À propos de Joseph Bavurha

Curé de l'ensemble paroissial de Tournefeuille

Homélie du Père Joseph du XXI° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2025)

Mes chers frères et sœurs !

« Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? ». « Y a-t-il une place pour moi au paradis ? » Cette question est révélatrice de l’angoisse que nous avons de nous perdre, de finir dans le néant de la nuit éternelle. Elle révèle notre peur par rapport à l’au-delà. Jésus y répond par un conseil : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite ! » Le verbe « s’efforcer » en grec est « agonizo » et veut dire lutter, combattre. Une des prières pour l’extrême onction exprime cette réalité de combat pour la vie, quand le prêtre dit : « Seigneur, regarde ton serviteur qui mène son dernier combat contre la mort… ». Cette prière exprime bien que nous sommes faits pour la vie et qu’au moment de l’agonie, nous luttons pour la vie et contre la mort.

S’efforcer, c’est combattre, lutter, rester ferme sur notre objectif. Une porte étroite indique un lieu difficile d’accès, une situation compliquée. Nous en faisons l’expérience devant des problèmes qui nous paraissent sans issue. Dans nos épreuves, Jésus nous appelle à la persévérance, au courage, à ne pas baisser les bras ! Persévérer, c’est être tenace et constant, savoir patienter en acceptant même une défaite apparente et momentanée sans dévier de notre objectif de départ. Cela suppose de la discipline et beaucoup de travail. Ce qui est important et essentiel dans la vie ne s’obtient pas en un claquement des doigts mais suppose de la persévérance, du travail, de la patience, essayer, réessayer, reprendre plusieurs fois s’il le faut, sans céder au découragement.

La société nous fait croire parfois que nous pouvons tout obtenir et tout faire « ici et maintenant », « en un instant ». Internet nous connecte au monde à l’instant T. Avec notre microonde, je réchauffe mon repas en deux minute ! Un bip ouvre le portail du parking de ma maison à distance pour ne pas attendre…. De manière inconsciente, prend peu à peu forme en nous l’idée que tout peut être obtenu en un instant… Mais la réalité nous est bien différente ! Nous pouvons abattre un arbre en in instant, détruire une ville par des bombe en quelques minutes mais pour faire pousser un autre arbre, reconstruire une ville, il faudra beaucoup de temps, de travail, d’argent et de patience !

Pour comprendre mes propres peurs et pourquoi je réagis en hurlant lorsque quelqu’un me fait une observation désagréable, pourquoi je boude lorsque quelqu’un me fait une remarque, pourquoi je perds mes moyens devant un concours ou un examen…. tout cela est tellement important et refuse l’illusion « du tout, ici et maintenant ». Le prêtre, l’accompagnateur spirituel, le médecin, le psychologue, le psychiatre, le coach ou conseiller conjugal que je consulte nous dit que pour résoudre ces problématiques de la vie, cela demandera beaucoup de temps, de travail, de séances, de la patience, des larmes même. Ils nous conseillent lors de chercher les causes profondes, nous remettre en question, creuser… Tout cela signifie batailler, s’efforcer et lutter ! Autrement, nous ne nous en sortirions jamais !

Pour faire naitre un enfant, il faut bien neuf mois de travail, d’attente, de joie et parfois de douleur ! Son éducation exige aussi beaucoup discipline et de patience aux parents. Pour que ma foi, je dois faire des efforts, avoir de la constance, me donner une discipline. Je ne vais pas à la messe et ne prie seulement quand cela me convient : je dois parfois lutter contre ma paresse spirituelle, contre la canicule d’été ou m’efforcer de sortir de la chouette en défiant le froid d’hiver pour répondre à l’invitation du Christ. Tout cela est une lutte qui n’est pas facile ! C’est cela la porte étroite dont parle Jésus !

Si dans le couple, mari et la femme ne se parlent sérieusement qu’une fois l’année, le couple ne se construit pas ! Pour consolider son couple, il est important de prendre du temps ensemble, accepter les fragilités de l’autre, être patient avec son conjoint, communiquer et se parler beaucoup et régulièrement, et pas seulement au moment des crises, prendre des vacances ensemble, et sans les enfants, si possible. Si tu ne fais aucun effort pour prendre soin de ton couple, la séparation te coûtera plus cher économique et affectivement !

Une phrase terrible nous a probablement choqué dans l’évangile de ce dimanche. Se retrouver devant Dieu et l’entendre nous dire : «Je ne sais pas d’où vous êtes », ou alors, « Je ne connais pas qui vous êtes » est quelque chose de terrifiant. Cette phrase est une mise en garde ! Dieu ne nous condamne jamais et ne peut à jamais nous fermer son cœur ! Cependant, il y a un problème ! Nous passons parfois notre vie à porter de masques, à nous faire passer pour qui ne nous sommes pas, à soigner notre image, l’apparence au lieu de vivre en vérité devant Dieu et les autres, à jouer des rôles comme si la vie était une pièce de théâtre ! Nous sommes parfois esclaves d’une culture où l’image et les apparences sont plus importantes que la réalité. Conséquence : on se cache, on ment à soi-même et aux autres !

Nous donnons l’image d’être des bons cathos alors que nous passons notre vie à voir médiums, marabouts, magnétiseurs et nécromanciens ! Je passe pour l’époux, le père modèle alors qu’à la maison je suis violent avec l’épouse et les enfants. En communauté, je donne l’apparence d’être saint pendant que je répands du venin par mes critique et mes médisances sur les autres. Je porte des fragilités en moi, et pour les cacher, je deviens un tyran pour les autres, imposant mes opinions sur tout, « je sais tout et j’ai réponse à tout »,  incapable d’écouter une idée différente de la mienne… Ce sont là nos contradictions que Jésus dénonce !

 Ne nous étonnons pas que plus tard, il nous dise : « Eloigne-toi de moi car je ne te connais pas ! Tu as tellement passé ta vie sur terre à te cacher à moi et à me montrer une image qui ne correspondait pas à la vérité de ta vie ! » Cette réponse sera à la hauteur de l’hypocrisie de notre vie terrestre. « Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places.’ Il vous répondra : ‘Je ne sais pas d’où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice. » Tous nos mérites, nos décorations ecclésiastiques, publiques, politiques, la belle réputation basée sur les apparences et le mensonge ne serviront à rien. Nous récolterons ce que nous aurons semé pendant notre vie terrestre !

Cet évangile est un appel à la conversion. Il n’est jamais tard de revenir à la vérité et se montrer à Dieu et aux hommes tels que nous sommes. Revenons au Seigneur de tout notre cœur ! Revenons au Christ qui est Lumière et Vérité de notre vie. Seigneur, toi qui nous nourris en cette vie, donne-nous de vivre, dès ici-bas, tournés vers l’éternité que tu promets. Amen.

Homélie du Père Joseph du XXI° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2025)2025-08-23T16:00:48+02:00

Homélie du Père Joseph du XX° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2025)

Chers frères et sœurs !

Psychologiquement, quand on a passé la fête l’Assomption, le 15 août, on sent déjà la fin des vacances et on commence à préparer la rentrée, même si je sais que beaucoup parmi nous ont déjà fini les vacances. Il est temps pour nous relire nos vacances et de notre été pour voir comment le Seigneur nous a accompagné à travers ce que nous avons vécu et reçu. L’évangile de dimanche dernier nous rappelait que « là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » ! Avant la rentrée où nous risquons rapidement d’avoir le nez dans le guidon, relisons notre été pour fixer et redéfinir les priorités et l’essentiel dans nos vies.

 Avec Abraham, dimanche dernier, nous avons appris que croire, c’est faire confiance, accueillir la Parole même quand elle nous brûle et nous bouscule. Avoir la foi, c’est affronter les difficultés en gardant allumée la lumière de l’espérance. Ce dimanche, le Seigneur nous rappelle que l’annonce de l’Evangile, le témoignage de foi est un signe de contradiction. Le monde accepte difficilement l’ingérence divine et préfère souvent les ténèbres à la lumière. Les disciples sont aussi plongés dans ce monde, et sont faits de chair et d’os comme tous les humains. Nous aussi, tout en étant chrétiens, nous ne sommes pas vaccinés contre les contradictions et les peurs. Ce qui nous différencie des autres, c’est la lumière de la foi qui élargit notre cœur et nous rend capable d’aimer. Pour aimer notre monde, nous devons aller à sa rencontre même si c’est toujours un peu plus compliqué de lui témoigner de notre foi aujourd’hui.

Jérémie, prophète inquiet et persécuté, nous est présenté comme modèle à imiter dans la première lecture. Il passe sa vie à convaincre le roi de Juda et tout Jérusalem à ne pas s’opposer à la naissante puissance babylonienne. Confiants en leur diplomatie et du soutien de l’empire assyrien et de l’Egypte, le roi et son entourage n’ont pas voulu écouter les conseils et messages du prophète Jérémie. Ils ont commencé à le persécuter jusqu’à la condamnation à mort où il est sauvé in extremis « Alors ils se saisirent de Jérémie et le jetèrent dans la citerne de Melkias, fils du roi, dans la cour de garde. On le descendit avec des cordes. Dans cette citerne il n’y avait pas d’eau, mais de la boue, et Jérémie enfonça dans la boue. »

Un prophète qui annonce la paix se voit persécuté. Il appelle au bien et c’est le mal qui s’abat sur lui. Les prévisions annoncées par Jérémie se sont avérées. Jérusalem est tombé entre les mains de Nabuchodonosor et sous la domination babylonienne, et ce fut le début de la déportation de plus de 8 milles chefs de familles. Jérémie n’avait pas été écouté ! Être prophète, c’est aimer les personnes auxquelles nous annonçons l’évangile, c’est dire la vérité aux autres, même quand ils ne veulent pas l’entendre, avec le risque d’être incompris même par les personnes que nous aimons.

Après la chute de Jérusalem aux mains des Romains et la destruction du Temple de Jérusalem par le général Titus, les premiers chrétiens seront excommuniés du judaïsme ! De là est née la persécution de l’Eglise naissante. Aujourd’hui encore, beaucoup font l’expérience de cette contradiction quand ils embrassent la foi chrétienne. Alors qu’ils entrent dans la nouvelle famille des enfants des Dieu, la communauté des baptisés, pas toujours accueillante, ces nouveaux convertis souffrent parfois d’exclusion de la part de leur propre famille naturelle et culturelle.

Pendant que nous sommes encore en été, je vous conseille un film à voir : « Le Prophète » qui nous décrit l’histoire d’un jeune musulman qui se convertit au christianisme et comment il est exclu, rejeté et persécuté par sa propre famille. Mais il n’est pas besoin de chercher un chrétien converti de l’Islam pour vivre et voir le déchainement de la persécution. Il nous suffit de regarder dans nos propres familles. Sans aller jusqu’à ces excès, chacun de nous a un jour constaté le changement d’attitude des frères et sœurs, des collègues… qui se sont parfois moqués de vous parce que vous êtes chrétiens, surtout dans certains milieux professionnels. Tel est notre sort : être chrétien, c’est subir parfois le même sort que notre Maître et Seigneur. Il a été persécuté jusqu’à mourir, et c’est normal que les chrétiens soient aussi persécutés ! La croix fait partie de l’ADN du christianisme.

Jésus rappelle qu’il est le feu ! Il apporte un feu qui brûle ce qui en nous dépérit. Il est venu apporter un feu qui illumine, réchauffe et consume le mal en nous. Mais, on a parfois l’impression que ce feu a cessé de bruler dans nos cœurs et nos communautés. Si le fait d’être chrétien se mesure à l’intensité du feu qui brûle en nous, alors les pompiers de la foi n’ont plus beaucoup de travail car nous ne brûlons plus tellement du feu de Dieu ! Il faudrait notre foi redevienne plus brulante. Nous sommes devenus tièdes et le monde ne voit plus le feu du Christ bruler en nous. Nous brulons d’envie et d’amour pour tant de choses, des gadgets, pour des personnes, pour telle équipe de foot, de rugby ou telle star… mais, y a-t-il encore un peu de feu qui brûle en nous pour le Christ ?

Vous est-il arrivé de ne penser qu’à lui, de témoigner de ce feu qui brûle en vous pour lui à votre collègue de travail ? Vous arrive-t-il de défendre le Christ dans un débat, quand il est injurié, moqué, comme cela arrive souvent dans les médias ? Je suis heureux impressionné par les nouveaux convertis, recommençants, les enfants et les adolescents qui sont moins timorés aujourd’hui qu’il y a quelques années et plus portés à témoigner à parler de leur foi. Les musulmans et les juifs montent plus facilement au créneau quand leur religion est méprisée ou discriminée… mais rares sont les chrétiens qui osent monter au créneau quand on se moque de Jésus. Dans un de ses sketch, le comédien Gad Elmaleh invite les cathos à être fier de leur belle religion et d’en témoigner. Parfois même, dès qu’un chrétien essaye de défendre publiquement sa foi, d’autres chrétiens le qualifient de fanatique et d’extrémiste. Si personne ne s’est jamais moqué de vous pour vos convictions chrétiennes, c’est un très mauvais signe !

Quand saint Ignace de Loyola, le fondateur de la compagnie de Jésus envoie ses douze compagnons annoncer l’Evangile jusqu’aux extrémités du monde connu jusqu’alors, il leur dit le jour de leur départ : « Allez, et incendiez le monde ! » Oui, être chrétien, c’est chercher à brûler d’amour pour Jésus et pour le prochain. Rallumons notre ardeur pour le Seigneur ! Que le saint Esprit fasse bruler en nous son feu dans l’Eglise et dans le monde. Amen

Homélie du Père Joseph du XX° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2025)2025-08-18T22:46:01+02:00

Homélie du Père Joseph de l’Assomption, année C (2025)

Mes chers frères et sœurs !

Dans ce contexte, que j’espère très favorable et moins stressant, l’Eglise nous invite à célébrer l’Assomption Sainte Vierge Marie. Contempler la Vierge Marie emportée au Ciel, glorifiée dans son corps et son âme, rejoignant ainsi son Fils et notre Seigneur, glorifié avant elle et qui est assis à la droite du Père, nous rappelle notre vocation et notre véritable patrie. L’Assomption de la sainte Vierge nous fait entrevoir ce qui nous attend un jour : la glorification de nos pauvres corps mortels.

 L’Eglise exalte et vénère la Vierge Marie sous divers titres et dans de multiples dévotions. Parmi les icônes à travers lesquelles la nous vénérons, celle d’Assomption est parmi les plus significatives parce qu’elle exprime l’œuvre, la bienveillance, la générosité du Seigneur envers la sainte Vierge, et par conséquent, envers nous aussi, si nous laissons le Seigneur prendre toute sa place et naître dans nos cœurs comme la sainte Vierge Marie le fit après l’Annonce de l’Ange Gabriel.

Attention cependant, et surtout ne comprenez pas de travers mon propos. J’aime beaucoup la Vierge Marie qui a une grande place dans ma vie d’homme, de baptisé et de prêtre. Et j’espère de tout mon cœur qu’il en est ainsi pour chacun de nous. Il nous faut lui accorder toute la place qu’elle mérite dans notre vie ! S’attacher à Jésus nous attache forcement aussi à sa sainte Mère. On ne peut pas aimer Jésus et refuser de s’attacher à sa Mère ! Comme disait saint Jean-Paul II, un chrétien est forcément un être marial !

 Cependant, ne faisons pas de la Vierge Marie une divinité. On nous le reproche parfois. La sainte Vierge ne fait pas partie de la Trinité sainte. La tentation de la diviniser existe dans beaucoup de dévotions.  Je suis parfois choqué d’entendre certains propos que certains fidèles peuvent tenir sur la sainte Vierge. Une dame avait dit que je n’avais pas la foi parce que j’avais refusé de faire dire un chapelet au cours de l’adoration eucharistique. Pour elle le rosaire était plus important que l’adoration eucharistique et la présence réelle du Christ dans l’eucharistie ! Il y a eu et il y aura encore des déviations dans nos dévotions envers la sainte Vierge Marie. On l’a beaucoup reproché aux catholiques dans le passé et aujourd’hui encore, et ces accusations ne sont pas toujours gratuites et sans fondement. Rappelons-nous toujours que la sainte Vierge Marie veut que nous la considérions pour qui elle est vraiment : une simple petite paysanne comparable à toutes les autres jeunes filles de Nazareth, une fille normale, pas du tout extraordinaire, de pauvre culture, une humble juive vivant simplement mais profondément sa foi en Dieu.

 Mais la générosité de Dieu est infinie envers cette fille de Nazareth parce qu’elle est choisie pour être la Mère du Verbe incarné, du Dieu conçu dans la chair pour partager notre humanité. Pour cela, la Vierge Marie a dû adhérer librement à ce projet de Dieu. Ses parents Anne et Joachim l’avaient déjà préparée, à travers l’éducation reçue en famille. Ils lui avaient appris à écouter Yahvé et à chercher toujours sa Volonté.  La sainte Vierge a dû pour cela mettre une croix sur ce qu’elle pouvait avoir comme projets personnels, accepter d’être exposée à quelques critiques, être pointée du doigt, mettre sa vie en danger en courant le risque de la lapidation selon la Loi de Moïse. Accueillir la volonté de Dieu, prendre une décision importante dans notre vie exige toujours des renoncements qui coûtent plus ou moins.

Pour nous aujourd’hui, il est tout à fait normal de croire que la sainte Vierge a conçu par la force du saint Esprit. Tout ceci est acquis et intégré dans notre foi aujourd’hui et l’Eglise ne cesse de nous l’enseigner depuis plus de deux mille ans. Mais imaginez un moment les habitants de Nazareth qui retrouvent la petite jeune Marie, que tout le monde prenait pour très sage, enceinte avant le mariage. Mettez-vous à la place des parents qui devaient en souffrir car raillés par tout le monde à cause de leur fille qui fait la honte de Nazareth. Pensez aux commérages des jeunes filles et femmes du village qui parlent toujours un peu trop, rependant des rumeurs infondées des voix qu’elles sont les seules à entendre, couvrant la petite vérité par d’énormes et nombreux mensonges et calomnies.… Mettez-vous à la place de saint Joseph, un jeune fiancé qui construisait la maison familiale en attendant le jour du mariage. Tout le monde à Nazareth voyait de grandes cornes qui avaient poussé sur sa tête de saint Joseph !

La suite des événements dans la vie de la Vierge Marie n’a pas du tout été facile : un accouchement dans des conditions éprouvantes et précaires, un hébergement de fortune au milieu des bêtes, la persécution d’Hérode, la fuite en Egypte où la sainte famille va s’installer comme refugiés. Je pense aux paroles dures de Jésus, alors adolescent âgés de 12ans quand il se perd pendant trois jours à Jérusalem et qui répond à ses parents : « pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous que je devais être au service de mon Père ». Je pense à la présence de Vierge Marie parmi les disciples avec les écueils, les tensions et les refus d’Israël, le chemin de croix de Jésus avec cette terrible page de sa rencontre avec sa Mère, le regard souffrant et sa présence silencieuse au pied de la Croix pendant que Jésus expirait, les dernières paroles de Jésus à Marie et à Jean avant de mourir (« Fils voici ta Mère et Femme voici ton fils ») ! Non, la sainte Vierge n’a pas eu une vie facile.

La vie de la Vierge Marie interroge la nôtre aujourd’hui. Elle nous ressemble dans les hauts et les bas de notre vie. Comme elle, nous pouvons nous aussi être toujours dans la grâce de Dieu si nous Le laissons, malgré nos fragilités et nos faiblesses, habiter nos cœurs pour y naitre. La vierge Marie est une femme normale et ordinaire parce qu’elle fait partie de notre humanité, semblable à chacun de nous dans ce qui fait le quotidien de notre vie. Elle est extraordinaire et merveilleuse simplement par la grâce de Dieu qui l’a touchée et qui as accompli en elle et par elle ses merveilles pour toute l’humanité que nous formons.

Ce qui est arrivé à la sainte Vierge dans le mystère de l’Assomption nous montre bien que pour nous aussi, les portes du salut et de la gloire nous sont grandement ouvertes après notre pèlerinage en ce monde. Notre vie peut traverser joies et souffrances, des hauts et des bas en ce monde, mais notre vocation est de partager, comme la sainte Vierge, la glorification de son Fils.

Si avec la sainte Vierge nous laissons Jésus naître dans nos cœurs, si avec elle nous prenons soin de Jésus chaque jour à travers nos frères et sœurs, si avec elle nous écoutons vraiment la Parole de Dieu et  la méditons dans notre cœur, si avec elle nous savons apporter la Bonne Nouvelle aux autres comme elle l’a fait avec Elisabeth, si avec elle nous accompagnons Jésus sur son chemin de croix, à travers nos propres croix et celles des autres, si avec Marie nous accueillons le Saint Esprit comme au Cénacle, alors, avec la Vierge Marie et par sa prière, nous partagerons la gloire de son Fils, Lui qui s’est fait homme pour que nous  partagions sa divinité. Marie, Mère du Seigneur et Notre-Mère, nous te confions nos familles qui se retrouvent pendant cet été et ceux que nous avons la joie de trouver actuellement. Nous confions à ta prière ceux qui souffrent autour de nous. Apprends-nous à chanter avec toi le Magnificat, quoi qu’il arrive dans notre vie. Amen.

Homélie du Père Joseph de l’Assomption, année C (2025)2025-08-18T22:44:05+02:00

Homélie du Père Joseph du XIX° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2025)

Mes cher frères et sœurs !

Au cœur de l’été, avec la canicule, les incendies et dans un contexte national et international un peu incertain et préoccupant…le Seigneur vient nous rassurer et rallumer en nous espérance, en cette année jubilaire. « Sois sans crainte, petit troupeau ! Votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume ! », nous dit Jésus.  Ne cherchez pas à assurer vos arrières par vous-même, mais faites confiance à votre Père !

Confiance ! Espérance !  De mon expérience de vie personnelle, depuis mon enfance, j’ai reçu un cadeau du Seigneur, et c’est un moteur qui me porte dans tout ce que je fais, et si je peux vous en donner un témoignage, c’est la grâce de la confiance en Dieu, quelles que soient les adversités et épreuves que j’ai pu ou peux traverser dans ma vie personnelle comme dans mon ministère de prêtre. Dieu est toujours de notre côté, quoiqu’il arrive !  Il peut y avoir des tempêtes, des vents contraires et très violents, des ouragans, voire même des Tsunami, mais il y a certitude gravée au fond de mon coeur : le Seigneur est bon ! Il est toujours là pour moi, pour nous quoi qu’il arrive! Alors, confiance ! même si certaines épreuves semblent parfois désespérantes, surtout lorsqu’elles durent dans le temps. Demandons la grâce de la confiance, comme notre père dans la foi Abraham et Sara qui ont été bénis parce qu’ils ont fait confiance et ont obéi à la parole de Dieu malgré l’épreuve qu’ils traversaient de ne pas avoir une descendance. Obéir à Dieu, faire acte de foi devant Dieu et lui faire confiance est toujours source de bénédiction « Grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu : il partit vers un pays, qu’il devait recevoir en héritage…. Grâce à la foi, Sara, elle aussi, malgré son âge, fut rendue capable d’être à l’origine d’une descendance parce qu’elle pensait que Dieu est fidèle à ses promesse »

La confiance est une vertu qui se construit au fur et à mesure, à travers une expérience relationnelle. L’histoire du salut nous fait faire l’expérience de l’amour d’un Dieu qui, en Jésus, nous a aimé jusqu’à donner sa vie pour nous. En Jésus, Dieu nous aime d’un amour libre et libérateur, un amour vital et vivifiant, concret et quotidien.  Nous sommes confiants parce que Dieu a fait de nous les héritiers du Royaume ! L’expérience mondaine nous dit que la vie appartient aux plus forts, aux plus riches, ceux qui peuvent écraser les autres, leur imposant des taxes douanières à leur guise et sans concertation, ceux qui peuvent menacer et intimider les autres à longueur des journées. Dans les béatitudes du Royaume cependant, Jésus confie le Royaume aux artisans de paix et aux doux : « Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. »

Nous avons confiance parce que le Père a voulu faire de nous des héritiers du Royaume, cohéritiers avec le Christ de ce royaume dont nous hériterons pleinement après notre pèlerinage ici-bas. Attention cependant ! Le chrétien ne rêve pas d’un règne à venir utopique !  Le Règne dont nous héritons est déjà présent ici et maintenant si nous accueillons Jésus comme Maître et Seigneur en le laissant aux manettes au quotidien. C’est cela la confiance !

Faisons un petit examen de conscience, en vérité ! Qu’est-ce qui compte, ce qui vaut vraiment la peine de vivre pour nous ? Où investissons-nous le plus d’énergie, le plus de temps, le plus des ressources dans notre vie au quotidien ? Quelle est le moteur de notre vie ? Quelle place accordons-nous à Dieu ? Est-il seulement ce petit détail de notre agenda déjà rempli au quotidien ou bien sa présence est-elle le moteur qui fait bouger notre vie, notre regard sur le monde, nos rapports avec autres ? Notre réponse à ces questions montrera qui ou quoi est le moteur. De notre vie. Notre existence ici-bas est une parenthèse, sérieuse soit-elle, mais c’est une attente du Règne glorieux de Dieu comme nous le professons « Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts et son règne n’aura pas de fin ! ».

 En attendant la parousie du Seigneur, ici et maintenant, Dieu a fait de nous les gestionnaires et les administrateurs de son Royaume. Dans cette optique, nos familles, groupes, mouvements et communautés ecclésiales sont appelés à être des petites entités ou portions du Royaume de Dieu, signes d’une humanité nouvelle, joyeuse, réconciliée et fraternelle, prophétie d’un monde nouveau qui donne envie. Mais est-ce vraiment le cas ? Même si nous n’en sommes ni capables ni dignes, et en dépit de nos manques et fragilités, Dieu lui nous montre sa confiance quand il fait de nous les gestionnaires de son Royaume.

A nos mains fragiles, nos esprits parfois tordues et nos cœurs orgueilleux, Dieu a confié la gestion de son plus beau trésor. Oui, le Royaume de Dieu est là où deux ou trois personnes sont réunies au nom de Dieu. Il est présent là où l’on s’engage afin que toute personne puisse mener une vie digne, là où l’on accompagne avec amour toutes les victimes de la haine et de la violence, là où l’on accueille un frère, une sœur en humanité qui est désespéré. Il est présent là où l’on s’engage aux côtés des pauvres, des petits, des malades, là où l’on s’efforce à vivre selon l’Evangile.

« Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins, et vos lampes allumées ! » Soyez prêts, nous avertit Jésus. Prêts à veiller, prêts à mettre en cause certaines certitudes du monde présents parce que nous sommes faits pour le Royaume à venir mais qui a déjà été inauguré avec l’incarnation de Dieu en Jésus. Le chrétien est conscient du « déjà » et du « pas encore » du Royaume de Dieu. Nous avons tous, j’espère, déjà fait la belle et splendide expérience de tomber vraiment amoureux, d’aimer et se sentir aimé. Nous savons aussi cependant qu’aucune de ces expériences affectives humaines est capable de combler notre cœur de manière définitive, parce que nous avons soif d’un amour infini et définitif que seul Dieu peut donner. Nous avons déjà vécu une expérience spirituelle profonde de conversion qui a radicalement changé notre vie, et pourtant aujourd’hui encore, il nous arrive de douter, en particulier lorsque nous traversons des épreuves. Telle est la dialectique saine, sainte et belle « du déjà et du pas encore » du Règne de Dieu.

« Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins, et vos lampes allumées », c’est-à-dire, avec la foi et la charité, ces deux vertus théologales qui soutiennent l’espérance au cours de notre pèlerinage terrestre dont le terminus est le Royaume définitif.  En cette année du Jubilé, demandons au Seigneur la grâce de l’Espérance et de la confiance pour devenir, là où nous sommes et dans tout ce que nous faisons, des artisans de la construction de son Règne à venir. Amen.

Homélie du Père Joseph du XIX° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2025)2025-08-18T22:44:18+02:00

Homélie du Père Joseph, XVIIIe dimanche du TO, année C

Mes chers frères et sœurs !

Faisons une petite enquête ! Qui parmi nous ici présents n’a jamais eu des soucis en lien avec l’argent ? (moi très souvent) Nous tous, même les plus fortunés parmi nous, nous avons tous probablement été confrontés un jour à la question de la gestion, le manque, les conflits et tension en lien avec l’argent ou les biens matériels. Être en conflit à cause de l’argent, de l’héritage ou des biens matériels… est une réalité dont nous faisons l’expérience très souvent malheureusement dans nos familles.

Combien d’amitiés cassées, des liens familiaux transformés en haine viscérale à cause de l’argent, pour quelques mètres-carré d’appartement, des meubles ou de la vaisselle laissés par les défunts parents ? Comme c’est horrible de voir que la douleur du deuil amplifiée par la haine et les querelles entre les enfants, lors des funérailles ! Pensons à la guerre que se font certains époux, quand malheureusement survient le divorce, pour le partage des biens matériels.

En famille comme avec les amis, il faut qu’il y ait de la justice et de l’équité, avant de les transformer en solidarité ! On ne peut pas, au nom de l’amitié, accepter de subir l’injustice de quelques membres de famille. Il y dans toutes les communautés quelques durs qui pensent qu’ils peuvent écraser tout le monde. Parfois, il nous faut mettre les pieds dans les plats pour leur dire que ça suffit et ne pas laisser certains écraser les autres. Essayons cependant de résoudre ces conflits directement, à l’amiable, en évitant dans la mesure du possible d’y mêler les juges et avocats.

Dans l’évangile, Jésus refuse d’être le médiateur dans un conflit d’héritage. Il refuse de se mêler à cette affaire pour nous laisser « discerner par nous-même ce qui est juste ». Nous ne pouvons pas demander sans arrêt à Dieu de faire à notre place ce que nous sommes capables de faire par nous-même. Avec Dieu, nous sommes parfois comme ces gamins qui doivent toujours faire recours aux parents ou à la maitresse pour résoudre leurs petits différends et querelles sur l’usage des jouets ou le partage du goûter. Je viens de passer une semaine dans les Pouilles avec des amis et leurs deux enfants. J’ai été impressionné par la capacité qu’ont les enfants à s’embêter et demander l’intervention des parents. Parfois même, c’est celui qui embête le premier qui crie et pleure plus fort que l’autre… et puis, ils peuvent passer de la querelle, des larmes à la grande joie en l’intervalle de quelques secondes ! J’ai compris que parfois, quand les enfants vous sollicitent dans leurs querelles, faire la sourde oreille, comme si l’on n’avait rien entendu, peut- être la meilleure solution et ça passe quelques minutes après !

Jésus refuse parce qu’il nous fait confiance : nous sommes suffisamment intelligents pour prendre soin les uns des autres, pour savoir que l’injustice cause des guerres et des conflits, que laisser mourir de famine et de soif des enfants à Gaza ne peut qu’amplifier les rancoeurs et la haine, qu’exploiter indéfiniment la planète conduit à sa destruction et à notre disparition…. Dieu est le Créateur de tout ce qui existe, mais la gestion de la création est confiée à notre responsabilité. Il suffit juste du bon sens pour comprendre ce qui est bon pour l’économie, la justice, la paix, la solidarité : il suffit de voir la réalité, d’écouter notre cœur, suivre notre conscience éclairée.

Jésus sait que derrière cette demande de médiation, il y a un conflit autour de l’argent. Il en profite alors pour faire une petite catéchèse sur la richesse. En France, et dans les milieux catho en particulier, nous avons une pudeur presque naturelle à parler d’argent, considéré parfois comme quelque chose d’un « peu dangereux », « un peu sale », « un peu ambiguë ». Nous sommes embarrassés et gênés pour parler d’argent, de notre salaire….  Comme c’est compliqué au curé de parler de la quête, de faire un appel au don, une relance du Denier de l’Eglise… Trop facile de suspecter celui qui est riche et l’accuser presque spontanément d’être malhonnête comme ceux qui pensent que tous les patrons de « pourris ».

Ce n’est pas cela le message de cette parabole. Jésus ne dit pas que la richesse est sale ou impure. Il prévient simplement que la richesse peut être dangereuse. Il suffit de regarder ce « pauvre-homme-riche » de la parabole. C’est un grand travailleur. Il n’est pas décrit comme malhonnête ! Il veut profiter tranquillement du fruit de son labeur. Je pense que c’est normal qu’un retraité se fasse plaisir et profite un peu après des années de dur labeur. La mort annoncée de cet homme n’est pas une punition, mais un événement possible, toujours dans l’ordre des choses parce que toutes les créatures finissent naturellement par mourir. Pourquoi va-t-il mourir ? Quelles sont les causes de sa mort annoncée ? Trop de stress, trop de travail, trop de cigarette, d’alcool, de drogue, trop de pollution, la maladie, une fusillade, un accident de voiture ! Peu importe la cause. Il faut simplement y penser. La mort n’est pas une punition de Dieu.

Jésus nous avertit : la richesse promet ce qu’elle ne peut jamais donner. C’est illusoire de penser que les biens matériels peuvent combler notre cœur ! La sagesse de Qohéleth nous prévient : « En effet, que reste-t-il à l’homme de toute la peine et de tous les calculs pour lesquels il se fatigue sous le soleil ? Tous ses jours sont autant de souffrances, ses occupations sont autant de tourments : même la nuit, son cœur n’a pas de repos. Cela aussi n’est que vanité. » Alors, inutile de chercher à accumuler des richesses terrestres, mais, comme dit Jésus, cherchons d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste nous sera donné en surcroit.  Saint Paul nous invite à changer profondément de stratégie et de priorité : « Frères, si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu.  Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre. »

Vouloir combler la soif profonde de notre cœur par les biens matériels, peut être comparable à celui a tellement soif au risque de s’abreuver d’eau insalubre.  Dans notre cœur il y a une soif d’absolu qu’aucune richesse ne peut combler. A nous de discerner ce qui est vraiment essentiel et nous rappeler que nous sommes pèlerins, que la richesse est parfois trompeuse, que celui qui a reçu de la Providence un peu de richesse s’en serve pour accumuler un peu de trésors au Ciel en aidant les frères et sœurs pauvres, comme dit cette bénédiction finale du mariage: « Soyez dans le monde des témoins de l’amour de Dieu : Ouvrez votre porte aux malheureux et aux pauvres qui vous recevront un jour avec reconnaissance dans la maison du Père ».

Au lieu de nous faire une leçon de morale sur la richesse ou la pauvreté, Jésus fait appel à notre conscience ! Au lieu de nous culpabiliser, Jésus nous rappelle que le matériel est marqué par la finitude et le côté précaire… Seule la vie éternelle demeure. Que le Saint Esprit nous aide à comprendre que notre cœur n’a pas besoin d’être rempli par les biens matériels mais par l’Amour : celui qui nous vient de Dieu et celui de nos frères et sœurs pèlerins et passagers avec nous ici-bas, tous enfants du même Père qui nous appelle ensemble au salut et bonheur de la vie éternelle qui sont la seule vraie richesse impérissable. Amen.

 

Homélie du Père Joseph, XVIIIe dimanche du TO, année C2025-08-01T14:30:12+02:00

Homélie du Père Joseph, XVIe dimanche du TO, année C

Mes chers frères et sœurs !

Au chaîne de Mambré, Abraham a reçu la visite de Yahvé. A Bethanie, Marthe et Marie, les sœurs de Lazare reçurent Jésus dans leur maison. Et nous alors, pourquoi Dieu ne nous rend-t-il plus visite aujourd’hui ?  Oui, bien sûr que Dieu nous rend visite plus souvent qu’on s’imagine mais sans nous en rendre compte. Nous refusons de l’accueillir parce que nos cœurs sont fermés ou parce que nous ne savons plus le reconnaitre.

C’est l’histoire d’une famille très catho de la paroisse qui, au cours de la prière familiale du soir, reçoit de Jésus la promesse de lui rendre visite. Le jour et l’heure sont bien fixés.  A la date prévue, toute la famille s’est bien endimanchée, mettant chacun son plus bel habit. Le ménage a été bien fait, les enfants ont bien rangé chacun sa chambre pas une seule petite poussière sur les meubles ! La famille a sorti la vaisselle des jours de fêtes et au menu, une grande cuisine.  L’arrivée de Jésus est prévue vers 19h00, l’heure habituelle de l’apéro. Vers 18h30 quelqu’un sonne ! La maîtresse de maison se précipite pour ouvrir ! Mais, déception ! C’est un SDF, étranger de surcroit, qui dont le passage risque de gêner le visiteur de marque attendu par la famille. La maitresse de maison lui file vite fait une pièce de 2 euros, le suppliant de déguerpir et de ne pas trainer dans la rue. Le SDF remercie et s’en va sans se faire supplier.

Jésus semble être en retard. Il a peut-être oublié de noter la date sur son agenda. La famille attend en vain jusque tard dans la nuit. Déçue et résignée, ils dînent sans le visiteur attendu. Avant de se coucher, comme chaque soir, toute la famille se rassemble pour la prière !  Au cours de la prière, la maîtresse de maison prend son courage en main en avouant la déception pour cette visite promise mais pas honorée. Jésus ne cache pas son étonnement et rappelle à la maîtresse son arrivée à 18h30.  « Mais non, c’était un clochard qui a sonné ! Nous lui avons même donné deux euros pour qu’il s’achète un sandwich ! » Et Jésus leur dit : oui, j’étais ce clochard.

Dans le diocèse de Bukavu, nous avons eu la chance d’avoir un archevêque qui a marqué par sa simplicité de vie. Il n’était jamais en soutane, très rarement en clergyman et ne soignait guère son habillement et ni son aspect extérieur. Plusieurs fois on l’a confondu avec le veilleur de nuit (la sentinelle) à cause de son habillement (son long manteau pas toujours propre !) et son apparence. Lors de ses visites surprises aux communautés et paroisses, il s’est fait refouler par les veilleurs de nuits ou les cuisiniers à cause de son habillement. Mgr Christophe Muzihirwa a été assassiné par les Rwandais en octobre 1996 et son procès en béatification est en cours !

Dieu nous rend souvent visite mais nous ne l’accueillons pas, parce que nous avons du mal à le reconnaitre surtout en période d’épreuve. Dans la première lecture, Abraham nous apprend à ne pas laisser nos épreuves fermer notre cœur au Seigneur qui nous visite.  Dieu lui avait promis une descendance, mais dix longues années sont passées, et le fils promis n’était toujours pas arrivé. Alors, Abraham est assis, résigné, à l’ombre du chêne de Mambré, accepte quand même d’accueillir le Seigneur et cela sera source de nouvelle bénédiction pour lui.

Les textes de ce dimanche nous rappellent l’importance de l’hospitalité. Être chrétien, c’est prendre conscience que Dieu est présent dans notre vie, qu’il nous rend visite à travers les hommes et les femmes que nous côtoyons. Dieu nous visite et nous parle à travers nos frères et soeurs. Le Seigneur nous invite ainsi à être attentifs, à l’écoute et à prendre soin les uns des autres. Comme Abraham qui accueille avec joie ces trois personnages que la tradition identifie avec les trois personnes de la sainte Trinité, accueillons, nous aussi le Christ dans notre maison, nos familles. Ouvrir notre cœur, notre maison, en particulier aux étrangers et aux pauvres, c’est accueillir le Seigneur : « J’étais un étranger, vous m’avez accueilli, j’avais faim, vous m’avez habillé, j’avais faim, vous m’avez donné à manger… Chaque fois que vous l’avez fait à l’un des plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! » dit Jésus dans l’évangile selon saint Mt. Par notre hospitalité, nous accueillons le Christ comme Marie et Marthe de Béthanie.

L’évangile nous fait contempler Jésus accueilli chez ses amis, dans une famille, une maison où Jésus « devient en quelque sorte un homme normal » : loin des foules, des apôtres, des scribes et pharisiens, où personne ne le surveille et où il peut être naturel ! Cet accueil à Béthanie me fait penser parfois à ces familles où un prêtre est accueilli, invité ou à l’improviste, quelle que soit l’heure, pour se poser, en short, bermuda, décontracté en chemise hawaï, pour prendre un café, une bière, un verre de vin, manger simplement, rire, même pleurer ou craquer sans avoir honte d’être un homme normal, discuter de tout et de rien librement, sans se prendre la tête, sans être interrogé sur la dernière crise théologico-pastorale, le dernier scandale dans l’Eglise, la dernière nomination polémique dans le diocèse, la récente élection controversée de la présidente des SGDF …Bref, toutes ces maisons où le prêtre peut prendre un petit bol d’air frais, amical et fraternel sans prise de tête…A Béthanie, Jésus oublie les tensions et les intrigues de Jérusalem. Il peut parler librement, se sent vraiment accueilli, met de côté ses fonctions de rabbi, oubliant les accusations de Jérusalem pour, pendant une soirée, retrouver le plaisir simple et profond de l’amitié et de la complicité.

Jésus veut que nous ayons ce même type de relation simple avec lui et que nous ayons les mêmes relations simples entre nous. Parfois nos relations familiales, amicales, professionnelles et ecclésiales sont compliquées.  Nous avons du mal à aller simplement les uns vers les autres. Nous nous posons mille questions avant de dire bonjour, de lancer une invitation au voisin, à cette personne avec qui nous sommes dans le même groupe, mouvement, service ! Tout devient compliqué alors que le vrai bonheur se fait dans la simplicité et sans prise de tête.

Ecoute et activité, contemplation et action est un autre enseignement de la visite de Jésus chez Marthe et Marie à Béthanie. Marie écoute le Seigneur, assise à ses pieds, tandis que Marthe se charge de la logistique pour un meilleur accueil. Ces deux sœurs représentent deux dimensions de la vie intérieure que nous avons tendance à opposer, alors qu’elles se complètent et s’enrichissent mutuellement : la prière et l’action. La prière nous envoie forcement à agir et notre action, pour être féconde, doit trouver sa source et sa force dans la prière.  C’est la devise donnée par saint Benoit aux moines dans sa Règne « Ora et labora » (prière et travail). Dans un monastère ou abbaye, la vie est rythmée par la prière et le travail.

Marie représente la nécessité d’écouter la Parole de Dieu et de s’en abreuver au quotidien. Dans nos vies tellement mouvementées et stressantes, offrons-nous de pauses spirituelles pour écouter et parler au Seigneur. Quant à Marthe, elle réalise la béatitude de l’hospitalité, d’un amour qui se fait concret. L’écoute de la Parole de Dieu est importante, mais si la prière ne change pas concrètement notre vie, elle reste stérile. Par son action, Marthe nourrit le Christ que Marie adore. Une prière réellement authentique débouche sur le service des frères. Si notre charité, notre activité, notre apostolat ne trouvent pas leur source et leur accomplissement dans la prière, ils deviennent stériles et asséchants.

Accueillir Jésus dans nos maison, c’est prendre le temps de prier en famille, lire simplement l’évangile du jour, réciter simplement un Pater, un Ave Maria ensemble, regarder un film sur la foi, choisir de temps en temps de parler de Dieu en famille… Puisse l’exemple d’Abraham, Marthe et Marie inspirer nos rencontres en cette période d’été où nous avons la chance d’accueillir ou de rendre visite aux familles et aux amis, afin que nos rencontres emplies de joie et de simplicité renforcent en profondeurs nos relations. Amen

 

Homélie du Père Joseph, XVIe dimanche du TO, année C2025-07-18T09:24:39+02:00

Homélie du Père Joseph, XIVe dimanche du TO, année C

Mes chers frères et sœurs !

Je me rends compte que l’une des marqueurs de notre temps est la peur. Nous avons et nous nourrissons plusieurs types de peur, à tort ou à raison d’ailleurs : peur de la guerre dans un monde devenu comme une jungle où règne la loi du plus fort, peur de l’affaiblissement de la communauté internationale et du multilatéralisme. On dirait même que certains médias ont pour mission, quand on les écoute, d’entretenir un climat de peur et d’angoisse, en soulignant à longueur des journées de certaines crises : crise sécuritaire, crise migratoire, crise d’autorité, crise civilisationnelle, crise religieuse, crise de la famille, crise de la dette publique… ! Du coup, cela plombe l’ambiance et suscite la méfiance entre les gens. Le milieu ecclésial n’est pas épargné de cela.

Nous avions en fin d’année beaucoup des réunions de bilan et relecture, et spontanément, on a tendance à commencer par parler des choses qui ne vont pas. La fois passée, quelqu’un a eu l’idée de proposer de commencer la réunion en donnant une bonne nouvelle vécue dans la journée pour nous rendre compte qu’il y avait de belles choses que nous vivons chaque jour. Ca a fait tellement de bien. Mais le Malin nous empêche de voir toutes les belles choses parce qu’il veut nous emprisonner dans ce climat de peur et d’angoisse, avec une certaine nostalgie comme si le passé était meilleur que le présent, ce qui est faut. Et nous, c’est dans ce monde-ci, avec ses angoisses et ses peurs que le Seigneur nous envoie en mission comme disciples et pèlerins de l’Espérance.

L’évangile de ce dimanche présente l’envoi en mission des 72 des disciples. Jésus ne se contente pas de prier pour la conversion du monde qui va à sa perte mais veut que ses disciples soient acteurs de la conversion du monde. Il ne se lamente pas de la mauvaise direction que prend l’histoire ou les événements, mais il agit en envoyant des disciples crédibles proposer un changement de vie et une orientation nouvelle à l’histoire. C’est à nous, disciples d’hier, d’aujourd’hui et demain qu’il appartient d’orienter l’histoire au lieu de subir les événements de l’histoire. Le monde a besoin d’ouvriers et d’artisans qui construisent un monde conforme à la volonté divine, le prélude du Royaume ici et maintenant. Le monde a besoin des disciples qui brêlent du feu de Dieu et qui le répandent autour d’eux, disciples crédibles aux yeux du monde parce qu’ils vivent de la joie de l’évangile et du feu de Dieu avant de le proposer aux autres.

Jésus nous envoie et nous prévient que ce n’est pas facile. Parler de Jésus peut être un exercice compliqué, même au sein de l’Eglise. Les disciples sont envoyés deux par deux, en binôme, précédant le Seigneur qui passera après eux. Leur mission n’est de convaincre ni de convertir les gens, mais d’annoncer. C’est Jésus lui-même qui, passant après les disciples, va convertir les cœurs. « Le Seigneur en désigna encore 72, et il les envoya deux par deux, en avant de lui, en toute ville et localité où lui-même allait se rendre. » Ceci m’a fzit penser à la petite Bernadette de Lourdes qui avait dit à l’abbé Peryamale : « la Dame m’a chargée de vous le dire et non pas de vous convaincre ! »

Nous avons seulement la mission de préparer la route au Seigneur. Nous sommes envoyés deux par deux et pas seul. Cela veut dire que l’annonce de l’évangile n’est pas une attitude charismatique d’un guru autocentré. La mission porte toujours la dimension ecclésiale d’une communauté qui se construit en équipe malgré les difficultés. Le père François Chaubet parle parfois des prêtres ou fidèles pins parasol qui font bien les choses, mais tout seul, faisant de l’ombre aux autres et qui ne font rien pousser autour d’eux. Attention à la tentation d’atttirer toute l’attention sur nous, de chercher à briller plus que les autres, au risque d’offusquer le Christ, notre Lumière. En mission, nous sommes appelés à travailler avec et à compter sur le soutien des autres.

Jésus demande aux disciples de prier, non pas pour convaincre Dieu d’envoyer des ouvriers à sa moisson. Dieu en est convaincu plus que nous. La mission est fécondée par la prière pour confier sans cesse au Seigneur ce que nous faisons et lui demander toujours si ce que nous faisons est conforme à sa volonté. Tout part de Jésus et tout revient à lui. La prière nous permet de faire double mouvement pour ne pas entrer dans un activisme ou un fonctionnalisme pastoral coupé du Maître de la moisson.

Jésus met en garde les disciples : « Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. » Jésus sait qu’il nous envoie dans un monde qui sera parfois très dur envers vous. C’est un conseil pour nous ! A force de travailler dans un monde dur, avec des méthodes pas du tout évangéliques, nous risquons de nous endurcir plus que les loups qui nous entourent et de copier leurs méthodes. Nous avons tous la mission, chacun à notre niveau, de protéger l’Eglise pour qu’elle ne devienne pas une société des loups ou les gens se mangent mutuellement, et s’épuisent dans des querelles et des combats qui, en fin de compte, tuent la mission au lieu de la faire grandir.

Jésus demande d’apporter la paix et d’être instrument de paix en évitant de créer et chercher les conflits, en suscitant des tensions. On ne peut pas porter Dieu aux autres par la force ni l’arrogance spirituelle. Ces méthodes ont été utilisées jadis et ont fait beaucoup du mal à l’Eglise. La mission se fait humblement, simplement afin que la conversion soit vraiment une rencontre et une adhésion personnelle au Christ.

Enfin, Jésus nous demande de rester, de demeurer et de partager. « Restez dans cette maison, mangeant et buvant ce que l’on vous sert ». Le disciple, le pasteur n’est pas différent de ceux auxquels il est envoyé. Il nous faut prendre pleinement place et partager la vie des personnes auxquelles nous annonçons le Christ. On parle souvent de la solitude des prêtres, ce qui est une réalité, mais n’est-ce pas aussi parfois le résultat des pasteurs qui, pour différentes raisons se tiennent à l’écart et qui ne tissent pas des liens simplement humains avec les fidèles. Comme le rappelle le concile Vatican II en d’autres termes, l’Eglise, les pasteurs, les disciples ne peuvent rester étrangers ni indifférents aux joies, aux espérances, aux peines, aux angoisses, aux doutes du monde. C’est en demeurant avec les gens et en partagent la vie des gens que nous pouvons prendre conscience de leurs joies pour rendre grâce et de leurs peines pour les réconforter.

Un autre point souligné par Jésus est que la mission sera parfois éprouvante et crucifiante ! Saint Paul le rappelle aussi dans la deuxième lecture : « Pour moi, que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste ma seule fierté. Par elle, le monde est crucifié pour moi, et moi pour le monde. » Saint Paul réalise lui-même la limite propre de son caractère dans la mission. Il rappelle que dans la mission, le plus important ne sont pas les règles, les rubriques et les préceptes (comme la circoncision) mais c’est de chercher à devenir des créatures nouvelles. C’est la finalité du baptême. Malheureusement, les disciples sont parfois identifiés et perçus comme les garants et défenseurs de la règle et des préceptes au lieu d’aider les fidèles à devenir des créatures nouvelles dans le Christ.

Au lieu d’enfermer dans les règles, garder les autres prisonniers des préceptes, notre mission est de rendre libres, de libérer les cœurs pour qu’ils s’ouvrent au Seigneur. C’est cette libération des cœurs et leur ouverture au Christ qui fonde la joie des disciples, comme cela est souligné dans la finale de cet évangile : « Les 72 disciples revinrent tout joyeux, en disant : « Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom. »  Jésus leur dit : « Je regardais Satan tomber du ciel comme l’éclair. Voici que je vous ai donné le pouvoir d’écraser serpents et scorpions, et sur toute la puissance de l’Ennemi : absolument rien ne pourra vous nuire. Toutefois, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux. » Seigneur, donne-nous de nous réjouir de ton œuvre dans les cœurs de ceux qui t’ont rencontré. Amen.

 

 

 

 

 

Homélie du Père Joseph, XIVe dimanche du TO, année C2025-07-07T14:54:49+02:00

Edito : un grand merci et au plaisir

Au bout de ces 6 années comme curé de l’ensemble paroissial de Tournefeuille, mon premier sentiment est la gratitude envers Dieu, l’Eglise et envers vous, les paroissiens et amis. J’aimerais que ce soient la gratitude et l’action de grâce qui animent le cœur de chacun de vous au moment où je m’apprête à vous quitter pour rejoindre les fidèles de l’Ensemble Paroissial de Beauzelle, Seilh, Cornebarieu, Aussone et Mondoville qui vont m’accueillir comme curé à partir de la rentrée.

Mon arrivée parmi vous ! Je m’en rappelle encore comme si c’était hier ! La grande mobilisation des scouts (les premiers) pour débarrasser le presbytère et pour m’aider à aménager ce presbytère transformé en chantier pendant quelques mois pour qu’il soit accueillant et habitable. Après la messe d’installation au Phare, nous nous sommes mis ensemble en mission, en nous apprivoisant, en faisant progressivement connaissance avec les différents acteurs pour annoncer, célébrer et servir le Christ dans les 5 paroisses pour lesquelles Mgr Robert Le Gall nous invitait à travailler l’unité et le dynamisme missionnaire.

Pendant 6 ans, j’ai pu compter sur vous et sur votre générosité pour la mission. Je remercie en particulier ceux qui sont engagés dans un service ou mouvement d’Eglise ! Grâce et à travers vous, j’ai pu toucher du doigt cette réalité tellement évidente qu’on risque malheureusement parfois d’oublier : nous sommes tous membres du Corps du Christ et appelés ensemble à devenir des pierres vivantes pour la construction d’une Eglise toujours plus vivante et rayonnante. La mission portée en équipe est féconde et est source de joie ! Comme vous avez pu le remarquer parfois, parmi les choses qui m’ont fait de la peine, c’est lorsque j’ai rencontré, de la part de certains, le rejet de l’autre et la volonté de travailler tout seul, dans son coin, par souci d’efficacité et ou du perfectionnisme. Jésus envoie ses disciples deux par deux, en équipe, nous rappelant que la mission est toujours à porter avec les autres.

Avec vous, j’ai aussi compris que la communauté prend soin et est attentive à son pasteur ! J’en ai fait l’expérience en particulier pendant la période du Covid et le confinement alors que je venais juste d’arriver parmi vous. L’attention des uns et des autres m’a touché à travers les gestes et paroles qui m’ont permis de traverser cette période éprouvante avec ses contraintes.

Avec vous, nous avons accueilli les nouveaux arrivants dans nos paroisses, de plus en plus nombreux chaque année. Bien accueillir est une richesse et est source de bénédiction ! Je rends grâce pour l’accueil fait aux différents prêtres et vicaires pendant ces 6 ans, la communauté des religieuses filles de la Résurrection, les prêtres de passage, en particulier pour l’entraide pastorale au cours de l’été.

Je rends grâce et vous remercie pour ces belles années passées parmi vous, pour tout ce que vous m’avez apporté sur tous les plans : humain, spirituel et pastoral. J’ai beaucoup reçu et appris de vous et parmi vous. J’ai pu compter sur votre soutien et vos prières, en particulier lors de certaines épreuves que notre communauté a traversées et celles que j’ai vécues au niveau plus personnel. Comme curé, j’ai fait de mon mieux, me donnant à fond mais je reconnais aussi n’avoir pas tout réussi, et c’est tant mieux ! Mes échecs ici sont des leçons pour l’avenir et sont pour moi un appel à la conversion. Quelqu’un m’a remercié de vous avoir beaucoup bousculé, surtout au début !

En attendant de célébrer avec vous la messe d’au revoir le 31 août à 10h30 au Phare de Tournefeuille (où vous m’avez accueilli pour mon installation il y a 6 ans !), je vous invite à accueillir dans la joie, l’Amour, la Foi et l’Espérance ces changements et à rendre grâce avec moi ! Nous avons une très belle communauté et son potentiel pastoral énorme ! Prenez en soin ! Rendons grâce à Dieu. Comme je vous l’ai souvent répété, les curés, les prêtres ne sont pas propriétaires des paroisses qui leur sont confiées, mais des pasteurs de passage au service de la communauté pour quelques années. Le plus important est ce que la communauté arrive à construire au quotidien pour que grandisse l’Eglise localement, sous l’impulsion des prêtres. Un grand merci donc pour tout ce que nous avons construit ensemble, avec ceux qui ont été mes différents vicaires et collaborateurs depuis 6 ans.

En attendant de vous remercier de vive voix lors de la messe du 31 août à 10h30 au Phare, je vous redis toute ma joie d’avoir été votre curé pendant 6 ans et vous souhaite un beau chemin avec les franciscains de l’Immaculée auxquels notre archevêque confie la charge pastorale de l’ensemble paroissial à partir de la rentrée.

 

 

Edito : un grand merci et au plaisir2025-07-04T14:28:15+02:00

Homélie du Père Joseph, fête de Saint Pierre et Saint Paul, année C

Mes chers frères et sœurs
Je me suis souvent demandé pourquoi Jésus, parmi tous les apôtres, a pu choisir Pierre comme chef au lieu de quelqu’un d’autre ? L’évangile ne donne pas clairement les raisons qui ont conduit à ce choix. Si on prend le critère d’âge, contrairement à ce qui se dit parfois, Simon Pierre n’était certainement pas le disciple le plus âgé. C’est probablement Jacques le Majeur, l’un des fils de Zébédée et frère de Jean, qui était le doyen en âge du groupe des Douze. Simon Pierre n’était même pas le premier disciple appelé à suivre Jésus. C’est André le premier qui fut appelé. D’ailleurs on appelle aussi le «Protoélu », le Premier appelé. Simon Pierre n’était pas non plus instruit, le plus intelligent : cette qualité semble appartenir plutôt à Jacques, comme cela peut se voir à travers qualité de ce qu’il a écrit. Simon Pierre n’était pas le plus riche, mais un simple pêcheur. Le plus riche pouvait être Matthieu, le collecteur d’impôt qui se servait au passage sur le trésor public. Simon Pierre n’était pas non plus le plus fidèle des apôtres : nous savons qu’il a bien renié Jésus trois fois au cours de son procès : « Non, je ne connais pas cet homme ! ».
Simon Pierre n’était pas non plus le disciple préféré de Jésus : le quatrième évangile nous dit clairement que c’est Jean qui était le disciple préféré de Jésus. Simon Pierre n’était pas non plus le plus doux, ni le plus docile et moins encore le plus prudent des apôtres. Il était impulsif et parfois effronté ! Nous savons pourtant que pour guider et manager l’Eglise ou une communauté, il faut un peu d’équilibre, de diplomatie et discernement… Après ce portrait pas du tout brillant, nous pouvons dire qu’humainement et au niveau du management, Jésus semble s’être trompé en choisissant Simon Pierre au lieu de quelqu’un d’autre.
Lorsque dans une boite, une entreprise, une grande école, ou même en politique, on veut choisir quelqu’un pour une charge importante, on fait faire un casting, on fait passer des concours pour choisir les meilleurs, ceux qui possèdent les qualités requises. Nous savons comment passer un casting ou un concours est stressant et angoissant. Un ami me disait lundi midi son inquiétude actuelle pour sa fille qui vient de passer un concours pour être haut fonctionnaire ! Elle l’avait loupé l’an dernier alors qu’il y avait 40 places, et cette année, il y avait que 10 places à pourvoir. D’où, le stress, même du papa. Ne parlons pas celui de sa fille.
Jésus aussi, dans un certain sens, a fait un casting pour choisir ses apôtres. Mais ses critères sont radicalement différents de ceux d’une entreprise, de la fonction publique ou une grande école. Jésus ne choisit pas les meilleurs, mais ceux qui sont disposés à se mettre en jeu. Il ne choisit pas ceux qui sont déjà parfaits, mais ceux qui peuvent se laisser transformer, pas ceux qui sont capables, mais c’est lui qui rend capables ceux qu’il choisit. Il ne cherche pas un CV impeccable qui impressionne la RH ou le jury, mais il cherche des cœurs enflammés de passion, désireux de cheminer avec lui. C’est pour cela que le casting de Jésus est ouvert à tous. Tout le monde est candidat et personne n’est exclu du casting.
Il y a seulement deux questions que Jésus pose aux candidats, comme on peut le voir dans sa relation avec Simon Pierre. La première est celle posée dans l’évangile de ce dimanche : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Alors Simon-Pierre prit la parole et dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » C’est la profession de foi. La deuxième a été répétée trois fois à Simon Pierre lors de l’apparition de Jésus ressuscité au bord du lac de Tibériade : « M’aimes-tu ? ». C’est la profession d’amour.
Je me suis permis personnellement une hypothèse : Jésus a choisi Simon Pierre exactement parce que ce dernier l’avait renié. Simon Pierre a été choisi parce qu’il a fait l’expérience profonde et transfigurante du pardon qui lui a été accordé par Jésus. Après avoir touché le fond de la tristesse, de la lâcheté, de la honte et de la culpabilité, Simon Pierre s’est repenti et a pleuré amèrement. Dans ses larmes et à travers elles, Jésus a touché le cœur de Simon Pierre, l’a soulevé, guéri et pardonné.
Jésus avait expliqué à une autre occasion, en parlant de la femme pécheresse : « Tu vois cette femme ? Je suis entré dans ta maison, et tu ne m’as pas versé de l’eau sur les pieds ; elle, elle les a mouillés de ses larmes et essuyés avec ses cheveux. Tu ne m’as pas embrassé ; elle, depuis qu’elle est entrée, n’a pas cessé d’embrasser mes pieds. Tu n’as pas fait d’onction sur ma tête ; elle, elle a répandu du parfum sur mes pieds. Voilà pourquoi je te le dis : ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, puisqu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour. » (Lc 7, 44-47). Dans sa première lettre, saint Pierre apôtre dit : « Avant tout, ayez entre vous une charité intense, car la charité couvre une multitude de péchés » 1P4, 8)
Jésus a choisi Pierre exactement parce qu’après être tombé, ce dernier a beaucoup aimé. Et en effet, il donnera la vie pour le Christ. Celui qui est tombé plus bas, mais qui a été relevé et remis débout par l’Amour, sait la profondeur du Cœur de Dieu. Seul celui qui se sait fragile et faible, mais aimé de Dieu est capable d’aimer et guider les autres. L’amour pour Jésus naît du fait de reconnaître la grande distance qu’il y a entre notre propre péché et l’infinie dimension de la miséricorde de Dieu. Plus le péché pardonné est grand, plus démesuré est l’amour qui peut en naître. Je pense au pardon vécu en vérité au sein d’une famille, entre conjoints, au sein d’une communauté : lorsqu’après une grande blessure, le pardon est demandé, donné et vécu en vérité, l’amour et les liens sont plus forts qu’auparavant. Nous avons beaucoup de témoignages dans ce sens.
Trois fois, Simon Pierre a renié le Seigneur, mais il l’a regretté, a pleuré amèrement et a aimé profondément ensuite. Non, il ne suffit pas d’avoir beaucoup péché : il faut ensuite beaucoup aimer, convertissant notre péché et notre chute en amour, transformant les plaies en faisceaux qui font entrer et irradier la lumière du Seigneur.
Saint Paul, l’apôtre des nations, célébré aussi aujourd’hui, a vécu le même passage : du persécuteur acharné des chrétiens, il est devenu un apôtre passionné du Christ. Après avoir été pardonné de toute la persécution faite à l’Eglise, il a tellement aimé le Christ au point de tout donner pour la croissance et l’annonce de l’Evangile aux païens, jusqu’au don de sa vie. Il nous rappelle que là où le péché est abondant, la miséricorde surabonde.
Rendons grâce à Dieu qui nous donne de fêter dans une unique célébration saint Pierre et saint Paul, les deux colonnes de l’Eglise. L’un et l’autre, avec leurs différences et chacun selon sa sensibilité et son caractère, ont rendu un grand témoignage au Christ. Telle est la fantaisie du saint Esprit qui est capable de faire travailler des personnalités aussi différentes autour du même projet de Dieu. Saint Pierre et saint Paul sont tellement différents, ils ont eu des discussions parfois tendues, de profonds désaccords, mais l’un et l’autre ont donné leur vie pour le Christ et l’Eglise. Saint Pierre symbolise l’intégrité de la Foi, l’autorité et l’unité de l’Eglise. Saint Paul symbolise le charisme et le zèle missionnaire indispensable pour annoncer le Christ à toutes les nations pour la croissance de l’Eglise.
Et toi, mon frère, ma sœur, es-tu préparé pour le casting de Jésus ? Questionnés sur la foi et l’amour, saints Pierre et Paul ont répondu par le témoignage de leur vie. Aujourd’hui, dans son casting, Jésus de pose les mêmes questions : « Pour toi qui suis-je ? », « M’aimes-tu ? ». Quelle est ta réponse ? Que le saint Esprit nous aide à répondre à ces deux questions qui vont nous accompagner pendant cette période estivale. Amen.

Homélie du Père Joseph, fête de Saint Pierre et Saint Paul, année C2025-06-27T09:15:33+02:00

Homélie du Père Joseph, fête du Saint Sacrement, année C

Mes chers frères et sœurs !
Dans la première lecture, saint Paul s’adresse aux fidèles de Corinthe en ces termes : « J’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l’ai transmis : la nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. ». C’est ce qu’on appelle la Tradition dans l’Eglise. Ce concept de « tradition » a parfois une connotation négative, surtout actuellement, au temps du walkisme et de la « cancel culture », où l’on veut effacer l’histoire et les traditions passées. Au niveau ecclésial, c’est à cause de certaines dérives et polémiques, en particulier dans notre pays. C’est le poids de l’histoire et son héritage. Ca dépend du camp où l’on est, mais être traité de « tradi » n’est pas toujours un compliment en France. C’est même une injure dans certains milieux, mais un très grand compliment d’autres. Tout dépend de sa sensibilité liturgique ou pastorale.
Nous avons pourtant besoin de nos traditions, de ces choses qui se transmettent de génération en génération au sein d’une famille, d’une société et d’une nation. Elles constituent l’âme d’une famille, d’une nation, d’une société. Une famille qui a complétement perdu ses traditions, a perdu en quelque sorte son âme et ses racines, et se condamne petit à petit à disparaitre. Le Kérygme, le Symbole des Apôtres, par exemple, sont une tradition que nous n’inventons pas et que nous ne pouvons changer. Ils nous ont été donnés depuis plus de 2000 ans et constituent le trésor de foi qui fait l’Eglise. Modifier le credo signifie pratiquement modifier ce qui fait l’âme de l’Eglise depuis sa naissance. Certaines revendications de changements et de modernité m’inquiètent parfois parce qu’elles risquent de changer ce qui est l’âme même de l’Eglise. Evidemment que l’Eglise doit évoluer avec son temps, se moderniser, se réformer, et elle ne cesse de le faire depuis sa naissance, et c’est même une nécessité que l’Eglise s’adapte aux époques et à la culture… mais elle doit absolument garder la Tradition qui fait son essence et sa substance.
La Tradition est le contenu de notre foi transmis fidèlement. Il s’agit du trésor de foi que nous avons reçu et que nous sommes chargés de transmettre. L’eucharistie fait partie de ces trésors reçus et transmis fidèlement, comme le rappelle saint Paul aux Corinthiens dans la première lecture. Il est évident que les messes célébrées aux premiers siècles dans les maisons ou les catacombes étaient différentes sous beaucoup d’aspects, de celles célébrées dans la basilique saint Pierre. Les messes en Afrique, dans la diversité de ses cultures ne sont pas les mêmes que celles célébrées ici, celles du Pays basque sont différentes de celles de Tournefeuille ou du Comminges, celle du MEET ou au Phare est différente de celle dans une petite église baroque dans un village perdu.
Dans toutes ces messes pourtant, quelles que soient la culture et l’époque, il y a une structure commune avec les différentes parties : accueil, liturgie de la parole, liturgie eucharistique et envoi. Elles ont aussi la même matière : le pain de blé (non pas le pain sans gluten) non fermenté, du vin de raisin (pas de whisky ni du jus de pomme ou autre boisson…), avec les mêmes gestes et les mêmes paroles de la consécration que même le pape Léon XIV ne peut pas inventer ni modifier, sans courir le risque d’altérer ou de rendre la messe invalide. La structure, la matière, les paroles et les gestes viennent de Jésus lui-même lors de la Dernière Cène. Quand le prêtre et l’assemblée respectent cette Tradition, dans sa matière et sa forme, le pain et le vin deviennent réellement, sacramentalement mais mystérieusement le corps et le sang du Christ. Nous l’appelons alors le Saint Sacrement ou la présence réelle de Jésus dans l’eucharistie. C’est le concept théologique de la transsubstantiation.
Ce n’est pas nous, notre foi ou absence de foi qui faisons que le pain et le vin consacrés deviennent corps et sang du Christ. Ils les sont réellement, indépendamment de nous. L’enseignement de l’Eglise rappelle que recevoir l’eucharistie sans y croire est sacrilège alors que celui qui communie avec foi et dévotion reçoit le gage de la vie éternelle. Jésus dit à ce propos, « ma chair est la vraie nourriture, mon sang la vraie boisson et celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui et je le ressusciterai au dernier jour ».
L’évangile donné pour la fête du Saint sacrement est la multiplication des pains et des poissions. Ce récit laisse entrevoir en filigrane la célébration eucharistique probablement telle que célébrée au sein de la communauté à laquelle appartenait saint Luc. Rappelons que le plus grand des miracles n’est pas tant d’avoir donné à manger à tout ce monde, mais plutôt celui qui s’accomplit aujourd’hui, pour nous, à travers cette présence réelle de Jésus qui se donne à nous en nourriture dans le pain et le vin consacrés. Il comble la faim et soif profondes de nos âmes, nous appelant à devenir à notre tour, pain rompu et donné pour les autres.
La fête du très Saint Sacrement nous appelle à prendre conscience du miracle extraordinaire qui a lieu au cours de chaque messe, même quand elle nous semble bâclée dans les détails… Dans chaque messe, Jésus prend le risque de se donner en se faisant corps livré et sang versé. Au-delà du prêtre et de l’assemblée, le Christ est là, par amour pour nous. D’où l’importante de bien préparer et célébrer les messes qui sont le moyen par lequel Jésus se donne comme la vraie nourriture et la vraie boisson pour la vie éternelle.
Jésus, présent dans l’eucharistie, nous t’adorons, nous te bénissons et te rendons grâce pour ton immense Amour. Donne-nous d’être affamés et assoiffés de ton corps et de ton sang. Amen.

Homélie du Père Joseph, fête du Saint Sacrement, année C2025-06-20T16:40:06+02:00
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