Frères et sœurs,
En ce 8 mai, notre pays fait mémoire de la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe.
Une date historique.Une date de victoire… mais une victoire traversée de larmes, de ruines et de silences.
Car derrière les cérémonies officielles, derrière les monuments aux morts, derrière les noms gravés dans la pierre, il y a des histoires humaines.
Des jeunes de vingt ans arrachés à leur famille.
Des femmes qui ont attendu un mari qui ne reviendrait jamais.
Des enfants devenus orphelins trop tôt.
Des villages détruits.
Des consciences marquées à jamais.
Et pourtant, au cœur de cette nuit de l’histoire, des hommes et des femmes ont continué à croire que la lumière valait plus que les ténèbres.Voilà pourquoi l’Évangile d’aujourd’hui est bouleversant :« Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »Cette parole de Jésus n’est pas un slogan naïf.Elle a traversé les camps, les prisons, les tranchées, les tortures et les exécutions.
Ces derniers mois, l’Église de France a rappelé une page très forte de cette histoire avec la béatification à Paris de cinquante martyrs du STO (service du travail obligatoire), ces jeunes chrétiens envoyés de force en Allemagne pendant la guerre, morts en haine de leur foi. Parmi eux, plusieurs scouts français.L’un d’eux, Joël Anglès d’Auriac, jeune scout torturé puis exécuté par les nazis, écrivait avant sa mort :« Je meurs avec le sourire, car le Seigneur est avec moi. »
Un autre disait :« Ils ne sont pas assez forts pour vaincre le Christ. »Quelle force intérieure !
Ces hommes n’étaient pas des super-héros.C’étaient des jeunes ordinaires.
Mais ils avaient compris une chose extraordinaire :on peut enfermer un corps… mais on ne peut pas emprisonner une âme qui demeure libre dans l’amour et dans la foi.Et cela nous rejoint aujourd’hui.Parce que notre monde moderne est technologiquement avancé… mais humainement fragile.Nous pensions peut-être que les grandes guerres appartenaient au passé.Mais regardez notre monde : l’Ukraine, le Proche-Orient, les violences terroristes, les radicalisations, les discours de haine, les fractures sociales…Le pape François répétait souvent :« La guerre est toujours une défaite de l’humanité. »
Et il ajoutait :« Chaque guerre laisse le monde pire qu’il ne l’était auparavant. »Ces paroles résonnent fortement aujourd’hui.
Nous faisons mémoire du 8 mai non pour glorifier la guerre, mais pour apprendre à protéger la paix.Car les guerres commencent rarement d’un seul coup.Elles naissent dans les cœurs lorsque disparaissent :
- le respect,
- la vérité,
- le dialogue,
- la fraternité.
Quand l’autre n’est plus vu comme un frère, il devient vite un ennemi.Voilà pourquoi Jésus nous donne aujourd’hui le seul véritable antidote contre la barbarie :« Aimez-vous les uns les autres. »Non pas un amour sentimental ou faible.Mais un amour courageux.Un amour capable de pardonner.Un amour capable de servir.Un amour capable de protéger les plus faibles.
Il est frappant de voir que beaucoup de ceux que nous honorons aujourd’hui — résistants, soldats, prêtres, infirmières, simples citoyens — ont risqué leur vie non par haine de quelqu’un, mais par amour de quelqu’un :
- amour de leur famille,
- amour de leur pays,
- amour de la liberté,
- amour de la dignité humaine.
Saint Maximilien Kolbe, mort dans un camp nazi, disait :« La haine n’est pas une force créatrice. Seul l’amour crée. »Et cela reste vrai aujourd’hui.
Frères et sœurs, beaucoup parmi nous ne viennent pas souvent à l’église.Mais je crois qu’aujourd’hui chacun peut comprendre ceci :
Un monde sans mémoire devient dangereux.
Un monde sans fraternité devient violent.
Un monde sans espérance devient froid.
Alors, en ce jour de commémoration, demandons au Seigneur trois grâces.
La grâce de la mémoire, pour ne jamais banaliser le mal.
La grâce du courage, pour défendre la paix même quand cela coûte.
Et la grâce de la fraternité, pour apprendre à vivre ensemble malgré nos différences.
Et peut-être qu’aujourd’hui, le plus bel hommage que nous puissions rendre aux morts de la guerre, ce n’est pas seulement une minute de silence…C’est de devenir, chacun à notre place, des artisans de paix.
Dans nos familles.
Dans nos quartiers.
Dans nos paroles.
Dans notre manière de regarder les autres.
Que le Seigneur accueille tous les morts de la guerre.
Qu’il bénisse notre pays.
Qu’il soutienne ceux qui servent la paix et le bien commun.
Et que la Vierge Marie, Reine de la Paix, veille sur la France et sur le monde.Amen.