Chers frères et sœurs, le Seigneur est interrompu dans son enseignement par une nouvelle dramatique, des Israélites ont été tués dans le Temple par des Romains. Ils sont morts au sein d’une double profanation : en entrant dans le Temple les Romains l’ont profané et en répandant le sang ils l’ont profané encore.

Donc ces Israélites sont morts dans cette double profanation – c’est comme dire qu’il n’y a pas de pire mort que la leur, il n’y a pas de plus grande honte que la leur. Cela signifie – aux yeux du peuple – qu’ils sont coupables envers Dieu de péchés extrêmement graves.

Ainsi pense le peuple entrainé par les théologiens du temps… Selon leur théologie, Dieu nous punit pour nos péchés et plus nos péchés sont graves plus le châtiment est grave, dramatique, spectaculaire – cela peut être une mort violente ou une maladie grave, une infirmité.

Le Seigneur est très frappé par ce comportement de ses contemporains. Il voit qu’ils jugent, qu’ils sont tous en train de conclure immédiatement à la culpabilité de ces hommes. Et il se rappelle d’un autre cas où il avait vu le même comportement, lors de la chute de la tour de Siloé. Là aussi les hommes morts écrasés par la tour ont été jugés immédiatement par l’opinion comme coupables de grands crimes devant Dieu.

L’Évangile nous montre que le Seigneur est très sensible à cette question du jugement que nous portons les uns sur les autres. Il interrompt son enseignement et il donne des admonitions, il rappelle ce qui est arrivé dans d’autres cas semblables…

Et il dit à ses auditeurs que s’ils ne se convertissent pas ils mourront tous de la même manière. C’est-à-dire que s’ils jugent sans miséricorde alors comment feront-ils eux-mêmes à supporter le jugement quand ils se verront dans la lumière avec leur péché ? Pour le moment ils jugent autrui et ils en retirent une certaine satisfaction, il se sentent justifiés par le sort d’autrui… Mais quand ils seront jugés, quand ils verront que ceux qu’ils ont méprisés ont vécu une vie plus sainte que la leur, est-ce qu’ils le supporteront, est-ce que la honte ne sera pas trop forte ?

Dans le jugement nous verrons, oui, le regard miséricordieux de Dieu, mais nous nous verrons aussi nous-mêmes tels que nous sommes. Le Seigneur nous donne cette admonition de se considérer plutôt eux-mêmes comme pécheurs dès maintenant.

Le Seigneur est très sensible à cette question, non seulement il interrompt son enseignement pour en donner un autre, mais il donne aussi une parabole, il manifeste d’avoir une parabole à laquelle il a déjà pensé à ce sujet. Cette parabole nous parle du propriétaire d’une vigne qui commande au vigneron de couper le figuier qui ne porte pas de fruit…

Si nous regardons bien ce qui se passe dans la parabole, le propriétaire ne considère pas seulement le figuier mais surtout la terre. Il dit Pourquoi est-ce que le figuier doit consommer l’aliment qui est dans la terre sans donner de fruit, alors que cet aliment pourrait être consommé par la vigne pour qu’elle donne plus de fruit ? Donc il a un point de vue plus profond que le nôtre – nous, nous aurions tendance à ne regarder que le figuier et à le juger ; lui, il regarde surtout la terre.

Et puis il ne commande pas purement et simplement de couper le figuier mais surtout il consulte le vigneron, il reconnait implicitement que le vigneron est plus expert que lui et il l’interroge. Et le vigneron à son tour regarde lui aussi la terre mais encore plus en profondeur…

Et il dit Oui peut-être… peut-être que le figuier consomme l’aliment qui est dans la terre et ne donne pas de fruit – mais peut-être aussi que l’aliment est dans la terre mais n’arrive pas jusqu’au figuier auquel cas il faut bêcher la terre, ou bien l’aliment manque-t-il dans la terre alors il faut mettre de l’engrais…

Il a un point de vue plus profond encore et il temporise – il en sait davantage et il hésite davantage avant de conclure, mais le propriétaire déjà lui aussi avait temporisé pendant trois ans avant de penser à le couper.

La parabole nous dit : Plus on est expert plus on temporise, plus on en sait moins on condamne. Et la parabole ne conclue pas, elle ne nous enseigne pas à juger, elle ne nous enseigne pas à conclure nous-mêmes définitivement.

Elle nous enseigne que comme le propriétaire, comme le vigneron sont responsables des soins donnés au figuier, nous sommes responsables de la croissance les uns des autres. Nous sommes responsables parce que nous nous donnons les uns aux autres les conditions – ou nous ne les donnons pas – de grandir humainement et spirituellement.

Comme le propriétaire et le vigneron nous sommes une image imparfaite de Dieu, nous sommes comme des dieux les uns pour les autres. Quand nous jugeons nous ne nous rendons pas compte à quel point nous nous enfermons les uns les autres dans une prison, nous nous limitons, nous nous privons de la vie.

Au contraire si nous ne nous condamnons pas mais donnons ce qui est nécessaire à la croissance – l’écoute, la patience, tous les biens possibles – alors chacun aura la possibilité de grandir et donner du fruit, selon son propre mystère et selon le mystère de Dieu.