À propos de Justin Bertho

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Homélie du père Justin, III Dimanche de Carême (Année C) Lc 13,1-9

Chers frères et sœurs, le Seigneur est interrompu dans son enseignement par une nouvelle dramatique, des Israélites ont été tués dans le Temple par des Romains. Ils sont morts au sein d’une double profanation : en entrant dans le Temple les Romains l’ont profané et en répandant le sang ils l’ont profané encore.

Donc ces Israélites sont morts dans cette double profanation – c’est comme dire qu’il n’y a pas de pire mort que la leur, il n’y a pas de plus grande honte que la leur. Cela signifie – aux yeux du peuple – qu’ils sont coupables envers Dieu de péchés extrêmement graves.

Ainsi pense le peuple entrainé par les théologiens du temps… Selon leur théologie, Dieu nous punit pour nos péchés et plus nos péchés sont graves plus le châtiment est grave, dramatique, spectaculaire – cela peut être une mort violente ou une maladie grave, une infirmité.

Le Seigneur est très frappé par ce comportement de ses contemporains. Il voit qu’ils jugent, qu’ils sont tous en train de conclure immédiatement à la culpabilité de ces hommes. Et il se rappelle d’un autre cas où il avait vu le même comportement, lors de la chute de la tour de Siloé. Là aussi les hommes morts écrasés par la tour ont été jugés immédiatement par l’opinion comme coupables de grands crimes devant Dieu.

L’Évangile nous montre que le Seigneur est très sensible à cette question du jugement que nous portons les uns sur les autres. Il interrompt son enseignement et il donne des admonitions, il rappelle ce qui est arrivé dans d’autres cas semblables…

Et il dit à ses auditeurs que s’ils ne se convertissent pas ils mourront tous de la même manière. C’est-à-dire que s’ils jugent sans miséricorde alors comment feront-ils eux-mêmes à supporter le jugement quand ils se verront dans la lumière avec leur péché ? Pour le moment ils jugent autrui et ils en retirent une certaine satisfaction, il se sentent justifiés par le sort d’autrui… Mais quand ils seront jugés, quand ils verront que ceux qu’ils ont méprisés ont vécu une vie plus sainte que la leur, est-ce qu’ils le supporteront, est-ce que la honte ne sera pas trop forte ?

Dans le jugement nous verrons, oui, le regard miséricordieux de Dieu, mais nous nous verrons aussi nous-mêmes tels que nous sommes. Le Seigneur nous donne cette admonition de se considérer plutôt eux-mêmes comme pécheurs dès maintenant.

Le Seigneur est très sensible à cette question, non seulement il interrompt son enseignement pour en donner un autre, mais il donne aussi une parabole, il manifeste d’avoir une parabole à laquelle il a déjà pensé à ce sujet. Cette parabole nous parle du propriétaire d’une vigne qui commande au vigneron de couper le figuier qui ne porte pas de fruit…

Si nous regardons bien ce qui se passe dans la parabole, le propriétaire ne considère pas seulement le figuier mais surtout la terre. Il dit Pourquoi est-ce que le figuier doit consommer l’aliment qui est dans la terre sans donner de fruit, alors que cet aliment pourrait être consommé par la vigne pour qu’elle donne plus de fruit ? Donc il a un point de vue plus profond que le nôtre – nous, nous aurions tendance à ne regarder que le figuier et à le juger ; lui, il regarde surtout la terre.

Et puis il ne commande pas purement et simplement de couper le figuier mais surtout il consulte le vigneron, il reconnait implicitement que le vigneron est plus expert que lui et il l’interroge. Et le vigneron à son tour regarde lui aussi la terre mais encore plus en profondeur…

Et il dit Oui peut-être… peut-être que le figuier consomme l’aliment qui est dans la terre et ne donne pas de fruit – mais peut-être aussi que l’aliment est dans la terre mais n’arrive pas jusqu’au figuier auquel cas il faut bêcher la terre, ou bien l’aliment manque-t-il dans la terre alors il faut mettre de l’engrais…

Il a un point de vue plus profond encore et il temporise – il en sait davantage et il hésite davantage avant de conclure, mais le propriétaire déjà lui aussi avait temporisé pendant trois ans avant de penser à le couper.

La parabole nous dit : Plus on est expert plus on temporise, plus on en sait moins on condamne. Et la parabole ne conclue pas, elle ne nous enseigne pas à juger, elle ne nous enseigne pas à conclure nous-mêmes définitivement.

Elle nous enseigne que comme le propriétaire, comme le vigneron sont responsables des soins donnés au figuier, nous sommes responsables de la croissance les uns des autres. Nous sommes responsables parce que nous nous donnons les uns aux autres les conditions – ou nous ne les donnons pas – de grandir humainement et spirituellement.

Comme le propriétaire et le vigneron nous sommes une image imparfaite de Dieu, nous sommes comme des dieux les uns pour les autres. Quand nous jugeons nous ne nous rendons pas compte à quel point nous nous enfermons les uns les autres dans une prison, nous nous limitons, nous nous privons de la vie.

Au contraire si nous ne nous condamnons pas mais donnons ce qui est nécessaire à la croissance – l’écoute, la patience, tous les biens possibles – alors chacun aura la possibilité de grandir et donner du fruit, selon son propre mystère et selon le mystère de Dieu.

Homélie du père Justin, III Dimanche de Carême (Année C) Lc 13,1-92025-03-23T16:25:34+01:00

Homélie du père Justin, IIème Dimanche de Carême (Année C), Lc 9,28b-36

Chers frères et sœurs, les paroles que nous avons entendues prononcées par la voie dans la nuée : Celui-ci est mon fils, celui que j’ai choisi, écoutez-le – ces paroles nous rappellent le Baptême de Jésus, à cette différence que dans le baptême de Jésus nous n’entendons pas ces mots en particulier : Écoutez-le.

Mais le baptême de Jésus nous pourrions en parler en dehors de la sainte Messe, en dehors de l’église, et même en dehors de la communauté chrétienne. On pourrait en parler avec qui que ce soit et dire que Jésus est le Fils éternel de Dieu qui est descendu du Ciel pour vivre parmi nous.

Tandis que cette page évangélique de la Transfiguration, il ne convient pas d’en parler en dehors de la communauté chrétienne et même je dirais en dehors de la sainte Messe.

Parce que cet Évangile nous donne une vision de l’Église, et cette vision de l’Église nous est donnée dans l’Église et elle nous est donnée par l’Église – seulement dans l’Église il est possible de la contempler. En haut de cette montagne nous sommes comme en un point en dehors du temps où nous avons ensemble une vision très forte de l’Église.

Vous avez entendu que Jésus a porté avec lui en haut de la montagne Pierre, Jacques et Jean. Et saint Paul nous le dit : Pierre, Jacques et Jean sont les piliers de l’Église en son temps, ils le sont d’une certaine façon jusqu’à aujourd’hui. Dans cette page de l’Évangile vous avez entendu que Pierre se propose de faire trois tentes, une pour Jésus, une pour Moise et une pour Elie.

Les tentes parmi les Israélites rappellent les quarante années passés dans le désert où le peuple d’Israël vivait dans des tentes. Mais ces tentes qu’évoque Pierre rappellent surtout la tente du Rendez-vous, la tente qui se trouvait dressée en dehors du campement et dans laquelle la nuée descendait et remplissait la tente et Dieu était dans la nuée – et Moise entrait dans la tente et parlait avec Dieu.

L’Évangile nous dit que Pierre ne savait pas ce qu’il disait. Il ne sait pas ce qu’il dit déjà parce qu’il est difficile de faire trois tentes comme cela en haut d’une montagne… Mais surtout parce qu’en réalité Jésus a déjà pourvu aux trois tentes.

Les tentes en question ce sont Pierre, Jacques et Jean eux-mêmes, c’est sur eux que la nuée descend, et chacun d’eux se trouve être rempli de la nuée, rempli de la présence de Dieu. Pierre est tente de Jésus Christ, Jacques est tente de Moise et Jean est tente d’Elie.

Et la voix qui résonne dans la nuée en disant : Celui-ci est mon fils, écoutez-le – cette voix désigne Pierre qui est tente du Christ, cette voix nous demande de l’écouter parce qu’il est le vicaire du Christ, comme elle nous demande d’écouter aussi Jacques et Jean. Elle ne nous demande pas d’écouter Jésus parce que lui il est le Fils éternel de Dieu et il va de soi qu’il faut l’écouter.

Pierre est le vicaire du Christ, il est rempli de son Esprit, et comme lui il est au service de l’Église comme pierre de soutien et comme clef de voûte. Pourquoi Pierre ? nous l’avons vu, pour son esprit de service, il se propose spontanément de construire trois tentes.

Et de même Jacques se trouve être tente de Moise et Jean tente d’Elie. C’est-à-dire que Jacques représente une dimension de l’Église qui est celle de la juridiction, de l’institution – et en effet Jacques avait la réputation d’être celui des apôtres le plus porté sur l’observance, comme Moise. Et Jean de son côté représente la partie plus charismatique de l’Église, sur le modèle d’Elie qui est un prophète et un thaumaturge.

Cette vision nous montre quels sont les rapports de la dimension juridique et de la dimension charismatique entre elles. Comme Jacques et Jean sont du même sang et sont disciples du Christ, de même la dimension juridique et la dimension charismatique de l’Église doivent aussi aller ensemble et ont la même source.

L’institution et le charisme ne doivent jamais s’opposer dans l’Église et devenir des principes de division. L’Institution doit toujours se rappeler qu’elle a une origine charismatique, ne pas se scléroser et accueillir la nouveauté. Et le charisme doit savoir qu’il a un destin institutionnel, il doit se responsabiliser et ne pas se complaire dans les marges ou dans l’opposition. Alors l’Église peut grandir et se renouveler.

Cela fait deux mille ans que nous proclamons cet Évangile pendant la liturgie et à chaque fois la communauté chrétienne est rassemblée sur ce mont et a cette vision. L’Esprit descend dans la personne de chaque chrétien et s’exprime à travers chacun d’entre nous.

Cette voix nous dit d’écouter Pierre et ses successeurs bien entendu, mais elle nous dit également d’écouter chacun d’entre nous dans une Église synodale, et pour ce faire il faut aussi nous exprimer chacun véritablement, exprimer ce que nous portons en nous, qui vient de l’Esprit et qui attend de paraitre pour renouveler l’Église et le monde.

Homélie du père Justin, IIème Dimanche de Carême (Année C), Lc 9,28b-362025-03-16T16:44:35+01:00

Homélie du père Justin, Ier dimanche de Carême (Année C), Lc 4,1-13

Chers frères et sœurs quand nous sommes en temps de guerre, des soldats peuvent être faits prisonniers et interrogés, mais aussi des civils. Un civil appartenant à un groupe de résistance par exemple peut être fait prisonnier et interrogé. On le prive de liberté, parfois de nourriture ou de sommeil, de lumière ou au contraire on le prive d’obscurité etc…

Et on l’interroge fréquemment, pendant des jours, des semaines… Et puis s’il ne parle pas, celui qui l’interroge peut essayer une dernière technique. Il peut lui dire : Voilà mes supérieurs ont décidé qu’on devait te relâcher, nous n’avons rien contre toi. Alors on lui rend ses chaussures, sa montre, son portefeuille, sa veste, on lui donne un café et une brioche et on lui dit qu’on va le ramener où on l’avait arrêté.

Et son interrogateur autour du café et de la brioche lui dit sur un ton amical : Allez, entre nous, tu peux me le dire à moi que c’est toi et ton groupe qui avez fait telle chose, tel sabotage… Et parfois le prisonnier avoue, il reconnait que c’était bien lui – c’est arrivé. Il était hors de l’humanité, hors de la vie depuis un mois, désorienté, et tout d’un coup il lui semble de retrouver l’humanité et l’amitié et il cède à la tentation de la main tendue…

C’est un peu ce qui arrive à Jésus, c’est en tout cas ce que le tentateur essaye avec lui. Jésus a tenu quarante jours sans rompre son jeûne, il a été tenté de le rompre pendant ces quarante jours – et là c’est fini les quarante jours sont passés, c’est accompli. Alors le tentateur se présente comme un ami et lui dit : Allez c’est bon maintenant tu peux dire que cette pierre devienne du pain, tu es bien le fils de Dieu, tu l’as démontré, maintenant tu peux manger…

Mais le Seigneur ne veut pas seulement accomplir un prodige en jeûnant quarante jours, il veut nous libérer entièrement, il veut que le diable épuise toutes ses tentations. Le vainqueur de la lutte ce n’est que lui et ce ne peut être que lui – et lui il fait entrer cette victoire dans notre humanité.

Nous devons faire attention quand nous disons qu’il nous enseigne à lutter contre le diable – en réalité lui seul peut lutter contre le diable et remporter la victoire, nous nous le pouvons pas, mais nous bénéficions de sa victoire. Notre Seigneur Jésus Christ est vrai Dieu et vrai homme, et quand il est tenté dans le désert il est tenté essentiellement dans son humanité et au bénéfice de notre humanité. Il vient de recevoir le baptême parmi nous et il est rempli de l’Esprit Saint, et l’Esprit Saint le conduit et le mène dans le désert ; cela signifie qu’il est solidaire de notre humanité et qu’il remplit notre humanité de son Esprit pour que sa victoire soit notre victoire.

Au cœur de notre humanité dorénavant se trouve sa victoire sur le mal. C’est-à-dire que même si nous chutons, même si nous sommes écrasés, même si nous sommes vaincus en apparence par la puissance du mal, du moment que nous désirons toujours être avec le Seigneur, sa victoire, sa grâce sont toujours présentes dans notre cœur et nous sommes toujours vainqueurs en vertu de sa victoire – nous ne sommes pas terrassés par le mal.

Le combat contre le mal est pour nous le moment de nous rapprocher de Jésus et de Marie – Marie qui est notre plus grand soutien et Jésus qui seul nous donne la victoire. Si nous pensons que nous pouvons vaincre le mal, il y a toujours un moment où nous serons terrassés – c’est tout à fait normal – et dans ce moment nous devons conserver le désir d’être avec le Seigneur et lui quand il le veut il manifeste sa victoire dans notre vie.

Dans cet Évangile, le Seigneur nous rend notre dignité et notre liberté pour vivre dans ce monde et il nous montre comment nous sommes appelés à y vivre…

Avant tout le Seigneur dit : L’homme ne vivra pas seulement de pain. C’est-à-dire que les créatures quelles qu’elles soient ne sont pas toutes autour de nous comme des biens de consommation. Quelle importance a une pierre, qu’est-ce que cela peut faire si elle devient du pain ou même si elle disparait ? Le Seigneur ne la traite pas comme un bien de consommation alors nous sommes appelés à ne pas traiter toutes les créatures comme des biens de consommation. Si cela vaut pour une pierre, alors à plus forte raison cela vaut pour toutes les créatures. L’homme cultive et garde la Création, il ne l’exploite pas, mais si au contraire l’homme traite ainsi la création alors lui-même s’avilit, il perd sa dignité.

Dans la deuxième tentation le tentateur dit que tout le pouvoir et la gloire des royaumes de la terre ont été remis entre ses mains. Il laisse entendre que ce pouvoir lui a été remis par Dieu – le tentateur ment toujours d’une manière ou d’une autre. Nous ne devons pas entendre par ses paroles que c’est Dieu qui les a remis entre ses mains – ce serait monstrueux, cela nous ferait sombrer dans le pessimisme – mais que c’est l’homme qui les a remis entre ses mains.

Donc la tentation pour le Seigneur et pour notre humanité c’est de penser : Voilà les hommes ne sont pas capables de faire autrement, ils remettront toujours le pouvoir entre les mains du diable et eux-mêmes ne sont capables d’exercer le pouvoir qu’en adorant le diable. C’est la tentation du découragement social et politique.

Mais au contraire Jésus pense que l’être humain relevé et soutenu par la grâce saura décider de remettre le pouvoir et la gloire des royaumes entre les mains des fils et des filles de Dieu et qu’il sera capable de l’exercer en tant que fils et fille et Dieu, progressivement, même avec des difficultés, jusqu’à la venue définitive du Fils de l’homme à la fin des temps. Donc il répond que lui n’adorera pas le tentateur mais seulement Dieu et il nous donne cette force de nous tourner vers Dieu nous aussi.

Et puis la dernière tentation nous révèle que si nous voulons confier une responsabilité, un pouvoir, un royaume à un fils ou à une fille de Dieu, pour pouvoir identifier ce fils ou cette fille de Dieu il ne faut pas rechercher une personne qui accomplit des prodiges. Les fils et les filles de Dieu ne cherchent pas à accomplir des prodiges parce qu’ils refusent de tenter Dieu, de mettre Dieu à l’épreuve – ils ne traitent pas Dieu comme un instrument pour accroitre leur pouvoir…

Les victoires de Jésus sur le tentateur illuminent notre humanité de l’intérieur, elles nous donnent d’avoir du discernement dans notre vie de tous les jours, personnelle, sociale, politique.

Nous sommes appelés à avoir un rapport avec la Création qui n’est pas de consommation mais de soin et de protection, à avoir un rapport avec notre vie en communauté où nous cherchons à confier les responsabilités à des personnes qui ne cherchent pas à dominer, et qui ne se mettent pas en avant notamment en prétendant accomplir des prodiges – alors le Royaume de Dieu peut commencer à croitre en ce monde.

Le Seigneur en étant vainqueur des tentations au cœur de notre humanité nous rend pleinement capables d’assumer notre mission dans ce monde, qui est de commencer à réaliser son Royaume dans le temps, dans l’attente de son retour dans la gloire.

Homélie du père Justin, Ier dimanche de Carême (Année C), Lc 4,1-132025-03-11T09:14:35+01:00

Homélie du Père Justin, VII Dimanche du TO, Lc 6,27-38 (Année C)

Chers frères et sœurs, le Seigneur nous dit d’aimer nos ennemis, de faire du bien à ceux qui nous font du mal, de bénir ceux qui nous maudissent…

Il n’est pas difficile de se représenter ce que serait le discours inverse : Faites du bien à vos amis, haïssez vos ennemis, bénissez ceux qui vous bénissent, maudissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous font du bien, faites du mal à ceux qui vous font du mal, etc… Cependant, que se passe-t-il si nous agissons de la sorte ?

Nous entrons dans un cercle à l’intérieur duquel nous faisons du bien à nos amis en échange de quoi nous attendons du bien de leur part, tout comme nos amis nous font du bien en attendant du bien de notre part. Nous échangeons des faveurs, nous formons un groupe d’amis par opposition avec un groupe d’ennemis. Les amis de mes amis sont mes amis, les ennemis de mes amis sont mes ennemis. Et nous arrivons à ce que nous appelons du clientélisme.

Et tout ce système est mis en place pour qu’un groupe domine sur un autre groupe et pour que les groupes les plus puissants se partagent des avantages. On entre dans ces groupes pour bénéficier de ces avantages, en général. Sommes-nous libres de cette façon ? nous sommes moins libres que jamais.

Avant tout le Seigneur nous délivre, il nous libère de ces cercles, celui des amis et celui des ennemis. Il nous donne et redonne la liberté des fils et des filles de Dieu. Mais il ne nous donne pas cette liberté dans une sorte de rébellion envers notre société ou de destruction de cette société. Son modèle de société est en contraste radical avec ce que le monde propose, et cependant il ne détruit rien, il nous en fait sortir par le haut. Il nous donne de transfigurer notre vie personnelle et sociale.

Nous continuons à faire du bien à nos amis mais cela n’est plus l’essentiel, l’accent est mis sur le fait de faire du bien tout autant à nos ennemis, pour briser les cercles, sortir des boucles d’aliénation et de haine réciproque. Le Seigneur nous rend libre, il nous rend notre dignité – c’est très important de le percevoir.

Vous avez entendu ce qu’il nous dit : A qui te frappe sur une joue, présente encore l’autre. C’est un homme libre qui parle, et qui affirme notre liberté et notre dignité. C’est important à comprendre parce que souvent on entend ces paroles dans le sens contraire. Si je reçois une gifle et tends l’autre joue, non seulement ma dignité est en péril mais celle aussi de celui qui me frappe, je l’invite à me frapper une seconde fois…

Mais ça n’est pas ainsi qu’il faut percevoir cet enseignement. Il s’agit pour nous de sortir de la boucle de la violence et de donner l’opportunité à notre voisin de sortir lui aussi de cette boucle par la même occasion. J’affirme ma dignité et sa dignité, ma liberté et sa liberté.

Si on veut mieux comprendre cet enseignement nous pouvons nous souvenir de ce que fait le Seigneur durant son procès, tel qu’il est relaté dans l’Évangile de Jean. Un soldat le frappe sur la joue et le Seigneur bien entendu ne lui rend pas la gifle – pas seulement parce qu’il est attaché ! –mais il lui dit : Si j’ai mal agi, dis-moi en quoi j’ai mal agi ; mais si j’ai bien agi, pourquoi me frappe-tu ? Avec cette question le Seigneur ne répond pas à la violence par la violence – donc il s’en libère lui-même et du coup il donne la possibilité au soldat de sortir de la boucle de la violence lui aussi, il partage cette liberté avec lui. C’est tout ce dont il s’agit dans les paroles de Jésus – même si elles prêtent facilement à confusion.

Les paroles de Jésus sont aussi à comprendre dans le contexte de la noblesse du comportement des fils de Dieu. Cette noblesse nous a été communiquée dans notre création et plus encore dans notre rédemption. Nous voyons cette noblesse chez David, dans la première lecture – dans toute l’histoire de David ce qui nous frappe c’est la noblesse de son comportement. Il est pécheur mais il est noble dans son tempérament et sa noblesse le rapproche d’une justice plus haute, proche de Dieu lui-même. Il refuse de tuer Saul par respect pour lui-même et pour Saul, il montre à Saul qu’il reconnait sa dignité d’élu de Dieu. Mais chaque personne est créée à image de Dieu, est fils et fille de Dieu et a une dignité infinie – chacun de nous est l’élu de Dieu.

Le Seigneur dans cet évangile ne nous donne pas seulement une éthique, une morale nouvelle, plus haute. Mais il nous communique sa propre vie, la vie de Dieu lui-même, de ses fils et de ses filles, la relation qu’ont entre elles les personnes de la Trinité.

Cet évangile nous fait penser à Marie dans l’Annonciation, elle reçoit la visite de l’ange, elle prend une décision personnelle librement et elle dit : Voici la servante du Seigneur et elle devient mère de Dieu. C’est cela qu’elle a perçu et ressenti, une vie nouvelle qui est un amour inconditionnel pour toute l’humanité, pour chaque être, et qui nous confère une dignité extraordinaire. C’est cet amour gratuit, sans condition qu’elle a accueilli dans son sein pour le donner au monde.

C’est cette vie nouvelle que le Seigneur nous demande d’accueillir nous aussi pour transfigurer toutes nos relations, c’est une bonne mesure qui sera versée dans notre sein – une vie nouvelle. Notre justice sera reconnue par Dieu et tôt ou tard par les hommes, parce qu’elle vient de Dieu et que tous en réalité aspirent à elle.

Homélie du Père Justin, VII Dimanche du TO, Lc 6,27-38 (Année C)2025-02-24T17:02:46+01:00

Homélie du père Justin, Vème dimanche du TO et Dimanche de la santé, Lc 5,1-11 (Année C)

Chers frères et sœurs, l’Évangile nous dit que la foule pressait Jésus pour écouter la Parole de Dieu. Et nous pourrions être tentés d’y voir une bonne chose… Cependant l’expression est très négative, l’Évangile nous dit que Jésus était pressé, presque recouvert par la foule.

Nous devons nous rappeler que l’Évangile de Luc était adressé particulièrement à des Grecs et pour les Grecs aller vers Dieu c’est se détacher de ce monde, c’est échapper à toutes les souffrances de ce monde, au point de devenir indifférent à toutes les affaires humaines.

La foule veut fuir ce monde et dans son comportement nous entrevoyons à quel point elle se trouve dans le désespoir, elle cherche à fuir une souffrance qui est trop grande. Peut-être une partie de cette foule est-elle constituée de personnes qui sont rejetées, de la synagogue par exemple, ou qui sont dans les marges pour le moins.

Nous trouvons dans l’Évangile de Luc l’épisode d’une femme qui est pliée en deux dans la synagogue et mise à part, et Jésus va vers elle, il impose les mains sur elle et elle se redresse. Imposer les mains c’est avant tout un signe d’appartenance – tu appartiens à l’humanité, au salut, au peuple de Dieu, à l’Alliance. Et cette femme se redresse et loue le Seigneur – c’est cela le geste de Jésus : c’est de nous relever…

La foule le recouvre quasiment et Jésus aperçoit des barques. Ce sont des barques qui servent pour la pêche, donc qui ont l’odeur de la mer, du sel, du poisson, du travail, de la sueur sans doute. Pour le coup nous avons affaire à des réalités humaines.

Et le Seigneur décide de continuer à enseigner en était assis dans une de ces barques. Et non seulement cela mais il s’arrête dans son enseignement et demande à Pierre d’aller jeter les filets dans les profondeurs. Et là les filets se trouvent remplis de poissons au point qu’il faut les deux barques pour les ramener…

La parole de Dieu est entrée dans le monde, dans notre vie humaine. L’Évangile nous parle de l’Espérance – c’est particulièrement important pour nous de le méditer en cette année du Jubilé de l’Espérance et plus encore en cette journée du Dimanche de la santé.

L’Espérance ne déçoit pas, c’est la citation de saint Paul qui accompagne ce Jubilé. L’Espérance chrétienne ne déçoit pas, mais en quoi consiste-t-elle ?

Avant tout elle ne consiste pas dans une fuite du monde nous dit l’Évangile. L’Espérance chrétienne ce n’est pas une fuite hors de ce monde – parfois le fait de croire dans l’au-delà est une fuite.

Mais l’Espérance chrétienne ce n’est pas non plus la perspective de réussir toutes nos entreprises – si bonnes soient-elles. Pierre dit à Jésus Éloigne-toi de moi Seigneur car je suis un homme qui commet des péchés. Pierre est en train de dire à Jésus : Tu me donnes la réussite mais moi je ne mérite pas cette réussite que tu me donnes – alors comment l’aurai-je toujours ? Et le Seigneur lui répond que ce n’est pas de cela qu’il s’agit.

Il ne lui promet pas de faire réussir tout ce qu’il entreprendra. Il lui dit qu’il sera désormais un pêcheur d’hommes. Littéralement le Seigneur dit Tu les pêcheras vivant, c’est-à-dire tu seras quelqu’un qui ranime les personnes, les reporte de la mort à la vie, qui les rend à la vie.

Le Seigneur dit à Pierre – et à travers lui à tous ses associés, à tous les autres disciples – que l’Espérance que nous avons c’est qu’à travers toutes nos œuvres, qu’elles soient des réussites ou non, nous travaillons toujours à vivre ensemble – comme les pêcheurs ont collaboré ensemble pour ramener les poissons.

Par exemple nous rencontrons l’adversité, eh bien dans cette occasion nous avons la certitude de pouvoir travailler à l’avènement du Royaume de Dieu, puisque nous pouvons répondre à l’adversité avec la bienveillance, avec le pardon, avec la patience, avec la persévérance, avec la charité envers les adversaires de nos œuvres.

Et puis cela nous donne de purifier nos intentions, de purifier nos désirs – non pas y renoncer mais les rendre meilleurs, plus purs – alors nous travaillons à l’avènement du Royaume de Dieu.

Et nous pouvons le faire avec certitude parce que le Seigneur est parmi nous, sa Parole agit en nous et au milieu de nous.

Que nous connaissions des échecs ou des réussites, de toute façon à la fin des temps le Royaume de Dieu adviendra et sera parfait, et entre-temps nous pouvons toujours faire déjà advenir ce Royaume en mettant la priorité sur la purification et l’élévation de toutes nos relations les uns avec les autres.

Aujourd’hui chers frères et sœurs plusieurs d’entre nous vont recevoir l’onction des malades. Nous serons tous associés dans ce geste. Nous y serons associés dans la prière et nous y serons aussi associés par notre expérience commune car nous sommes tous confrontés à la maladie et à ce qui l’accompagne : le désespoir et l’angoisse.

Ce désespoir et cette angoisse nous les avons rencontrés dans l’Évangile de ce jour, le désespoir de la foule qui presse Jésus et l’angoisse chez Pierre et ses associés, la peur de l’échec, la peur d’être jugés.

C’est de ce désespoir et de cette angoisse que le Seigneur nous libère, il fait de nous des personnes libres, il nous relève et nous fait asseoir dès à présent dans son Royaume.

Homélie du père Justin, Vème dimanche du TO et Dimanche de la santé, Lc 5,1-11 (Année C)2025-02-09T17:07:06+01:00

Homélie du père Justin, fête de la Présentation de Jésus au temple, Lc 2,22-40

Chers frères et sœurs, il se passe quelque chose de surprenant dans l’Évangile que nous avons proclamé. Nous devrions voir l’enfant être présenté à Dieu et être circoncis selon la Loi de Moise – et en effet c’est bien ce qui est arrivé comme nous le dit l’Évangile. Cependant ce n’est pas ce que nous voyons, ce n’est pas ce que l’Évangile nous donne à voir véritablement.

Ce que nous voyons c’est un enfant qui est Dieu en personne et qui nous est présenté à nous – c’est tout le contraire. Il est présenté à Siméon et à Anne, qui sont nos représentants, et à partir d’eux à toute la famille humaine – à chacun de nous en particulier – nous sommes tous appelés à l’accueillir.

Il se passe une chose similaire à ce que nous entendons dans l’Évangile de Jean où Jean le Baptiste désigne Jésus et il dit Voici l’agneau de Dieu. C’est le Seigneur qui donne un agneau ! Normalement c’est nous qui donnons un agneau au Seigneur – et là au contraire c’est Dieu qui donne l’agneau.

Normalement c’est nous qui faisons une offrande au Seigneur pour le réconcilier avec nous parce que nous pensons avoir un contentieux avec le Seigneur. Et dans l’Évangile au contraire c’est Dieu qui s’offre à nous pour nous réconcilier avec lui, il vient à nous en petit enfant et nous démontre ainsi qu’il n’a jamais eu aucune colère contre nous – cet enfant n’est pas en colère évidemment et Dieu ne change pas, il n’a pas un sentiment envers nous le lundi et un autre différent le mercredi – donc Dieu n’a jamais été en colère contre nous.

Cet enfant nous démontre que c’est seulement nous qui avons besoin de réconciliation avec lui. Et nous, nous sommes appelés à l’accueillir – comme Siméon et Anne – l’enfant arrive et est accueilli dans nos bras, dans notre vie – comme nous y avons été appelés durant tout le temps de Noël. Nous ne pouvons pas nous réconcilier avec lui par nos seuls moyens, mais lui s’il entre dans notre vie, progressivement il va nous réconcilier avec nous-mêmes, entre nous et avec lui…

Aujourd’hui nous fêtons la vie consacrée, et nous pourrions nous demander : Mais selon l’image que nous en avons le consacré c’est quelqu’un qui sort du monde et qui est consacré à Dieu. Et ici l’Évangile nous dit le contraire, c’est Dieu vient dans notre vie…

En réalité quand le Seigneur entre dans notre vie non seulement il restaure notre vie à tous mais il nous donne de vivre une vie nouvelle, il nous donne sa vie, il devient possible pour nous de vivre véritablement sa vie. Si nous sommes réunis chaque dimanche c’est pour nous nourrir de sa Parole, de son Corps et de son Sang – véritablement le Seigneur nous donne de vivre entièrement la même vie que lui.

Si nous nous marions par exemple, nous vivons la relation du Seigneur avec son Église. Comme le Christ est uni à son Église, ainsi l’époux est uni à l’épouse – ils vivent ensemble la même vie que le Seigneur dans ce grand mystère d’union.

Mais nous pouvons aussi être appelés à la vie religieuse, à la vie consacrée que nous fêtons aujourd’hui…

Vous savez tous que le Seigneur n’était pas marié, comme il l’a dit dans l’Évangile il a vécu sans avoir où reposer sa tête. Et il l’a fait pour pouvoir se donner à chacun de nous sans aucune préférence de personne. S’il s’était marié il y aurait eu dans sa vie une élection envers une personne en particulier et donc une préférence de personne.

De même les consacrés vont dédiés toutes leurs forces, tout leur amour, toute leur charité à chaque personne sans exception, selon le temps et le lieu, selon les circonstances concrètes de la mission – selon leur activité et leur prière – mais toujours avec la même attention portée à chacun.

Mais nous pouvons nous dire aussi : Tout cela concerne l’activité des consacrés, les œuvres de charité, l’apostolat… Mais les consacrés ce sont avant tout des contemplatifs, certains sont même cloîtrés et vivent à l’écart de tout contact humain, alors en quoi est-ce que cela est la vie du Christ ?

Il est vrai que certains religieux sortent de monde et se consacrent presqu’exclusivement à la pénitence et à la prière – le Seigneur aussi faisait de longs temps de prière et de jeûnes – mais ce n’est pas ce qui est le plus représentatif de la vie religieuse.

En réalité les consacrés en règle très général vivent en communauté, l’essentiel ce n’est pas qu’ils soient à l’écart du monde mais qu’ils vivent ensemble.

Là aussi nous devons voir que le Seigneur nous donne de vivre la même vie que lui et de faire la même œuvre que lui. Lui est venu vivre parmi nous qui sommes pauvres et pécheurs, il s’est fait pauvre et il ne s’est pas fait pécheur mais il s’est fait péché, il a pris sur lui nos péchés, donc il a vraiment embrassé notre condition de pécheurs de cette façon.

Et de même il nous appelle à vivre la même vie que lui en formant des communautés de personnes consacrées qui vivent ensemble, où chacun va se reconnaitre pauvre et pécheur et va accepter de vivre avec d’autres pauvres et pécheurs comme lui, des personnes qui comme lui ont été appelées sans se choisir les unes les autres.

Alors de cette façon puisque le Seigneur s’est fait pauvre et péché pour chacun d’entre nous et que les consacrés vivent de même, ils vivent véritablement auprès du Seigneur dans la charité – ils sont vraiment des contemplatifs. Ce n’est pas d’être enfermé qui fait qu’on devient contemplatif, mais c’est par la vie en communauté que nous vivons auprès du Seigneur et sommes donc des contemplatifs…

Je vous explique tout cela parce que vous ne devez pas avoir en vous une image erronée de la vie consacrée, où le religieux est réfugié dans la prière loin des soucis du monde, ce n’est pas la vérité.

Si nous voulons nous soutenir les uns les autres et si nous voulons répondre pleinement et librement à l’appel du Seigneur chacun selon notre vocation, nous devons avoir une vision juste des vocations qui sont la vie même du Seigneur parmi nous.

Ainsi rassemblés pouvons-nous à présent renouveler tous ensemble notre profession de Foi pour vivre la mêne vie que le Seigneur dans l’Espérance et la Charité…

Homélie du père Justin, fête de la Présentation de Jésus au temple, Lc 2,22-402025-02-02T18:29:11+01:00

Homélie du père Justin, III Dimanche du TO, Lc 1, 1-4 ; 4, 14-21 (année C)

Chers frères et sœurs, l’Évangile nous dit que la renommée de Jésus se diffusait dans toute la Galilée, et sa ville de Nazareth notamment. La renommée, la gloire dans l’Antiquité était très importante, dans la culture grecque particulièrement – Et l’Évangéliste Luc dont nous proclamerons l’Évangile durant toute cette année liturgique adresse son Évangile à des personnes de culture grecque.

La gloire était très importante dans l’Antiquité grecque, elle était le moteur de l’existence. Mais nous devons voir en même temps que nous sommes dans la Galilée nous dit l’Évangile, c’est-à-dire dans une région qui est méprisée, par l’élite religieuse du pays qui se trouve en Judée, dans les montagnes, à Jérusalem. Les personnes et les villes de la Galilée sont méprisées, et les gens de Nazareth particulièrement qui est un village insignifiant de ce point de vue.

Les gens de la Galilée quand ils font grandir la gloire de Jésus ils le font pour se glorifier eux-mêmes puisque Jésus accomplit des miracles parmi eux. Et à Nazareth aussi quand on glorifie Jésus on se glorifie soi-même, puisque Jésus est un enfant du pays. La ville de Nazareth pense que la gloire de Jésus va rejaillir en gloire sur elle par rapport aux autres villes de la Galilée et pourquoi pas de la Judée et au-delà.

Le Seigneur au milieu d’eux ouvre le livre du prophète Isaïe et leur annonce qu’il est venu leur apporter la bonne nouvelle.

Le discours du Seigneur sera assez mal reçu par ses concitoyens – vous relirez l’ensemble de cette page évangélique si vous le souhaitez – il sera progressivement mal reçu quand ils s’apercevront qu’ils ne recevront pas de gloire de la part de Jésus. Jésus n’est pas là pour les glorifier – en tout cas pas comme ils se l’imaginent.

Le Seigneur leur dit Du moment que vous recherchez la gloire, vous êtes misérables, vous êtes vraiment pauvres. Si vous êtes éblouis par les richesses et par les honneurs vous êtes véritablement des aveugles. Si vous cherchez à vous élever les uns au-dessus des autres c’est parce que véritablement vous êtes opprimés par le péché, par le mépris qui vous entoure.

Et cela c’est vrai du temps de Jésus, c’est vrai de ses contemporains, mais c’est vrai aussi de notre temps.

Nous recherchons aussi la gloire dans le sens que le modèle de vie en société qui nous est offert et que nous offrons nous-mêmes est un modèle où on cherche à se surpasser soi-même dans une logique où en réalité il s’agit autant de nous surpasser les uns les autres. Il s’agit d’un péché personnel comme il s’agit en même temps d’un péché social. Si tu n’es pas en possession de telle chose cela ne va pas, si tu n’obtiens pas tel titre cela ne va pas.

Donc le Seigneur leur dit Voilà vous êtes gravement malades et vous êtes des pauvres et des opprimés…

Mais si nous regardons attentivement cette page nous voyons que le Seigneur en même temps les provoque – il les provoque et ils vont essayer de le mettre à mort. Le Seigneur est en train d’enseigner toujours, il est en train de nous dire que c’est moins grave qu’on essaie de le tuer. C’est tellement grave de chercher à le glorifier et à se glorifier que c’est encore moins grave qu’on se rue sur lui et qu’on essaie de le tuer. Si ses concitoyens cherchent à le tuer il y a une amélioration !

Le Seigneur au moment où nous proclamons cet Évangile est vainqueur de la tentation. Nous avons proclamé l’évangile de son baptême il y a deux semaines et maintenant nous proclamons celui du début de son ministère publique. Mais entre-temps le Seigneur a été tenté dans le désert – cela nous le proclamerons dans le temps du Carême, mais il faut le rappeler maintenant.

Le Seigneur quand il arrive à Nazareth est vainqueur du tentateur. C’est parce que Jésus est vainqueur du mal qu’il peut apporter le salut à Nazareth parmi les siens, même si au premier abord le rapport avec eux est difficile. Contrairement à ce qu’ils ressentent il leur annonce véritablement une bonne nouvelle, celle de leur guérison, mais celle-ci passera par de nombreuses étapes. Même s’il formule des critiques à l’encontre de ses concitoyens, quand il le fait il n’est pas en train d’être agressif, ou de répondre au mal par le mal, mais il est en train de les soigner dans la bienveillance et la charité – parce qu’il est vainqueur de la tentation.

Si nous vainquons la tentation nous pouvons vraiment vivre une vie nouvelle, non pas dans la recherche effrénée de la gloire mais une vie de service. Nous pouvons même critiquer puisque nous le faisons dans l’amour, dans la recherche de la justice et sur la base de la justice dans la recherche de la paix.

Homélie du père Justin, III Dimanche du TO, Lc 1, 1-4 ; 4, 14-21 (année C)2025-01-26T17:08:05+01:00

Homélie du père Justin, IIème dimanche du TO, Jn 2,1-12

Chers frères et sœurs, nous sommes entrés dans le Temps Ordinaire, qui est un temps liturgique très important, très spécial, où nous sommes appelés à nous nourrir particulièrement de la Parole de Dieu et à faire résonner cette Parole dans notre vie de tous les jours, dans notre vie ordinaire.

C’est un temps durant lequel nous ne fêtons pas les grands évènements de la vie de Jésus, mais où nous recevons son enseignement à travers la lecture des quatre Évangiles et particulièrement de l’Évangile de l’année en cours.

C’est un temps aussi où nous lisons une grande partie des livres de l’Ancien Testament. Comme dans l’Évangile que nous avons proclamé, celui des Noces de Cana, nous sommes appelés à remplir les jarres de pierre avec de l’eau – c’est-à-dire à nous nourrir de la lecture de l’Ancien Testament – et cette eau sera changée en vin – nous obtiendrons une meilleure intelligence de l’Évangile.

Quand nous lisons et méditons la Parole, nous devons toujours tenir présent à l’esprit certains principes. L’un des plus importants est que nous devons nous laisser surprendre par l’Écriture, par la Parole.

Très souvent les auteurs bibliques nous surprennent, notamment les Évangélistes. Ils le font pour nous faire entrer dans le mystère, dans un enseignement plus profond qui vient de Jésus et qu’ils entendent nous transmettre.

Et j’ai cru remarquer que nous n’aimons pas être surpris, être déroutés à la lecture de l’Évangile, parce que cela signifie que nous n’avons pas la réponse à certaines questions et nous nous sentons en défaut. Bien souvent nous allons niés être surpris et nous allons essayer de passer outre, ou bien nous allons chercher une réponse rapidement pour mettre fin au malaise…

Au contraire ce malaise, cette incompréhension sont voulus par les auteurs bibliques et sont très riches et très importants pour la fécondité de notre lecture et de notre méditation. Il faut que nous acceptions de ne pas savoir, de nous laisser surprendre.

Et ce qu’il y a de très surprenant dans l’Évangile que nous avons proclamé aujourd’hui, c’est qu’il y a un signe qui nous parle de l’Eucharistie, dans le vin – l’eau transformée en vin anticipe un miracle plus grand qui est le vin transformé dans le sang du Christ – mais nous n’avons pas un signe eucharistique qui regarde le pain… Il ne s’agit pas de vouloir le trouver à tout prix, mais de se laisser surprendre, de se laisser désorienter.

Et puis une autre chose où nous devons accepter d’être surpris, c’est que Jésus emploie des paroles très dures pour parler à sa mère. Les paroles qu’il emploie sont vraiment dures. Cependant nous avons tellement de mal à accepter cette situation que nous avons atténué les paroles de Jésus dans la traduction.

Et pourtant Jésus emploie des paroles vraiment dures, il dit Femme, qu’est-ce qui est à moi et à toi ? comme pour dire Occupe-toi de ce qui te regarde…

Ces paroles sont dures et elles nous surprennent, cependant nous devrions aussi nous rappeler de l’Ancient Testament, en particulier du cycle d’Elie – Elie était un très grand prophète, très populaire, les épisodes bibliques de sa vie, peu nombreux, étaient très connus des contemporains de Jésus.

Et Elie un jour, durant une famine, se rend auprès d’une veuve, à Sarepta, qui vit dans la misère en compagnie de son fils – et Elie lui demande un pain. Elle lui répond qu’elle est tellement pauvre qu’une fois qu’elle aura confectionné un pain pour Elie, pour son fils et pour elle-même elle n’aura plus rien. Et Elie lui dit de ne pas s’en faire et de lui cuire malgré tout un petit pain pour lui.

Elle le fait et de jour en jour, de semaine en semaine, la farine dans la jarre ne désemplit pas et elle fait à manger pour eux trois pendant de nombreuses semaines – donc au passage on se retrouve avec un signe qui concerne aussi le pain !

Et puis, ensuite, le fils de cette veuve meure, et elle dit à Elie : Qu’est-ce qui est à moi et à toi homme de Dieu, tu es venu pour nous porter la ruine !?

C’était la croyance populaire que les prophètes apportaient plutôt des mauvaises nouvelles – et elle pense ça-y-est le prophète m’a apporté la ruine, mon fils est mort. Mais Elie ensuite le ressuscite…

Mais surtout nous nous rendons compte que Jésus a inversé les rôles. Ce n’est pas Marie, qui est veuve à ce moment et qui va perdre son fils bientôt comme cette femme, qui dit ces paroles que nous avons entendues, mais c’est Jésus qui les utilise. Jésus se met à la place de la veuve et Marie occupe par voie de conséquence la place du prophète Elie.

Et en effet on dit souvent que Marie est comme une prophétesse. Mais en réalité Marie est beaucoup plus qu’une prophétesse. Quand elle dit aux serviteurs Tout ce qu’il vous dira faites-le, ce sont les paroles de Dieu lui-même qu’elle emploie, ce sont les paroles de Dieu quand il envoie les prophètes dans le monde, et plus encore quand il envoie sa propre Parole, son propre Fils dans le monde : Tout ce qu’il vous dira faites-le…

Donc Marie occupe la même place que Dieu lui-même. Elle est Mère du Fils de Dieu, elle est épouse de l’Esprit Saint, et elle occupe la même place que Dieu le Père quand il envoie son Fils dans le monde.

Donc nous devons savoir quand nous lisons la Parole de Dieu que Marie est à nos côtés et nous dit Tout ce qu’il vous dira faites-le, ayez confiance en Dieu, ayez confiance en moi, ayez confiance en mon Fils, ayez confiance en vous par l’amour que Dieu a pour nous tous.

Le Fils exalte sa mère à un point que l’on peut à peine décrire, et en même temps il respecte son humilité et sa discrétion et cache l’exaltation extraordinaire de sa mère derrière des paroles dures en apparence envers elle.

Donc nous aussi nous devons savoir que seul le Fils peut vraiment exalter Marie, et en même temps si nous l’exaltons nous aussi c’est en accord avec le Fils et en cherchant toujours à ménager l’humilité et la simplicité de Marie.

C’est ainsi que nous ferons entrer véritablement Jésus et Marie dans notre vie de tous les jours, à travers la méditation de la Parole où nous découvrons qui ils sont réellement et qui nous sommes nous aussi – dans notre vie concrète.

Nous le voyons dans cet Évangile, le Seigneur a fait un premier signe pour quoi ? pour que les époux aient du vin, aient de la joie concrète à partager pendant leurs noces. Le Seigneur est glorifié et nous révèle sa gloire quand il entre dans notre vie la plus concrète et qu’il y participe, avec la médiation de Marie, pour nous donner la joie et que nous puissions la partager – même si tous ne savent pas d’où elle vient.

Homélie du père Justin, IIème dimanche du TO, Jn 2,1-122025-01-19T19:41:31+01:00

Homélie du père Justin, fête de la Sainte Famille (Année C), Lc 2,41-52

Chers frères et sœurs, les parents de Jésus le cherchent dans la caravane et puis dans Jérusalem et ils sont dans l’angoisse. Mais en réalité cette angoisse est déjà présente au préalable, en tout cas une angoisse similaire.

Elle est présente dans tout le peuple d’Israël, c’est cette angoisse qui est présente au fond du cœur de tout le peuple quand il monte chaque année au moment de la Pâque pour offrir des sacrifices dans le temple.

Vous vous souvenez que le peuple hébreu est sorti d’Égypte durant la nuit après que l’ange exterminateur est passé dans tout le pays d’Égypte et a fait périr tous les premiers-nés du peuple et du bétail. Mais les hébreux ont été épargnés parce qu’il leur a été commandé de badigeonner la porte de leur maison avec le sang de l’agneau.

Et depuis ils commémorent leur sortie d’Égypte en offrant un agneau au moment de la Pâque. Ils le font pour rappeler les hauts faits du Seigneur, pour exprimer leur reconnaissance, mais ils le font aussi pour continuer à éloigner le fléau de Dieu loin de leur propre famille – ils le font avec un fond d’angoisse.

Est-ce que Dieu ne va pas emporter mon enfant si je ne le fais pas ? l’angoisse dans le fond de leur cœur est toujours présente, elle peut même être le moteur principal de leur pèlerinage…

Par la suite, cette angoisse est conjurée par des rites, par un calendrier, par des sacrifices, par une routine et finalement par de l’indifférence. Il est paradoxal que l’on passe ainsi de l’angoisse à l’indifférence, mais c’est ce qui se passe souvent.

L’Évangile nous fait percevoir cette routine, il nous dit que les parents de Jésus se rendaient chaque année à Jérusalem pour la fête de la Pâque, que lorsqu’il eut douze ans ils montèrent comme c’était leur coutume, et une fois les jours écoulés ils s’en retournaient – une fois les jours écoulés, pas avant, pas après, tout est bien réglé…

A l’adolescent Jésus cette angoisse doublée de routine et d’indifférence ne va pas du tout. Comme tout adolescent qui se respecte il va mettre en crise cette belle construction. Il n’accepte pas que l’on soit en rapport avec Dieu à travers la peur, la routine ou l’indifférence.

Je disais comme tout adolescent qui se respecte, parce que d’une manière ou d’une autre – chaque histoire est différente – mais d’une manière ou d’une autre c’est ce qui arrive dans chaque famille. C’est-à-dire que les parents disposent leur vie comme il leur semble meilleur, ils construisent un cadre dans lequel ils vont pouvoir faire face à leurs responsabilités et aider leurs enfants à grandir.

Mais il y a aussi des choses qu’ils laissent derrière eux, des peurs par exemple qu’ils ne veulent pas voir, ou bien des évènements de leur histoire auxquels ils ne veulent plus penser, des sacrifices qu’ils ont fait pour leur famille. Tout ça est derrière.

Et puis l’enfant tout d’abord voit ses parents comme des dieux, coupés de la réalité. Mais quand il grandit il les voit dans la vérité et avec ce qu’ils ont placé par devers eux, il les voit dans leur fragilité et cela les humanise – ils doivent accepter cela.

Les enfants un jour proche ou lointain seront reconnaissants pour tout ce qui leur a été donné, mais dans un premier temps ils mettent en crise le cadre qui leur est donné, ils en voient toutes les failles.

L’adolescent Jésus entend s’occuper des affaires de son Père, il entend nous faire découvrir qui est vraiment ce Dieu, il entend nous le faire connaitre comme un père pour nous, comme une mère, pas comme un être de peur.

Siméon l’avait prédit à Marie, Un glaive te transpercera l’âme pour que soient révélées les pensées de beaucoup de cœurs. Les cœurs sont dans la peur et dans l’indifférence par rapport à Dieu, c’est l’union intime de nombreux croyants et d’athées qui adorent et nient en réalité un même Dieu effrayant.

Quand nous irons en pèlerinage durant ce jubilé nous ne le ferons pas parce que nous craignons Dieu, ses représailles si nous ne le faisons pas. Nous le ferons comme dans ce temps de Noël pour aller à la source de la grâce, pour recevoir toujours dans notre vie cette nouveauté. Et ce pèlerinage que nous ferons est une image du pèlerinage de notre vie où nous sentons et reconnaissons nos propres limites.

Là aussi il y a une justice un peu surprenante, Marie et Joseph sont certainement ceux qui ont le moins en eux cette peur de Dieu et cette indifférence, et ce sont eux qui sont frappés par cet enseignement. Mais en même ils sont les membres à part entière de leur peuple et dans une certaine mesure ils connaissent cette peur, cette routine et cette indifférence envers Dieu.

Il est juste d’avoir des modèles, mais nous devons nous garder de trop idéaliser la sainte famille de Nazareth. Si nous exagérons cette idéalisation la sainte Famille devient abstraite, elle nous ne dit plus rien, nous la déshumanisons et nous nous déshumanisons – cela est très fréquent dans la foi chrétienne.

L’Évangile nous montre les limites de Marie et Joseph, ils ne comprennent pas les paroles que leur dit Jésus. Ils sont humains, ils sont limités et ils grandissent eux aussi.

L’enfant Jésus nous l’accueillons comme un enfant dans notre vie, durant cette période de Noël, c’est merveilleux. Mais nous devons savoir que cet enfant va grandir, il va devenir adolescent et nous mettre en crise. Il faut que nous acceptions cette crise quand elle se produira.

Si nous acceptons de reconnaitre nos limites, si nous recevons son enseignement, alors l’enfant Jésus rentrera avec nous dans la paix, il grandira dans notre vie en sagesse, en taille et en grâce et nous fera grandir avec lui.

Homélie du père Justin, fête de la Sainte Famille (Année C), Lc 2,41-522024-12-29T17:30:28+01:00

Homélie du père Justin, IV dimanche de l’Avent, Lc 1,39-45

Chers frères et sœurs, Marie se rend en hâte auprès de sa parente Elisabeth pour lui venir en aide. Elle vient d’apprendre qu’Elisabeth était enceinte et qu’elle en était à son sixième mois de grossesse.

Vous vous souvenez qu’Elisabeth quand elle s’est aperçue qu’elle était enceinte s’est cachée. L’Évangile nous dit qu’elle s’est cachée pendant cinq mois, donc jusqu’à la venue de Marie…

On peut penser qu’elle s’est cachée parce qu’elle n’était pas certaine de pouvoir porter l’enfant jusqu’à son terme, elle a vécu cinq mois dans cette inquiétude… Elisabeth a peut-être soixante ans, peut-être soixante-dix ou plus nous ne le savons pas, mais dans tous les cas il est naturel qu’elle ait craint de ne pas être capable de porter l’enfant jusqu’à son terme…

Et Marie a l’intuition de cela. Certes elle vient aider Elisabeth pour les derniers mois parce qu’elle sera fatiguée, et puis parce qu’elle aura besoin de son aide au moment de l’accouchement. Mais elle a aussi eu l’intuition qu’Elisabeth avait besoin de soutien spirituel, de soutien moral, et pour toutes ces raisons elle se rend auprès de sa parente – en hâte…

Nous devons nous rappeler un peu mieux de la situation d’Elisabeth. Vous vous rappelez que Zacharie n’a pas cru dans l’annonce de l’ange, dans le temple, dans le Saint des Saints. Il n’a pas cru et l’ange lui a dit Je suis l’ange Gabriel qui est toujours auprès de Dieu, et puisque tu n’as pas cru à ma parole alors tu deviendras muet.

Là il faut bien réaliser qu’il y a un éloge très grand de la religion hébraïque. Zacharie est un prêtre, il entre dans le Saint des Saints, il est très proche de Dieu comme Gabriel est très proche de Dieu, le peuple est en prière pendant ce temps, il y a comme un effet de miroir entre Zacharie et l’ange, entre le peuple en prière et la cour céleste.

La religion hébraïque est tellement élevée que la situation de Zacharie avec le peuple est comme un reflet de la situation de Gabriel avec les autres anges. Il y a un tel effet de miroir que l’ange lui dit Tu ne crois pas à ma parole donc tu pers la parole. Il y a un grand éloge et en même temps une grande limite. Zacharie ne croit pas. Malgré la grandeur de cette religion, le fruit, le résultat est celui de l’incrédulité.

Et dans le même temps Elisabeth est enceinte, ou peu de temps après. La grossesse d’Elisabeth est l’image d’une foi nouvelle, il s’agit d’une façon nouvelle d’être en relation avec Dieu.

Ce que nous expérimentons, et ce qui commence avec Elisabeth, c’est quelque chose qui nait et qui grandit au milieu de nous, qui est déposé en nous et qui participe de la vie de Dieu et de notre vie, dont nous avons la responsabilité.

Ce n’est plus une religion avec un ensemble de rites, de sacrifices, de prophéties. C’est une réalité qui est sous le signe du fils de Dieu fait homme qui grandit dans notre sein et dans notre vie comme il a grandi dans le sein de Marie et dans sa vie. Comme lui nous sommes rois, prêtres et prophètes.

C’est nouveau et Elisabeth croit – on peut difficilement imaginer que Zacharie et Elisabeth aient un enfant comme annoncé par l’ange et en même temps qu’aucun des deux n’aient cru… Donc Elisabeth croit, mais en même temps sa foi est fragile, elle a besoin de soutien.

Et Marie se rend en hâte auprès d’elle pour lui communiquer la bénédiction et la vie dont elle a besoin, la vie intérieure.

Un salut est une bénédiction, toujours, les paroles qui accompagnent un salut sont le développement d’une bénédiction. Quand nous nous saluons les uns les autres nous nous bénissons. Marie porte dans son sein la plénitude de la bénédiction qui est le Fils éternel de Dieu fait homme.

Peut-être lui dit-elle Bénie sois-tu et le fruit de ton sein et ensuite Elisabeth répète les mêmes paroles comme nous faisons habituellement quand nous nous saluons, nous échangeons les mêmes paroles et bénédictions. Ou bien peut-être lui dit-elle Réjouis toi le Seigneur est avec toi en reprenant la salutation de l’ange, puisqu’à présent le Seigneur est présent dans le sein de Marie…

L’enfant dans le sein d’Elisabeth tressaille de joie et elle est remplie de l’Esprit Saint. Nous trouvons un nouveau jeu de miroir. Ce n’est plus le jeu de miroir entre l’ange et Zacharie dans le temple, c’est un jeu de miroir entre Elisabeth et Marie, où Marie porte le Fils de Dieu et où Jean Baptiste et Elisabeth sont remplis de l’Esprit Saint. Ce que vit Elisabeth est tellement proche de ce que vit Marie qu’elle reconnait en elle la mère de son Seigneur.

Marie en hâte vient auprès d’Elisabeth et nous enseigne que notre foi ne peut pas être vécue en dehors de la charité, et qu’avant tout nous avons besoin de recevoir un soutien dans la foi.

Elisabeth reçoit ce soutien de Jésus, de Marie, et nous voyons ensuite – ou nous verrons – qu’Elisabeth et Zacharie vont se soutenir l’un l’autre. Elisabeth donne comme nom à son fils Jean en pensant que Zacharie va la soutenir et en effet Zacharie la soutient et confirme le nom.

Donc on voit que la foi d’Elisabeth a grandi et s’est renforcée. Elle a foi en Dieu, elle a foi dans ce qui grandit en elle et en dehors d’elle et elle a foi dans le soutien qu’elle va recevoir de l’extérieur.

Nous aussi, pour nous préparer à accueillir le Seigneur dans notre vie et à le faire grandir, nous sommes appelés à nous soutenir, à donner, et à croire que nous recevrons le soutien dont nous avons besoin.

C’est notre vertu de l’espérance, notre foi vécue comme naissance du Fils de Dieu en nous qui nous fait croitre dans l’espérance et la charité.

Homélie du père Justin, IV dimanche de l’Avent, Lc 1,39-452024-12-22T16:55:33+01:00
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