Mes chers frères et sœurs

Qui parmi nous n’a jamais eu soif d’eau ? Dans ce contexte, un bon verre d’eau ou alors un bon verre de bière (pour les adultes) t’a fait beaucoup de bien. Il ne faudrait pas que l’abondance d’eau de nos robinets, ruisseaux, rivières, fleuves, mers et océans nous fasse perdre conscience de l’importance vitale de l’eau. La pénurie d’eau, à certaines périodes de l’année, nous aide à le réaliser. Nous avons tous été touchés par la pénurie d’eau dans les Pyrénées Orientales dans certaines régions…mais certains ont râlé quand des arrêtés municipaux ont interdit de ne pas remplir les piscines ou d’arroser notre pelouse ou potager en plein été.

Nous avons soif d’eau (H2O), mais, au fond de nous, il y a d’autres soifs plus profondes encore : soif d’amour, de bonheur, soif de vivre…. Pendant le carême, nous exprimons au Seigneur notre soif d’être sauvés.  A notre époque et malgré tout le refoulement qui est fait, nous nous rendons compte combien nous avons soif d’absolu, d’infini. En témoigne cette quête massive du spirituel chez nos contemporains, avec tous ces mouvements de spiritisme et le New Age dans lesquels il est malheureusement plus facile de tomber entre les mains du Malin et des gurus de toute sorte et dans lesquels les gens sortent déplumés et blessés, avec la difficulté de se reconstruire par la suite.

On cherche les énergies positives dans les religions ou pratiques spirituelles orientales, chez les magnétiseurs et énergiseurs de tous bords en oubliant que la seule et vraie énergie positive qui nous est donnée gratuitement est le saint Esprit à notre dans baptême. Le risque, quand on a très soif, c’est de boire n’importe quoi, même de l’eau impropre à la consommation. Combien des gens ont tellement besoin d’amour au point de se jeter dans les bras du premier venu pour en sortir blessé. C’est cela qu’a vécu la Samaritaine avec les multiples expériences amoureuses avant de rencontrer Jésus au puits de Jacob.

Comme la samaritaine, chacun de nous, et plus encore ces catéchumènes, nous avons besoin de rencontrer ce Dieu d’Amour qui nous appelle au Bonheur. La foi est toujours une rencontre, une expérience personnelle, comme celle faite par la samaritaine qui va puiser l’eau et qui rencontre Jésus. Chacun de nous, à un certain moment de notre vie, a pu faire sa propre expérience de la rencontre avec Jésus où il a fallu regarder notre vie en vérité. C’est ce moment où nous avons senti la main de Dieu toucher notre cœur, créant en nous un avant et un après. Ce jour-là, nous avons enfin laissé Dieu entrer dans notre vie et depuis, nous expérimentons avec émerveillement tout ce qu’il nous apporte, comme la samaritaine qui revient pour parler de sa rencontre avec le Christ avec des gens qu’elle évitait de voir à cause de ses blessures. Elle est allée évangéliser ceux qu’elle ne voulait pas voir, qui la jugeaient et la regardaient de travers.

Jésus est assoiffé de notre amour. Il demande de l’eau à la samaritaine. Cela me fait penser à cet hymne où nous disons que Jésus est un mendiant ! Il se révèle fragile en mendiant notre amour, nous demandant de lui ouvrir notre cœur. Fatigué, il se rend au puits de Jacob, à Sicar, à l’heure la plus chaude de la journée, dans cette région de Samarie où il n’était pas le bienvenu. Il a soif d’eau, mais plus encore, il a soif de la foi de cette femme qui vient chercher l’eau à une heure improbable parce qu’elle a peur de croiser ces gens qui la jugent et la critiquent.  Elle a une vie blessée et abusée par plusieurs hommes, devenue la risée du village, condamnée à ne rester qu’une femme facile comme en témoigne le nombre de ses ex. Elle a honte de vivre mais Jésus n’a pas honte de l’approcher pour lui redire que sa vie a encore de la valeur et qu’elle n’est pas condamnée à rester malheureuse.

Jésus veut toucher son cœur blessé, pas son corps, objet de convoitise de beaucoup d’hommes. Tellement blessée par le passé, elle a barricadé son cœur à toute proposition amoureuse. La samaritaine fuit la main et le regard de ce Dieu qui vient à sa rencontre, comme nous aussi qui refusons de prendre la main de Dieu qui ne cherche qu’à nous guérir de nos blessures et qu’à étancher notre soif d’amour et de bonheur.

A travers le récit, Jésus nous redit que son désir profond est de toucher notre cœur assoiffé de vraie joie, de vrai bonheur et du véritable amour mais qui risque parfois de se fermer. Jésus insiste avec délicatesse, en proposant un dialogue, sans s’imposer. De la soif d’eau, Jésus s’est révélé comme la vraie Source d’eau vive. Sa tendresse délicate a porté cette femme à parler sans rougir de sa vie amoureuse qui est une vraie catastrophe ! La rencontre avec Jésus exige la vérité sur notre vie. Si nous voulons être heureux, acceptons la vérité de notre vie actuelle avec ses fragilités et blessures. La foi n’est pas un théâtre où nous entrons dans un personnage.

Jésus n’a pas fait de morale à cette femme blessée mais l’a amenée à prendre conscience de ses blessures. Jésus n’a pas remué le couteau dans la plaie, mais l’a amenée à parler de sa foi, de sa relation avec le Dieu. Jésus la rassure en se révélant progressivement : « Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. » La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses » Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle »

La samaritaine, la fille fragile et facile, la pécheresse publique, celle qui allait puiser l’eau à midi à cause de la honte, devient une disciple-missionnaire : elle part au village la cruche vide et sans eau, mais le cœur rempli d’amour ! Celle qui fuyait les regards inquisiteurs part à la rencontre des villageois pour témoigner de sa rencontre avec Jésus. Grâce à elle, de nombreux samaritains font à leur tour la rencontre avec Jésus et deviennent croyants : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde ! »

 Prions pour nos catéchumènes jeunes et adultes qui vivent leur premier scrutin en ce troisième dimanche de carême, afin que, comme la samaritaine, ils deviennent des disciples-missionnaires qui témoignent de leur rencontre avec Jésus. Que ce temps de carême nous permette grandir dans notre relation au Christ, Source d’Eau Vive qui étanche notre soif de vrai bonheur qui s’appelle aussi le salut, la vie éternelle donnée gratuitement dans la passion, la mort et la résurrection du Christ. Amen