Homélie du Père Joseph du XXI° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2025)
Mes chers frères et sœurs !
« Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? ». « Y a-t-il une place pour moi au paradis ? » Cette question est révélatrice de l’angoisse que nous avons de nous perdre, de finir dans le néant de la nuit éternelle. Elle révèle notre peur par rapport à l’au-delà. Jésus y répond par un conseil : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite ! » Le verbe « s’efforcer » en grec est « agonizo » et veut dire lutter, combattre. Une des prières pour l’extrême onction exprime cette réalité de combat pour la vie, quand le prêtre dit : « Seigneur, regarde ton serviteur qui mène son dernier combat contre la mort… ». Cette prière exprime bien que nous sommes faits pour la vie et qu’au moment de l’agonie, nous luttons pour la vie et contre la mort.
S’efforcer, c’est combattre, lutter, rester ferme sur notre objectif. Une porte étroite indique un lieu difficile d’accès, une situation compliquée. Nous en faisons l’expérience devant des problèmes qui nous paraissent sans issue. Dans nos épreuves, Jésus nous appelle à la persévérance, au courage, à ne pas baisser les bras ! Persévérer, c’est être tenace et constant, savoir patienter en acceptant même une défaite apparente et momentanée sans dévier de notre objectif de départ. Cela suppose de la discipline et beaucoup de travail. Ce qui est important et essentiel dans la vie ne s’obtient pas en un claquement des doigts mais suppose de la persévérance, du travail, de la patience, essayer, réessayer, reprendre plusieurs fois s’il le faut, sans céder au découragement.
La société nous fait croire parfois que nous pouvons tout obtenir et tout faire « ici et maintenant », « en un instant ». Internet nous connecte au monde à l’instant T. Avec notre microonde, je réchauffe mon repas en deux minute ! Un bip ouvre le portail du parking de ma maison à distance pour ne pas attendre…. De manière inconsciente, prend peu à peu forme en nous l’idée que tout peut être obtenu en un instant… Mais la réalité nous est bien différente ! Nous pouvons abattre un arbre en in instant, détruire une ville par des bombe en quelques minutes mais pour faire pousser un autre arbre, reconstruire une ville, il faudra beaucoup de temps, de travail, d’argent et de patience !
Pour comprendre mes propres peurs et pourquoi je réagis en hurlant lorsque quelqu’un me fait une observation désagréable, pourquoi je boude lorsque quelqu’un me fait une remarque, pourquoi je perds mes moyens devant un concours ou un examen…. tout cela est tellement important et refuse l’illusion « du tout, ici et maintenant ». Le prêtre, l’accompagnateur spirituel, le médecin, le psychologue, le psychiatre, le coach ou conseiller conjugal que je consulte nous dit que pour résoudre ces problématiques de la vie, cela demandera beaucoup de temps, de travail, de séances, de la patience, des larmes même. Ils nous conseillent lors de chercher les causes profondes, nous remettre en question, creuser… Tout cela signifie batailler, s’efforcer et lutter ! Autrement, nous ne nous en sortirions jamais !
Pour faire naitre un enfant, il faut bien neuf mois de travail, d’attente, de joie et parfois de douleur ! Son éducation exige aussi beaucoup discipline et de patience aux parents. Pour que ma foi, je dois faire des efforts, avoir de la constance, me donner une discipline. Je ne vais pas à la messe et ne prie seulement quand cela me convient : je dois parfois lutter contre ma paresse spirituelle, contre la canicule d’été ou m’efforcer de sortir de la chouette en défiant le froid d’hiver pour répondre à l’invitation du Christ. Tout cela est une lutte qui n’est pas facile ! C’est cela la porte étroite dont parle Jésus !
Si dans le couple, mari et la femme ne se parlent sérieusement qu’une fois l’année, le couple ne se construit pas ! Pour consolider son couple, il est important de prendre du temps ensemble, accepter les fragilités de l’autre, être patient avec son conjoint, communiquer et se parler beaucoup et régulièrement, et pas seulement au moment des crises, prendre des vacances ensemble, et sans les enfants, si possible. Si tu ne fais aucun effort pour prendre soin de ton couple, la séparation te coûtera plus cher économique et affectivement !
Une phrase terrible nous a probablement choqué dans l’évangile de ce dimanche. Se retrouver devant Dieu et l’entendre nous dire : «Je ne sais pas d’où vous êtes », ou alors, « Je ne connais pas qui vous êtes » est quelque chose de terrifiant. Cette phrase est une mise en garde ! Dieu ne nous condamne jamais et ne peut à jamais nous fermer son cœur ! Cependant, il y a un problème ! Nous passons parfois notre vie à porter de masques, à nous faire passer pour qui ne nous sommes pas, à soigner notre image, l’apparence au lieu de vivre en vérité devant Dieu et les autres, à jouer des rôles comme si la vie était une pièce de théâtre ! Nous sommes parfois esclaves d’une culture où l’image et les apparences sont plus importantes que la réalité. Conséquence : on se cache, on ment à soi-même et aux autres !
Nous donnons l’image d’être des bons cathos alors que nous passons notre vie à voir médiums, marabouts, magnétiseurs et nécromanciens ! Je passe pour l’époux, le père modèle alors qu’à la maison je suis violent avec l’épouse et les enfants. En communauté, je donne l’apparence d’être saint pendant que je répands du venin par mes critique et mes médisances sur les autres. Je porte des fragilités en moi, et pour les cacher, je deviens un tyran pour les autres, imposant mes opinions sur tout, « je sais tout et j’ai réponse à tout », incapable d’écouter une idée différente de la mienne… Ce sont là nos contradictions que Jésus dénonce !
Ne nous étonnons pas que plus tard, il nous dise : « Eloigne-toi de moi car je ne te connais pas ! Tu as tellement passé ta vie sur terre à te cacher à moi et à me montrer une image qui ne correspondait pas à la vérité de ta vie ! » Cette réponse sera à la hauteur de l’hypocrisie de notre vie terrestre. « Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places.’ Il vous répondra : ‘Je ne sais pas d’où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice. » Tous nos mérites, nos décorations ecclésiastiques, publiques, politiques, la belle réputation basée sur les apparences et le mensonge ne serviront à rien. Nous récolterons ce que nous aurons semé pendant notre vie terrestre !
Cet évangile est un appel à la conversion. Il n’est jamais tard de revenir à la vérité et se montrer à Dieu et aux hommes tels que nous sommes. Revenons au Seigneur de tout notre cœur ! Revenons au Christ qui est Lumière et Vérité de notre vie. Seigneur, toi qui nous nourris en cette vie, donne-nous de vivre, dès ici-bas, tournés vers l’éternité que tu promets. Amen.