de cette façon on se déshumanise, or le Seigneur ne veut pas qu’on se déshumanise. On peut se déshumaniser dans le monde, mais il est arrivé aussi qu’on se déshumanise dans l’Église, alors que c’est justement la plus grande menace pour l’Église.

Notre Seigneur est Dieu fait homme, Dieu que l’on rencontre dans l’humanité, et c’est cela que l’Église annonce. Dans le monde on peut croire à Dieu, beaucoup croient à Dieu, mais ils ne savent pas forcément que Dieu est venu dans notre humanité, que c’est là qu’il a décidé d’habiter.

C’est justement ce que l’Église annonce, révèle, proclame… Mais si elle-même se déshumanise c’est terrible !

Il faut faire attention avant tout à la façon que nous avons de recevoir les paraboles de notre Seigneur. Quand il y a de la violence dans une parabole cela signifie que le Seigneur nous demande de nous arrêter pour réfléchir, pour approfondir, il ne nous demande jamais de reproduire cette violence.

La première chose que nous devons faire pour être sûrs de ne pas nous déshumaniser, c’est avant tout de reconnaitre quand nous souffrons, quand nous sommes victimes d’un mal.

Beaucoup de personnes sont scandalisées quand elles entendent parler du pardon, parce qu’elles n’ont pas suffisamment reconnu la réalité de leur souffrance et elles ont l’impression qu’on leur demande de nier leur souffrance ou de relativiser le mal.

Le Seigneur ne veut jamais qu’on relativise le mal – au contraire…

Il faut d’abord reconnaitre ce qui est, cette souffrance en moi ou en autrui – je suis vraiment victime d’un acte mauvais. S’il faut nous pouvons, nous devons même nous faire aider, nous entre-aider, pour reconnaitre quand nous sommes victimes – déjà pour cette reconnaissance elle-même.

Je fais une parenthèse, le Seigneur dit de pardonner 70 fois sept fois, ce sont des paroles que nous avons déjà entendues dans l’Écriture, dans la Genèse au chapitre 4, dans la bouche de Lamech. Lamech dit : Caïn sera vengé sept fois, Lamech 70 fois sept fois – ce sont les paroles de la vengeance dans l’Ancien Testament.

Jésus sait qu’il est en train d’utiliser les paroles de la vengeance, de la vendetta. Pendant des millénaires l’humanité s’est vengée, de génération en génération, une famille se vengeait d’une autre famille à l’infini pour ainsi dire… C’est-à-dire que le frère demandait de l’aide à ses frères, à ses cousins, à sa mère, à ses sœurs pour se venger.

Le Seigneur est en train de nous dire, à présent employez votre énergie à pardonner, l’énergie que vous avez mise pour vous venger, mettez-la pour pardonner. Pardonner cela ne signifie pas ne rien faire, ne rien penser, tout oublier. Demandez de l’aide autour de vous pour qu’on reconnaisse votre mal  en ayant comme optique de pardonner – et employez-vous à cela.

Reconnaitre le mal dont vous souffrez c’est avoir de la considération, du respect pour vous-mêmes. Alors vous pourrez en avoir aussi pour la personne qui vous a fait ce mal. Et en ayant de la considération pour vous-mêmes et pour cette personne, vous déciderez aussi que ça n’est digne d’aucun des deux, ni de vous ni de cette personne, de lui souhaiter du mal.

Et ensuite le Seigneur ne vous demande pas seulement de ne pas souhaiter du mal mais d’aller jusqu’à souhaiter du bien à cette personne…

Là il faut prendre votre téléphone et demander de l’aide au Seigneur, il faut son aide à lui, c’est déjà difficile de ne pas souhaiter du mal quand on souffre profondément, mais on ne peut pas se mettre à souhaiter du bien sans l’aide du Seigneur. Mais c’est cela qui guérit vraiment de ce mal qui est un poison.

Et là du moment que vous ne souhaitez pas de mal et que vous souhaitez du bien, vous êtes très proche du pardon, même s’il y a toujours un chemin à parcourir encore.

Parfois on demande à quelqu’un de pardonner alors que la personne en est encore à souhaiter du mal – ça n’a aucun sens, c’est une violence de plus, c’est contre-nature. Il faut y consacrer du temps et de la profondeur de cœur.

Et puis enfin une dernière chose, le Seigneur lui-même nous pardonne gratuitement bien entendu, il ne demande rien en retour pour que nous soyons pardonnés. Mais en même temps il nous demande quelque chose, parce que s’il ne nous demandait rien il manquerait de considération à notre égard.

Comme ce roi de la parabole qui devrait, au lieu d’effacer purement et simplement la dette, demander quelque chose, une participation – pour le respect de soi, de part et d’autre. Ce n’est pas une vraie condition pour effacer, c’est un ajout pour une réparation.

C’est pareil pour nous, nous pardonnons sans condition, mais une fois que nous avons pardonné, pourquoi ne pas demander un service à la personne à qui nous avons pardonné ? pour aller jusqu’à la réconciliation – si cette réconciliation est possible, en se protégeant tout de même.

On honore quelqu’un quand on lui rend service, mais on l’honore plus encore quand on lui demande un service… sans honneur il n’y a pas de réconciliation possible.

Homélie du Père Justin, XXIV Dimanche du TO, Année A, Mt 18,21-352026-09-13T17:56:50+02:00

Homélie du Père Justin, XXIII Dimanche du TO, Année A, Mt 18,15-20

Chers frères et sœur, nous pourrions intituler l’Évangile que nous venons de proclamer à l’instant l’Évangile de la responsabilité, l’Évangile de notre responsabilisation, car dans cet Évangile le Seigneur parle à chacun de nous comme à un pasteur.

D’ailleurs, par une parabole qui précède immédiatement les paroles que nous avons entendues, le Seigneur commence en disant Qui d’entre vous s’il a 100 brebis et qu’une seule se perde, ne laisse pas les 99 autres pour aller chercher celle qui est perdue ?

Le Seigneur nous parle comme à des pasteurs, il sollicite notre coeur de pasteur. Alors que nous, nous avons tendance à nous voir comme des brebis. Et c’est juste, nous sommes des brebis, le Seigneur est au milieu de nous comme l’unique Pasteur, comme dans l’Ancienne Alliance, c’est toujours vrai.

Mais en même temps il s’est passé quelque chose, le Seigneur est venu vraiment vivre au milieu de nous, il est devenu nous et nous sommes devenus lui, nous devenons lui. Et il fait de nous véritablement des pasteurs comme lui – nous sommes des brebis et nous sommes des pasteurs à la fois.

Et nous le voyons donc dans l’Évangile que nous venons de proclamer, où le Seigneur nous demande vraiment d’assumer pleinement ce rôle de pasteur.

Le Seigneur dit Si ton frère a commis un péché contre toi…, contre toi dans le sens contre toi en tant que membre de la communauté. C’est-à-dire s’il a fait quelque chose qui te scandalise et met en péril ta foi et celle possiblement d’autres personnes.

Toi, vas vers lui seul à seul – c’est à toi d’y aller, il ne te dit pas d’aller chercher un responsable ou un autre, le curé de la paroisse pour aller lui parler – non toi seul. Et tu lui ouvres ton cœur. C’est ton cœur qui doit parler, dans la vérité, c’est de la fraternité, ce n’est pas de la coercition. Et puis s’il ne t’écoute pas il en écoutera peut-être un autre ou toute la communauté.

Ce n’est pas important de voir le détail de ce que dit le Seigneur, il ne s’agit pas tant pour lui de nous donner un processus à suivre, que de nous faire comprendre que chacun d’entre nous est vraiment pasteur, est vraiment responsable dans l’Église et devant l’Église…

Vous vous souvenez qu’il y a quelques temps, deux semaines dans la liturgie du dimanche, le Seigneur a dit à Pierre Tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans le ciel, tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans le ciel – et aujourd’hui il nous le dit à nous, il le dit à chacun d’entre nous.

C’est une expression qui au temps de Jésus regarde les rabbins uniquement, les maîtres de la loi, ils lient et ils délient, c’est-à-dire qu’ils interprètent la Loi et la mettent en application – ils ont cette autorité. Et aujourd’hui le Seigneur le dit pour chacun d’entre nous, il nous appartient à chacun de connaitre l’Écriture, de l’interpréter et de la mettre en pratique.

C’est donc bien l’Évangile de la responsabilité, de notre responsabilisation – et il l’est jusqu’au bout, jusqu’à la dernière parole de notre Seigneur.

Le Seigneur dit que si deux ou trois sont réunis en son nom, il est là au milieu d’eux. Il n’est pas en train de dire Réjouissez-vous car je suis au milieu de vous – oui vous pouvez vous réjouir, mais ce n’est pas là la question, ou pas seulement.

Il est en train de dire Je suis là au milieu de vous, ce que vous faites, vous le faites en mon nom donc je suis impliqué dans ce que vous faites. Nous sommes portés par ce que lui fait, oui, mais nous aussi nous le portons là où nous allons, nous l’entraînons dans ce que nous faisons. Alors responsabilisons-nous…

Et le Seigneur dit Tout ce que vous demanderez en mon nom cela vous sera donné d’auprès du Père. Souvent on dit Attention, il faut demander ce qu’on veut mais le Seigneur nous le donnera du moment que lui veut nous le donner… C’est vrai – mais ça c’est l’Ancien Testament, c’est l’Ancienne Alliance, qui n’est pas abolie – on demande et le Seigneur nous donne ce qu’il veut nous donner…

Mais là c’est autre chose, il s’est passé quelque chose depuis, le Seigneur est lié avec nous étroitement, nous sommes liés comme l’époux et l’épouse qui portent le même nom, qui utilisent la même carte de crédit, tout ce que fait l’un dans cette union entraine l’autre et réciproquement. Quand nous nous réunissons dans son nom il va nous donner des grâces, mais nous sommes responsables de ce que nous en faisons.

Je prends un exemple… qu’ont fait les Lefèbvristes récemment ? vous avez vu qu’au début de l’été ils ont ordonné quatre évêques. Ce qu’ils ont fait est scandaleux, est malhonnête, est insensé aussi et cela blesse la communion. Ce qu’ils font bien entendu ne peut pas plaire à Dieu, mais ces quatre évêques ont réellement été ordonnés, leur ordination est valide – même si l’acte lui-même est illicite – chacun d’eux est véritablement évêque du point de vue du sacrement, ils ont reçu la grâce du sacrement de l’ordination épiscopale qui ne peut venir que de Dieu…

C’est un exemple frappant, un peu extrême, de ce que le Seigneur dit, tout ce que vous demanderez en étant réunis deux ou trois vous l’obtiendrez du Père qui est aux cieux – donc c’est merveilleux, oui, mais aussi responsabilisez-vous !

Je ne le dis pas pour décourager ou effrayer, si nous avons une responsabilité aussi extraordinaire c’est avant tout parce que nous avons une liberté extraordinaire.

En cette rentrée, si vous vous mettez deux ou trois dans le nom du Seigneur, vous pouvez faire énormément de choses, des choses entièrement nouvelles que personne avant vous n’a jamais imaginé de faire et le Seigneur sera avec vous et vous donnera les grâces qu’il s’est engagé à donner !

Et c’est encore mieux si vous êtes en communion avec l’Église et honnêtes – tout est à vous, mais vous êtes du Christ et le Christ est de Dieu.

Homélie du Père Justin, XXIII Dimanche du TO, Année A, Mt 18,15-202026-09-07T08:57:06+02:00

Homélie du P. Clément M. du XXIIe Dimanche du Temps Ordinaire Année A.

Frères et sœurs, La semaine dernière, Jésus disait à Pierre : « Heureux es-tu, Simon ! […] Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. » Aujourd’hui, quelques versets plus loin, le ton change brutalement : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute. »

Comment le même Pierre peut-il être, en quelques instants, la pierre sur laquelle Jésus bâtit son Église, puis la pierre qui fait trébucher Jésus ?

Pierre a bien reconnu l’identité de Jésus : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Mais il refuse le chemin que Jésus doit emprunter. Il accepte le Messie glorieux ; il refuse le Messie souffrant. Il voudrait la victoire sans le combat, la Résurrection sans le Vendredi saint, la couronne sans la Croix.

Et Pierre nous ressemble tellement ! Nous aussi, nous aimons un Dieu qui protège, guérit et délivre. Mais lorsque surviennent la maladie, le deuil, l’échec, la solitude ou l’injustice, nous demandons : « Seigneur, où es-tu ? Pourquoi n’as-tu pas empêché cela ? » Nous voudrions souvent un Dieu qui nous écarte toutes les croix. Or l’Évangile nous révèle plutôt un Dieu qui vient les porter et les traverser avec nous.

Mais soyons très clairs : Dieu n’aime pas la souffrance. Jésus n’a jamais recherché la souffrance pour elle-même. Il a guéri les malades, consolé les affligés, pleuré devant la tombe de Lazare et combattu toute forme de mal. Prendre sa croix ne signifie donc pas refuser les soins, supporter une violence ou se résigner devant l’injustice.

Le chrétien n’aime pas la souffrance : il continue d’aimer au cœur même de la souffrance. Nous ne choisissons pas la plupart de nos croix ; elles s’imposent à nous. Mais nous pouvons choisir la manière de les porter.

Comment donc traverser l’épreuve en croyant ? Les lectures nous proposent trois attitudes : crier, offrir et avancer.

Premièrement : crier vers Dieu, mais ne pas le quitter.

Jérémie souffre terriblement. Il se sent trompé, rejeté et humilié. Il décide même de ne plus parler au nom de Dieu. Pourtant, il découvre au plus profond de lui « comme un feu dévorant » qu’il ne peut éteindre.

Jérémie ne cache pas sa douleur. Il se plaint à Dieu, mais il se plaint encore devant Dieu. De même, Job crie, pleure, interroge et proteste. Pourtant, au milieu de ses ténèbres, il peut encore affirmer : « Je sais, moi, que mon rédempteur est vivant. »

La foi ne consiste pas à dire : « Tout va bien », lorsque tout va mal. La foi consiste à continuer de dire : « Mon Dieu », même lorsque nous ne comprenons plus Dieu.

Dans l’épreuve, nous avons le droit de pleurer et de demander : « Pourquoi ? » Jésus lui-même a crié sur la Croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Une souffrance enfermée peut devenir un poison ; une souffrance confiée à Dieu devient une prière.

Deuxièmement : offrir ce que nous ne pouvons pas éviter.

Saint Paul nous dit : « Offrez votre personne tout entière en sacrifice vivant. » Offrir ne signifie pas se résigner passivement. Cela signifie déposer entre les mains du Christ ce qui nous fait souffrir et lui dire : « Seigneur, je ne comprends pas cette épreuve, mais ne permets pas qu’elle me rende amer, violent ou désespéré. Fais-en un chemin de compassion, de purification et d’amour. »

Saint Jean-Paul II, lui-même marqué par la maladie, disait que le Christ a « greffé au fond de la souffrance la puissance de la Rédemption et la lumière de l’espérance ». La souffrance demeure une épreuve, mais lorsqu’elle est unie à l’amour du Christ, elle ne demeure pas stérile. Elle peut ouvrir notre cœur aux autres, approfondir notre foi et faire naître une fécondité invisible.

 Troisièmement : avancer un jour après l’autre.

Le cardinal François-Xavier Nguyễn Văn Thuận passa treize années en prison au Vietnam, dont neuf en isolement. Il aurait pu attendre sa libération pour recommencer à vivre. Mais il prit cette décision : « Je ne vais pas attendre. Je vivrai le moment présent en le remplissant d’amour. »

Dans sa cellule, il priait, pardonnait à ses gardiens et célébrait clandestinement l’Eucharistie dans le creux de sa main avec quelques gouttes de vin. Il n’a pas attendu la fin de sa croix pour aimer ; et parce qu’il aimait, sa prison n’a pas réussi à emprisonner son âme.

Pensons aussi à Horatio Spafford. En 1873, ses quatre filles périrent dans le naufrage du Ville du Havre. De ce deuil immense naquit le cantique It Is Well with My Soul : « Quand les douleurs déferlent comme les vagues de la mer, tu m’apprends à dire : mon âme demeure en paix. » Ce n’était pas le cri d’un homme qui ne souffrait plus, mais celui d’un homme qui refusait de souffrir sans espérance.

Frères et sœurs, la Croix n’est jamais le dernier mot de Dieu. Après le Vendredi saint vient toujours le matin de Pâques. Le Christ ne nous promet pas une vie sans larmes ; il nous promet qu’aucune larme offerte ne sera perdue. Il ne nous promet pas d’écarter toutes les tempêtes ; il nous promet de monter dans notre barque.

Lorsque l’épreuve arrive, souvenons-nous donc de ces trois attitudes : crier sans quitter Dieu, offrir sans nous résigner, avancer sans perdre l’espérance.

Et que notre prière soit celle-ci :« Seigneur, si cette coupe peut s’éloigner de moi, qu’elle s’éloigne. Mais si je dois la traverser, ne me laisse jamais la porter seul. Donne-moi non seulement la force de tenir, mais la grâce d’aimer encore. Car avec toi, toute croix peut devenir un passage, toute nuit peut préparer une aurore, et toute mort peut s’ouvrir sur la Résurrection. » Amen.

 

Homélie du P. Clément M. du XXIIe Dimanche du Temps Ordinaire Année A.2026-08-30T19:38:43+02:00

Homélie du P. Clément M. du XXIe Dimanche du Temps Ordinaire Année A.

Frères et sœurs, Nous vivons dans une société où l’on demande sans cesse l’opinion des gens. On réalise des sondages, on compte les avis, on mesure la popularité. Dans l’Évangile, Jésus semble lui aussi commencer par un sondage : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? » Les réponses sont nombreuses : Jean-Baptiste, Élie, Jérémie ou l’un des prophètes.

Mais Jésus ne s’arrête pas à ce que disent les autres. Il se tourne vers ses disciples et leur pose la question décisive : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »

Cette question traverse les siècles et nous rejoint ce soir. On ne peut pas y répondre par procuration, avec la foi de nos parents, les souvenirs du catéchisme ou l’opinion générale. Jésus ne demande pas seulement : « Que savez-vous sur moi ? » Il demande : « Qui suis-je dans ta vie ? »

Les textes de ce dimanche nous proposent trois verbes, trois « C » à retenir : Contempler, Confesser, Construire.

Premièrement : CONTEMPLER le mystère de Dieu.

Saint Paul s’écrie : « Quelle profondeur dans la richesse, la sagesse et la connaissance de Dieu ! Ses décisions sont insondables, ses chemins sont impénétrables ! »

Paul ne cherche pas à enfermer Dieu dans ses raisonnements. Il s’émerveille. Il reconnaît que Dieu le dépasse infiniment. Nous voudrions parfois tout comprendre : pourquoi cette épreuve ? Pourquoi cette maladie ? Pourquoi cette prière apparemment sans réponse ? Pourquoi Dieu permet-il certaines situations ?

La foi n’est pas la prétention de posséder toutes les réponses. Elle est la confiance en Celui qui voit plus loin que nous. Dieu ne nous demande pas de tout comprendre pour lui faire confiance ; il nous invite à lui faire confiance même lorsque nous ne comprenons pas tout.

Dans la première lecture, les puissants passent : Shebna perd sa charge, Éliakim la reçoit. Les pouvoirs humains sont fragiles et provisoires. Dieu seul demeure. « Tout est de lui, et par lui, et pour lui », affirme saint Paul.

La première attitude du croyant n’est donc pas de discuter Dieu, mais de le contempler ; non pas de le réduire à nos idées, mais de nous laisser saisir par son mystère. La foi commence souvent lorsque l’homme accepte de ne plus être le centre de tout.

Deuxièmement : CONFESSER personnellement le Christ.

Pierre répond : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » Il ne dit pas simplement : « Tu es un grand homme, un prophète ou un maître de sagesse. » Il reconnaît en Jésus le Messie attendu, le Fils de Dieu venu sauver l’humanité.

Benoît XVI écrivait : « À l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec une Personne qui donne à la vie un nouvel horizon. »

Le christianisme n’est donc pas seulement un ensemble de valeurs ou de traditions. Il est une rencontre avec Jésus vivant.

Paul Claudel en fit l’expérience à dix-huit ans. Le jour de Noël 1886, il entra à Notre-Dame de Paris davantage en curieux qu’en croyant. Pendant le chant du Magnificat, il fut intérieurement bouleversé. Il écrira plus tard : « En un instant, mon cœur fut touché et je crus. » Il n’avait pas encore réponse à toutes ses questions, mais il avait rencontré Quelqu’un.

Et nous, qui est Jésus pour nous ? Une habitude du dimanche ? Un secours que l’on appelle seulement dans l’épreuve ? Un personnage admirable du passé ? Ou bien le Seigneur vivant, celui à qui nous confions nos décisions, nos blessures, notre avenir ?

Confesser Jésus, ce n’est pas seulement réciter correctement le Credo. C’est permettre à notre manière de vivre de dire : « Tu es le Christ ; c’est sur toi que je veux appuyer ma vie. »

Troisièmement : CONSTRUIRE et ouvrir avec le Christ.

Dans la première lecture, Éliakim reçoit « la clé de la maison de David ». Dans l’Évangile, Jésus confie à Pierre « les clés du Royaume des Cieux ». La clé représente une autorité, mais surtout une responsabilité.

Une clé n’est pas une décoration que l’on expose ; c’est un service que l’on porte. Elle permet d’ouvrir une porte afin que d’autres puissent entrer.

Jésus choisit Pierre, non parce qu’il est parfait, mais parce qu’il accepte de se laisser former. Pierre marchera sur l’eau, mais il s’enfoncera. Il promettra fidélité, mais il reniera Jésus. Pourtant, le Christ bâtira son Église sur cet homme fragile, rendu solide par la grâce et par la foi qu’il vient de confesser. Dieu ne construit pas son Église avec des hommes sans faiblesse, mais avec des hommes qui lui abandonnent leur faiblesse.

Saint Augustin disait : « Pour vous, je suis évêque ; avec vous, je suis chrétien. Le premier titre est celui d’une charge, le second celui d’une grâce. » Dans l’Église, toute autorité véritable est un service : ouvrir, accueillir, guider, relever et conduire au Christ.

Et chacun de nous, à son niveau, tient aussi des clés entre ses mains. Une parole bienveillante peut ouvrir un cœur à l’espérance ; une parole blessante peut le fermer longtemps. Notre accueil peut ouvrir la porte de l’Église à quelqu’un qui cherche Dieu ; notre dureté ou notre incohérence peut l’en éloigner. Un pardon ouvre un avenir ; la rancune enferme dans le passé.

Demandons-nous donc : par ma manière de vivre, quelles portes suis-je en train d’ouvrir ? Et lesquelles suis-je peut-être en train de fermer ?

Frères et sœurs, retenons ces trois verbes :

Contempler le mystère d’un Dieu qui nous dépasse.
Confesser personnellement Jésus comme le Christ vivant.
Construire avec lui une Église qui ouvre les portes de l’espérance.

Et lorsque Jésus nous demandera : « Pour vous, qui suis-je ? », puissions-nous lui répondre, non seulement avec nos lèvres, mais avec toute notre existence : « Seigneur, tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. Tu es le rocher sur lequel je veux bâtir ma vie. » Alors pourra monter de nos cœurs la prière du psaume : « Seigneur, éternel est ton amour : n’arrête pas l’œuvre de tes mains. »Amen.

Homélie du P. Clément M. du XXIe Dimanche du Temps Ordinaire Année A.2026-08-24T00:30:50+02:00

Homélie du P. Clément M. pour la Solennité de l’Assomption de Marie

Frères et sœurs, à propos de l’Assomption, une question revient souvent : « Où cela est-il écrit dans la Bible ? » Où est-il raconté que Marie, au terme de sa vie, fut élevée corps et âme dans la gloire de Dieu ?

Soyons clairs : aucun texte biblique ne raconte directement la fin de la vie terrestre de Marie. Mais l’absence d’un récit explicite ne signifie pas l’absence de fondement dans la Révélation. Le mot « Trinité » n’apparaît pas davantage dans la Bible ; pourtant toute l’Écriture nous révèle le Père, le Fils et l’Esprit Saint.

La foi chrétienne ne repose pas sur des versets isolés, mais sur la Parole de Dieu reçue et transmise dans l’Église. L’Écriture contient la semence ; la Tradition la garde vivante ; le Magistère en protège le fruit.

Demandons-nous donc : que croyons-nous ? Pourquoi le croyons-nous ? Et qu’est-ce que cela change pour nous ?

  1. Que croyons-nous ?

Le dogme défini par Pie XII en 1950 tient en une phrase : Marie, « au terme de sa vie terrestre, a été élevée corps et âme à la gloire céleste ». L’Église ne précise pas comment cela s’est produit ; la tradition orientale parle de sa Dormition, de son endormissement en Dieu.

L’Assomption n’est pas l’Ascension. Le Christ entre dans la gloire en Seigneur ; Marie est élevée par la puissance de Dieu. Elle n’est pas une déesse, mais une créature sauvée par le Christ, d’une manière unique et pleinement accomplie.

Marie est entrée dans la vie de Dieu avec toute sa personne, son âme et son corps. Ce que Dieu promet à tous ses enfants pour le dernier jour, il l’a déjà accompli en Marie. Son Assomption est une participation singulière à la Résurrection du Christ et l’anticipation de notre propre résurrection.

  1. Pourquoi le croyons-nous ?

Il n’existe pas un verset disant : « Marie fut élevée au ciel. » Mais les lectures de cette fête forment un faisceau de lumière.

Saint Paul proclame que le Christ ressuscité détruira le dernier ennemi : la mort. L’Assomption est donc d’abord la victoire du Christ en Marie.

L’Apocalypse montre l’Arche de l’Alliance dans le sanctuaire de Dieu, puis une femme revêtue du soleil. Cette femme représente le peuple de Dieu et l’Église ; mais l’Église reconnaît aussi en elle Marie, Mère du Messie et image de l’humanité sauvée.

L’Évangile nous présente enfin celle qu’Élisabeth appelle « la Mère de mon Seigneur ». Marie est la nouvelle Arche : elle a porté dans son corps le Verbe fait chair. Unie au Christ jusqu’à la Croix, elle partage désormais sa gloire.

Bien avant 1950, les chrétiens d’Orient et d’Occident célébraient la Dormition et l’Assomption. L’Église n’a donc pas inventé une croyance nouvelle ; elle a formulé une foi portée depuis des siècles dans sa prière et sa liturgie. L’Écriture nous donne les notes ; la Tradition vivante nous fait entendre la symphonie.

  1. Qu’est-ce que l’Assomption change pour nous ?

D’abord, elle change notre regard sur la mort. À Ostie, sainte Monique, sentant sa fin approcher, disait à ses fils inquiets du lieu de sa sépulture : « Rien n’est loin pour Dieu ; il saura bien où me retrouver pour me ressusciter. »

Pour Dieu, aucun corps n’est perdu. Nos défunts ne sont pas tombés dans le néant. Le tombeau est fermé pour nos yeux, mais il demeure ouvert du côté de Dieu.

L’Assomption change aussi notre regard sur le corps. Proclamé en 1950, après une guerre qui avait détruit des millions de corps, ce dogme rappelle aujourd’hui encore que notre corps n’est ni un objet ni un emballage provisoire : il fait partie de la personne que Dieu aime et veut sauver.

Enfin, elle nous apprend à vivre sur la terre avec l’espérance du ciel. Menacé de mort, le bienheureux Christian de Chergé pardonnait déjà à son futur assassin, qu’il appelait « l’ami de la dernière minute » : « Qu’il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis. »

Lorsque le ciel devient une certitude, même l’ennemi peut redevenir un frère.

Marie vit les yeux tournés vers Dieu, mais les pieds sur les chemins des hommes : à peine a-t-elle accueilli Jésus qu’elle part servir Élisabeth. Elle n’est pas élevée au ciel pour nous faire oublier la terre, mais pour nous apprendre à y vivre selon le ciel.

Frères et sœurs, l’Assomption nous laisse trois certitudes : notre vie a une destination ; notre corps a une dignité ; notre mort n’est pas une disparition.

Marie est déjà arrivée là où nous sommes appelés à parvenir. Elle est, selon Vatican II, un « signe d’espérance assurée et de consolation ». La mort n’est pas un mur où notre vie se brise ; elle est une porte que le Christ ressuscité a ouverte sur la maison du Père.

Marie, femme revêtue du soleil, garde en nous la lumière de l’espérance. Apprends-nous à croire que ce que Dieu a commencé en toi, il veut aussi l’accomplir en nous. Et avec toi, chantons : « Le Puissant fit pour moi des merveilles ; saint est son nom ! » Amen.

 

Homélie du P. Clément M. pour la Solennité de l’Assomption de Marie2026-08-15T23:55:51+02:00

Homélie du P. Clément M. du XIXe Dimanche du Temps Ordinaire Année A.

Frères et sœurs, En novembre 1873, Horatio Spafford, un avocat chrétien de Chicago, apprend une nouvelle effroyable. Le navire qui transportait son épouse et leurs quatre filles vers l’Europe a fait naufrage. Son épouse a survécu, mais leurs quatre enfants ont péri. Elle lui envoie alors un télégramme de deux mots : « Sauvée seule. »

Horatio prend immédiatement un bateau pour la rejoindre. Au cours de la traversée, le capitaine lui indique l’endroit approximatif où ses filles ont disparu. Devant cette mer devenue le tombeau de ses enfants, cet homme aurait pu maudire Dieu. Pourtant, au cœur de ses larmes, il écrit les paroles du célèbre cantique It Is Well with My Soul : « Quel que soit mon sort, tu m’as appris à dire : mon âme est en paix. »

Comment un père frappé par une telle tragédie peut-il encore parler de paix ? Non pas parce que la tempête a disparu, mais parce qu’au fond de la tempête, il a découvert une présence plus forte que les vagues.

C’est précisément le message de l’Évangile de ce dimanche : le vent est contraire, mais le Christ vient. Les lectures nous donnent trois repères pour traverser nos propres tempêtes : écouter dans le silence, regarder malgré la peur et saisir la main tendue.

  1. ÉCOUTER : LE SILENCE DE DIEU N’EST PAS SON ABSENCE

Le prophète Élie traverse lui aussi une tempête intérieure. Il est épuisé, découragé, menacé. Réfugié dans une grotte, il attend le passage de Dieu. Survient un ouragan, mais Dieu n’est pas dans l’ouragan ; puis un tremblement de terre, mais Dieu n’est pas dans le tremblement de terre ; enfin un feu, mais Dieu n’est pas dans le feu. Dieu se manifeste dans « le murmure d’une brise légère », littéralement dans une voix de fin silence.

Nous voudrions souvent que Dieu intervienne avec fracas, qu’il supprime immédiatement la maladie, le conflit ou l’épreuve. Mais Dieu ne vient pas toujours de la manière que nous attendons. Son silence n’est pas son absence.

Saint Jean de la Croix disait : « Le Père n’a dit qu’une Parole, qui est son Fils, et il la dit toujours dans un éternel silence ; c’est dans le silence que l’âme l’entend. »

Le psaume nous indique donc l’attitude juste : « J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ? Ce qu’il dit, c’est la paix. » Dans nos épreuves, au lieu de demander seulement : « Seigneur, pourquoi ne fais-tu rien ? », demandons aussi : « Seigneur, qu’essaies-tu de me dire ? Que veux-tu faire grandir en moi ? »

  1. 2. REGARDER : LA PEUR GRANDIT LORSQUE NOS YEUX QUITTENT LE CHRIST

Les disciples sont dans la tempête alors qu’ils ont obéi à Jésus. C’est lui-même qui les a fait monter dans la barque. Cela signifie que le vent contraire ne prouve pas que nous sommes sur une mauvaise route. On peut accomplir la volonté de Dieu et traverser cependant une grande épreuve.

Au plus profond de la nuit, Jésus vient vers eux en marchant sur la mer. Remarquons-le : il ne supprime pas immédiatement les vagues ; il marche sur ce qui menace de les engloutir. Ce qui nous dépasse demeure sous ses pieds.

Alors Jésus prononce trois paroles capables de soutenir toute une vie : « Confiance ! C’est moi ; n’ayez plus peur ! » Il ne leur donne pas d’abord une explication ; il leur offre sa présence : « C’est moi. Je suis là. »

Pierre ose sortir de la barque. Tant qu’il regarde Jésus, il avance sur l’impossible. Mais lorsqu’il regarde davantage la violence du vent que le visage du Christ, il s’enfonce.

Voilà notre difficulté : nous regardons parfois davantage la force de nos problèmes que la puissance de Dieu. Nous regardons la maladie, l’échec, nos blessures, les mauvaises nouvelles, l’incertitude de l’avenir… et nous oublions celui qui nous a dit : « Viens ! »

La foi n’est pas l’absence de peur. La foi, c’est décider que la peur n’aura pas le dernier mot. Le pape François écrivait : « La foi n’est pas une lumière qui dissipe toutes nos ténèbres, mais la lampe qui guide nos pas dans la nuit, et cela suffit pour le chemin. »

  1. 3. SAISIR : LA MAIN DU CHRIST EST PLUS FORTE QUE NOS ABÎMES

Pierre commence à couler. Sa prière ne comporte que trois mots : « Seigneur, sauve-moi ! » Pas de discours compliqué, pas de belle formule : seulement le cri d’un homme qui n’a plus que Dieu.

Et l’Évangile précise : « Aussitôt, Jésus étendit la main et le saisit. » Aussitôt ! Jésus ne demande pas à Pierre de sortir seul de l’eau avant de le secourir. Il le saisit au cœur même de sa faiblesse.

Nous pouvons perdre pied sans perdre Dieu. Quand nous n’arrivons plus à faire de longues prières, il reste ce cri : « Seigneur, sauve-moi ! Sauve mon couple ! Garde mon enfant ! Relève-moi ! Ne m’abandonne pas ! »

Dans la deuxième lecture, saint Paul porte une immense souffrance pour ses frères. Il nous rappelle ainsi que la foi ne consiste pas seulement à sauver sa propre barque. Celui que le Christ a saisi doit devenir, à son tour, une main tendue. Il y a peut-être près de nous quelqu’un qui se noie silencieusement et que Dieu veut relever par notre écoute, notre présence, notre pardon ou notre générosité.

Frères et sœurs, retenons cette phrase : le vent est contraire, mais le Christ vient. Quand Dieu semble silencieux, écoutons-le. Quand la peur nous envahit, regardons-le. Quand nous commençons à couler, crions vers lui et saisissons sa main.

La tempête qui devait engloutir les disciples devient finalement le lieu de leur profession de foi : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! » Certaines tempêtes ne viennent pas pour nous détruire ; elles peuvent devenir, par la grâce de Dieu, le lieu où notre foi cesse d’être une théorie pour devenir une rencontre.

Seigneur, quand le vent nous est contraire, garde nos yeux fixés sur toi. Apprends-nous à entendre ta voix dans le silence, à marcher sur ta parole et à saisir ta main. Et fais de nous une main tendue pour ceux qui se noient près de nous. Amen.

Homélie du P. Clément M. du XIXe Dimanche du Temps Ordinaire Année A.2026-08-10T00:55:49+02:00

Homélie du P. Clément M. du XVIIIe Dimanche du Temps Ordinaire Année A.

Frères et sœurs! Un homme disait un jour : « Lorsque j’aurai davantage, je commencerai à donner. » Un sage lui répondit : « Si tu ne sais pas donner quand tu as peu, tu ne sauras pas davantage donner lorsque tu auras beaucoup. »

Car la générosité ne commence pas dans le portefeuille. Elle commence dans le cœur. Il existe des personnes qui possèdent peu, mais dont la porte, la table et le cœur restent ouverts. Et il en existe d’autres qui possèdent beaucoup, mais qui vivent dans la peur permanente de manquer.

La générosité est donc plus qu’une disposition naturelle : elle est une grâce à demander à Dieu, une libération intérieure, la capacité de ne pas vivre replié sur soi. Les lectures de ce dimanche nous invitent à découvrir trois dimensions de cette grâce : RECEVOIR, OFFRIR et PORTER DU FRUIT.

  1. RECEVOIR : Dieu est le premier généreux

Dans la première lecture, Dieu lance une invitation bouleversante :« Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer. »

Voici la générosité de Dieu : il donne sans humilier, il accueille sans calculer, il nourrit sans demander de paiement. Dieu ne nous aime pas parce que nous sommes riches de mérites. Il nous aime parce qu’il est Père.

La création est un don. La vie est un don. Notre intelligence, nos talents, notre santé, les personnes placées sur notre route : tout est don. Et même lorsque nous nous éloignons de lui, Dieu continue de nous offrir son pardon.

Saint Paul pose cette question : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » La personne généreuse est d’abord une personne qui se sait comblée. L’ingrat pense : « Tout m’est dû. » Le croyant dit : « Tout m’est confié. »

Dans l’Évangile, Jésus lui-même traverse une épreuve : il vient d’apprendre la mort de Jean Baptiste. Il cherche un lieu désert, sans doute pour se recueillir. Mais la foule le rejoint. Jésus aurait pu dire : « Aujourd’hui, laissez-moi tranquille ; j’ai moi-même besoin de repos et de consolation. » Pourtant, « saisi de compassion », il accueille les malades et nourrit la foule.

Voilà une forme très profonde de générosité : continuer à aimer alors que notre propre cœur est blessé. La générosité chrétienne ne vient pas seulement de nos réserves humaines ; elle jaillit de la grâce de Dieu à l’œuvre dans notre fragilité.

  1. OFFRIR : la générosité donne son peu

Devant la foule affamée, les disciples proposent :« Renvoie donc la foule. »

Ils voient la faim, mais ils voudraient éloigner le problème. Jésus répond :« Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. »

Les disciples répliquent : « Nous n’avons là que cinq pains et deux poissons. » Ce petit mot, « que », révèle leur découragement. Nous aussi, nous disons : « Je n’ai que peu de temps… que peu de moyens… que peu de compétences… Que puis-je faire devant tant de misères ? »

Jésus répond : « Apportez-les-moi. »

Dieu ne nous demande pas de donner ce que nous n’avons pas. Il nous demande de ne pas garder prisonnier ce que nous avons. La générosité ne consiste pas à donner beaucoup, mais à donner avec amour ce que nous pouvons donner.

Sainte Teresa de Calcutta racontait qu’elle avait apporté du riz à une famille qui souffrait de la faim. La mère prit aussitôt la moitié du riz et sortit. À son retour, elle expliqua : « Mes voisins aussi ont faim. » Cette femme possédait presque rien, mais son cœur n’était pas pauvre. Elle avait peu de riz, mais beaucoup d’amour.

Nos cinq pains et nos deux poissons peuvent être modestes : une visite à une personne seule, quelques minutes d’écoute, un service rendu sans attendre de remerciement, une place faite à l’étranger, un pardon offert, une compétence mise au service de la communauté.

La générosité, ce n’est pas seulement donner de l’argent. C’est donner de son temps, de son attention, de sa patience, de sa présence et parfois même de son repos.

Ce que nous retenons par peur demeure peu de chose. Ce que nous remettons entre les mains du Christ peut nourrir une multitude.

  1. PORTER DU FRUIT : la générosité multiplie la vie

Jésus prend les cinq pains, prononce la bénédiction, les rompt et les donne aux disciples. Et l’Évangile précise :« Tous mangèrent et furent rassasiés. Et l’on ramassa douze paniers pleins. »

La générosité porte d’abord un fruit d’ABONDANCE. Nous donnons un peu de temps, et quelqu’un retrouve le courage. Nous offrons une parole, et une personne se relève. Nous partageons un peu de pain, et Dieu nourrit aussi l’espérance.

Elle porte ensuite un fruit de FRATERNITÉ. Au début, il y avait une foule anonyme ; à la fin, il y a des hommes, des femmes et des enfants assis ensemble autour d’un même pain. La générosité transforme une foule d’étrangers en communauté de frères.

Enfin, elle produit la JOIE. La personne généreuse découvre qu’en donnant, elle ne s’appauvrit pas intérieurement : elle devient plus libre, plus vivante, plus semblable à Dieu. Le concile Vatican II affirme : « L’homme ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé de lui-même. »

Nous nous perdons lorsque nous vivons uniquement pour nous-mêmes. Nous nous retrouvons lorsque notre vie devient un don.

Frères et sœurs, l’Eucharistie que nous célébrons est la grande école de la générosité. Jésus ne dit pas : « Ceci est une partie de moi. » Il dit : « Ceci est mon corps livré pour vous. » Il ne donne pas quelque chose : il se donne lui-même.

Demandons-lui aujourd’hui cette grâce :

La grâce de RECEVOIR avec gratitude ;
la grâce d’OFFRIR sans calcul ;
la grâce de PORTER des fruits de joie et de fraternité.

Car, au soir de notre vie, ce ne sont pas nos possessions qui témoigneront pour nous, mais les personnes que nous aurons nourries, consolées, relevées et aimées.

Ce que nous gardons pour nous finit par nous échapper ; mais ce que nous donnons par amour entre déjà dans l’éternité. Amen.

 

Homélie du P. Clément M. du XVIIIe Dimanche du Temps Ordinaire Année A.2026-08-04T09:47:32+02:00

Homélie du P. Clément M. du XVIIe Dimanche du Temps Ordinaire Année A.

Frères et sœurs,Imaginez que cette nuit, Dieu vous apparaisse et vous dise exactement ce qu’il a dit à Salomon : « Demande ce que je dois te donner. »Que demanderions-nous ?La santé ? Une longue vie ? La réussite de nos enfants ? La sécurité matérielle ? La fin de nos soucis ? Peut-être même… de gagner au loto !

Salomon, lui, ne demande ni la richesse, ni la puissance, ni la disparition de ses ennemis. Il demande quelque chose de plus précieux : « Donne à ton serviteur un cœur attentif pour qu’il sache discerner le bien et le mal. »

Il ne demande pas d’abord que Dieu change les circonstances de sa vie. Il demande que Dieu change son cœur. Et l’Évangile nous présente un homme qui découvre un trésor et un négociant qui trouve une perle de grande valeur. Tous deux comprennent soudain qu’ils ont trouvé ce qui vaut tout.

La question de ce dimanche est donc simple, mais décisive :Qu’est-ce qui, dans ma vie, vaut vraiment tout ? Pour y répondre, retenons trois verbes : DISCERNER – CHOISIR – TRANSFORMER.

  1. DISCERNER : reconnaître ce qui a vraiment de la valeur

Salomon demande un cœur attentif. Dans le langage biblique, il demande littéralement un cœur qui écoute.

Nous vivons dans une société qui nous apprend à calculer, à comparer, à acheter, à produire… mais qui ne nous apprend pas toujours à discerner. Nous avons des téléphones de plus en plus intelligents, mais parfois des cœurs de plus en plus distraits. Nous savons rapidement combien coûte une chose, mais nous ne savons plus toujours ce qu’elle vaut.

Discerner, c’est se demander :

  • Est-il plus important d’avoir raison ou de sauver une relation ?
  • Est-il plus important de gagner davantage ou de rester disponible pour sa famille ?
  • Est-il plus important de soigner mon image ou de garder une conscience droite ?
  • Est-il plus important d’accumuler des biens ou de devenir moi-même quelqu’un de bien ?

On peut réussir son agenda et manquer sa vie. On peut avoir les mains pleines et le cœur vide. Le psaume nous fait dire : « Mon bonheur, c’est la loi de ta bouche, plus qu’un monceau d’or ou d’argent. »

Voilà la vraie sagesse : reconnaître que tout ce qui brille n’est pas de l’or et que ce qui ne fait pas de bruit — la foi, la fidélité, le pardon, la famille, une conscience en paix — constitue souvent le véritable trésor.

Seigneur, donne-nous un cœur qui sache reconnaître l’essentiel.

  1. CHOISIR : donner la priorité au trésor découvert

Dans l’Évangile, l’homme qui découvre le trésor ne reste pas à le contempler. Le négociant qui trouve la perle ne prend pas seulement une photographie pour la montrer à ses amis ! Tous deux prennent une décision : « Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède. » Remarquons bien ces trois mots : dans sa joie.

Ils ne vendent pas tout parce qu’ils détestent ce qu’ils possèdent, mais parce qu’ils ont trouvé quelque chose de plus grand. L’Évangile n’est pas d’abord une histoire de privation ; il est l’histoire d’une préférence.

Quand on a trouvé le Christ, le sacrifice change de nom : il devient un choix d’amour.

Charles de Foucauld avait longtemps cherché son bonheur dans les plaisirs, l’aventure et la gloire. Mais lorsqu’il redécouvrit Dieu, il écrivit : « Aussitôt que je crus qu’il y avait un Dieu, je compris que je ne pouvais faire autrement que de ne vivre que pour lui. »

Il avait trouvé la perle. Et lorsqu’on trouve la perle, on ne demande plus : « Quel est le minimum que je dois donner à Dieu ? » On demande : « Comment pourrais-je encore retenir quelque chose pour moi ? »

Frères et sœurs, le véritable trésor n’est pas simplement ce que nous possédons. Le véritable trésor, c’est Celui à qui nous acceptons d’appartenir.

Si le Christ est vraiment notre trésor, cela doit se voir dans notre manière d’utiliser notre temps, notre argent, nos talents ; dans notre fidélité, notre capacité à pardonner et notre attention aux plus pauvres.

  1. TRANSFORMER : laisser Dieu tout faire contribuer à notre bien

Saint Paul affirme : « Quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien. »

Attention : saint Paul ne dit pas que tout ce qui nous arrive est bon. La maladie n’est pas bonne. La trahison n’est pas bonne. Le deuil, l’échec, l’injustice ne sont pas bons.

Mais il affirme quelque chose d’extraordinaire : entre les mains de Dieu, même ce qui nous a blessés peut devenir un chemin de transformation.

Dieu ne veut pas toujours supprimer immédiatement nos épreuves ; il veut parfois les traverser avec nous et nous rendre, au cœur même de ces épreuves, davantage semblables à son Fils.

L’Évangile parle enfin du filet dans lequel il faut trier ce qui est bon et rejeter ce qui ne vaut rien. Ce tri commence aujourd’hui dans notre cœur : rejeter le mensonge, la rancune, la jalousie, les attachements qui nous emprisonnent ; garder la vérité, la bonté, la fidélité et tout ce qui nous rapproche de Dieu.

La sainteté, c’est permettre à Dieu de faire le tri en nous, afin que rien ne nous fasse perdre le véritable trésor.

Frères et sœurs, trois questions peuvent nous accompagner cette semaine :

Qu’est-ce que je demande vraiment à Dieu ?
Quel est le trésor pour lequel je suis prêt à choisir ?
Que dois-je laisser Dieu transformer en moi ?

Dans quelques instants, à l’Eucharistie, nous ne recevrons pas une chose, mais une Personne. Nous recevrons le Christ, le trésor caché sous l’apparence du pain, la perle précieuse offerte gratuitement à notre pauvreté.

Il y a quelques année j’ai lu un texte anonyme qui est resté gravé en moi !

L‘argent n‘achète pas tout:

L’argent peut acheter une maison……… mais pas un foyer.

L’argent peut acheter un lit…………mais pas le sommeil.

L’argent peut acheter une horloge…………..mais le temps.

L’argent peut acheter une position…mais pas le respect.

L’argent peut acheter du sang….. mais pas la vie.

L’argent peut acheter le plaisir……mais pas l’amour.

L’argent peut acheter un spectacle…… mais pas la joie.

L’argent peut acheter un esclave….. mais pas un ami.

L’argent peut acheter une femme… mais pas une épouse.

L’argent peut acheter des aliments,… mais pas l’appétit.

L’argent peut acheter des médicaments,….mais pas la santé.

L’argent peut acheter des diplômes,….mais pas la culture.

L’argent peut acheter des gardes du corps,…. mais pas la sécurité.

L’argent peut acheter des livres,…. mais pas l’intelligence.

L’argent peut acheter des tranquillisants,…. mais pas la paix.

L’argent peut acheter des indulgences,…. mais pas le pardon.

L’argent peut acheter la terre,….. mais pas le ciel.

Anonyme !

Demandons alors la grâce de Salomon : Seigneur, donne-nous un cœur qui écoute, un cœur qui discerne,un cœur qui choisit,un cœur qui se laisse transformer.Car celui qui t’a trouvé peut encore traverser des épreuves,
mais il ne peut plus dire qu’il lui manque l’essentiel. Amen.

Homélie du P. Clément M. du XVIIe Dimanche du Temps Ordinaire Année A.2026-07-26T23:37:45+02:00

Homélie du P. Clément M. du XVIe Dimanche du Temps Ordinaire Année A.

Frères et sœurs, On raconte qu’un homme voyageait dans un train avec ses enfants. Ceux-ci couraient, criaient et dérangeaient les voyageurs. Leur père semblait absent, incapable de réagir. Un passager, exaspéré, finit par lui dire :— « Monsieur, ne pourriez-vous pas vous occuper de vos enfants ? »

L’homme releva lentement la tête et répondit :— « Pardonnez-moi… Nous revenons de l’hôpital. Leur maman vient de mourir. Je ne sais pas encore comment leur annoncer qu’elle ne rentrera plus à la maison. »

En un instant, tout changea. Les enfants étaient toujours agités, mais les voyageurs ne les regardaient plus de la même manière. L’irritation avait fait place à la compassion. Quand le regard change, l’attitude change.

C’est peut-être le grand message des lectures de ce dimanche : le regard de Dieu nous permet de comprendre l’agir de Dieu. Dieu n’agit pas comme nous parce qu’il ne regarde pas comme nous. Son regard porte plus profond, plus loin et au-dedans.

  1. Dieu regarde plus profond que la faute

Devant le champ rempli d’ivraie, les serviteurs ne voient que la mauvaise herbe. Ils veulent agir immédiatement : « Veux-tu que nous allions l’enlever ? ». Mais le maître voit également les racines du bon grain, fragiles et entremêlées avec celles de l’ivraie. Il répond : « Non, en enlevant l’ivraie, vous risquez d’arracher le blé en même temps. ». Le maître ne nie pas la présence du mal. Son regard n’est ni naïf ni aveugle. Mais il refuse de sacrifier le bon grain sous prétexte de combattre l’ivraie.

Nous, nous regardons souvent les personnes à partir de leurs fautes : « C’est un menteur… C’est une femme impossible… Cet enfant est perdu… Il ne changera jamais… » Une faute finit alors par résumer toute une vie.

Dieu, lui, voit la faute, mais il voit aussi la personne enfermée derrière cette faute. Dieu ne confond jamais le pécheur avec son péché. Voilà pourquoi la première lecture affirme : « Toi qui disposes de la force, tu juges avec indulgence. » La patience de Dieu n’est pas faiblesse ; elle est la puissance d’un amour qui croit encore à la conversion.

Jacques Fesch avait commis un meurtre lors d’un braquage. La société ne voyait plus en lui qu’un criminel condamné à mort. Son crime restait grave et la souffrance provoquée, irréparable. Mais, en prison, cet homme connut une profonde conversion. Quelques heures avant son exécution, il écrivit : « Dans cinq heures, je verrai Jésus. »

Là où les hommes voyaient seulement l’ivraie, Dieu avait discerné un grain qui pouvait encore germer.

Saint Augustin disait : « Celui qui est aujourd’hui de l’ivraie peut devenir demain du bon grain. » Tant que dure le temps, ne désespérons de personne. Dieu ne regarde jamais une vie comme une affaire définitivement classée.

  1. Dieu regarde plus loin que le présent

Dans la graine de moutarde, nous ne voyons qu’un grain minuscule. Dieu, lui, voit déjà l’arbre où les oiseaux viendront faire leur nid. Nous regardons ce qui est ; Dieu voit ce qui peut devenir.

Une maman voit aujourd’hui son enfant éloigné de la foi ; Dieu voit peut-être déjà son retour. Un couple ne voit plus que ses blessures ; Dieu voit encore une possible réconciliation. Une communauté chrétienne voit ses limites et son vieillissement ; Dieu voit les petites semences d’un renouveau.

Pensons à saint Charles de Foucauld. Il a vécu des années dans le désert sans obtenir les conversions espérées. À sa mort, il n’avait fondé aucune communauté. Humainement, sa mission pouvait paraître stérile. Pourtant, après lui, sa vie cachée a inspiré des milliers de chrétiens et de nombreuses familles spirituelles. Nous voyons une graine ; Dieu voit déjà un arbre.

Ne méprisons donc jamais les petits commencements : une visite à une personne seule, un pardon accordé, une parole d’encouragement, quelques minutes de prière, un service humblement accompli. Dieu ne nous demande pas toujours de voir la moisson ; il nous demande de semer avec confiance.

  1. Dieu regarde au-dedans et transforme dans le secret

Enfin, Jésus parle du levain. Lorsqu’il est enfoui dans la pâte, on ne le voit plus. Pourtant, silencieusement, il fait tout lever.

Nous voudrions que Dieu agisse de manière immédiate et spectaculaire. Mais Dieu travaille souvent dans le secret. Nous disons : « Rien ne change dans cette personne… Rien ne se passe dans ma prière… » Pourtant, le levain est peut-être déjà à l’œuvre.

Saint Paul nous donne cette magnifique assurance : « L’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. ». Il y a des jours où notre prière n’est plus qu’un soupir, une larme ou quelques mots : « Seigneur, je n’en peux plus… Aide-moi… Sauve mon enfant… Soutiens notre famille… » Cette prière pauvre n’est pas une prière inutile. Quand nous n’avons plus de mots, l’Esprit Saint continue de prier en nous.

Frères et sœurs, demandons aujourd’hui au Seigneur de convertir notre regard. Voir plus profond, pour ne jamais réduire quelqu’un à ses fautes. Voir plus loin, pour croire aux petits commencements. Voir au-dedans, pour reconnaître le travail silencieux de l’Esprit. Car le regard qui condamne arrache ; le regard qui aime fait grandir.

Avant de conclure…j’aime particulièrement cette histoire d’un prêtre missionnaire spiritain,  français breton, qui a vécu 50 ans en Afrique en Guinée Conakry et le Sénégal…c’est le P. Armel DUTEIL. Il raconte cette histoire simple et merveilleuse : Un homme avait deux seaux

« Un homme avait deux seaux. Chaque matin, il allait puiser de l’eau à la rivière, mais l’un des seaux était percé, alors quand il arrivait à la maison le premier seau était plein mais le deuxième était à moitié vide. Et cela décourageait beaucoup le 2ème seau car il se sentait inférieur et même inutile. Un jour le 2ème seau dit à son maître « je ne vaux rien, je ne sers à rien, jette-moi et achète un autre seau neuf ». Le maître lui dit : « Tu n’as rien compris. Est-ce que tu ne sais pas regarder ? Est-ce que tu n’as pas vu que du côté où je porte l’autre seau à la main droite le chemin est tout sec, tandis que de ton côté, à gauche, le chemin est plein de fleurs. C’est toi qui les arroses chaque matin en perdant ton eau sur la route. Alors sois heureux, tu as un rôle irremplaçable ».

( et le P . Armel DUTEIL de conclure….) Heureux ceux qui savent voir le bon côté des choses et les qualités des autres et qui savent redonner confiance dans leurs valeurs et dans leur dignité à tous les seaux qui fuient dans le monde. Heureux les écrasés, les handicapés, les démunis, les nécessiteux, les blessés de la vie, et tous les autres, qui ne perdent pas leur eau pour rien ; ils sauront faire pousser des fleurs partout où ils vont, même dans les déserts les plus secs.

Seigneur, donne-nous ton regard : un regard lucide devant le mal, patient devant les personnes, confiant devant les petits commencements. Et fais de nous, au cœur de ce monde, des semeurs de confiance, de conversion et d’espérance. Amen.

Homélie du P. Clément M. du XVIe Dimanche du Temps Ordinaire Année A.2026-07-20T11:13:23+02:00
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