Frères et sœurs,Le plus douloureux, quand on aime, c’est peut-être de découvrir que l’autre peut se passer de notre amour.
Des parents connaissent cette blessure. Des époux aussi. On a donné son temps, ses forces, son cœur… et l’on se retrouve devant une porte fermée.
Aujourd’hui, la Parole de Dieu nous fait entrer dans ce mystère : Dieu aime, mais son amour peut rester à notre porte.
« Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ? » demande-t-il par la voix d’Isaïe. Quelle question bouleversante ! Dieu semble nous ouvrir son cœur : Je t’ai tant donné… qu’as-tu fait de mon amour ?
En ce 4 octobre, comment pourrais-je, moi qui suis franciscain, ne pas évoquer saint François d’Assise ? Sa vie nous montre ce qui arrive lorsqu’un homme cesse de tenir Dieu à distance et se laisse vraiment aimer.
Avec lui, accueillons trois appels : reconnaître le don, ouvrir la porte, offrir du fruit.
1. RECONNAÎTRE LE DON : tu es une terre aimée
Regardons le maître de la vigne. Il prépare, plante, protège. Il prend soin de cette terre avant d’en attendre une récolte.
Voilà comment Dieu nous regarde : nous sommes une terre aimée avant d’être une terre appelée à produire.
Nous vivons dans un monde où il faut sans cesse prouver sa valeur : réussir, être efficace, rester utile. Et lorsque viennent la maladie, la vieillesse ou l’échec, nous pouvons nous demander : « À quoi est-ce que je sers encore ? »
Mais ta valeur, devant Dieu, ne diminue pas avec tes forces. Tu demeures précieux à ses yeux.
C’est à partir de cet amour reçu que la vie peut porter du fruit. Un malade peut offrir une présence attentive. Une personne âgée peut réconcilier une famille. Quelqu’un qui traverse le doute peut encore poser un acte de bonté.
Nous ne portons pas du fruit pour être aimés de Dieu ; nous en portons parce que son amour nous fait vivre.
2. OUVRIR LA PORTE : ne pas garder les dons en écartant celui qui les donne
Le drame des vignerons, c’est qu’ils veulent garder la vigne en supprimant toute relation avec son propriétaire. Ils vont jusqu’à tuer son fils. Jésus annonce ici le rejet qu’il va lui-même subir.
Cette tentation nous rejoint : recevoir la vie de Dieu, mais décider qu’il n’aura rien à nous dire sur notre manière de vivre.
On peut même lui donner une place dans ses habitudes religieuses tout en lui refusant l’accès à une rancune, à une injustice, à un désir de domination.
Quelle porte de ma vie est encore fermée au Christ ?
François aussi avait ses portes fermées. Dans son Testament, il raconte sa répugnance devant les lépreux. Puis le Seigneur le conduisit parmi eux, et il se mit à les servir. Ce qui lui paraissait amer devint douceur.
Sa conversion a pris le visage d’une personne qu’il aurait préféré éviter.
Pour nous aussi, la porte à ouvrir a peut-être un visage : un proche devenu difficile, une personne isolée, quelqu’un dont la fragilité dérange nos projets.
Et si le Christ nous attendait précisément là où nous n’avons pas envie d’aller ?
3. OFFRIR DU FRUIT : laisser l’amour reçu devenir de l’amour donné
Devant cette parabole, nous pourrions surtout craindre le jugement. Mais regardons Jésus : il raconte l’histoire du fils rejeté, et pourtant il continue d’avancer vers ceux auxquels il donnera sa vie.
Sur la croix, notre refus devient le lieu où il nous aime jusqu’au bout.
C’est cet amour qui peut briser notre dureté et nous remettre debout.
Alors, quels fruits offrir ? Isaïe attend la justice. Dans nos vies, cela peut commencer par un salaire honnête, une parole qui respecte, une responsabilité exercée sans écraser, une réconciliation courageusement recherchée.
Et pour notre communauté : quelqu’un qui vient pour la première fois trouve-t-il seulement une place sur un banc, ou découvre-t-il des frères et des sœurs ?
Saint Paul nous invite à déposer nos inquiétudes dans la prière. La fécondité chrétienne grandit dans cette confiance : nous travaillons la vigne avec Dieu. Nous pouvons lui remettre ce qui nous dépasse et accomplir le bien qui est à notre portée.
Frères et sœurs, cette semaine, choisissons une porte à ouvrir et un fruit à offrir.
Que notre communion au Christ devienne communion avec nos frères. Que l’amour reçu à cet autel trouve, dès aujourd’hui, quelqu’un à aimer.
Seigneur Jésus, tu as confié ta vigne à nos mains fragiles. Par l’intercession de saint François, délivre-nous du besoin de posséder et apprends-nous la joie de servir. Ouvre les portes que nous tenons fermées. Que ton amour reçu dans cette Eucharistie porte en nous des fruits de justice, de fraternité et de paix. Amen.