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Homélies des messes

Homélie du Père Joseph du X° dimanche du Temps Ordinaire, année B (2024)

Mes chers frères et sœurs !

Jésus rassemble de plus en plus de monde autour de lui. Il parle de Dieu de manière extraordinaire et fait autorité par son enseignement car tout le monde s’aperçoit qu’il est différent des autres rabbins, scribes et les pharisiens. Il accueille tout le monde !  A ses côtés, tout devient tellement simple. De gens témoignent qu’ils ont été guéris par ses paroles, son toucher, son regard. Cependant, Jésus est littéralement mangé par la foule. Toujours disponible, il reçoit et écoute tout le monde. Il n’a même plus le temps de manger et il saute très souvent les repas ! Il ne demande pas d’argent, ni de rémunération, ni de contrepartie pour les services rendus, et ne revendique aucun privilège ! Tout cela est bizarre, décidemment. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond chez ce type. « Les gens de chez lui, l’apprenant, vinrent pour se saisir de lui, car ils affirmaient :« Il a perdu la tête. ». Une personne normale ne peut agit de cette façon !  D’accord, nous sommes dans le domaine religieux. Mais, quand même !

Même si la Galilée, cette terre métissée, est loin et que beaucoup de juifs aimeraient bien l’abandonner à son propre destin païen, de Jérusalem sont envoyés quelques scribes pour enquêter, analyser ce nouveau phénomène et faire un rapport. Les responsables du temple nouvellement reconstruit et la naissante classe sacerdotale s’arrogent le droit de délivrer des autorisations et brevets pour enseigner. Aujourd’hui encore, malheureusement, certains dans l’Eglise préfèrent faire le gendarme, le douanier, comme dit le pape François, et contrôlent les documents plutôt que de se réjouir de la fantaisie du saint Esprit qui souffle de manière inattendue. Les contrôleurs-douaniers ont juste besoin d’un coup d’œil pour certifier, tamponner le document. Ils ne posent pas des questions, ne demandent ni ne parlent à la personne contrôlée. Ils jugent et certifient à coup d’œil, et basta ! Pour eux, Jésus est sûrement possédé par un démon ! Quelqu’un qui parle de Dieu et qui guérit gratuitement, sans rien demander, celui-là a certainement perdu la tête, il est sous-emprise du démon.

Pour les scribes, Jésus chasse les démons parce qu’il est lui-même un démon. Quelle bêtise ! Jésus, lui, au lieu d’envoyer balader ces scribes, le voici qui cherche à argumenter, à les faire réfléchir et revenir à la raison ! « Comment Satan peut-il expulser Satan ?  Si un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume ne peut pas tenir.  Si les gens d’une même maison se divisent entre eux, ces gens ne pourront pas tenir. Si Satan s’est dressé contre lui-même, s’il est divisé, il ne peut pas tenir ; c’en est fini de lui ».

Oui, si Satan commence à fuir et à trembler, c’est parce que quelqu’un de plus fort est arrivé, une lumière plus forte que les ténèbres du Malin. C’est tellement simple et évident ! Juste du bon sens. Mais l’évidence et le bon sens ont rarement pris le dessus sur l’obstination. Alors, Jésus explique et réexplique ! Ne pas reconnaitre dans ses actions l’œuvre de Dieu, ne pas y saisir l’agir de Dieu, voici ce qui s’appelle « blasphème impardonnable ».

Si vous êtes vraiment sur les traces de Dieu, préparez-vous être incompris par votre famille et vos proches qui vous trouveront bizarres parce que le saint Esprit a mis en vous la passion pour les choses de Dieu. Même à l’intérieur de l’Eglise, une conversion profonde risque de choquer et vous faire passer pour un fou, un illuminé. Mais, n’ayez pas peur : l’homme fort, le Seigneur, que nous invoquons, prions, suivons, aimons, que nous accueillons et que nous écoutons est capable de chasser toutes ténèbres, tout démon. Sois seulement patient si quelqu’un te prend pour un fou de Dieu. Le Malin peut penser avoir gagné, le Seigneur finit par le démasquer et l’écraser.

La notoriété de Jésus en prend un bon coup, évidemment ! Parce que de Jérusalem les chefs ont décrété par jalousie que non seulement Jésus n’est pas autorisé à ce faire ce qu’il fait, et pire encore, qu’il est fils de Belzébul, beaucoup de gens s’éloignent de lui. Ça, c’est le pouvoir du pouvoir qui simplifie les choses, s’impose avec autoritarisme en empêchant les personnes de réfléchir et d’être libres.

Jésus nous apprend à être fils et filles de Dieu, libres et capables comprendre. Il nous rend notre dignité, sans déléguer à d’autres nos choix, sans aplatir ni écraser notre conscience. La nouvelle de l’excommunication de Jésus est arrivée dans les montagnes de Judée. Sa famille, embarrassée, se précipite sur le lac pour aller le récupérer. Jésus est devenu la honte de sa propre famille. Il faut le ramener à la maison. Pour être plus forts et plus convaincants, le clan a amené aussi, Marie, sa mère. Cependant, Jésus ne les reçoit même pas et envoie leur dire qu’il a à présent une nouvelle famille : les disciples qui vivent avec lui et construisent avec lui le Règne de Dieu, ceux qui écoutent et mettent en pratique la Parole de Dieu. Jésus a posé son choix. Si vous suivez Jésus, préparez-vous à accomplir des choix courageux. Le Seigneur est infiniment plus important que nos relations affectives, que nos familles, que n’importe quel rôle ou quelle responsabilité dans la société.

Le Seigneur nous cherche toujours, et faute de nous trouver là où nous devrions être, il nous appelle par notre prénom, comme il le fait avec Adam et Eve au début de la Genèse que nous avons écouté dans la première lecture. Le Seigneur nous invite à fixer notre regard sur les réalités invisibles, la vie éternelle qu’aucun amour sur terre ne pourra nous donner. Il nous invite à accueillir son Amour qui nous libère véritablement des emprises dans et par lesquelles le Malin peut nous enfermer, nous enchaîner. Non, Jésus n’est pas un fou ! Dieu n’a pas perdu la tête ! Il n’est pas possédé par le Malin, mais il nous prévient que le Malin est toujours à l’œuvre dans ce monde et qu’il peut nous faire du mal, beaucoup de mal, sans nous en rendre compte, en embrouillant notre discernement, notre conscience parce que le Malin a cette faculté de mettre de la confusion, en faisant passer le mal pour le bien, le malheur pour le bonheur.

En ce temps triste que nous traversons, demandons à Jésus de terrasser Belzébul, de démasquer Satan qui semble se glorifier et se réjouir du mal qu’il nous fait. Prions chaque jour pour que le Seigneur nous libère et libère tous ceux qui sont sous emprise du Malin et toutes ces personnes que Satan utilise pour nuire aux enfants de Dieu. Amen.

Homélie du Père Joseph du X° dimanche du Temps Ordinaire, année B (2024)2024-06-07T11:57:39+02:00

Homélie du Père Joseph de la fête du Saint Sacrement, année B (2024)

Mes chers frères et sœurs !

Le chapitre 6 de l’évangile selon saint Jean reporte un discours prononcé par Jésus après la multiplication des pains. Ce discours est comme une explication du grand miracle qui venait d’être accompli. Jésus y rappelle le sens de l’eucharistie, parce que dans son évangile, saint Jean ne parle pas de l’institution de l’eucharistie mais seulement du lavement des pieds.

Je vais reprendre quelques versets des paroles du Christ : « Moi, je suis le pain de la vie.  Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts ; mais le pain qui descend du ciel est tel que celui qui en mange ne mourra pas. Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde… Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui. » (Jn 6, 48-51 ;54-56)

La suite nous décrit le vide qui s’était fait autour de Jésus : « À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner. Alors Jésus dit aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? »  Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. »

Nous retrouvons la réponse à toutes ces questions lors de la Dernière Cène : « Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit : « Prenez, ceci est mon corps. » Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude.  Faites cela en mémoire de moi »

Nous avons là des paroles dites et des gestes posés comme tels depuis plus de deux mille ans, chaque jour, chaque dimanche lors de la célébration de la messe, en obéissant ainsi à l’ordre donné par Jésus. Chaque messe célébrée rend actuelle et réalise ce qui s’est passée lors de la dernière Cène, sanctifiant ainsi l’assemblée qui célèbre. La question importante est de savoir pourquoi avons-nous besoin d’une fête particulière pour ce que nous célébrons chaque jour à la messe ? En fait, nous savons tous le risque d’un geste posé chaque : tomber dans l’habitude, dans la routine et perdre tout son sens et sa signification. Trop de familiarité avec une personne, un geste, un rite risque de nous perdre de vue qui est cette personne, quel est le sens profond de tel geste ou rite. Par exemple, quelqu’un qui habite Lourdes, Fatima ou Rome risque de sous-estimer la place imminente de ces lieux saints alors qu’au bout du monde, on rêve d’y venir en pèlerinage.

L’eucharistie coure le même risque. C’est pour cette raison que l’Eglise a institué la fête du très saint sacrement pour réveiller nos âmes, nos consciences et nous rappeler que chaque fois que la messe est célébrée, c’est Jésus lui-même qui se rend réellement présent dans son corps et son sang à travers le pain et le vin consacrés. C’est le concept théologique de la transsubstantiation c’est-à-dire, la fait que le pain et le vin deviennent réellement le corps et le sang du Christ.

Le Concile Vatican II rappelle que l’eucharistie est la source et le sommet de la vie chrétienne qui y puise sa force et sa vitalité pour s’engager dans le monde et porter du fruit. La messe est la modalité par excellence par laquelle Jésus se donne à nous. Alors, si c’est le cas, comment est-il possible qu’il soit difficile de participer massivement et avec foi à l’eucharistie ? Nous entendons parfois comme raisons ou excuses que nos messes ennuyeuses, les assemblées pas toujours sympathiques et accueillantes, les homélies pas toujours brillantes et de qualité, nos chants ne sont pas assez joyeux et dynamiques…

Ces raisons et excuses sont compréhensibles, mais insuffisantes car elles oublient ce qu’est vraiment la messe : lieu où Jésus lui-même se donne, indépendamment des chants, de l’assemblée, de l’homélie, de l’accueil des assemblées…. D’ailleurs, c’est parce que ce qui se réalise à la messe est tellement énorme et important que nous devons soigner et célébrer avec foi et joie, fournir des efforts pour que nos chants, nos gestes, nos paroles, nos homélies pour être à la hauteur de l’enjeu de la messe.

Des gens viennent demander le mariage, le baptême, ou un autre service à l’Eglise et qui disent : « j’ai la foi, mais je n’ai pas besoin, je ne sens pas le besoin d’aller à la messe ! ».  Ce sont des paroles des anorexiques de la foi : la personne victime d’anorexie ne sent ni le besoin ni l’envie de manger…Son corps privé de nourriture dépérit à petit feu s’en rendre compte. Il suffit pourtant alors de manger un peu pour avoir encore un peu force et vigueur. De même, certains baptisés sont devenus « anorexiques dans leur vie de foi » parce qu’ils n’ont perdu l’envie, le besoin plus envie de participer à la messe, se privant ainsi de cette nourriture essentielle pour grandir dans la relation avec Dieu et avec les autres membres de l’Eglise. Nous avons besoin de cette nourriture pour avancer dans la vie notre vie et affronter certaines épreuves de la vie par la force que Dieu seul peut nous donner.

Participer à la même eucharistie, communier à la même coupe, au même pain eucharistique resserre nos liens fraternels et fait de nous les membres unis formant le même Corps du Christ. Malheureusement, que des divisions entre chrétiens à cause leur caractère, leur responsabilité, les petites jalousies, querelles de pouvoir, les égos forts, les appartenances politiques, surtout en ce moment des élections. On se catégorise chrétien de gauche ou de droite, conservateurs, progressistes, conciliaires, enthousiastes, observants, traditionnalistes.  Même les prêtres n’échappent pas à ces divisions : il suffit de participer à un repas ou une réunion pastorale entre prêtres pour s’en rendre compte : parfois les tons montent, des débats houleux sur la tradition, l’orthodoxie, la fidélité aux rubriques du Missel, la sensibilité liturgique, les options pastorales différentes… ! Et pourtant, nous célébrons tous la même eucharistie qui construit l’unité et nous invite à remettre le Christ au centre de notre vie. L’Eglise n’est un club de gens parfaits, mais une communauté des gens différents réunis autour du Christ et nourris du même pain et abreuvés à la même coupe. L’eucharistie est un catalyseur d’unité et de communion, malgré nos différences.

Tel est la signification de la fête du Saint Sacrement. La question importante n’est pas la langue, la formulation, le rite, la forme liturgiquemais grâce de la foi. Il serait mille fois mieux que nos assemblées soient plus accueillantes, chants plus joyeux, plus beaux et plus dynamiques, les homélies plus percutantes et édifiantes ! Attention cependant ! Ne nous faisons pas d’illusion ! De gens ne viennent pas à la messe simplement faute la grâce de foi que c’est Jésus lui-même qui est présent et se donne à nous dans le pain et le vin consacrés. Que la fête de ce jour ravive en nous une foi ardente devant l’eucharistie. Amen

 

Homélie du Père Joseph de la fête du Saint Sacrement, année B (2024)2024-05-30T12:05:48+02:00

Homélie du Père Joseph de la Sainte Trinité, année B (2024)

Mes chers frères et sœurs !

Quelle image avons-nous de Dieu ? Quel visage de Dieu donnons-nous à voir, nous sui sommes chrétiens ? Il nous arrive ou il nous est déjà arrivé d’avoir ou de transmettre une image très terrifiante et assez dégoutante de Dieu. Cette image naît de ce que nous entendons, voyions, nos peurs, les épreuves, des expériences malheureuses que nous vivons…auxquelles nous n’avons pas d’explication rationnelle. Parfois, dans notre dire et notre agir, nous détruisons l’image de Dieu, nous défigurons son visage en parlant mal de lui au point que ceux qui entendent ou nous voient vivre de méfient de notre Dieu au lieu de se rapprocher de lui.

Un Dieu qui laisse mourir de famine les enfants, qui n’arrête pas les guerres, qui laisse faire les criminels, qui semble fermer les yeux devant des épidémies ou qui laisse mourir un enfant d’un cancer, qui ne résout pas et semble impassible devant les nombreux problèmes des hommes, qui laisse la nature se déchainer. Bref, Dieu qui terrorise, terrorisant, terrifiant, impassible et détestable qui ne donne pas envie qu’on l’aime et qu’on s’approche de lui.

Même les athées, ceux qui croient ne pas croire ont une certaine image, une certaine idée de Dieu… parce qu’en fait, ils se sont faits ou alors, nous les croyants, leur avons transmis une idée, une image horrible de Dieu qui les pousse à se décider de ne pas croire.  Parfois il vaut mieux de ne pas avoir un Dieu que d’en avoir une image terrifiante et détestable. La plus difficile des conversions à vivre est le passage de ce Dieu terrifiant que nous portons parfois dans notre cœur au Dieu d’amour révélé dans notre histoire du salut, par le Christ Jésus et dans le saint Esprit.

« Au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit, Amen ! Nous répétons, parfois de manière mécanique et routinière, cette formule ! La solennité de la Trinité Sainte que nous célébrons a été voulue par l’Eglise pour nous rappeler ce que signifie vraiment être chrétien et ce que cette formule implique pour nous.

D’abord, cette formule implique que la foi chrétienne, tout en étant absolument, rigoureusement monothéiste, c’est-à-dire la foi en un Dieu unique, qu’elle est aussitotalement et rigoureusement différente deux autres monothéismes, c’est-à-dire, du Judaïsme et de l’Islam. Rappelons que Jésus a été condamné par les chefs religieuxJuifs parce qu’il disait qu’il était Fils de Dieu, et se faisait ainsi l’égal du Père… Ce qui est un blasphème pour le judaïsme. Quant à l’islam, la foi chrétienne en un Dieu en trois Personnes est considérée comme du polythéisme. Très récemment, un jeune lycéen de la paroisse m’a réveillé par un coup de téléphone un matin pour discuter de la foi chrétienne parce que ses copains musulmans du lycée se moquaient de lui en le traitant de païen parce qu’adorateur de trois Dieux, le Père, le Fils et le saint Esprit. La foi chrétienne est un « monothéisme trinitaire ». Cela veut dire que selon ce queDieu a révélé de lui-même dans l’histoire du salut, et selon l’enseignement de l’Eglise, nous professons notre foi en un Unique Dieu mais en Trois Personnes. Ce sont les PersonnesDivines dont il s’agit dans le Credo et dans la conclusion de toutes les prières liturgiques : « Nous Te le demandons par Jésus Christ ton Fils, qui vit et règne avec toi, dans l’Unité du saint Esprit, maintenant et pour les siècles des siècles. Amen »

Un et Trois : un beau et grand mystère, mystère des mystères, dont découlent tous les autres mystères de notre foi, mystère dépassant les capacités humaines, que nul ne peut comprendre uniquement par son intelligence, mystère accessible seulement par la grâce de la Révélation de Dieu.

La trinité sainte est un mystère insondable. Plusieurs grands esprits, des grands théologiens, aussi brillants les uns que les autres ont entrepris de réfléchir sur la Trinité, de l’expliquer, mais ils n’y sont jamais arrivés car la trinité ne se comprend jamais par le seul biais de la raison humaine. Devant ce mystère ineffable, les explications et paroles humaines sont inadéquates. Notre langage n’est qu’un timide balbutiement limité qui ne peut qu’effleurer cette réalité qui dépasse notre intelligence.

Une anecdote de l’histoire de théologie illustre l’incapacité humaine à comprendre le mystère de la Trinité Sainte. Il s’agit de la tentative de l’un des grands théologiens de l’histoire de l’Eglise, saint Augustin d’Hippone qui nous a laissé l’un le plus grand et le plus beau des traités sur la Trinité sainte, le De Trinitate. On raconte qu’un jour, Saint Augustin se promenait, faisant des va et vient sur la plage, plongé dans une grande réflexion pour s’expliquer et comprendre le mystère de la Trinité. Tout d’un coup, il est intrigué en voyant un petit garçon qui avait creusé un trou dans le sable et avec son petit seau : l’enfant essayait de vider l’eau de la mer pour remplir son trou de sable. « Que fais-tu petit enfant ? », lui demanda saint Augustin. « Je veux vider la mer dans ce trou de sable », lui répondit le petit garçon. « Arrête, mon enfant, comment peux-tu y arriver ? C’est impossible ! Tu ne vois pas que la mer est immense et trop grande pour ton petit trou de sable perméable ». L’enfant lui répliqua : « Et toi, comment peux-tu prétendre contenir l’immensité du mystère de Dieu dans petite intelligence ? ».En fait, c’était un ange qui était apparu à saint Augustin pour lui rappeler  que la trinité sainte est une mystère insondable et inépuisable.

Notre intelligence ne peut contenir le mystère de la Trinité qui n’est compréhensible que par un cœur qui croit et qui aime. Nous ne pouvons comprendre un peu ce grand mystère, que par l’intelligence de notre cœur qui croit. C’est le cœur qui nous aide à comprendre par exemple, que les trois Personnes de la Trinité agissent depuis l’Origine. Le salut de l’humanité n’est pas l’œuvre du Christ seulement, mais des trois Personnes Divines agissant en communion. Jésus ne nous sauve pas en solitaire, comme certains qui aiment, par orgueil, amour propre ou égoïsme, travailler et faire le bien tout seul, sans collaborer avec les autres. Le Père a voulu sauver l’humanité en nous offrant aussi la possibilité de retisser une relation avec lui, relation rompue par le péché originel et actuel. Pour cela, le Père a envoyé son Fils qui, pour réaliser cette mission, a pris complétement la nature humaine. Avec sa mort et sa résurrection, il a racheté l’humanité entière. Il l’a fait une fois pour toute, il y a plus de deux mille ans à Jérusalem.

Cet événement, qui a eu lieu longtemps dans l’histoire et en un lieu donné, éloigné dans le temps et dans l’espace, devient actuel pour chaque être humain, de tout temps et dans tout pays grâce à la troisième personne de la Trinité sainte, le saint Esprit, actif et opérant dans le baptême et la confirmation et dans tous les autres sacrements d’ailleurs qui sont les moyens confiés par Jésus à l’Eglise pour offrir à chaque humain la possibilité de bénéficier et d’accueillir le salut.

La volonté du Père, accomplie par le Fils il y a plus de deux mille ans est poursuivie aujourd’hui grâce au Saint Esprit : Dieu Unique en trois Personnes, intimement uniesmais distinctes, opérant en parfaite communion. Dieu veut nous faire entrer dans la communion trinitaire. Par la prière, à travers la célébration des sacrements, dans nos engagements ecclésiaux et humains, nous pouvons participer à cette communion trinitaire et à l’œuvre des Rrois PersonnesDivines. Jésus a prié pour que nous soyons plongés dans cetteunité-communion trinitaire, entre le Père et le Fils par le Saint Esprit :

« Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé ». (Jn 17, 21). Nous avons été créés à l’image et à la ressemblance du Dieu unique en trois Personnes : cela veut dire que nous sommes des êtres de relation, communion,  communication vraie, dialogue,  don total de soi, accueil de l’autre, collaboration et amour…Un Dieu communion qui nous révèle que l’égoïsme, la solitudecontredit notre nature profonde car nous sommes faits pour être en relation, pour nous donner aux autres et nous recevoir d’eux , comme dans la relation des trois personnes de la trinité sainte.

Que cette eucharistie nous plonge en profondeur dans cet Océan d’Amour trinitaire et fasse grandir l’unité et la communion entre-nous. Prions en particulier pour les enfants et adolescents qui font leur première communion et la profession de foi ce dimanche et le weekend prochain : qu’ils soient intimement plongés dans la communion trinitaire.Amen

Homélie du Père Joseph de la Sainte Trinité, année B (2024)2024-05-26T11:30:27+02:00

Homélie du Père Joseph du dimanche de la Pentecôte, année B (2024)

Chers frères et sœurs !

Quand on est fatigué, après une longue et exténuante journée, on n’a qu’une envie : se reposer, laisser tomber tout le reste que nous renvoyons au lendemain ou à plus tard encore. Imaginez que vous êtes fatigués après, mais votre club préféré de rugby va jouer une finale dans la soirée. Là, c’est comme si nous étions dopés et nous ne ressentons plus notre fatigue ! Nous attendons, surexcités et chaque minute qui passe compte : en attente de l’annonce de la compo, puis du coup d’envoi. Quand nous aimons et quand nous avons envie et plaisir, motivés, nous avons comme des ailes d’aigle, infatigables. Devant l’ordinateur dans mon bureau ou en voiture, j’écoute souvent de la musique : une habitude depuis le collège ! Il y a des musiques que j’aime bien écouter et dès qu’elle est passée, j’ai envie de la relancer, de la réécouter. Le temps passe vite. Mais si la chanson ne me plait pas, j’essaye de vite la passer, zapper pour ne pas l’entendre. Une activité, un travail fait avec envie, plaisir donne forcément une motivation supplémentaire et de la joie.

Dans toute activité, nous avons besoin de cette d’envie et du plaisir pour être réactifs, proactifs et ne pas rester passifs. Il peut nous arriver de faire du bien sans envie ni motivation. Mais quand nous posons de bonnes actions avec envie et motivation, nous y mettons tout notre cœur et cela donne une signification nouvelle à ce que nous faisons. Quand nous prions par exemple, il est possible que nous soyons dans une prière un peu répétitive, routinière : alors, nous prions sans nous arrêter au sens aux paroles, sans être totalement présents et sans implication du coeur. Ça nous arrive dans des moments de sécheresse spirituelle, de désolation. Et là, nous avons besoin d’élan, d’un peu de consolation, de motivation pour gouter à la joie de la prière qui implique tout notre être, en commençant par notre cœur.

En ce jour de la Pentecôte nous rappelle que c’est le saint Esprit qui apporte le désir, le plaisir, la motivation et l’élan dans tout ce que nous sommes et tous ce que nous faisons. Il est capable de transformer aumône que nous faisons à la personne qui se tiens à la sortie de l’église ou au coin de rue en véritable acte de charité, parce qu’il nous permet de poser ce geste avec amour. Il peut transformer notre prière routinière, répétitive en une oraison exaltante qui transfigure notre cœur et notre vie. Par le saint Esprit, les textes de la Bible ne sont plus des simples écrits, des récits à lire mais véritable Parole Vivante de Dieu qui est nourriture pour notre vie. Le même Esprit saint qui a inspiré l’auteur sacré, nous inspire aussi à la lecture de la Bible qui devient Parole vivante pour nous aujourd’hui.

Quand notre péché nous éloigne et nous ressentir moins qu’un esclave, indigne de l’amour d Père, le saint Esprit vient murmurer en nous pour nous rendre capables d’appeler Dieu « abba », c’est-à-dire « papa ». Il atteste que nous sommes enfants de Dieu et met en nous des véritables dispositions filiales en nous faisant nous reconnaitre et nous comporter de nouveau comme fils et filles de Dieu. Lorsque nos corps faiblissent par l’âge ou la maladie, le saint Esprit est capable de nous redonner vie, vitalité et vigueur, comme il l’a fait aux ossements desséchés décrits dans le livre du prophète Ezéchiel (Ez 37, 4-8). L’Esprit saint est capable de nous faire faire l’expérience du ressuscité dans notre vie personnelle et ecclésiale.

Avant la Pentecôte, les apôtres étaient vivants, bien sûrs ! Mais ils étaient comme morts de peur, tétanisés dans cette maison où ils s’enfermaient. Jésus leur avait promis qu’il ne les laisserait pas orphelins, qu’il leur enverrait le saint Esprit, le Paraclet, le Consolateur, l’Esprit de vie et de vérité. Sur la croix, quand Jésus a expiré, il a aussi remis l’Esprit au Père. La résurrection s’est opérée par la force du Saint Esprit. Au soir de Pâques, Jésus avait donné son Esprit aux apôtres pour leur donner le pouvoir de discernement sur les péchés des hommes. « Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »

A la Pentecôte, se réalise pleinement la promesse de Jésus : le saint Esprit descend sur les apôtres et transforme fondamentalement leurs vies.  Jadis timides et remplis de peur, les apôtres deviennent intrépides et courageux. Jadis cachés, circonspects, taciturnes, maintenant ils s’explosent et parlent à tous franchement, sans réserve et plein de joie, parlant un langage compréhensible par tous. Jadis titubants, pas sûrs d’eux, maintenant ils émerveillent les habitant de Jérusalem par leur enthousiasme et leur zèle explosif. Certains pensent même qu’ils sont remplis de vin doux, qu’ils sont ivres. Le seul discours de Pierre, d’ordinaire timide, provoque la conversion de bien plus de 3000 personnes… et peut-être même que parmi eux il y en a qui étaient présents et demandaient le crucifiement de Jésus le vendredi saint. Le saint Esprit est passé par là et agit sur eux en leur donnant cette motivation nouvelle, cet élan nouveau qui leur manquaient dans leur mission. Le saint Esprit les instruit et les rend plus conscients de la présence du Ressuscité qui agit à travers eux qui vivent la naissance de l’Eglise.

« Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur. Et vous aussi, vous allez rendre témoignage, car vous êtes avec moi depuis le commencement ». Chaque baptisé a reçu la mission de rendre témoignage au Christ. Prions pour tous les adultes qui vivent « leur Pentecôte » aujourd’hui en recevant le sacrement de confirmation dans l’Eglise, et particulièrement dans notre diocèse et sur notre ensemble paroissial, afin qu’ils soient témoins du Christ. Il y a urgence de témoigner de notre foi dans notre société aujourd’hui.  Rendons grâce pour ces jeunes et adolescents du collège et lycée qui, plus que nous les adultes, ont l’audace de parler de leur foi, d’en témoigner sans complexe. On le voit au nombre de jeunes qui viennent à l’aumônerie et demandent les sacrements de l’initiation chrétienne. Ils se cooptent, se motivent, se soutiennent pour avancer ensemble et oser parler du Christ sans avoir peur. C’est le signe que l’Esprit Saint agit dans la vie de ces jeunes de plus en plus nombreux qui découvrent ou redécouvrent Jésus, qui viennent ou reviennent à la foi.

Prions pour chaque baptisé entende l’urgence du message du Christ de témoigner de lui autour de nous. Que l’Esprit de Pentecôte embrase nos vies, nos communautés, toute l’Eglise et toute l’humanité afin de nourrir en nous l’espérance et nous faire avancer dans la confiance pour nous rassurer et nous guérir de la peur, même quand la réalité semble s’obscurcir. Amen

 

 

Homélie du Père Joseph du dimanche de la Pentecôte, année B (2024)2024-05-17T16:18:19+02:00

Homélie du Père Joseph du VII° Dimanche de Pâques, année B (2024)

Mes chers frères et sœurs, Jésus nous aime tellement et sa mission principale a été celle de nous révéler l’Amour et la Tendresse du Père.  Uni au Père et l’Esprit, Jésus désire nous plonger dans la communion trinitaire où réside notre joie et notre salut éternels.

Pour cela, il s’est incarné, il est mort et ressuscité, et comme nous l’avons vu à de l’Ascension, il nous a précédé en montant au ciel où il siège à la droite du Père. Cependant, avant de s’en aller, Jésus a voulu et veut que chacun de nous soit à la fois bénéficiaire et acteur de cette communion trinitaire. Bénéficiaire parce que la communion, l’unité, est d’abord une grâce qui nous est donnée de Dieu ! Acteur parce que chacun est appelé à devenir témoin et artisan de communion et d’unité dans l’Eglise et dans le monde.

Pour nous associer à cette mission, Jésus a d’abord commencé par choisir des apôtres. Saint Luc nous dit qu’il le fit après une nuit de prière (6, 12-16). « En ces jours-là, Jésus s’en alla dans la montagne pour prier, et il passa toute la nuit à prier Dieu. Le jour venu, il appela ses disciples et en choisit douze auxquels il donna le nom d’Apôtres : Simon, auquel il donna le nom de Pierre, André son frère, Jacques, Jean, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas, Jacques fils d’Alphée, Simon appelé le Zélote, Jude fils de Jacques, et Judas Iscariote, qui devint un traître. »  Jésus les choisis après avoir écouté son Père au cours d’une nuit de prière.

Même si c’est les a choisis, Jésus reconnaît que ses disciples sont un don du Père qui vient du Père. Le Père nous confiés à Jésus et nous confie les uns aux autres comme don précieux à prendre soin. Chacun de nous est un cadeau que Dieu fait aux autres au monde et à l’Eglise ! Dieu nous a fait pour être avec les autres ! Oui, c’est le Père qui l’a voulu ainsi, en nous donnant à Jésus, qui à son tour, nous appelle à être avec les autres et vivre du même amour qui vient du Père.

Jésus l’affirme lui-même dans cette grande la prière sacerdotale qu’il adresse au Père avant de quitter ce monde. « J’ai manifesté ton nom aux hommes que tu as pris dans le monde pour me les donner. Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé ta parole. Maintenant, ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi, car je leur ai donné les paroles que tu m’avais données ». (Jn 17, 6-8)

Le jeudi saint, après Cène, sachant qu’il va quitter ce monde, Jésus s’inquiète du devenir de ses disciples. Même s’il sait que nous sommes un cadeau les uns pour les autres, il sait aussi que ce cadeau est parfois lourd à porter ! Les relations humaines ne sont pas toujours faciles ! Il y qu’à voir les tensions qui peuvent exister même au sein des familles, même dans monastères. Les relations n’étaient faciles entre les disciples non plus. Ils se disputaient parfois, comme on peut le voir à travers les conflits et rivalités déjà en présence de Jésus, et dans la petite communauté chrétienne naissante à Jérusalem.

C’est donc parce qu’il sait que nous sommes faibles et fragiles que Jésus prie pour nous ses disciples afin que nous restions en communion avec lui et entre nous. Il sait que le Malin, le Diviseur est toujours à l’œuvre. Ne soyons pas naïfs ! Le Malin cherche à diviser, à semer la zizanie entre les disciples, à créer des conflits entre eux. Le Malin prend plaisir et se glorifie à travers les divisions, les rivalités, les rancœurs que nous vivons dans nos familles, dans l’Eglise et nos communautés paroissiales. Voilà pourquoi Jésus prie pour notre unité avant de s’en aller au Père, comme nous l’avons entendu dans l’évangile : « Père saint, garde mes disciples unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un comme nous-mêmes ».

Notre unité est fondée dans l’Amour du Père, enracinée dans l’unité et la communion trinitaire dans laquelle nous sommes plongés grâce aux sacrements, en particulier le baptême. Pour réaliser la communion et l’unité, d’auprès du Père, Jésus a envoyé le Saint Esprit, comme nous allons le célébrer dans une semaine à la Pentecôte. Le saint Esprit nous apprend à demeurer dans l’amour du Père et du Fils, à aimer l’Eglise malgré ses défauts, à aimer le monde qui ne marche pas toujours comme nous le désirons, à nous aimer mutuellement malgré les milles raisons que nous pouvons trouver de nous éloigner. Le Saint Esprit vivifie notre foi, nous encourage et avive notre espérance. Il affermit notre foi.

Depuis l’Ascension, nous sommes dans cette neuvaine à l’Esprit saint qui nous conduit vers la Pentecôte. Comme les disciples, nous attendons le Saint Esprit envoyé aux disciples pour affermir leur foi, construire leur unité, chasser leur peur… Nous avons besoin de recevoir et de nous laisser façonner par l’Esprit de Vérité, le Défenseur, l’Avocat et le Consolateur. Une vie chrétienne privée de la présence et de l’action Saint Esprit dépérit forcément.

Invoquons le saint Esprit dans notre prière personnelle.  Invoquons-le tous ces futurs baptisés, ceux n’ont vont recevoir l’eucharistie, la confirmation prochainement. Invoquons l’Esprit sur ceux qui se préparent au mariage. Prions le saint Esprit Consolateur nos familles et nos communautés. Invoquons l’Esprit de Paix sur notre monde, sur toutes ces zones de conflits.

Que le saint Esprit nous enracine chaque jour dans la communion trinitaire pour en témoigner entre-nous et autour de nous. Amen.

 

Homélie du Père Joseph du VII° Dimanche de Pâques, année B (2024)2024-05-13T13:25:45+02:00

Homélie du Père Joseph du jeudi de l’Ascension, année B (2024)

Mes chers frères et sœurs !

Dans sa lettre aux Philippiens, saint Paul nous transmet un hymne christologique qui illustre ce que nous célébrons à l’Ascension : « Le Christ Jésus, qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ; mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout ; il lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms, afin qu’au Nom de Jésus, aux cieux, sur terre et dans l’abîme, tout être vivant tombe à genoux, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est le Seigneur », pour la gloire de Dieu le Père ». (Phil 2, 5-10)

Quelques versets qui nous indiquent le double mouvement de la vie de Jésus. D’abord l’abaissement par l’incarnation, la « kenosis », la descente du ciel vers la terre qui finit par la mort en croix et la mise au tombeau. La vie chrétienne entre dans ce mouvement descendant parce que le baptême signifie d’abord s’unir au Christ, mourir au péché, faire mourir le Viel homme. Jésus désire faire mourir en nous tout ce qui nous empêche de vivre pleinement dans l’Amour et la Joie véritable dont il est l’Auteur et la Source.

Mais la vie du Christ comporte aussi un mouvement ascendant. Après l’abaissement, il y a la glorification et l’élévation à travers le mystère pascal, la victoire du Christ sur la mort. Cette glorification culmine dans le mystère de l’Ascension. Celui qui s’était abaissé, descendu du Ciel, est exalté et glorifié par son ascension au ciel où il siège à la droite du Père. Saint Paul nous dit que tout être vivant se mettra à genoux devant lui, et que toute langue proclamera que Jésus-Christ est Seigneur à la gloire de Dieu le Père.

L’Ascension est la manifestation de cette gloire du Christ, montée dans la nuée. Malheureusement, elle nous fait aussi contempler les disciples restés là dans la tristesse parce qu’ils se sentent abandonnés une deuxième fois. La mort en croix avait été perçue comme un premier abandon, la résurrection a été une vraie source ce joie et de réconfort, mais la montée de Jésus au ciel est perçue comme un deuxième abandon par les disciples.

Leur tristesse révèle l’égoïsme humain, de nôtre égoïsme. Nous aimons retenir à nos côtés les gens que nous aimons, pas forcément parce que nous voulons leur bonheur, mais c’est surtout parce que leur absence provoque un vide, un manque en nous. Lors d’un deuil, par exemple, nous pleurons nos morts, pas parce que nous sommes malheureux pour eux : notre foi nous dit qu’avec la mort, nous entrons dans la vie éternelle où il n’y plus ni deuil ni douleur mais seulement la joie et la paix. Donc, théologiquement, spirituellement, nous devrions nous réjouir pour nos morts. Mais nous pleurons quand ils nous quittent, parce que leur présence physique et affective va nous manquer !

Votre enfant vous demande d’aller étudier dans une autre ville à la rentrée, quitter la maison familiale pour prendre un appartement, et cela vous met en crise et vous attriste parce que les parents s’inquiètent pour leurs enfants, et surtout leur départ nous dépossède un peu et nous appelle au lâcher-prise !  Et pourtant nous devrions être dans la joie quand nos enfants deviennent autonomes, responsables…. A titre personnel, quand la plus jeune de mes sœurs, Julienne s’est mariée, alors que je célébrais la messe du mariage, j’ai pleuré de tristesse et par égoïsme, je crois !! Pourquoi ? Même si j’étais heureux pour elle et son mari, je me voyais arriver à la maison en vacances, chaque année, et ne pas la retrouver chez maman… Mes larmes étaient égoïstes car elles exprimaient ce manque de ne plus voir Julienne à la maison pour m’accueillir !

C’est ce qui arrive aux disciples : ils veulent retenir le Seigneur et le garder seulement pour leur petit groupe des privilégiés, dans leur petit territoire de Palestine et dans le petit temps de leur petite histoire juive. Grâce à son Ascension, le Seigneur casse toutes ces limites spatio-temporelles pour se rendre présent à tous et embrasser toute l’histoire toute l’humanité. Parce qu’il est désormais auprès du Père et qu’il n’est plus visible aux yeux de chair, tous les peuples, toute chair, toutes les races, toutes langues, toute culture peuvent le connaître et se mettre à genoux devant lui pour l’adorer. Chaque humain peut le rencontrer et le reconnaître grâce à la Foi. Grâce à l’Ascension, Jésus se donne à toute l’humanité assoiffée de salut.

Avant sa montée au ciel, quand Jésus envoie ses apôtres, il leur dit : « Et moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ! » Jésus sera toujours là, avec nous. C’est le seul l’Ami Fidèle qui ne nous abandonnera jamais. Mais Jésus ne sera plus visible de manière sensorielle et émotionnelle, mais il présent dans le silence de la Foi, et à travers les sacrements dont le baptême est le premier et le plus grand, il est présent dans l’eucharistie. Sa présence est vivante, certaine, évidente comme il l’a lui-même promis avant de monter au ciel. A nous d’en témoigner.

La fête ascension nous rappelle aussi notre vocation fondamentale : nous sommes citoyens du ciel, parce que le Christ est allé nous préparer une place auprès du Père. Nous sommes appelés à partager la destinée du Christ : partager sa gloire à la droite du Père au Ciel ! Nous sommes faits pour le Ciel, nous sommes citoyens du paradis, appelés à partager la gloire du Christ pour l’éternité. Nous hériterons le Ciel avec le Christ si nous croyons en Lui. En cette fête de l’Ascension, rappelons-nous notre vocation baptismale et témoignons de la présence du Christ vivant en nous et qui nous appelle à vivre au ciel plus tard. Amen.

Homélie du Père Joseph du jeudi de l’Ascension, année B (2024)2024-05-10T09:11:59+02:00

Homélie du Père Joseph du VI° Dimanche de Pâques, année B (2024)

Mes chers frères et sœurs

Bientôt, avec la fête de la Pentecôte, nous allons conclure le temps pascal pendant lequel nous avons été accompagnés, presque au quotidien, par l’évangile selon de saint Jean, le disciple bien-aimé. Au cours du temps pascal, Jésus nous rappelé quelques fondamentaux de notre foi. Dans sa prière sacerdotale, il a prié pour l’unité entre nous : « qu’ils soient un comme nous sommes UN » et a invité à demeurer dans la communion trinitaire.  Il s’est révélé comme le Bon Pasteur, le Vrai Berger qui donne sa vie pour ses brebis, qui connait chacune de ses brebis et qui les appelle chacune par son nom. Dimanche dernier, Jésus nous a rappelé cette communion intime et vitale avec lui et entre nous, à travers l’image de la Vigne et ses sarments. « Mon Père est le Vigneron, je suis la Vigne et vous êtes les sarments » : notre vie ne peut porter du fruit et être féconde que si nous demeurons en lui, solidement attachés, branchés, connectés à lui sans qui nous ne pouvons rien faire.

Ce dimanche, Jésus nous ouvre son cœur passionné et plein d’amour pour nous. « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés, demeurez dans mon amour ». L’amour qui vient du cœur et qui est une réponse de la liberté. Personne ne peut t’obliger à aimer quelqu’un. L’amour n’est jamais une obligation ni un devoir : « Demeurez dans mon amour », nous dit le Seigneur. Quand on a trouvé le vrai amour, on fait tout pour y demeurer et en profiter pleinement chaque jour. Mais Jésus sait très bien que notre cœur est faible et que nous pouvons nous tromper en nous éloignant de lui, alors, comme on parle l’être aimé, Jésus nous supplie : « s’il te plaît, demeure dans mon cœur, s’il te plaît, laisse-moi t’aimer, reste auprès de moi, ne m’abandonne pas, ne me quitte pas, ne repousse pas l’amour que je désire te donner ». Il est important de le rappeler à quelques jours de la Pentecôte car seul le saint Esprit nous apprend à aimer véritablement.

Nous avons rencontré dans la vie des gens qui résistent, se défendent et se protègent leur cœur contre l’amour. Nous avons vécu des blessures dans l’enfance, des déceptions amoureuses par le passé au point que notre cœur s’est comme renfermé, barricadé et toujours sur la défensive contre l’amour. Chat échaudé ! Nous mettons alors une carapace pour ne pas être atteint par l’amour de l’autre. Le pire, c’est que nous produisons le même mécanisme envers Dieu ! Combien de gens ont peur de se laisser aimer par le Seigneur. Ils entretiennent avec lui une relation simple et politiquement correcte, une relation superficielle et de façade, « en posant des limites et des conditions et en aimant dans une certaine mesure ». Nous essayons de calculer avec lui, ne pas trop lui donner comme si nous avions peur de le regretter plus tard et en sortir blessés comme dans les relations amoureuses humaines. Jésus nous dit pourtant que son Amour nous donne une Joie parfaite…. Ce qu’aucun amour humain ne peut nous donner.

L’Amour vrai existe encore !!!! Même si on n’arrête pas de nous répéter le contraire ! Cet Amour, c’est Dieu lui-même. « Dieu est Amour », nous dit saint Jean ! Nous ne méritons pas son Amour, mais il nous le donne gratuitement ! Dieu nous aime de manière unilatérale, asymétrique parce que son amour ne tient pas compte de nos mérites ou de notre sainteté. Jésus nous demande simplement de nous laisser par lui pour ensuite voir son amour en nous déborder sur ceux qui nous entourent comme un vase bien plein ! Par son amour débordant, Jésus nous rend témoins de son amour : « Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Aimer comme Jésus, tel est le commandement nouveau, testament spirituel qu’il laisse à ses disciples à la veille de sa mort. Il leur montre en quoi consiste l’amour chrétien : aimer, c’est donner sa vie, c’est se mettre au service, c’est laver les pieds des autres, même ceux des Judas Iscariote qui nous entourent. Aimer comme Jésus, c’est aimer même quand nous sommes blessés et trahis. Si nous n’aimons que quand les choses vont bien, nous n’irons pas loin avec nos familles, nos amis, communautés et voisins. Si nous n’aimons que ceux qui nous aiment, Jésus nous dit que nous ne sommes pas différents des païens qui font la même chose. Il nous invite à aimer d’un amour semblable à celui de son Père qui fait lever son soleil sur les justes et les injustes.

Être chrétien n’est pas une chose simple ! Il ne suffit pas d’avoir son nom inscrit dans un registre de baptême quelque part. Aimer comme Jésus, c’est entrer dans une dynamique d’un don total : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ! » Es-tu capable de donner ta vie pour ton épouse, ton époux, tes enfants, tes frères et sœurs, ta famille… ? Peux-tu donner ta vie pour le Christ ? Pensons aux martyrs qui meurent pour le Christ, aujourd’hui encore, dans certains pays du monde, en témoignant jusqu’au don suprême. Quant à nous, nous cherchons une foi chrétienne à la carte, comme au supermarché, celle qui nous convient et quand ça nous convient, sans engagement, à notre sauce !

Pour mettre en pratique ce nouveau commandement de l’Amour, voici quelques recommandations, conseils et grâces à demander au Saint Esprit pour la Pentecôte :

S’attacher au Père comme Jésus : si le Seigneur n’est pas la source, au cœur de notre vie personnelle, familiale, ecclésiale…nous risquons de nous épuiser et devenir des sarments desséchés pour être brûlés… « Celui qui demeure en moi porte beaucoup de fruit. Celui qui ne demeure pas en moi est un sarment qui se dessèche et qui ne porte pas de fruit. Sans moi vous ne pouvez rien faire ».

– Cultiver l’amitié entre nous, considérer nos frères et sœurs comme des amis, des gens que nous désirons aimer un peu plus malgré nos et leurs défauts ! Cela nécessite que nous soyons guéris de toute forme de jalousie, de rivalité, de querelle, de rancœur, d’orgueil…. Pouvons-nous  fonder nos relations dans l’Amour du cœur de Jésus ?

Donner la vie pour les autres : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner la vie pour les gens qu’on aime ». Donner sa vie pour les autres ne signifie pas forcément mourir, mais faire mourir notre égoïsme, notre amour propre, pour nous mettre, humblement mais généreusement au service des autres ! Notre vie nous a été donnée, et elle ne se réalise pleinement que quand elle est donnée.

Pour finir, écoutons de nouveau Jésus nous dire : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite ». Aimer le Seigneur, se laisser aimer par Lui, aimer nos frères et sœurs, cela donne la joie. C’est cette joie parfaite que je souhaite à chacun, et plus particulièrement aux enfants, jeunes qui recevront prochainement le sacrement de baptême, l’eucharistie, la confirmation, le mariage, qui vont faire la profession de foi…Que Jésus nous donne d’être toujours dans la joie et d’en témoigner autour de nous. Amen.

 

Homélie du Père Joseph du VI° Dimanche de Pâques, année B (2024)2024-05-07T10:25:31+02:00

Homélie du Père Joseph du V° Dimanche de Pâques, année B (2024)

Mes chers frères et sœurs !

Dimanche dernier, nous avons contemplé la figure du Bon Pasteur qui connait ses brebis, les appelles chacune sa son nom et qui donne sa vie pour elles. Cela mettait l’accent sur la relation vitale qu’il y a entre les brebis et Bon Berger. Depuis ton baptême, Jésus t’appelle personnellement ! Il prend soin de toi et ne te confonds avec personne d’autre. De l’image pastorale du berger à ses brebis, nous passons ce dimanche à une image agricole ou viticole :  la relation vitale entre le vigneron, la vigne et les sarments. La vitalité, la fécondité de notre vie dépend forcément de notre relation au Christ ressuscité sans qui nous ne pouvons rien faire.

Je n’ai pas fait l’Ecole d’Agriculture de Purpan et mes leçons d’SVT ou de Botanique sont tellement loin de moi ! Nous savons tous l’importance capitale des racines pour une plante. En plus c’est la saison de planter dans nos jardins potagers. Les racines absorbent l’eau et les sels minéraux pour alimenter ensuite tout l’organisme végétal. Cette eau et ces sels minéraux constituent ensuite la sève vitale sans laquelle la plante ne peut survivre. Si la plante est coupée des racines, elle meure et se dessèche. Aussi, si vous coupez une branche, un sarment de l’arbre, de la tige principale, ils se dessèchent parce qu’ils sont privés d’eau, des sels minéraux, c’est-à-dire, de la sève vitale que leur procurait la tige principale. Un arbre, une plante sans racine, c’est comme une maison sans fondation : condamnée à s’écouler au moindre petit  coup de vent

Telle est la nature de la relation de chaque baptisé avec Jésus qui la Vigne dont dépendent toutes les autres parties de la plante, de sorte que chaque sarment ne peut subsister sans lui. Un sarment détaché et coupé de la vigne se dessèche forcément parce qu’il n’est plus alimenté par la sève de la vigne. La vitalité, la fécondité de notre vie humaine et chrétienne dépend de notre relation et de notre attachement au Christ. Coupé de Dieu qui est la Source de la vie, de l’Amour, de la Grâce, le chrétien vit dans une illusion en pensant qu’il peut se suffire de lui-même. En se coupant de Dieu, l’être humain se condamne petit à petit à dépérir et se contente d’une vie asséchée. Une vie baptismale qui n’est pas alimentés par l’eucharistie et les autres sacrements, par la prière, la Parole de Dieu finit par se dessécher.

Le drame, c’est qu’il a des convaincus du contraire. J’en vois qui viennent faire différentes demandes à l’Eglise, les baptêmes des enfants, mariages, obsèques…qui disent qu’ils sont chrétiens mais ne sentent aucunement le besoin ni l’envie de prier, d’aller à la messe…! Ils disent être heureux comme ça ! Ce sont-là des sarments qui se privent de la sève de la vigne, qui se dessèchent et meurent spirituellement à petit feu sans le savoir.

Notre vrai bonheur, la véritable réalisation de notre vie dépend de la manière dont nous sommés attachés au Christ, dont nous nous nourrissons, dont nous nous abreuvons au Christ Jésus qui est la source, dans une relation intime avec lui, à l’échelle d’une personne, d’un groupe, une société, voire d’un pays ou continent. Evacuer ou vouloir chasser Dieu, par toute sorte d’idéologie, de notre pays, du mouvement, d’une association, du service, c’est ouvrir la porte à une culture dans laquelle finalement, nous voyons mourir et disparaitre ce qui est spécifique et propre. On renie de manière idéologiques les racines chrétiennes de la France, de l’Europe, on affirma que la culture Française n’existe pas mais qu’il y a plusieurs cultures en France, puis on renie la dignité aux personnes en fin de vie ou en l’enfant à naître par des lois votées… Bref, moins racine et plus de culture de la mort ! On veut avoir un pays hors sol mais nous savons tous que tout ce qui est hors sol ne tient pas longtemps debout.

Il y a quelque temps, le pape François avait demandé la démission de tous les hauts responsables de la Caritas Internationalis (Secours Catholique) à Rome parce qu’il s’est rendu compte que le Secours catholique était devenu une sorte grosse d’ONG qui faisait le même chose que Amnesty International, Green Peace, en oubliant complétement sa dimension catholique et le message de l’évangile. Ça a fait du bruit dans certains milieux d’Eglise, et a conduit à la réforme de la Caritas pour repartir sur des bonnes bases qui se fondent et s’enracinent dans l’évangile. Le pape avait alors rappelé que la raison d’être de la Caritas qui est de manifester la charité du Christ auprès de plus pauvres, des plus fragiles.

Le père Jean Barba, ancien curé de Tournefeuille, d’heureuse mémoire, alors aumônier du Secours Catholique Toulouse-Ariège s’était mis en colère et se désolait de voir que les salaries du Secours Catholique au niveau du diocèse et de toute la France l’avaient transformé en une grosse association qui fait du bien certes, mais sans référence au Christ ni à l’Eglise Catholique. Imaginez que dans la paroisse où j’étais avant de venir ici, il y avait une responsable du Secours Catholique athée et anticléricale qui ne foulait son pied à l’église que pour distribuer les enveloppes et faire la quête impêrées au profit du SC. C’est la référence au Christ qui distingue le SC du Secours Populaire ! Quelle est l’identité des SGDF ? Si mouvement de SDGF n’est pas catholique, quelle sera son identité propre, ses racines ? Quelle différence avec les Eclaireurs de France, par exemple ?

Un chrétien qui veut porter du fruit met au centre de sa propre vie Jésus qui nous redit qu’en dehors de lui nous ne pouvons rien faire. Rester attaché au Christ est une question de volonté ! Le sarment sur la vigne n’est pas tout à fait libre de choisir de rester attaché à la vigne : cela peut dépendre des conditions climatiques, la grêle, une tempête violente qui détache le sarment… En revanche, notre attachement à Jésus dépend totalement de notre liberté : nous pouvons décider et choisir notre destin en restant attaché ou en nous coupant de lui. La foi est un don de Dieu, une vertu théologale, mais elle s’entretient et grandit à travers notre liberté et notre volonté, tous les moyens mis en place pour ne pas éteindre la lumière de notre baptême. Il suffit de regarder les péripéties de notre vie spirituelle et humaines pour nous rendre compte qu’il y des moments où nous avons plus choisi Jésus, et d’autres où nous avons choisi de nous éloigner de lui.

J’en ai fait l’expérience dans ma propre histoire : les moments de ma vie où je me suis moins uni au Christ par la prière et la vie sacramentelle, j’ai vu et senti ma vie manquait de fécondité et de joie, je l’ai vue dépérir et se dessécher petit à petit, et ce sentiment de sécheresse et de tristesse a été l’occasion de me rendre compte combien la joie dans ma propre vie dépend fondamentalement de ma fidélité et de mon attachement au Christ. C’est seulement dans la mesure où ma vie est attachée à Lui que je peux produire des fruits, comme la joie, la sérénité, la maîtrise de soi, la beauté rayonnante et vitale du Christ Ressuscité qui me rend capable de dire, comme saint Paul : « ce n’est plus moi qui vis, mais c’est le Christ qui vit en moi ». Dans mon ministère de prêtre et de curé, je me demande chaque jour dans quelle mesure je nourris ma vie spirituellement pour pouvoir nourrir celle de mes paroissiens.

« Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire » dit Jésus. Chaque fois que nous célébrons l’eucharistie, avec la communion, ceci se réalise de manière presque physique. Nous recevons le Christ, et comme dit saint Augustin, nous devenons ce que nous recevons, c’est-à-dire que nous devenons le corps du Christ, vivant de la vie du Christ, et appelés à avoir les mêmes attitudes du Christ parce que nous le portons en nous. Puisse l’eucharistie d’aujourd’hui nous aider à demeurer dans l’Amour du Christ, qui est la source qui rend féconde notre vie. Amen.

Homélie du Père Joseph du V° Dimanche de Pâques, année B (2024)2024-04-26T11:31:48+02:00

Homélie du Père Joseph du IV° Dimanche de Pâques, année B (2024)

Mes chers frères et sœurs !

Le IV dimanche de Pâques, appelé aussi dimanche du Bon Pasteur nous invite à prier pour les prêtres, les vocations sacerdotales et consacrées dans l’Eglise. C’est une occasion de méditer sur le sens d’une vie donnée pour les autres et regarder objectivement sa propre vie en se demandant si notre vie est donnée ou pas.  La vie est un donde Dieu et ne s’accomplit, ne se déploie et ne s’épanouit que dans la mesure où elle est donnée. La vie est l’opportunitédonnée à chacun de nous d’apprendre à aimer. Nous savons tous cependant combien ce désir d’aimer est conditionné par quelques paramètres plus ou moins positifs ou négatifs tel que notre caractère, l’éducation reçue, le contexte social… Mais, aimer et être aimé est notre dominateur commun et quandJésus, dans l’évangile nous commande d’aimer, il nous demande de faire exactement ce que nous désirons au plus profond de nous-même !

Pourtant, nous savons tous qu’au quotidien et dans la pratique l’amour porte en soi un immense lot de souffranceset des paradoxes. L’amour est l’un des mots les plus polysémiques qui soient, avec la dignité. Nous pouvons tuer quelqu’un, euthanasier, par amour et pour respecter la dignité d’une personne. Comme c’est paradoxal ! Un criminel pourra aussi dire qu’il a commis le meurtre de sa compagne parce qu’il l’aimait trop et ne supportait pas que quelqu’un d’autre la regarde ou qu’elle regarde quelqu’un d’autre ? Nous souffrons quand notre amour est rejeté. Une petite fille du KT me disait récemment être triste et en larmes parce qu’amoureuse d’un copain de classe qui la repousse !  A 8 ans déjà ! Pensons à toutes ces personnes qui se donnent à fond dans une relation mais qui en sortent détruites parce que la personne en face esttrop égoïste, trop indifférente et trop insensible !

Jésus, le Bon Pasteur nous invite à vivre un amour inconditionnel, c’est-à-dire aimer sans poser des conditions, sans limites, sans calculs. Mais, est-ce réaliste ou utopique ? Est-il humain ou héroïque d’être capables d’aimer les autres sans rien attendre d’eux en retour ? Nous savons tous le bien que ça nous fait de recevoir quelque signe de reconnaissance, de gratitude, surtout quand nous ne nous y attendions pas.Pour ne pas être blessé en amour, on nous dit que nous devons nous protéger et barricader notre coeur, apprendre à être insensibles et tellement détachés pour ne pas souffrir à cause de l’amour ? Certains gourous du développement personnel nous y invitent et de plus en plus, nous refusons de souffrir en amour et je pense que la situation de la famille et les séparations des couples aujourd’hui est dû en partie par ce refus de toute forme de la souffrance en amour.

Pour aimer en vérité, Jésus est notre unique modèle à imiter. Je le vois sur la croix : il souffre terriblement, mais il aime aussi infiniment. Jésus sait aussi nous aimons avec une dose certaine d’égoïsme et d’amour propre parce que nous sommes marqués par le péché et nous avons besoin de la grâce du Seigneur pour aimer comme lui. L’amour humain, depuis toujours, est toujours mêlé à une dose plus ou moins grande d’égoïsme : nous en avons des exemples concrets et parlantsau quotidien, dans notre propre vie si nous sommes honnêtes.

Ce dimanche du Bon Pasteur, je réfléchispersonnellement sur la dose, consciente ou inconsciente d’égoïsme ou d’amour propre présente dans ma manière de me donner à Dieu, à l’Eglise, à la communauté paroissiale et au monde, et quelle conversion personnelle opérer pour m’ajuster à l’amour du Christ. C’est chaque jour que chacun de nous est appelé à grandir en amour.  

Lors des préparations au mariage, nos échanges avec les fiancés témoignent de cette difficulté à aimer sans égoïsme. « J’aime mon fiancé parce qu’il me rend heureux (se), je me sens bien avec lui, il fait tellement attention à moi ». En d’autres mots, je pense aimer l’autre mais c’est moi-même qui m’aime à travers ce que l’autre me donne et me renvoie.Certains parents, consciemment ou inconsciemment considèrent leurs enfants comme une extension d’eux-mêmes, une projection, une sorte de reproduction d’un autre soi-même : des papas qui vampirisent leurs enfants en les obligeant à réaliser ce qu’ils n’ont pas pu faire dans leur vie, pour combler ce sentiment d’échec sportif, professionnel, intellectuel, social qui les habitent…? Je me souviens de la lettre de ce jeune collégien confirmand dans une école catho de la ville qui écrivait à l’évêque faisait du rugby mais que chaque fois qu’il allait aux entrainement, il avait la boule au ventre parce quobligé à le faire par ses parents : son papa n’a pas pu être un joueur pro, voulait que son enfant le devienne. Du coup, chaque entrainement était une torture pour ce jeune.

Rappelons-nous que personne au monde ne pourra nous aimer gratuitement et sans égoïsme plus que Jésus. Aucun pape, évêque, prêtre, aucun mari, aucune épouse, aucun enfant, aucun ami…bref, personne ne nous aime gratuitement plus que Jésus. Seul Jésus nous aime véritablement de manière gratuite et sans calculs. Et si c’est le cas, je me demande pourquoi nous résistons et refusons même de nous laisser aimer par le Christ. Jésus nous aime d’un amour infini et sans condition ! Attachons-nous au Christ !

Attention à l’attachement parfois démesuré que nous avons aux prêtres, à certains prêtres ! Je vous le redis, vos pasteurs sont tous de passage et tous imparfaits par nature. J’entends souvent : « A l’époque du père Gérard Batisse, Bogdan, Jean-Charles Demelles, Jean-Marie Miquel, Philippe Curbelié, Alain Madrange Jean-Barba, Etienne de Béranger,Bodgan Marie-Pierre Barthez, René Agnero, Gaston Sendateze, René Kouamé, Josselin, Joseph Dao, Willy, Vital,ou Bavurha… comme c’était bien ! Tous ces pasteurs d’énormes qualités, mais savons reconnaître aussi leursdéfauts et fragilités qui vous ont déçu, vous déçoivent ou vous décevront encore  N’oublions jamais que l’unique que Jésus est Bon Pasteur. C’est à lui que nous devons nous attacher fermement car lui ne nous décevra et ne nous abandonnera jamais : sur la croix, il a les bras ouvert et il nous accueille sans conditions.

Pour nous apprendre à aimer, Jésus nous tire vers le hautet nous invite à vaincre notre égoïsme naturel. Jésus nous aimeet veut que nous grandissions dans l’Amour. Si Jésus Bon Berger va à la recherche de la brebis perdue, c’est pour l’aider à rester dans le troupeau, avec les autres. Si Jésus Bon Pasteur donne sa vie pour nous, c’est pour que nous apprenions aussi à donner la nôtre pour les autres.

Prions pour nos pasteurs, les vocations sacerdotales et consacrées. Prions pour que l’Eglise ait des prêtres, religieux et religieuses, mais prions pour que ceux-ci viennent de nos familles. Il parait les vocations, c’est parfois comme l’autoroute : nous voulons des voies rapides, des autoroutes pour nous faciliter la circulation mais nous ne voulons pas du bruit à côté de chez nous. Nous avons besoin de prêtres, des consacrés, mais nous ne voulons surtout pas qu’ils soient pris dans notre propre famille, surtout pas notre propre enfant. Demandons aujiurd’hui au Seigneur de nous donner des vocations parce que nous en besoin et qu’il les prenne dans nos propres familles. Amen.

Homélie du Père Joseph du IV° Dimanche de Pâques, année B (2024)2024-04-21T11:28:16+02:00

Homélie du Père Joseph du III° dimanche de Pâques, année B (2024)

Mes chers frères et sœurs !

Les jours qui ont suivi la mort de Jésus étaient difficiles pour les apôtres. Ils sont remplis de peur, de doutes, d’angoisse. Quand le Ressuscité se présente au milieu d’eux, ils sont bouleversés et remplis de peur. Pour eux, Jésus est un fantôme ! Ces disciples sont proches et semblables à nous qui avons aussi du mal à reconnaitre le Ressuscité dans notre vie. Mais Dieu ne se fatigue jamais de venir à notre rencontre. Devant notre manque de foi Jésus insiste : « Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre cœur ? Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os comme vous constatez que j’en ai. »

Jésus invite les disciples à toucher et à regarder les signes de la Passion, montrant le lien entre la croix et la résurrection qui forment le même mystère pascal. La bonne nouvelle n’est pas seulement qu’un mort soit revenu à la vie, mais que le Fils de Dieu ait donné sa vie par amour pour nous sur la croix, qu’il ait vaincu la mort en sortant vivant du tombeau. Pour en faire l’expérience, nous avons besoin de le toucher avec les mains et le voir avec le cœur.  Beaucoup de gens ne croient pas ou doutent parce qu’ils n’en ont pas fait une expérience personnelle avec le ressuscité. Ils ne l’ont pas rencontré, ne l’ont pas touché et ne se sont pas laissés bouleverser par sa présence.

La foi chrétienne est une rencontre, autrement, elle reste une hypothèse, un doute. Quand saint Jean annonce le ressuscité, il parle d’expérience personnelle : « Ce qui était depuis le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie, nous vous l’annonçons. Oui, la vie s’est manifestée, nous l’avons vue, et nous rendons témoignage : nous vous annonçons la vie éternelle qui était auprès du Père et qui s’est manifestée à nous. » (1 Jn1, 1-2). Le témoignage parle d’une expérience concrète.

Comme l’expérience de l’amour, la foi est un chemin sur lequel on avance étape par étape, graduellement.  En amour, nous ne pouvons pas tout avoir ici et maintenant, mais y aller graduellement, pas à pas. La persévérance, la gradualité dans l’amour montre combien nous désirons et tenons à quelque chose, à quelqu’un, motivés pour gouter, jour après jours, chaque étape, chaque joie, chaque situation qui nous est donnée. Nous sommes en quête des certitudes mais quand le Seigneur nous en donne une, notre réaction est la peur parce que nous sommes tellement habitués à être négatifs au point que quand les choses positives surviennent, nous nous demandons combien de temps cela va durer ! Trop beau pour être vrai ! Au lieu de profiter du bonheur qui nous est donné, nous pensons déjà au manque, l’anguille sous roche, la tromperie qui se cache.  Et si par malheurs une petite épreuve arrive, la première réaction est : « il fallait que je l’y attendre ! Je savais que quelque chose devait coincer ! ».

Nous ne sommes pas des habitués à la Pâques parce que tellement entrainés à rester au vendredi saint, nous sentant plus à l’aise devant le Crucifié que devant le tombeau vide, plus en symbiose avec la souffrance du Christ qu’avec sa Victoire. Pourtant, nous sommes chrétiens en vertu de la victoire du Christ sur la mort. Il nous faut donc nous convertir à la victoire du ressuscité. Pour cela, Saint Luc nous donne trois voies pour rencontrer le Ressuscité.

La première rencontre se fait dans nos propres blessures. Pour inciter à la foi, Jésus invite d’abord à regarder ses propres blessures. Ayons le courage de faire la même chose : accueillir, regarder et accepter nos propres fragilités, nos blessures, nos plaies pour découvrir la puissance cachée et imprévisible du Ressuscité. Dieu agit dans nos faiblesses. Saint Paul nous dit que quand nous sommes faibles, c’est alors que nous sommes forts parce que nous laissons la force et la grâce du Christ agir en nous. C’est seulement si nous accueillons nos blessures que le pouvons permettre au Ressuscité de s’y manifester à nous sa puissance.

La deuxième est la voie de l’amitié, de la convivialité, des liens fraternels. Jésus mange et partage avec les apôtres. Jésus aimait la convivialité ! Il se faisait inviter chez les publicains, chez comme Zachée, chez Marthe et Marie, même chez des pharisiens…parce que Jésus sait qu’à table, on crée des liens d’amitié, de confiance, de confidence, d’intimité entre les personnes. Le Christ déploie sa vie dans nos communautés lorsque nous réussissons à nous ouvrir les uns aux autres à travers des moments de fraternité et de partage purement humains et gratuits. Et sur ce point aussi, les communautés catholiques ont beaucoup de lacunes. Nous nous contentons de nous rencontrer aux messes, à la chorale, prépa baptême, secours catho, dans les salles paroissiales et surtout, nous évitons de nous inviter à nos domiciles.

La troisième voie est la compréhension des Ecritures.  Jésus ouvre l’intelligence de ses disciples à la compréhension des Ecritures. Il nous faut trouver ou retrouver le goût de l’Evangile, ouvrir la Bible.  Et là aussi, les catholiques ont beaucoup de lacunes par rapport aux protestants, par exemple. Saint Jérôme disait que l’ignorance des Ecritures est l’ignorance du Christ. Il nous faut construire et fonder nos communautés sur les Ecritures, la Parole de Dieu et pas sur nos idéologies et nos opinions.  Prenons l’exemple des fraternités : un groupe se réunit souvent autour de la Parole de Dieu vit moins de division et de conflit car c’est la Parole qui guide alors que tout groupe qui se réunit seulement autour des débats théologiques ou idéologiques finit par créer des divisions. Pour annoncer le Ressuscité, il nous faut d’abord le rencontrer et l’écouter dans la Parole de Dieu illumine nos coeurs. Le Ressuscité rencontré dans les évangiles réchauffe le cœur, enflamme l’âme des disciples et leur donne la joie.

Le dernier point, pour conclure est la place de la mission. Le Ressuscité, ayant ouvert les intelligences des disciples à la compréhension des Ecritures les envoie en mission : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. À vous d’en être les témoins. » L’annonce du Christ, l’évangélisation n’est pas une option. C’est l’ADN même de l’Eglise. La mission est au cœur de la vie chrétienne. Une Eglise qui n’évangéliste pas est égoïste, parce qu’elle prive à beaucoup de personnes de la possibilité de rencontrer Jésus et d’être sauvées. Pire encore, cette Eglise se condamne à la mort parce que si de nouveaux disciples ne se joignent pas à nous, l’Eglise cessera d’exister quand nous serons tous morts. Malheur à moi si je n’annonce pas l’Evangile, dit saint Paul.

Malheureusement, nous nous rendons compte que souvent, nos communautés tournent un peu en rond, centrées sur elles-mêmes, manquant d’audace pour la mission. Nous nous retrouvons entre-nous, cultivant un entre-soi entre gens, entre gens bien cathos, déjà pratiquants, nous retrouvant selon les réseaux auxquels nous appartenons, sans nous interroger sur la manière d’ouvrir notre réseau ou les portes de l’Eglise à celui qui est différents de nous, qui est seul, ne connaissant personne parce qu’il vient à peine d’arriver sur la paroisse. D’où la question de l’accueil, de l’intégration des nouvelles personnes, qui reste souvent un concept dans beaucoup de nos équipes, mouvements, associations et communautés catholiques. Au travail, dans la rue, au sport, où que nous soyons, nous avons une bonne nouvelle à annoncer, à partager avec les autres.

Quand nous pouvons, quand nous en avons la possibilité, ne laissons aucune occasion d’annoncer le Christ Ressuscité aux autres. Le plus important n’est pas la stratégie, l’efficacité, mais le désir, l’envie que nous avons d’être missionnaire. La mission n’est pas d’abord quelque chose à faire, mais une manière d’être, une attitude qui permet aux autres de rencontrer Jésus qui est la source de notre Joie. Le Ressuscité nous envoie être ses témoins, comme nous le voyons à travers la communauté naissante que nous contemplons dans les Actes des Apôtres depuis le dimanche de Pâques.

Homélie du Père Joseph du III° dimanche de Pâques, année B (2024)2024-04-12T15:15:29+02:00
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