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Homélies des messes

Homélie du Père Joseph du VI° Dimanche de Pâques, année C (2022)

Mes chers frères et sœurs,

A quelques jours de l’Ascension, Jésus nous indiquetrois attitudes nécessaires et urgentes pour manifester sa vie et sa gloire dans notre vie. Ces trois attitudes sont urgentes et nécessaires pour l’Eglise et pour le monde qui ont besoin de renouveau, d’un nouvel élan, d’une conversion en profondeur…Elles nous permettent de retrouver son ADN de vrai disciple du Christ, pour ne plus nous contenter d’avoir notre nom inscrit quelque part dans un registre de baptême ou de confirmation.

La première attitude est celle-ci : « Demeurer en Jésus et Le laisser demeurer en nous ». Jésus s’adresse à nous en disant : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. » Jésus nous dit qu’il a besoin de notre amour. Vous rendez-vous compte ? Il ne s’agit pas d’un copain de classe, le voisin ou la voisine de bureau, de la chorale ou d’aumônerie qui tout d’un coup nous avoue ses sentiments amoureux pour nous demander de l’aimer à notre tour ! Il s’agit de Dieu lui-même, Jésus Ressuscité qui frappe à la porte de notre cœur pour nous déclarer son coup de foudre et nous demande de l’aimer à notre tour. Comme vous le savez mieux que moi d’ailleurs, un amour à sens unique, sans réponse positive ne donne aucune joie. Pour être vraiment bénéfique et produire du fruit, l’amour attend une réponse positive.

Cette expérience humaine est transposable au niveau spirituel. Depuis le baptême, et plus encore à la confirmation, Jésus nous dit qu’il nous aime.  Lors de notre confirmation, comme ces adultes qui s’y préparent pour la Pentecôte, ce n’est pas nous qui confirmons quelque chose, mais c’est Jésuslui-même qui confirme ce qu’il nous a déjà donné dans le baptême : sa vie divine, son amour infini. Il attend que chacun de nous lui confirme son amour car c’est dans la rencontre de ces deux amours, celui du Christ avec un A majuscule et le nôtre, avec le petit amour que se réalise notre ADN de disciple du Christ. Pour cela, comme deux amoureux qui se parlent et s’écoutent en essayant de communiquer de lamanière la plus harmonieuse, à travers le verbal et le non verbal, Jésus nous demande de garder sa Parole, de l’habiter, de la fréquenter, de la connaître à fond, de la prier, de la méditer pour être habités par Lui.

La Parole de Dieu est la lampe et la nourriture notre âme, de même que le pain et le vin que nous recevons dans chaque messe. Le disciple de Jésus, n’a pas besoin d’appuyer sa foi sur les apparitions, sur des miracles….mais cette parole deJésus qui nous certifie lui-même qu’il demeure réellementen nous par l’eucharistie : « Qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi et moi en lui » nous dit-il et encore « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure». Demeurer en Jésus signifie rester avec Lui, lui donner un bout de mon temps, de ma vie ». N’ayons pas peur d’ouvrir notre cœur à Jésus pour qu’il y demeure et le remplisse de son Amour. Parce que Jésus demeure en vous par son Esprit saint nous n’avons plus besoin de « prouver son existence ». Il nous est simplement demandé de témoigner de lui, sans peur dans notre vie.

La deuxième attitude est : « se Souvenir, se rappeler, ne pas oublier ». Jésus nous dit : « le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. »  La maladie d’Alzheimer est une catastrophe pour qui en souffre. Il oublie tout et ne reconnait plus rien, même ses enfants. Jeudi soir, à la réunion des END, un équipier nous disait sa souffrance d’avoir été voir sa maman  en maison de retraite, mais celle-ci ne l’a pas reconnu. A un certain moment, elle a présenté son fils comme étant son papa. De même, l’Alzheimer spirituel est une catastrophe pour la société, pour l’Eglise. Le pape François n’arrête pas de dénoncer cette maladie chez les chrétiens. Ne pas oublier les guerres passées, les calamités, les tragédies vécues dans l’histoire nous aide et nous engage pour ne plus y retomber aujourd’hui et dans l’avenir comme on peut malheureusement le voir avec ce qui se passe entre la Russie et l’Ukraine. On oublie vite les leçons de l’histoire. De même, ne pas oublier et se rappelerdes bienfaits desDieu dans notre histoire personnelle et collective nous aide à garder l’espérance dans les moments difficiles. C’est pour cette raison que nous devrions, personnellement, dans nos groupes, mouvements, services…faire une relecture spirituelle de tout ce que nous avons vécu cette année pour y voir Dieu à l’œuvre et qui nous accompagne. Se souvenir que la main de Dieu nous a accompagné dans le passé nous permet d’entrevoir l’avenir avec espérance car il a promis qu’il ne nous abandonnera jamais.  Jésus ressuscité dit à ses disciples ! « Allez, faites des disciples. Et moi je suis avec vous jusqu’à la fin des temps ! »

Le Saint Esprit est le Don par excellence. Une des missions du Saint Esprit est de nous rappeler que nous sommes définitivement enfants de Dieu. Saint Paul nous rappelle que le Saint Esprit murmure en nous et nous pousse à appeler Dieu « Abba », c’est-à-dire, « papa ». Le saint Esprit vient à notre aide pour nous souvenir, nous rappeler tout ce que Jésus nous a donné, pour ne pas le laisser endormir en nous. Imaginez un peu ! Un jour, vous avez reçu un très beau cadeau à Noël, à votre anniversaire, à votre baptême, votre mariage… Celui qui vous l’a offert y a mis beaucoup d’amour. Il a interrogé vos amis et proches, pour être sûr que cela vous fasse plaisir. Vous recevez votre cadeau avec des larmes de joie ! Le soir, fatigué de la routine de la fête, vous posez votre cadeau quelque part…! Ensuite vous l’oubliez complétement ! Une année plus tard, en faisant du rangementou le ménage, vous découvrez votre cadeau presque toujours emballé, couvert de poussière ! Quel gâchis ! De même, l’Esprit saint est là pour nous rappeler que nous sommes définitivement enfant de Dieu et qu’il nous a comblés de beaucoup de grâces et dons qu’il faut fructifier..

La troisième attitude, « est de cultiver la Paix en nous et autour de nous ». Jésus nous dit : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé. » Nous sommes effrayés, angoissé, nous avons peur de toutes ces choses douloureuses qui se passent dans nos familles, dans l’Eglise et dans le monde. Rappelez-vous quemême les disciples de Jésus, étaient effrayés et angoissé, etavaient énormément peur après la mort de Jésus. En venant à leur rencontre, après la résurrection, Jésus leur dit « La paix soit avec vous ». Pour construire la paix, nous devons la retrouver d’abord en nous. La paix est construite de manière graduelle. Il est inutile de penser apporter au monde la paix si nous ne la recevons pas d’abord dans notre cœur pour la cultiver ensuite dans notre famille resserrée, nos paroisses, nos groupes et services…. Petit à petit, graduellement, les bénéfices de cette paix qui jaillit de notre cœur atteindront toute l’humanité. Les négociations diplomatiques, calculées et intéressées, n’apportent qu’un semblant de paix, comme l’actualité nous le montre.

Jésus nous envoie témoigner de sa paix dans le monde. « Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu ». Artisan de paix ne signifie pas tout accepter et tout tolérer. La paix dont parle Jésus est celle qui refuse de se compromettre avec le mal. Se taire devant le mal subi, encaisser, se laisser manipuler par qui que ce soit, sans rien dire, n’est pas une attitude pacifique parce que celanous détruit de l’intérieur et risque exploser tôt ou tard. Devant le mal, l’artisan de paix sait exprimer ses désaccords, savoir dire « stop, ça suffit ! » et dénoncer le mal.

C’est cela que nous voyons dans la première lecture des Actes des Apôtres : dans l’Eglise Primitive, les apôtres ont un désaccord profond concernant l’accueil des nouveauxconvertis qui viennent du paganisme. Ils expriment leurs divergences ouvertement, après avoir prié le Saint Esprit. Ils vivent le premier des conciles, celui qu’on appelle le Concile Jérusalem qui leur permet de trouver une solution convenableà tout le monde. Ils nous montrent ainsi que la paix se cultive dans la vérité des échanges. Que le Saint Esprit de notrebaptême et confirmation nous donne de goûter à cette paix profonde que donne le Christ Jésus afin d’en témoigner dans le monde. Amen.

Homélie du Père Joseph du VI° Dimanche de Pâques, année C (2022)2022-05-22T11:22:37+02:00

Homélie du Père Joseph du V° Dimanche de Pâques, année C (2022)

Mes chers frères et sœurs,

Parce que vous avez certainement fait tous du catéchisme. Et j’imagine évidemment vous connaissez évidemment par cœur tous les commandements de Dieu tels qu’ils nous sont transmis par Dieu, à travers Moïse. Par contre, si l’on fait un test dans cette Eglise, très peu parmi nous, les fidèles catholiques, seront capables de répéter par cœur les 10 Commandement de Dieu (le Décalogue). Pourquoi ? Parce qu’à un certain moment dans l’histoire de notre pays, le catéchisme et l’aumônerie se sont transformés en un lieu convivial où l’on dessinait des petits cœurs…pour dire à Jésus combien nous l’aimons… mais sans se préoccuper de la transmission de la doctrine chrétienne aux jeunes. Un ancien séminariste de Lozère me partageait l’expérience infantilisante vécue en aumônerie de lycée quand il était en terminale où ils n’apprenaient rien de la foi chrétienne, sauf « littéralement apprendre quelques chansons de JC Giannada et de Yannick Noah et dessiner des cœurs ». Le résultat de cette méthode, c’est un grand déficit dans la connaissance doctrinale chrétienne chez beaucoup de Catholiques aujourd’hui….

Aujourd’hui encore, dans certains pays, comme jadis ici en France, au catéchisme, les enfants apprennent par cœur les commandements, les sacrements, les livres de la Bible… la connaissance d’un contenu doctrinal minimum est requise pour qu’un enfant ou un adulte soit admis aux sacrements de l’initiation chrétienne. Au bout du cheminement catéchuménal, les catéchumènes ou les enfants du catéchisme doivent faire un examen.  Il y a des aberrations dans cette méthode quand le catéchisme devient très scolaire, très intellectuel, comme ce curé d’une paroisse au Congo qui, à l’examen, demandait à un enfant de 9 ans le nom de famille du saint pape Jean Paul II.

Revenons aux 10 commandements. Ils ont été donnés au peuple d’Israël par Dieu, à travers Moïse…et tout le code législatif juif est une interprétation du Décalogue. Plusieurs fois d’ailleurs, Jésus lui-même a rappelé que tout juif devait respecter la Loi et les prophètes. Avant de mourir, Jésus laisse un testament à ses disciples, pendant la Dernière Cène : « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. » Ces paroles viennent expliciter une des deux facettes de l’unique commandement que Jésus a laissé à ses disciples. Vous vous rappelez bien qu’un jour, un scribe avait demandé à Jésus quel était le premier commandement : « Jésus lui fit cette réponse : « Voici le premier : Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force.  Et voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. » Ceci nous est raconté dans l’évangile selon saint Marc (12, 29-31)

Il n’existe donc qu’un seul et unique commandement, dont le Décalogue est l’application concrète : aimer Dieu en aimant son prochain. En d’autres termes, il ne suffit pas de dire que nous aimons Dieu pour que cela soit vrai. Saint Jean nous le rappelle dans sa première lettre : « Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas. Et voici le commandement que nous tenons de lui : celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère. » (1 Jn 4, 20-21). Nous sommes appelés à vérifier la vérité de notre amour en aimant nos frères et sœurs que Jésus lui-même a aimés en premier, car ils sont tous les enfants bien-aimés de Dieu.

Dans la foi chrétienne, l’amour du prochain sera le critère du jugement dernier, comme Jésus nous le rappelle encore dans l’évangile selon saint Matthieu : « “Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !”…chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,34-36)

Bref, dans la foi chrétienne, ce qui compte vraiment, ce n’est pas la rhétorique, la théorie, mais bien la pratique, les preuves, des faits ! Saint Jean nous rappelle d’ailleurs que nous devons aimer non pas en parole et par des discours, mais en acte et en vérité. Un artiste congolais rappelle dans une de ses chansons que l’amour n’existe pas, mais qu’il n’y a que des preuves d’amour ! Avouons que nous disons et entendons à longueur des journées des gens qui se déclarent l’amour fou…mais incapables d’en donner la moindre preuve concrète.

Donc, en matière d’amour, ce qui compte, c’est la pratique, les faits, du concret. Alors, demandons-nous : jusqu’à quel point ce commandement de l’amour doit-il nous engager ?  Quelle est la mesure de l’amour ? Quand est-ce que je peux aimer ? Qui suis-je appelé à aimer ? Il ne suffit donc pas d’aimer nos parents, nos amis, nos proches, les personnes sympathiques, notre équipe favorite comme le Stade Toulousain… Jésus a donné une réponse claire à toutes ces questions : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ! ». La mesure de l’amour, c’est Jésus lui-même. C’est lui qui, en premier, a aimé tous les hommes. Ensuite, Jésus n’a pas aimé par convenance, par calcul, par intérêt personnel. En troisième lieu, il a aimé de tout son être jusqu’à donner sa propre vie, comme il nous dit : « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ! »

C’est seulement dans cette perspective que son commandement devient vraiment nouveau. En effet, avant Jésus, les humains savaient aimer, et même aujourd’hui encore, sans être chrétien, l’être humain est capable d’aimer.  Le seul problème, c’est que de nous-même, nous ne pouvons aimer qu’avec quelques réserves, un peu de calculs, d’égoïsme… ! Humainement, notre amour est toujours intéressé.  Pour nous, c’est souvent : « J’aime un tel, mais pas l’autre ! J’aime, quand ça me convient, quand cela ne me coute pas, quand je veux ». La nouveauté de Jésus est dans l’abolition de la réserve, des frontières, des conditions, du petit calcul pour vivre l’amour comme un don total de soi. Cela n’est certes pas facile pour nous tous qui devons composer avec notre humanité fragile et égoïste. Pour cela, Jésus nous a laissé son aide dans sa Parole, les sacrements, son exemple et tous les saints qui, avant nous, ont essayé de l’imiter. Si d’autres ont su aimer comme Jésus, pourquoi ne le puis-je pas moi aussi ?

Pour finir, écoutons encore le Seigneur nous dire ceci : « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » Si nous avons de l’amour les uns envers les autres, l’Eglise, notre communauté paroissiale, devient réellement une belle communauté, qui donne envie, attrayante et rayonnante. Récemment, j’ai rencontré quelqu’un qui avait fui sa communauté paroissiale pour une communauté plus petite en disant que là, il avait trouvé des chrétiens qui lui donnaient envie car ils s’aiment et savent accueillir les nouveaux qui arrivent, comme donner place et accueillir ces adultes nouveaux baptisés, ces confirmands pour qu’ils ne disparaissent pas après le baptême, mais deviennent réellement des pierres vivantes pour la communauté, y prenant même des responsabilités.

On disait des premiers chrétiens à Jérusalem : « Voyez comme ils s’aiment ». Nous pourrons faire les catéchèses les plus intelligentes et les plus savantes, mais si nous ne nous aimons pas, notre communauté ne sera jamais attrayante. Saint Paul nous dit que sans amour notre foi qui transporte les montagnes n’est rien, même si je me fais bruler vif pour la foi ! Le pape François nous rappelle que l’Eglise grandit par attraction et non pas par prosélytisme. C’est par l’amour que nous serons reconnus comme disciples missionnaires, non pas par nos dévotions, nos prières, nos signes extérieurs, nos organisations et nos structures. Que cette eucharistie nous donne nous aimer les uns les autres comme Jésus que nous allons recevoir dans l’eucharistie afin de le glorifier par notre vie concrète et quotidienne qui sera un témoignage d’amour fraternel. Amen.

 

Homélie du Père Joseph du V° Dimanche de Pâques, année C (2022)2022-05-16T23:15:14+02:00

Homélie du Père Joseph du IV° Dimanche de Pâques, année C (2022)

Mes chers frères et sœurs,

« Mes brebis écoutent ma voix » ! Il ne s’agit pas d’ordre ni d’injonction ! Il s’agit simplement d’une voix. Je l’imagine douce, tendre, unique, impossible à confondre. C’est du Vrai Berger, Jésus l’Unique Bon Pasteur. La voix raconte une relation et révèle une intimité, fait émerger une présence et exprime des sentiments. La voix touche le cœur avant même les choses qu’elle explicite. Un bébé reconnait sa maman à sa voix, lui exprime une émotion, lui tend les bras et le cœur est déjà heureux avant même de comprendre le sens des paroles exprimée par la voix de la mère. La voix de m’amoureux qui fait battre le cœur de l’amoureuse et inversement, comme nous pouvons le lire dans le livre du Cantiques des cantiques : « La voix de mon bien-aimé ! C’est lui, il vient… Il bondit sur les montagnes, il court sur les collines… Ma colombe, dans les fentes du rocher, dans les retraites escarpées, que je voie ton visage, que j’entende ta voix ! Ta voix est douce, » (Ct 2,8. 14) Quand la Vierge Marie arrive dans la maison de Zacharie, elle salue Elisabeth. En entendant sa voix Jean-Baptiste trésaille d’allégresse dans le sein d’Elisabeth. « Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. » (Lc1, 44).

Jésus qui est l’Unique Vrai Berger et l’Unique Bon Pasteur, et nous faisons tous partie de son troupeau. Il connait chacun de nous par son prénom, et nous aime dès le sein maternel.  Jésus, notre Unique Berger nous offre la plus grande des motivations pour le suivre et écouter sa voix : il donne sa vie pour nous. Ce qui compte dans la relation avec le Bon Pasteur, ce n’est pas tant ce que, nous brebis, arrivons à faire. C’est plutôt ce que le Bon Pasteur fait pour moi. Le coeur de la foi chrétienne, ce n’est pas d’abord mon comportement moral ou mon éthique, mais c’est l’action et l’Amour de Dieu pour moi. La vie chrétienne ne se fonde pas sur les devoirs mais sur le don de la vie de Dieu reversée en moi avant même que j’ai pu faire quelque chose pour la mériter. Avant mon oui de ma liberté, Die m’a m’aimé et a donné sa vie pour que j’aie la vie en plénitude.

Jésus explique ensuite ce que veut dire être pasteur : « Mes brebis écoutent ma voix ;
moi, je les connais, et elles me suivent.  Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront,
et personne ne les arrachera de ma main
. ». Paroles pleines d’espérance. Les brebis dont Jésus est le pasteur ne sont pas une masse inconsciente, réagissant par instinct grégaire, mais des personnes conscientes, responsables et libres, qui ont décidé d’écouter avec confiance la voix du Christ Pasteur qui les guide en leur garantissant la vie éternelle comme l’exprime la deuxième lecture : « Voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main….Ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif, ni le soleil ni la chaleur ne les accablera,  puisque l’Agneau qui se tient au milieu du Trône sera leur pasteur pour les conduire aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux. »

La vie éternelle est le terminus où le Bon Pasteur guide et conduit ceux qui écoutent sa voix. Le Bon Pasteur est et reste toujours Jésus. Cependant, comme on l’a vu dans l’évangile de dimanche dernier, il a donné charge et missionà d’autres hommes pour remplir cette sur terre ce devoir. Il a dit à Pierre en effet, « soit le pasteur de mes brebis » A travers Simon Pierre, c’est à tous ses successeurs et collaborateurs que Jésus confie cette mission d’être des pasteurs pour ses brebis. Jésus demande à ces pasteurs, comme nous le dit le pape François, d’être au milieu et parmi les brebis pour sentir leur odeur du troupeau, partager les joies et les peines du troupeau. Le prêtre donne sa vie pour tous, et pas seulement pour une catégorie des fidèles ou des paroissiens. Mais le pasteur est aussi à être derrière les brebis, pour les contempler et voir comment avance le troupeau. Cela lui permet aussi de prendre de la hauteur, du recul !  Mais, le pasteur est aussi devant le troupeau, avec une lampe, pour indiquer la direction à prendre, orienter le troupeau, pour éviter toute débandade et confusion. Ceux-là que le Vrai Pasteur appelle, à sa suite, à devenir des pasteurs sont invités à être attentifs à la voix de Jésus, l’Unique Bon Pasteur. C’est ainsi que chaque année, le quatrième dimanche de Pâques, dimanche du Bon Pasteur est aussi la journée de prière pour les vocations sacerdotales.

L’Eglise appelle aujourd’hui tous les fidèles à prier pour qu’il y ait de nouveaux prêtres. Je sais combien cela peut paraître inopportun après les récentes affaires d’abus dans l’Eglise, le rapport de la CIASE. Quelques éléments de la synthèse des groupes synodaux qui ont se sont réunis montre combien la figure du prêtre est mal perçue et défigurée chez certaines personnes. Oui, le rapport de la CIASE a révélé qu’il y a 2% des prêtres ont commis des crimes horribles, faisant tomber l’opprobre sur les 98% autres. C’est vrai aussi que beaucoup de prêtres, pétris d’humanité, eux aussi, trainent des défauts manifeste dans l’exercice de leur mission, de leur autorité…

C’est d’ailleurs à cause de tout ce qui nous blesse chez nos pasteurs que nous devons encore plus prier pourque nous ayons, comme le demande le saint curé d’Ars, de prêtres, de nombreux prêtres, des nombreux et saints prêtres.  Parce que nous avons besoin de prêtres et que pour recevoir la vie divine, à travers les sacrements, l’Eglise a besoin des prêtres, les fidèles sont appelés à travailler, à aider et prier pour leur sainteté, leur équilibre humain et spirituel, leur conversion afin que chaque jour la vie des prêtres s’ajuste à celle de Jésus, et non pas sur celle du monde. Si le Christ est le seul Bon Pasteur, le seul vrai Berger, les prêtres sont appelés à vivre à la manière du Christ au nom de qui ils agissent surtout lorsqu’ils célèbrent les sacrements.

Oui, les prêtres ont des défauts, parfois de très gros défauts. Et cela n’est pas une nouveauté. Je ne veux pas ici me faire l’avocat de moi-même et de tous mes confrères dans le sacerdoce ! L’histoire de l’Eglise a commencé avec les apôtres, mais au moment crucial, seul l’un d’eux a suivi Jésus jusqu’au pied de la croix, l’un d’eux l’avait trahi, un autre l’avait renié et tous les autres ont pris la fuite. Et pourtant, comme nous l’avons vu dimanche dernier, Jésus leur a renouvelé sa confiance en leur confiant la mission de conduire son Eglise. Ceux qui sont venus après, c’est-à-dire, les papes, les cardinaux, les évêques et les prêtres restent des humains comme tels, et par définition, un humain est pécheur, portant son lot des qualités et des défauts.

Depuis quelques années, malheureusement, j’ai souvent entendu, même de la part des fidèles, ne parler que des défauts des pasteurs, rappelé les crimes horribles commis par un très petit nombre parmi eux. J’ai rarement entendu du don total de leur vie, de leur générosité dans la mission, leur abnégation, leur fatigue parfois, et même le martyre de certains parmi eux dans certains pays. Aussi, n’oublions jamais que les prêtres ne sont que des instruments entre les mains de l’Unique Pasteur qu’est Jésus. C’est au Christ que nous devons adresser notre louange et notre action de grâce pour les biens que nous recevons de lui à travers le ministère des prêtres.  Nous ne venons pas à la messe pour les prêtres ! Si c’est le cas, nous risquons d’être souvent déçus et découragés. Nous venons pour le Christ, qui nous ouvre ses bras et qui se donne à nous en donnant sa vie pour nous dans chaque eucharistie.

Homélie du Père Joseph du IV° Dimanche de Pâques, année C (2022)2022-05-16T23:18:56+02:00

Homélie du Père Joseph du III° Dimanche de Pâques, année C (2022)

Mes chers frères et sœurs,

La dernière fois que Jésus Ressuscité apparait aux disciples, dans l’évangile selon saint Jean, c’est sur le lac de Tibériade. Le contexte est difficile pour les disciples.  Leurs coeurs sont remplis non seulement de souvenirs de tout ce qu’ils ont vécu et partagé avec Jésus, mais aussi d’amertume, de regret et de culpabilité, surtout de la part de Simon Pierre qui n’a aucun doute sur le fait que Jésus est ressuscité, mais cet événement extraordinaire n’a pas redonné paix et sérénité à son cœur ! Malgré la résurrection de Jésus, Simon Pierre ne s’autorise pas d’être dans la joie.  Il porte lourdement dans son cœur le poids de sa trahison, son reniement qu’il a du mal à se pardonner.

Simon Pierre me fait penser à la vie de tant de personnes marquées par des actes ou des péchés graves commis dans leur passé, qui font ensuite l’expérience de la résurrection à travers une conversion, parfois foudroyante, mais qui ont du mal être vraiment sereins et joyeux parce qu’ils trainent le poids de ce passé douloureux qui les a marqués. Il m’est souvent arrivé de confesser une personne, parfois très âgée qui, pour la énième fois, vient confesser un péché commis dans la jeunesse et dont le souvenir hante toujours comme un cauchemar. C’est vrai que Simon Pierre a renié le Seigneur, il a bien avoué à trois reprises le vendredi saint qu’il ne le connaissait pas Jésus, se laissant intimidé par une servante. A présent, Simon Pierre est convaincu au fond de lui d’être un bon a rien, d’avoir loupé sa vie, d’avoir tout échoué et se considère simplement comme un traitre impardonnable.

Simon Pierre est aigri, triste et est revenu à sa vie passée, à son métier d’avant sa rencontre avec Jésus, ce métier de pêcheur qu’il avait abandonné pour suivre Jésus. La belle aventure avec Jésus s’est terminée !  Retour à la dure réalité. Les trois ans passés avec Jésus étaient une très extraordinaires et inoubliables, mais à présent, c’est fini tout ca, il faut tourner la page, reprendre une vie normale.  Nous faisons parfois la même expérience ! Après un beau pèlerinage, de JMJ, un séjour à Taizé, une retraite dans un monastère ou un mois d’exercices de Saint Ignace, un grand Jamborée ou un méga camp scout, un séjour à Paray Le Monial avec la communauté de l’Emmanuel… et puis, revenir à la vie normale et se rendre compte que nous avons toujours les mêmes fragilités et les mêmes doutes. Le quotidien est tellement différent de toutes ces fortes expériences ecclésiales et spirituelles. Il faut s’accrocher au quotidien : « Ils partirent et montèrent dans la barque ; or, cette nuit-là, ils ne prirent rien. »

C’est dans cette ambiance que Jésus rencontre sur le rivage ce groupe de pêcheurs fatigués et découragés. « Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. » Un silence ! Une hésitation ! « Qu’est-ce qu’il a dit ? Mais c’est qui celui-là ? » C’est le disciple que Jésus aimait, celui qui était resté au pied de la croix avec Marie, qui reconnait le premier le Ressuscité ! « C’est le Seigneur ! » Notre vie commence réellement à changer le jour où, rempli de stupeur et d’émerveillement nous reconnaissons et percevons le Seigneur dans ces petites histoires de notre propre histoire personnelle. Beaucoup cherchent Dieu dans les apparitions, les miracles parce qu’ils ont du mal à le voir et le percevoir dans leur quotidien.  On le cherche dehors alors que Dieu nous apparait et nous rencontre toujours dans la chapelle de notre cœur au quotidien. Chercher Dieu toujours dans les miracles, et les manifestations extraordinaires peut être plus un manque de foi qu’un vrai désir de Dieu.

Saint Jean est le seul à reconnaitre Jésus ressuscité, comme au matin de Pâques, en découvrant le tombeau vide : « il vit et il crut ». Les idées, sans l’amour, ne voient jamais le Seigneur. C’est parce que nous aimons le Seigneur que nous pouvons le voir présent et agissant dans notre vie. Aucune idée sur Dieu ne nous fera faire l’expérience de sa présence. Simon Pierre est l’Eglise qui, avec beaucoup de mal, va à la pêche, mais n’arrive à rien prendre parce que cette Eglise dans la routine. Combien de fois nous avons fait le constat que notre manière de « vivre et de faire Eglise » ne marche plus, que nous sommes depuis des années dans la routine mais nous résistons au changement, nous refusons de faire autrement, parce que prisonniers de la routine, du « on a toujours fait comme ça depuis des années et on ne voit pas pourquoi changer… », alors qu’en réalité nous voyons que notre vieux système ne marche plus aujourd’hui.

Pierre doit mouiller sa propre sécurité ! Tellement enfermé dans ses schémas mentaux ! Quand nous sommes enfermés dans nos vielles idées fixes, nous devenons immobiles, engourdis spirituellement et mourrons de l’intérieur parce que nous refusons de changer. Toute rigidité, toute raideur tue parce que la vie demande de la souplesse et de la légèreté.  Simon Pierre est encore dans ses rigidités, il tient à son autorité, symbolisée ici par le vêtement ! Il met un vêtement avant de se jeter à l’eau ! « Quand Simon-Pierre entendit que c’était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n’avait rien sur lui, et il se jeta à l’eau. » Pierre doit affronter encore une fois ses peurs et reconnaître ses propres rigidités.

Sur le lac de Tibériade, Jésus revient voir ceux qui l’avaient abandonnée. Au lieu de leur demander de se mettre à genou, de lui demander pardon, c’est Jésus qui se met à genou devant le feu de bois et qui, une fois encore se met au service de ses disciples fragiles, fatigués et découragés. Aucun reproche. Il ne leur reproche même pas leur retour à la vie d’avant, à leur métier de pêcheur. C’est le style de Dieu : tendresse, humilité et miséricorde. Jésus ne nous fait pas de reproches, ne nous accuse pas, ne nous demande pas des explications ! Pour Dieu, aucun humain ne peut être identifié ni enfermé dans son péché ou sa faute. La sainteté ne consiste pas dans le fait de n’avoir jamais commis de péché ou de n’avoir jamais trahi, mais dans la capacité à renouveler notre amitié au Seigneur. Et c’est Jésus qui demande : « Apportez donc de ces poissons que vous venez de prendre. »

C’est dans ce climat d’amitié et de simplicité que se déroule le dialogue entre Jésus et Simon Pierre. « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. »  Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis. » Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? ». Jésus abaisse le tir, il s’adapte. Peu importe la trahison, le reniement et la fragilité de de Pierre. Il lui demande simplement de l’aimer comme il peu ! Cela suffit !

Maintenant que Pierre a accepté et reconnu ses peurs, ses fragilités et ses faiblesses, il devient capable d’être le berger, le pasteur pour conduire les autres. Jésus lui demande de le suivre car Simon Pierre sait désormais que suivre le Christ ne signifie pas faire carrière, régner, avoir le pouvoir mais être simplement au service et passer parfois à travers l’épreuve de la croix.

Saint Augustin, commentant ce passage nous rappelle que Jésus, en interrogeant Simon Pierre, pose la même question à chacun de nous, nous demandant si nous l’aimons. La bonne nouvelle de ce dimanche c’est qu’au dernier jour, après avoir trahi et renié le Seigneur des centaines de milliers de fois, il me demandera de centaines de milliers de fois de lui renouveler mon amour. Et j’espère que chacun répondra sincèrement, peut-être, les larmes aux yeux, mais comme Simon Pierre : « Oui, Seigneur tu sais tout, tu sais bien que je t’aime ».

Homélie du Père Joseph du III° Dimanche de Pâques, année C (2022)2022-05-16T23:15:21+02:00

Homélie d’Henri Fisher du II° dimanche de Pâques, Divine Miséricorde, année C (2022)

Frères et sœurs,

Nous venons d’entendre la conclusion de l’évangile de Saint Jean. Comme toute conclusion ce dernier chapitre est très dense, très riche. Ce matin, en cette période synodale où nous réfléchissons comment en Église annoncer l’Évangile, je vous propose de faire un focus sur ce que ce texte a à nous dire au sujet de l’Église. J’en profite pour rendre grâce pour toutes les personnes qui se sont investies dans des groupes de réflexion pour construire un nouveau « Marcher Ensemble » !

Que se passe-t-il avec Thomas, lui le premier croyant notre frère jumeau dans la foi ? Comme lui nous n’avons pas été témoins de la résurrection, comme lui nous avons rencontré des témoins qui nous ont transmis cette bonne nouvelle : Christ est ressuscité. Comme lui nous avons pu douter, il nous a fallu du temps – 8 jours symboliques nous dit Saint Jean – comme lui nous avons été touchés par la parole de Jésus qui est venu nous chercher là où nous en étions et nous avons pu crier « Mon seigneur et Mon Dieu ». Voilà dévoilée la première mission de l’Église accueillir ceux qui cherchent Dieu, leur transmettre ce que nous avons reçu : Christ est mort et ressuscité. Nous pouvons rendre grâce pour tous les passeurs de foi : en tout premier lieu les parents, les catéchistes, les animateurs d’aumônerie, les accompagnateurs des jeunes à la préparation aux différents sacrements, les accompagnateurs au service du catéchuménat.

Écoutons maintenant ce que Jésus dit à Thomas « Mets tes mains dans mes plaies ». Ces plaies du Crucifié qui sont encore présentes dans le Ressuscité. La résurrection n’efface pas les plaies. Entendons cet appel à toucher les plaies de ce monde et elles sont nombreuses encore aujourd’hui : la guerre en Ukraine, les massacres en Afrique subsaharienne, les victimes de la pandémie, les victimes des événements climatiques, les migrants qui meurent en chemin vers une terre d’accueil. À travers l’appel de Jésus à Thomas, nous pouvons accueillir l’exigence qui est faite aux croyants de se mettre à côté de ceux qui souffrent, à côté de ceux dont les plaies sont ouvertes pour leur signifier que Jésus-Christ inlassablement est là avec eux, d’annoncer aux plus fragiles, aux plus pauvres que Dieu les aime inconditionnellement. Nous pouvons rendre grâce pour l’engagement de tous ces chrétiens dans les mouvements d’Église présents auprès des plus pauvres et des plus petits : ATD Quart Monde, le Secours Catholique le CCFD, l’ACAT, l’association Welcome pour l’accueil des migrants, pour toutes les œuvres caritatives au service des plus fragiles, au service de la fraternité humaine.

Le dernier point, j’aurai pu commencer par ça, le don de l’Esprit Saint. Jésus le donne à cette petite Église qui avait peur, qui s’était barricadée au Cénacle. Le Christ les a rejoints, Il souffle sur eux et leur dit « recevez l’Esprit Saint ». Les barrières s’envolent, la joie est là. Le Christ nous envoie comme le Père l’a envoyé. Il nous envoie en mission pour annoncer cette bonne nouvelle, pour libérer le monde du péché. Nous pouvons avoir peur, nous pouvons nous sentir affaiblis, nous pouvons nous sentir minoritaires – et que dire de cette première communauté de croyants ! – mais en aucun cas nous ne pouvons rester repliés sur nous-mêmes parce que le Christ nous a envoyé l’Esprit Saint pour nous aider dans la mission de porter cette bonne nouvelle aux hommes. Nous pouvons demander au Seigneur de nous aider à entrer dans Sa joie, qu’Il vienne déverrouiller les portes de ce qui me tient prisonnier de la peur et de la tristesse.

Saint Jean conclu ce chapitre et son Évangile par ces mots : « pour que vous croyez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant vous ayez la vie en son nom. » Vivre en plénitude, tel est le dessein d’amour de Dieu pour l’humanité. Voilà une belle feuille de route pour nous membres de cette communauté de croyants. Dans la confiance du cœur miséricordieux de Dieu, continuons à transmettre ce que nous avons reçu, continuons à nous mettre au service des plus petits, continuons à nous ressourcer auprès de l’Esprit Saint et alors ensemble, en Église nous entrerons dans la joie de notre Dieu. Alléluia

Homélie d’Henri Fisher du II° dimanche de Pâques, Divine Miséricorde, année C (2022)2022-04-25T19:05:56+02:00

Homélie du Père Joseph du II° Dimanche de Pâques, Divine Miséricorde, année C (2022)

Mes chers frères et sœurs !

Pour nous aujourd’hui, la foi en la résurrection est presque évidente ! Quoique ! Il parait que plus de 50% des catholiques pratiquants en France ne croient pas en la résurrection, qu’ils confondent parfois avec la réincarnation. Nous en avons parlé jeudi soir lors de notre conférence sur l’eschatologie chrétienne. Mais, ça, c’est un autre débat ! Je suppose que comme moi, ce qui fonde votre foi, c’est la mort et la résurrection de Jésus. Cependant, mettons-nous un peu à la place des apôtres pour comprendre leur désarroi. Après la dernière Cène, ils ont vu Jésus arrêté, jugé, condamné, flagellé, crucifié et mis à mort au Golgota. Personne parmi eux n’a pu ni eu le courage de le suivre, le réconforter, sauf le plus jeune parmi eux avec quelques femmes restées au pied de la croix. Alors, dans leur cœur, il y a beaucoup de culpabilité, de remord et de tristesse.

Mais au matin de Pâques, une rumeur commence petit à petit à se répandre disant qu’il est ressuscité. Le tombeau a été retrouvé vide par quelques femmes y sont allé tôt le matin, Pierre et Jean ont aussi fait le constat d’un tombeau vide mais ils n’ont pas trouvé le corps. Les disciples ne savent que penser. Leur moral vacille entre des sentiments de joie, d’enthousiasme et des doutes, de la fatigue. Tout ceci les perturbe. Ils ont tellement peur au point aller s’enfermer dans la même maison où ils avaient célébré le dernier repas, le soir avant la l’arrestation de Jésus. C’en est trop tout ça ! Les disciples n’en peuvent plus ! La nouvelle de la résurrection de Jésus ?  La ficelle est tellement grosse. C’est tellement radical, nouveau, inattendu, excessif pour être vrai !

Il est vraiment ressuscité ? Mais alors ! Les femmes leur ont raconté leur rencontre avec des anges au matin de Pâques, mais les disciples ne les ont pas cru ! Difficile de croire tout ce que peuvent raconter les femmes qui s’imaginent souvent des choses. Pour les disciples marqués par une culture juive assez machiste, les femmes sont tellement instables émotionnellement qu’il faut prendre cette nouvelle avec des pincettes. Mais, Cléophas et son compagnon d’Emmaüs ont aussi parlé de leur étrange rencontre sur la route. Simon Pierre, peu enclin aux bavardages, est fermé dans ce mutisme qui le caractérise depuis l’arrestation de Jésus et son reniement. Il leur a pourtant dit qu’il a rencontré Jésus vivant. La ficelle est trop grosse ! Les apôtres sont dans une sorte de débat et de discussion sans fin, enfermés !

C’est à ce moment-même que Jésus leur apparaît ! Inutile de parler de foi ! Tellement évident et massif ! Plus de discussion possible ! C’est bien lui, Jésus. Nous sommes là devant une donnée solide et évidente devant laquelle on s’incline et on obéit. Jésus est là présent physiquement, vivant, et leur parle. Sa présence n’appelle pas la foi, mais à la constatation, quelque chose de phénoménologique qui refuse le doute.

Et pourtant, la foi est le protagoniste du dimanche de la Divine Miséricorde, avec un acteur d’exception : l’apôtre saint Thomas, le croyant, pas l’incrédule comme on l’appelle souvent. Mais que veut vraiment dire « croire » ! En Français, ce concept est ambigu car il peut signifier « doute ».  Par exemple, « je crois qu’il fera beau demain », « je crois qu’il, qu’elle, qu’il m’aime » qui signifie que je ne suis pas si sûr, que j’ai quelques doutes.  Dans la Bible par contre, pour décrire l’acte de foi, on utilise en hébreu deux verbes « Aman » et « hatah » qui indiquent un point d’appui sûr, une certitude absolue. Ce qui a donné naissance à notre affirmation « amen » qui signifie « j’en suis certain ». Croire signifie s’appuyer sur quelque chose de solide, faire confiance à quelqu’un qui est digne de confiance. En ce sens, Thomas ne croit pas, pas plus que les autres apôtres !

Ce sur quoi Thomas s’appuyait s’est écroulé le vendredi saint. Son enthousiasme s’est éteint ! Tout semble avoir été perdu, le Royaume attendu devient une illusion. Il n’a plus des certitudes parce que la mort en croix les a toutes balayées !  Cela nous arrive parfois. Cela veut dire qu’il est parfois providentiel, nécessaire et préférable que certaines certitudes sur lesquelles nous appuyons notre foi puissent s’écrouler parce que trop fragiles et inconsistantes. Thomas ne le sait pas encore, mais bientôt sa foi va renaitre, une renaissance qui s’appuiera sur la prédication de Jésus et non plus sur les projets que Thomas lui-même avait élaborés.

Une fois écroulée, nous voici prêt pour la vraie foi qui signifie aussi faire confiance en quelqu’un. Thomas ne fait plus confiance en ses compagnons, ni dans l’Eglise. Pourtant, c’est à ses compagnons et à cette Eglise auxquels il ne fait plus confiance et dont il se méfie, comme beaucoup parmi nous aujourd’hui, que l’annonce de la résurrection est confiée. Mais comment croire au message des apôtres, qui lui annoncent que Jésus est ressuscité, alors qu’ils s’étaient tous montrés lâches et incohérents comme lui-même la veille ! Ils s’étaient tous enfui, le plus grand parmi eux, en la personne de Simon Pierre allant même jusqu’à renier Jésus. C’est vrai, Thomas a raison ! Comment croire en l’évangile si les apôtres, les chrétiens, les fidèles l’Eglise qui le proclament et l’enseignent n’en témoigne pas dans sa vie, quand ils posent parfois carrément des actes contraires à l’Evangile ? Si nous voulons être crédibles, le monde attend de nous une cohérence de vie, en dépit de nos fragilités. Le monde actuel a plus besoin de témoins crédibles que des maîtres.

Une chose importante est à souligner ici. Thomas ne s’en va pas du groupe ! Il ne quitte pas la barque même si le message de la résurrection est confié à une Eglise, une communauté ecclésiale et à des disciples trop fragiles et incohérents. L’apôtre Thomas ne comprend pas, mais il reste là, avec les autres. Il ne va pas chercher une communauté ailleurs, une qui lui corresponde. Il ne part pas pour fonder une Eglise alternative comme les pasteurs des certaines confessions protestante ou sectes qui vont de schisme en schismes, fondent une nouvelle secte ou communauté chaque fois qu’ils ne sont plus d’accord.

Ne se sentant pas meilleur que les autres, Thomas reste avec eux. Le fait de rester dans l’Eglise, au sein de la communauté, avec les autres, même quand on est blessé, est une des meilleures décisions prises par Thomas parce que 8 jours après, le Maître revient seulement pour lui. Voici le Ressuscité présent, léger, splendide, le visage radieux et serein dont émane une grâce qui apaise : « La paix soit avec vous ! », dit-il à cette communauté réunie. Les autres le reconnaissent et vibrent de joie ! Il y a huit jours, ils l’ont vu en l’absence de Thomas. Ce dernier lui, encore blessé, le regarde abasourdi. Le Seigneur s’approche de Thomas, lui montre ses mains et son côté transpercé ! Thomas craque ! Sa colère, sa douleur, sa peur, tout cela fond comme la neige au contact de la chaleur du soleil. Le voici à genou, en adoration, embrassant les plaies du Seigneur. Il pleure de joie, de foi et rit : « Mon Seigneur et mon Dieu »

Saint Thomas est le saint patron de tous les enthousiastes dont le cœur bat fort au-delà des obstacles et des blessures, ceux qui croient que Jésus vient en notre secours quand nous sommes perdus, quand nous sommes tombés plus bas dans notre vie. Saint Thomas est le saint patron de ceux qui, comme aujourd’hui, tout en étant profondément blessés et scandalisés, ceux qui ont perdu confiance dans les disciples et dans l’Eglise… ont choisi quand même de ne pas être débaptisés, de ne pas enfermer ni l’Eglise, ni les disciples dans leurs fragilités, mais qui fixent leur regard sur le Ressuscité dont ils professent la foi, avec et au milieu des autres chrétiens, tous pécheurs et indignes les uns que les autres.

Saint Thomas est le saint patron de ceux qui ne se sentent pas meilleurs même quand ils s’aperçoivent des fragilités des autres, en matière de foi ou de morale, mais qui choisissent de rester, d’aimer la communauté, la famille ecclésiale, fidèles au Christ Jésus qui nous appelle à nous convertir. Il est saint le patron des disciples qui aiment l’adoration, comme ceux qui vont vivre l’heure de la miséricorde cet après-midi ! Il est le premier, parmi les apôtres, à avoir professé la divinité du Christ Ressuscité « Mon Seigneur et mon Dieu » et qui nous invite à la spontanéité dans la profession de notre foi en Jésus Ressuscité, vivant à jamais. Amen.

Homélie du Père Joseph du II° Dimanche de Pâques, Divine Miséricorde, année C (2022)2022-04-22T20:47:23+02:00

Homélie du Père Joseph du Dimanche de Pâques, année C (2022)

Mes chers frères et sœurs !

Il y a un peu plus de deux mille ans, à Jérusalem, fut condamné et crucifié un homme, le Fils de Dieu, Jésus de Nazareth. Au matin de sa résurrection, l’ambiance n’était pas la même que la nôtre ce matin à Tournefeuille : une église remplie, des familles et une communauté pleine de joie et heureuse de célébrer la Pâques et les baptêmes de Baptiste, Isaac, Elie, Matthieu, Gilen, Chloé, Ange et Luca. Au matin de Pâques l’ambiance à Jérusalem n’était vraiment pas à la fête !

L’évangile nous dit que ce matin-là à Jérusalem, il faisait encore nuit ; les rues désertes et que quelques oiseaux chantaient encore quand une femme, Marie Madeleine sort de chez elle, craintive, mais poussée par l’Amour ! Direction le tombeau de Jésus ! Marie-Madeleine a peur d’être une femme et seule dans cette rue déserte de Jérusalem après ce qui s’est passé à la veille. Mais, aucune peur ne peut vaincre l’amour véritable. La veille, Marie Madeleine a vu Jésus mourir. Ce matin, elle veut simplement aller poser des gestes d’amour que les soldats ne lui ont pas permis de réaliser à la veille : embaumer et mettre de l’huile parfumé sur le corps de Jésus avant le lever du jour.

Marie Madeleine n’a pas fermé l’œil de toute la nuit : elle a beaucoup réfléchi à ce geste qu’elle allait poser au matin de Pâques, en toute discrétion. Marie-Madeleine déprime, elle est triste et angoissée, son monde à elle semble s’être écroulé lorsqu’elle a perdu Jésus la veille…mais la déprime, la tristesse et l’angoisse n’ont pas tué en elle l’amour pour Jésus. C’est cet amour présent dans son cœur qui la pousse à défier la peur et les ténèbres pour aller au tombeau.

Marie Madeleine n’est pas la femme dont parlent les romans comme ces best-sellers qui nous séduisent, tel le Da Vinci Code Dan Brown par exemple, et qui la font passer pour la femme de Jésus.  Moi je vous parle de Marie-Madeleine, la vraie, celle dont nous parlent les Evangiles et la tradition, qui était devenue une disciple de Jésus, et qui l’a suivi après leur première rencontre. Sa vie était blessée, mouvementée, pas vraiment exemplaire, mais en rencontrant Jésus, elle a trouvé en lui l’homme qui ne condamne pas, mais qui nous regarde avec amour, nous relève et donne une nouvelle direction à notre vie blessée, la rendant plus rayonnante. Vous comprenez alors qu’après la mort de Jésus, Marie-Madeleine soit très déprimée et triste.

Il nous arrive aussi de traverser la même situation, en pensant que notre vie n’a plus de sens, que nous ne pourrons jamais nous relever de nos épreuves, de ces petites et grandes épreuves qui nous font faire une expérience de la mort et du désespoir… Comme pour Marie-Madeleine, le Ressuscité nous rejoint pour nous dire de ne pas le chercher dans un tombeau vide car il est vivant.  C’est en essayer de se battre, de défier la peur et la tristesse, avec un peu de courage, comme Marie Madeleine que nous parviendrons à faire l’expérience de la résurrection.

Ce matin-là, Marie-Madeleine quitte son lit pour aller à la tombe, pour pleurer et voir le corps de Jésus. Ça ne sert à rien de rester tourner et se retourner dans son lit alors qu’on n’arrive pas à dormir. Alors, Marie-Madeleine se lève pour faire face à ce qui la préoccupe. C’est cela faire l’expérience de la résurrection. La fête de Pâque commence pour nous quand nous acceptons d’affronter et de traverser la nuit de nos épreuves. Quand Marie-Madeleine arrive au tombeau, quelque chose d’inattendu s’est produit : la pierre qui fermait l’entrée du tombeau a été enlevée. Quelqu’un l’a roulée. Un méchant sûrement, se dit-elle ! Ceux qui ont tué Jésus sont aussi venus voler son corps, le comble de la méchanceté, se dit-elle !

C’est à ce moment-là que commence la course du matin de Pâques. « Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit :« On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. »  Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau.  Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau »

C’est cette course de Marie-Madeleine qui initie vraiment le mouvement de Pâques. Elle coure trouver deux disciples, Simon Pierre, le plus âgé des disciples, celui qui avait renié Jésus et l’autre disciple qui était resté auprès de Jésus jusqu’à la mort avec Marie, le plus jeune des douze Jean.  Ce dernier, plus jeune et rapide est arrivé en premier au tombeau, obligeant Pierre, à se dépêcher malgré ses articulations qui lui commencent à lui faire mal, le souffle qui lui manque à cause de l’âge ! Vous allez me tuer si vous me demander de courir et jouer au rugby avec un tout jeune comme rugbyman comme Isaac !

Mes chers frères et sœurs et vous qui allez être baptiser tout à l’heure. Souvenons-nous toujours qu’être chrétien, c’est entrer dans cette course matinale derrière Marie Madeleine, et les apôtres Pierre et Jean pour faire l’expérience de la résurrection, rencontrer personnellement Jésus et témoigner de lui.  Jésus a besoin de nous pour courir annoncer sa résurrection partout, dans nos familles, nos écoles, nos clubs de sport, auprès de nos copains et copines, comme les saintes femmes du matin de Pâques, comme les apôtres Pierre et Jean et tous ces saints que vous avez choisis comme patron en portant leurs prénoms.

Chers enfants, certains parmi vous le font déjà de manière conscience mais nous devons nous réveiller et éveiller notre foi chaque jour. Depuis que ces enfants ont entamé leur préparation au baptême, je suis témoin du cheminement spirituel qu’ont fait certains parents qui se sont aussi remis sur le chemin de foi, alors que celle-ci était comme endormie. C’est un fruit de la résurrection que vous goutez déjà par le biais du baptême de votre enfant. Il est temps de courir, d’aller partout, dans nos clubs de foot, de rugby, de danse, dans les bars et cafés, les écoles, nos quartiers, nos familles et cercles d’amis, pour dire que le Christ est vivant en nous et que nous l’avons rencontré. Témoigner simplement de notre foi, en parler autour de nous, comme ces enfants, fait naitre la foi de ceux qui nous écoutent…

Les parents sont les premiers témoins de foi dans la vie des enfants. La foi dans le Christ est un trésor que reçoivent nos enfants, un trésor à entretenir pour porter de fruit en abondance…Ce trésor n’est pas à garder pour soi, mais à partager avec les autres, dans la joie. Alors, chers amis, en ce dimanche de Pâques, que le Christ vous donne sa joie pour le sentir proche de nous, présent et vivant dans votre quotidien. Que le saint Esprit vous soit donné, lui qui est la force, qui vous permettra d’aller rendre témoignage au Christ Ressuscité. Bonne fête de Pâques ! Alléluia ! Amen !

 

Homélie du Père Joseph du Dimanche de Pâques, année C (2022)2022-04-16T16:46:15+02:00

Homélie du Père Joseph de la Veillée Pascale, année C (2022)

Mes chers frères et sœurs, chers paroissiens et vous, chers Adison, Clément, Déborah, Maxime, Nathalie, Manon, Mélanie, Nathalie Nicolas et Wilfried pour qui cette veillée pascale a une signification bien particulière.

Nous avons probablement tous déjà vécu un jour, récemment, peut-être ce soir, cette belle expérience d’un grand sentiment de joie, d’allégresse, de bonheur intense ou alors, malheureusement, le sentiment de tristesse, de peur, de colère ! Ces différentes sensations sont présentes dans le récit que saint Luc nous fait du matin de Pâques, nous décrivant un monde d’émotions et de sentiments de joie, de tristesse, de dégoût, de peur que vivent les saintes femmesqui se rendent au tombeau au matin de Pâques :  la tristesse profonde d’avoir perdu leur Maître, ce Jésus de Nazareth qu’elles avaient aimé et suivi jusqu’au pied de la croix. Ce matin-là, en arrivant du sépulcre, les saintes femmes «trouvèrent la pierre roulée sur le côté du tombeau. Elles entrèrent mais ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus ». La crainte saisit ces femmes qui trouvent, à la place du corps Seigneur, deux êtres divins, deux anges qui leur parlent et les rassurent ! « Alors qu’elles étaient désemparées, voici que deux hommes se tinrent devant elles en habit éblouissant. Saisies de crainte, elles gardaient leur visage incliné vers le sol. Ils leur dirent : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ?  Il n’est pas ici, il est ressuscité. Rappelez-vous ce qu’il vous a dit quand il était encore en Galilée :    ‘Il faut que le Fils de l’homme soit livré aux mains des pécheurs, qu’il soit crucifié et que, le troisième jour, il ressuscite.’ »

Une très belle rencontre ! Nous aimerions tellement faire nous aussi une telle rencontre, en particulier quand nous nous posons ces questions essentielles qui nous à notre existence.

Dans la vie, simplement, timidement, Dieu nous fait faire de telles rencontres d’anges, à travers les frères et sœurs, les amis qui, sur notre parcours et dans notre histoire personnelle, nous sont envoyé par Dieu pour nous rappeler que Jésus est ressuscité et qu’il n’est plus dans une tombe, mais qu’en dépit  et malgré les épreuves et difficultés inhérentes à la vie,   le Christ est ressuscité et vivant dans notre monde désemparée, dans l’Eglise même quand elle a un visage défiguré, dans nos familles pas toujours parfaites, dans notre cœurs parfois tourmentés et surtout dans notre propre histoire personnelle avec nos blessures, nos joies et nos peines.

Ce soir, je vous invite, vous les baptisés, et chacun de nous, à faire mémoire de ces rencontres qui ont été fondatrices dans notre vie de foi, celles qui ont été décisives et fondatrices dans notre vie pour nous permettre d’être qui nous sommes aujourd’hui. Comment le Seigneur nous a -t-il rejoints pour nous rassurer, nous consoler, essuyer nos larmes, nous donner sa force, nous pousser à avancer sur le chemin de foi, dans nos engagements familiaux, professionnels, associatifs. J’ai la joie, avec les accompagnateurs du catéchuménat, d’être au courant de quelques rencontres qui ont marqué chacun de ces baptisés de cette veillée Pascale.

Le Ressuscité est l’Ami fidèle qui nous envoie, en vous donnant l’assurance qu’il sera avec vous tous les jours de votre vie jusqu’à la fin des temps. Nous pouvons l’abandonner parfois et c’est tout à fait normal ! Alors, chers baptisés de ce soir, restez éveillés. Nous savons la générosité de votre foi, votre joie de devenir disciples de Jésus. Mais, la route est longue et sera parfois tortueuse, car le Malin, toujours à l’œuvre, voudra vous éloigner du Ressuscité, en nous faisant croire que tout notre cheminement ne vaut rien ! Nous serons alors tentés d’abandonner le Christ. Nous l’avons vécu hier soir, vendredi saint, avec la fuite de ses disciples qui lui avaient promis fidélité absolue. Mais ils l’ont tous abandonné.

Heureusement que Jésus ne tient pas compte de nos lâchetés. Ce n’est pas notre fidélité qui provoque l’Amour du Chris et infidélités. Malgré leur lâcheté, leur trahison et peur, Jésus pose un regard d’amour sur Pierre et ses compagnons, et les envoie dans le monde pour devenir les témoins de sa résurrection. Votre baptême est l’entrée dans cette nouvelle alliance dont le seul protagoniste fidèle est Jésus. Comptons chaque jour sur lui dans notre vie est toujours une aventure des chutes et de relèvements. Jésus nous demande, même quand vous serez complétement à terre, de ne jamais désespérer de son Amour, de son pardon et de prendre Sa main puissante toujours tendue pour vous remettre debout.

Devenir chrétien, c’est accepter d’être chaque jour chercheur du ciel, assoiffé du seul Bonheur que seul Jésus nous donne. Être chrétien, c’est chercher Jésus en particulier là où la mort semble avoir tout détruit. Je vois cela dans l’attitude de Marie Madeleine, Jeanne, et Marie mère de Jacques et les autres femmes qui vont chercher Jésus très tôt le matin pour lui manifester leur affection alors que tout le monde le savait mort depuis trois jours. Être chrétien, c’est trouver, dans les grandes et petites morts que nous vivons au quotidien, comment Jésus nous accompagne, nous encourage de sa présence, nous soutient par sa Parole en nous disant « non, ne baisse pas les bras, je sais que tu vis est une grande épreuve, que la croix que tu portes est très lourde. Je le sais parce que j’ai porté la mienne le vendredi saint, mais parce que j’ai aimé, au cœur de ma douleur et de la mort, j’ai vaincu la Mort et le Mal ».

Chers baptisés de Pâques ! Quand Jésus ressuscité transforme nos sentiments de peur et de tristesse en joie véritable, il nous envoie l’annoncer et en témoigner dans notre vie. Mais rappelez-vous toujours que témoigner de notre foi est parfois très difficile. Regardez comment les saintes femmes qui annoncent la résurrection aux disciples sont prises pour des folles : « elles rapportèrent tout cela aux Onze et à tous les autres. C’étaient Marie Madeleine, Jeanne, et Marie mère de Jacques ; les autres femmes qui les accompagnaient disaient la même chose aux Apôtres. Mais ces propos leur semblèrent délirants, et ils ne les croyaient pas. » Imaginez le sentiment de colère et la déception de ces pauvres femmes en voyant les propres disciples de Jésus incrédules à la bonne nouvelle de la résurrection. On peut être triste, découragé, blessé dans notre foi à cause du comportement des apôtres de Jésus, de l’Eglise, mais que cela ne nous fasse pas oublier que Jésus est vraiment ressuscité et à jamais vivant dans nos cœurs, dans son Eglise et dans notre monde.

Soyons convaincus de la fécondité du témoignage, même devant ce qui parait être l’incrédulité du monde. Les saintes femmes sont prises pour des folles par les disciples, mais elles ont permis à l’un des disciples de se bouger. « Alors Pierre se leva et courut au tombeau ; mais en se penchant, il vit les linges, et eux seuls. Il s’en retourna chez lui, tout étonné de ce qui était arrivé ». Pierre n’a pas fait pas la même expérience que les saintes femmes ; mais grâce à leur témoignage, Pierre comprend très bien que Jésus est ressuscité. En lui naît et grandit une joie intérieure dont il va témoigner à son tour.

Mes chers Adison, Clément, Déborah, Maxime, Nathalie, Manon, Mélanie, Nicolas et Wilfried, vous montrez à vos parents, conjoints, vos amis, vos enfants…et à toute l’Eglise votre joie d’avoir fait le choix de Jésus Ressuscité. Vous faites partie des témoins qui depuis plus deux mille ans, attestent, parfois au prix de leur vie, que Jésus est vivant. Toute l’Eglise se réjouit de votre baptême. Grâce à vous, le monde voit que l’Eglise, Epouse du Christ, est toujours une mère, notre Mère, en dépit de ses fragilités et de son visage parfois défiguré. Jésus a besoin de vous, pour rendre notre Mère l’Eglise plus belle, plus rayonnante, plus missionnaire, se convertissant sans cesse pour donner à Dieu le Père de nombreux enfants à travers les sacrements de l’initiation chrétienne.

Mes chers frères et sœurs, témoignons au monde que le mystère pascal est une réalité qui touche au-delà e la famille chrétienne. La résurrection du Christ est une grâce, une lumière qui brille pour toute l’humanité, comme celle que nous avons allumée en chantant l’Exultet, celle que les futurs baptisés vont recevoir tout à l’heure, lumière qui nous conduit et nous éclaire à tout moment de la vie, même devant la mort, comme Alice, à qui j’ai donné l’extrême onction et le viatique ce vendredi saint, en fin de matinée dans la Résidence  Le Prat à Plaisance du Touch : elle était rayonnante de joie malgré la mort qui approche ! A chacun de nous d’être témoin du Christ Vainqueur de la mort et du Mal. C’est notre foi joyeuse et rayonnante qui rendra crédible notre témoignage ! Bonne fête de Pâques à vous tous ! Alléluia ! Amen

 

Homélie du Père Joseph de la Veillée Pascale, année C (2022)2022-04-16T16:46:22+02:00

Homélie du Père Joseph du Vendredi Saint, année C (2022)

Mes chers frères et sœurs !

La passion, c’est l’amour fort que vous ressentez, cette sensation de joie et de bonheur, un état qui nous rend sensiblement heureux. La passion, c’est aussi cette douleur, cette souffrance, cette épreuve lourde à porter.  L’office du vendredi saint nous fait contempler ces deux dimensions étroitement liées dans la vie de Jésus qui nous aime de manière passionnelle et sans limite au point d’accepter la souffrance par amour pour nous. Nous faisons l’expérience de souffrir dans nos amours ! Si nous humains, faibles et fragiles, acceptons de souffrir par amour pour les autres, imaginer combien le Seigneur lui-même, puissant dans son amour a dû souffrir pour nous. Ce soir, contemplons cet amour qui souffre, parce qu’il s’offre totalement et gratuitement, rendons-nous compte de la grâce sans mesure du salut réalisé dans la passion et la mort de Jésus.

Ce que Jésus a rendu sacramentalement et réellement visible pendant la dernière Cène par le pain et le vin en se donnant totalement à ses disciples et à nous, cela s’actualise ce soir à travers le récit de la Passion que nous venons d’écouter tel que le relate saint Jean. Je vous invite,, comme je vous l’ai proposé aux Rameaux, si vous le pouvez, à relire et méditer tous les détails de la Passion de ce vendredi saint avec toute sa profondeur toute particulière : l’arrestation, la fuite des disciples, le reniement de Pierre, la torture, le procès injuste, la condamnation à mort, la sépulture. Tout cela veut nous dire quelque chose sur notre foi et de notre vie ici et maintenant. La Passion de notre Seigneur ne sert à rien si nous ne la laissons pas toucher personnellement notre vie car Jésus est venu et a souffert pour chacun de nous personnellement, nous montrant que nous avons un prix inestimable à ses yeux.

Saint Jean parle de l’Heure de Jésus : la fameuse l’heure qui n’était pas encore arrivée à Cana quand Marie intervient pour lui demander de pourvoir au manque de vin. « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. » (Jn2,4). Saint Luc parle de cette heure quand il voit le diable s’éloigner de Jésus lors des tentations au désert que nous avions médité le premier dimanche de carême : « Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé » (Lc 4, 13)

Que veut dire cette heure, vers laquelle conduit tout l’évangile selon saint Jean ?  C’est l’heure de la glorification, l’heure de passer de ce monde à son Père, l’heure que nous célébrons ce soir, heure de l’accomplissement de la volonté du Père, heure de la manifestation de la fidélité de Dieu qui veut nous sauver malgré nos résistances et où Dieu nous redit qu’il ne peut pas nous laisser tomber.

Le diable a pris place dans le cœur de Judas Iscariote qui vend son Seigneur, mais en chacun de nous il y a ce Judas qui trahit et qui vend son Maître.  J’ai été marqué dans mon enfance par un chant de carême dans lequel l’auteur rappelle que : « Moi aussi je suis dans ma vie comme celui qui t’a vendu, qui t’a renié, qui t’a insulté, flagellé, crucifié… Ma vie ressemble parfois à celle de tous ces bourreaux qui t’ont mis à mort. Seigneur prend pitié de moi ».

Même si Judas est l’instrument de la trahison, en réalité, Jésus est arrêté parce qu’il se donne librement et sans contrainte, et non pas parce que les soldats sont tellement forts et puissants. Saint Jean nous fait remarquer que les soldats ont peur de Jésus et tombent à terre quand ils sont en face de lui : « Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s’avança et leur dit : « Qui cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Jésus le Nazaréen. » Il leur dit : « C’est moi, je le suis.» Judas, qui le livrait, se tenait avec eux. Quand Jésus leur répondit : « C’est moi, je le suis », ils reculèrent, et ils tombèrent à terre » (Jn18, 4-6). Ils sont armés mais n’ont pas la maîtrise de la situation. Ils sont intimidés par ce Dieu tout-puissant, pourtant désarmé et tellement fragile !

Jésus est arrêté parce que son heure s’accomplit. Le diable a momentanément le champ libre pour se servir de la dureté de cœur de l’homme égoïste que nous sommes, incarné par Judas, qui préfère l’argent à son Seigneur ! Notre archevêque Guy de Kérimel a dit récemment qu’il avait l’impression que notre société actuelle avait vendu son âme pour l’argent qui est devenu presque comme la valeur absolue.

Jésus aurait pu s’échapper, ne pas se laisser prendre, se défendre en utilisant la puissance de son Père qui lui aurait envoyé douze légions d’anges…, revendiquer ses droits devant Pilate, étant donné que ce dernier est en train de le condamner contre ce que prescrit la loi romaine.  Le Sanhedrin n’avait plu le pouvoir de condamner à mort quelqu’un car ce pouvoir revenait de droit à l’autorité romaine seulement en cas de rébellion ou d’autres crimes graves. D’ailleurs, pour ce dont Jésus est accusé, il mérite au maximum la mort par lapidation, non par crucifixion. Il s’agit d’une question religieuse, non d’un crime politique ou une rébellion. En condamnant Jésus, Pilate agit contre la loi romaine qui l’oblige de libérer les innocents et de condamner les criminels comme Barabbas. Spirituellement, Jésus sauve déjà Barabbas l’assassin d’une mort certaine, prélude de ce qu’il va se réaliser quand il nous sauve en mourant sur la croix. Jésus n’a pas eu un procès en règle étant donné qu’il n’était pas permis de prononcer une condamnation à mort pendant la nuit. Bref, Jésus a tous les éléments en sa faveur pour éviter une condamnation à mort par crucifixion.

Mais Jésus accepte tout cela librement, il accepte de mourir pour ensuite ressusciter. Seul son sang pouvait racheter le monde et nous donner la vie en plénitude. Notre salut ne se serait pas réalisé si Jésus était descendu de la croix et avait réagi aux insultes.  Il accepte ces outrages, sa passion et sa mort pour nous montrer qu’Il nous aime infiniment malgré nos péchés. Si nous ne pouvons pas compter sur nos qualités, nos mérites et nos bonnes œuvres, nous savons désormais que nous pouvons compter éternellement sur son Amour infini manifesté sur la croix.  La Passion et la mort de Jésus nous disent que le salut, pour les chrétiens, est un don gratuit, jamais un mérite de notre part.

Pour notre monde, la célébration de ce soir nous présente un Messie qui échoue, scandale pour les Juifs et folie pour les Grecs, inconcevable dans aucune religion. Et pourtant, c’est là que le Messie manifeste sa toute-puissance, non pas dans la force qui s’impose, oblige, opprime et fait peur, mais dans son Amour qui se donne totalement, accepte de souffrir et meurt mais sans laisser la mort victorieuse car l’amour ne meurt jamais mais nous fait passer de la mort à la vie. La puissance de Jésus ne se manifeste pas seulement dans les miracles, dans la création. C’est surtout dans le don suprême de soi manifesté à travers un amour fragile et impuissant qu’est la mort en croix. Jésus montre ainsi que son amour pour nous embrasse totalement les vicissitudes de notre vie, nos frustrations, nos amertumes, nos deuils, nos solitudes, nos violences, nos maladies, notre propre mort.  En Jésus, Dieu montre qu’il n’est pas indifférent à nos malheurs.

En contemplant le Seigneur mort en croix ce soir, présentons-lui ce monde qui se meurt, les souffrances de nos vies, ceux qui désespèrent du lendemain, qui qui sont obligés de quitter leurs pays à cause de la violence et de la guerre, ceux qui souffrent dans leur corps et dans leur âme dans nos EHPAD, nos hôpitaux et clinique, nos maisons familiales, dans nos rues et dans les camps de réfugiés et tous les lieux de souffrances ! Marie, Notre-Dame des Douleurs, toi qui étais au pieds de la croix, reste avec nous dans nos croix quotidiennes. Que ta mort Seigneur Jésus, fasse naître la paix, la foi, l’espérance et l’amour dans nos cœurs, nos familles, notre communauté, dans l’Eglise et dans le monde. Amen

 

Homélie du Père Joseph du Vendredi Saint, année C (2022)2022-04-14T22:43:55+02:00

Homélie du Père Joseph du Jeudi Saint, année C (2022)

Mes chers frères et sœurs !

Lors des confessions et dans mes échanges avec vous, j’ai souvent entendu « Père Joseph, je crains malheureusement de n’avoir pas été un bon parent.  J’ai l’impression d’être passé à côté et avoir échoué la transmission de la foi à mes enfants parce qu’aujourd’hui aucun de mes enfants va à l’église, même pas à Pâques ! D’ailleurs, mes petits enfants sont déjà en primaire et aucun n’est baptisé ! » Douleur des parents et grands-parents qui m’a souvent été exprimée. Combien parmi vous ressentent la même douleur et souffrent du fait que leurs enfants ou petits-enfants se désintéressent de la foi chrétienne. Ces parents et grands-parents se sentent parfois coupables et responsables de cette situation, pour avoir peut-être trop forcé ou pas assez proposé à leurs enfants d’aller à la messe, au KT, à l’aumônerie…

Une chose est vraie : la foi chrétienne est une question de liberté. Ce n’est pas aux parents ou aux grands parents de porter la responsabilité coupable du rejet de la foi de la part leur descendance, surtout s’ils ont essayé de « donner de faire au mieux » à travers l’éducation offerte aux enfants. Ceci vaut aussi pour la transmission des valeurs. Ce couple bien engagé dans le monde associatif et solidaire, pour qui le partage est vraiment une valeur importante, mais qui est déçu que leur petit dernier ne pense qu’au profit et à devenir toujours plus riche, à gagner toujours plus d’argent, ou ceux pour qui la famille est importante et qui voit certains de leurs enfants mener un style de vie qui les coupe du reste de la famille, tout le contraire de la philosophie de vie des parents et de l’éducation donnée. Nous transmettons des valeurs à nos enfants, à nos élèves et étudiants, leur donnant le bon exemple, mais à un certain moment, ayons l’humilité de les laisser assumer librement et de manière responsable ces valeurs, au risque même de les rejeter ! Nous sommes responsables de la transmission, du témoignage, de l’exemple donnés autour de nous, mais pas de ce que les autres décident de faire.

Dans l’éducation et la transmission de valeurs, le témoignage et l’exemple valent plus que toutes les belles théories du monde. C’est beau d’apprendre aux enfants les préceptes, les enseignements, les grandes prières qu’ils faut mémoriser, un catéchisme théorique sur le contenu doctrinal de notre foi ! Je trouve dommageable le déficit doctrinal chez nos enfants, voire même chez nous les adultes. Je rêve que nos enfants aient un maximum de connaissance doctrinale de notre foi.  Mais tout ceci pourrait s’avérer inutile si ce n’est pas accompagner par l’exemple et le témoignage concret dans le quotidien. Je dis toujours aux parents qui demandent le baptême de leur enfant que c’est l’exemple et le témoignage d’une vie de foi chez les parents qui marquera leurs enfants. Beaucoup d’adolescentsdisent, quand ils écrivent leur lettre de demande de confirmation par exemple, combien l’exemple et le témoignage de foi des grands-parents a été décisif et déterminant dans leur propre cheminement de foi.

Parfois on pense avoir tout loupé dans la transmission, mais à de moments décisifs et cruciaux de leur vie, nous sommes surpris de nous rendre compte que finalement, certaines valeurs sont enracinées dans le cœur de nos enfants, petits-enfants car ils réagissent en fonction de cela, en nous disant, avec beaucoup de reconnaissance : « papa, maman, merci de m’avoir transmis cette valeur sur laquelle je puis m’appuyer aujourd’hui. »

Le soir du jeudi Saint, lors de la Dernière Cène, Jésus nous laisse un témoignage, un bon exemple. Après trois années passées à parcourir la Galilée, la Samarie et la Judée, rejoignant même les périphéries ; après avoir accompli des signes, de prodiges, des miracles ; après avoir enseigné sur les places, dans les synagogues, le temple et les maisons particulières, Jésus, « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout ». Le dernier soir qu’il passe avec ses disciples, c’est-à-dire, Jésus décide de leur laisse un exemple et un témoignage qui devra les accompagner pendant toute leur vie.

Jésus accomplit un geste symbolique, apprécié par certains mais incompris par d’autres parmi ses disciples. Le lavement des pieds était un geste de l’esclave, du serviteur envers son maître ; un geste de soumission par lequel on affirmait de manière claire qui commandait. « Quand il leur eut lavé les pieds, il reprit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »

Par ce geste, Jésus redit et souligne clairement que ce qui doit commander dans la communauté de ses disciples, c’est le souci des autres et le service.  Il est important de constater que Jésus fait ce beau geste au cours de la soirée où fait l’institution de l’eucharistie. Malheureusement les disciples n’ont pas bien compris. Dans le récit de la Passion selon saint Luc que nous avons écouté le dimanche des Rameaux, au moment de l’institution de l’eucharistie, c’est-à-dire du lavement des pieds, il est apparu une discussion entre les disciples pour savoir qui était le plus grand parmieux. « Les Apôtres commencèrent à se demander les uns aux autres quel pourrait bien être, parmi eux, celui qui allait faire cela.  Ils en arrivèrent à se quereller : lequel d’entre eux, à leur avis, était le plus grand ?   Mais il leur dit : « Les rois des nations les commandent en maîtres, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler bienfaiteurs.  Pour vous, rien de tel ! Au contraire, que le plus grand d’entre vous devienne comme le plus jeune, et le chef, comme celui qui sert.  Quel est en effet le plus grand : celui qui est à table, ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Eh bien moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. » Cette discussion montre bien que l’exemple du lavement des pieds n’a pas été bien intégré dans les cœurs des disciples ! Il vient de leur laver les pieds, mais eux sont toujours tenté par le pouvoir !

Vivre sa mission pastorale, professionnelle, politique comme étant un service est un combat, un travail permanent.  Prions pour ceux qui ont le pouvoir, ceux qui doivent décider pour la destinée des pays et du monde, celle de l’Eglise car, comme disait un de mes enseignants, le pouvoir corrompt forcément et il nous faut faire attention chaque jour à cette tentation de pouvoir qui nous guète tous, qui que nous soyons. L’esprit de service commence d’abord dans le cercle familial, avec le conjoint, les enfants, les parents, la fratrie.  Nous ne serons jamais de serviteurs dans l’Eglise si nous sommes incapables de nous laver les pieds au sein de notre cercle familial.  Malheureusement, même dans nos missions ecclésiales, nous ne sommes pas toujours dans un esprit de service : consciemment ou inconsciemment, de manière sournoise, nous tombons dans la tentation du pouvoir, et parce que nous sommes souvent des bénévoles, nous avons du mal à reconnaître ce piège du pouvoir.

Dans le geste du lavement de pieds, il y a déjà, de manière implicite celui du baptême qui nous lave de tout péché, et du péché originel. C’est pour cette raison que j’ai voulu laver les pieds des futurs baptisés à Pâques et leurs accompagnateurs. Grâce au baptême, nous sommes configurés au Christ prêtre, prophète et roi. Ce roi que nous contemplons lavant les pieds des disciples, et demain vendredi saint, couronné d’épines, est un roi-serviteur.

Par le baptême, nous devenons des serviteurs appelés à rendre le monde plus solidaire, plus juste, plus fraternel, à rendre l’Eglise plus belle et plus vivante. C’est dommage que beaucoup de baptisés pensent que le plus important est seulement d’aller à la messe, de faire des prières et qui ne se soucient guère de s’engager, de servir dans l’Eglise et dans le monde. Rappelons-nous toujours qu’après l’eucharistie, Jésus nous envoie dans le monde pour le glorifier par nos engagements et notre témoignage, partageant ainsi avec les autres l’Amour dont il nous comble. Eucharistie et service forment un binôme que le Christ nous laisse à la Dernière Cène, dans l’institution de l’eucharistie et le lavement des pieds. Puisse Jésus, que nous recevons dans le pain et le vin consacrés, celui que nous adorons à la consécration, faire de nous des serviteurs à son image. Amen.

Homélie du Père Joseph du Jeudi Saint, année C (2022)2022-04-14T22:44:02+02:00
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