Homélie pour le 2e Dimanche de Carême (année C)
Chers frères et sœurs,

Nous voici déjà au deuxième dimanche de Carême, et la Parole de Dieu nous entraîne sur la montagne de la Transfiguration. En ce temps où nous cherchons à nous rapprocher de Dieu, cette page d’Évangile nous présente Jésus transfiguré : un avant-goût de sa gloire qui éclaire aussi notre chemin d’espérance. Je vous propose de parcourir brièvement les différentes lectures pour voir comment elles convergent vers la lumière du Christ, et comment cette lumière peut encore aujourd’hui illuminer nos cœurs, surtout quand notre foi semble vaciller.

  1. Abraham, la nuit étoilée et la confiance en Dieu

Dans la première lecture (Gn 15,5-12.17-18), nous voyons Abraham sortir sous le ciel étoilé, à l’invitation du Seigneur :« Regarde le ciel et compte les étoiles… Telle sera ta descendance ».Abraham n’a pas encore vu l’accomplissement de la promesse, mais il s’appuie sur la parole de Dieu. Nous aussi, nous sommes parfois plongés dans l’incertitude ou la souffrance : « Comment vais-je m’en sortir ? » « Comment ma situation va-t-elle évoluer ? » Dans ces nuits de l’âme, Dieu nous redit : « Regarde le ciel, fais-moi confiance, car je suis fidèle à ma promesse. »

  1. Le Psaume 26 : « Le Seigneur est ma lumière et mon salut »

Le Psaume responsorial (Ps 26) continue cette dynamique de confiance :« Le Seigneur est ma lumière et mon salut ; de qui aurais-je crainte ? »

Cette prière est un cri de foi. Dans l’obscurité, nous cherchons une lueur. Le psalmiste affirme que Dieu seul est cette lumière. Cela nous renvoie déjà à la Transfiguration : « Le visage de Jésus devint autre et son vêtement d’une blancheur éblouissante » (Lc 9,29).

Une belle illustration pour comprendre cela :Imaginez un petit enfant marchant dans le noir en tenant la main de son père ou de sa mère. Même s’il ne voit pas bien devant lui, il se sent en sécurité, car il sait que cette main le guide. De la même façon, nous pouvons garder la paix si nous sommes « tenus » par la main de Dieu, même quand tout semble obscur.

  1. Saint Paul : « Nous sommes citoyens des cieux » (Ph 3,20)….L’expression « citoyens des cieux » nous invite à lever les yeux et à garder un sens d’éternité. Dans notre vie quotidienne, nous pouvons vite être absorbés par les soucis, les problèmes de santé, la solitude, l’incompréhension… Mais Paul nous dit : « N’oubliez pas votre véritable patrie : c’est la communion avec Dieu, qui s’accomplira pleinement dans la vie éternelle. »

Le pape François affirme souvent : « Le Carême est un chemin qui nous conduit vers la joie de la Résurrection ; il nous prépare à accueillir la vie nouvelle que le Christ nous offre. »

Alors, ne nous laissons pas engloutir par le découragement. N’oublions pas que notre horizon, c’est la rencontre définitive avec Dieu.

  1. L’Évangile de la Transfiguration : un avant-goût de la Résurrection

Le cœur du message de ce dimanche est l’Évangile de la Transfiguration (Lc 9,28-36). Jésus emmène Pierre, Jacques et Jean sur la montagne pour prier, et là, ils entrevoient sa gloire divine.

  1. a) « Il est beau que nous soyons ici »

Pierre, émerveillé, s’écrie :« Maître, il est bon que nous soyons ici ! »

Quand on est en prière et qu’on ressent la présence de Dieu, on voudrait rester là, sur ce « petit nuage ». Mais la Transfiguration n’est pas faite pour nous détacher de la réalité ; c’est plutôt un éclairage qui nous aide à vivre nos épreuves. Les disciples vont bientôt voir Jésus rejeté, arrêté et crucifié. Or, le souvenir de cette gloire transfigurée sera pour eux une ancre, un point d’appui dans la tempête.

  1. b) Un encouragement pour la route

La Transfiguration est un « avant-goût » de Pâques. Elle montre que derrière la Croix, se profile déjà la lumière de la Résurrection. Et c’est la même chose pour nous : dans le Carême, nous ne sommes pas en train de faire des efforts pour souffrir pour le plaisir, mais pour nous purifier, pour laisser Dieu illuminer nos vies, et pour avancer vers la joie pascale.

Benoît XVI a écrit : « La Transfiguration nous rappelle que la joie la plus profonde ne naît pas des choses, mais de la rencontre avec la personne du Seigneur. »

  1. La signification de la Transfiguration pour notre Carême

Que signifie pour nous cette Transfiguration en plein temps de Carême ?

  1. Un appel à la prière
    Jésus monte sur la montagne pour prier. Il se met à part, s’éloigne du bruit, pour être en communion profonde avec son Père. De la même façon, le Carême nous propose de prendre du temps pour la prière personnelle, pour des moments de retrait où nous laissons la Parole de Dieu nous transfigurer de l’intérieur. Comme les disciples, nous sommes appelés à accompagner Jésus dans ce tête-à-tête avec le Père.
  1. Un chemin de conversion
    La Transfiguration est un changement profond qui anticipe déjà la Résurrection. Le Carême est justement ce temps pour accueillir la grâce d’une transformation intérieure. Il ne s’agit pas de prétendre être parfaits en quarante jours, mais de laisser le Christ agir en nous, nous purifier, nous éclairer.
  2. Un avant-goût de la joie pascale
    Les Apôtres ont goûté, l’espace d’un instant, la gloire du Christ. Parfois, le chemin de Carême peut paraître austère, avec ses renoncements et ses efforts spirituels. La Transfiguration nous rappelle que nous ne sommes pas faits que pour la pénitence : nous sommes faits pour la gloire avec le Seigneur. Notre effort spirituel trouve son sens et son accomplissement dans la joie pascale.
  3. La force pour affronter l’épreuve
    En contemplant la Transfiguration, Pierre, Jacques et Jean découvrent une lumière plus forte que la nuit de la Passion à venir. De même, si nous gardons en nous le souvenir vif de la gloire du Christ, nous pourrons traverser nos épreuves, nos souffrances, avec l’espérance et la certitude que Dieu est présent, qu’il ne nous abandonne pas.
  1. Laissons-nous illuminer et transmettre la lumière

Chers frères et sœurs, la Transfiguration nous montre que Jésus est la Lumière du monde, et qu’il veut partager cette lumière avec nous pour faire reculer nos ténèbres intérieures. Au milieu de nos fatigues, de nos inquiétudes, de nos deuils, cette lueur nous rappelle que la souffrance n’aura pas le dernier mot.

Saint Jean-Paul II disait : « N’ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ! »

Dans ce temps de Carême, ouvrons nos cœurs et laissons Jésus nous transfigurer. Demandons-lui la grâce de la confiance d’Abraham, la force du psalmiste qui se laisse guider par la « lumière » du Seigneur, et la joie de saint Paul qui se sait citoyen du Ciel.

Puissions-nous, comme Pierre sur la montagne, dire nous aussi : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! » – non pas pour fuir le monde, mais pour mieux y retourner, le cœur rempli de la lumière du Christ, et la transmettre autour de nous.

Amen.