Chers frères et sœurs, dans l’évangile que nous avons proclamé le Seigneur dit Je suis la porte des brebis.

Cette image de la porte évoque celle de la bergerie mais le terme d’enclos qu’il emploie est beaucoup plus large et peut aussi évoquer d’autres enceintes, comme la porte d’une ville ou bien celle d’un temple, ou même celle d’une terre, d’un pays.

Une terre a des frontières naturelles et des villes fortifiées qui sont comme ses portes elles aussi. Comme par exemple la ville de Jéricho qui est la ville frontière, la porte par où sont passés les Israélites pour entrer dans la terre promise.

La porte évoque un endroit clos et ouvert à la fois, comme une ville, avec son enceinte qui est protectrice, maternelle, et qui peut être une image de Dieu. Dieu comme une ville protectrice, génitrice, c’est une image biblique importante dans les Psaumes…

Par la porte nous dit le Seigneur on entre et on sort de l’enceinte, comme d’un ventre maternel. Le Seigneur dit que l’on entre et que l’on sort, c’est-à-dire que l’on est conçu et que l’on nait. On entre et on sort, on est conçu et on nait dans cette ville, de cette ville qui est une image maternelle de Dieu.

Et en même temps le Seigneur nous donne aussi une image paternelle de lui-même. Celle du bon pasteur qui appelle ses brebis une à une, les mène dehors, leur fait trouver un pâturage. Et il les fait entrer et sortir de nouveau. Avec le Seigneur nous pouvons toujours naitre de nouveau et trouver un nouveau pâturage pour nous épanouir.

Il est le bon pasteur, une image biblique du roi, qui conduit ses brebis dans la paix et la justice… Celles qui écoutent sa voix ce sont ses brebis, elles entrent et elles sortent avec lui.

Le voleur, lui, il escalade par l’extérieur pour voler, pour piller. Parce qu’il ne recherche pas la paix et la justice, le voleur est ce que le Seigneur appelle ici l’étranger. La frontière n’est pas géographique ou ethnique, c’est une frontière éthique, morale, spirituelle.

On entre et on sort, on participe aux œuvres de paix et de justice, d’unité. Il n’y a plus le grec et le juif nous dit saint Paul, il n’y a plus le peuple d’Israël et les païens, mais tous sont un dans le Christ.

C’est on ne peut plus clair et en même temps les pharisiens ne comprennent pas. L’Évangile nous le dit, ils ne comprennent pas. Ils devraient pourtant comprendre, ils sont familiers des images bibliques…

Alors Jésus se fait encore plus clair, il dit : Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits ; le bandit vient pour piller, égorger, détruire.

Le Seigneur désavoue solennellement la violence, toute la violence utilisée pour entrer sur la terre promise, et par la suite pour établir la loi et la mettre en pratique. Dans toutes les circonstances quelles qu’elles soient où la violence a été utilisée, il la désavoue.

Et pourtant cette violence a été attribuée à Dieu. Dans le livre de Josué on lit que c’est Dieu qui a commandé d’entrer sur la terre promise en saccageant la ville de Jéricho et en tuant tous ses habitants…

Mais Jésus est Dieu en personne et il désavoue cette violence. Dieu ne change pas, il n’était pas violent il y a mille ans et pacifique maintenant. Donc cette justification de la violence est fausse et Dieu ne l’a jamais commandée.

Alors l’histoire sainte est fausse ? Oui elle est fausse en tout cas à chaque fois qu’elle veut justifier la violence avec Dieu. Nous n’avons une pleine connaissance de Dieu qu’en Jésus Christ et c’est à la lumière de l’Évangile que nous lisons l’Ancien Testament. Et à cette lumière nous refusons en toute légitimité ce qui est contraire à l’enseignement de Jésus.

Cependant les auteurs bibliques ne font pas que nous raconter l’histoire officielle, ils nous racontent aussi l’histoire véritable.

Dans le livre de Josué ils nous racontent la véritable histoire de l’entrée du peuple d’Israël sur la terre promise. Et ils le font à travers la figure de Rahab qui est une femme de Jéricho et une arrière-grand-mère de Jésus.

Le récit nous montre Rahab comme la véritable porte de Jéricho, qui fait entrer et sortir qui elle veut. Et sa véritable enceinte aussi. Rahab accueille dans sa maison comme dans le sein d’une mère à la fois les explorateurs israélites et sa propre famille cananéenne. Ils sont comme des jumeaux dans son sein.

Et comme tous les jumeaux il y en a un qui est là avant l’autre et il y aura des heurts entre eux. Mais il y aura aussi des pactes qui seront conclus entre les deux, et finalement des relations intrinsèquement familiales. C’est ce que le récit nous raconte en images et expose à qui veut et peut le comprendre.

C’est la véritable histoire, que l’auteur biblique nous raconte secrètement et qui contredit l’histoire officielle qui au contraire parle d’une conquête dominatrice et brutale commandée par Dieu.

Les peuples en réalité ont cohabité. Et les historiens aussi de nous jours le confirment, à partir des fouilles archéologiques : il y a eu une entrée progressive du peuple d’Israël sur la terre et une cohabitation des peuples…

Chers frères et sœurs, nous devons toujours mettre en question une histoire qui justifie la violence, quel que soit l’endroit où elle est inscrite, dans la Bible ou ailleurs. Le Seigneur nous appelle et nous guide, il nous renouvelle, il nous conduit à la vérité tout entière.

Il guide les auteurs bibliques, il guide les historiens, et les uns comme les autres comme lui sont menacés d’impiété par les violents.

Dans cette vérité nous construisons notre vie commune, nous participons à l’œuvre de justice et de paix de notre Seigneur, et son royaume peut commencer à croitre sur cette terre.