Mes chers frères et sœurs !

Depuis quelques dimanches, nous avons été nourris par le chapitre 6 de l’évangile selon saint Jean, dans lequel Jésus nous livre son grand enseignement eucharistique sur le pain vivant descendu du ciel. Ce chapitre commence par le grand récit du miracle de la multiplication des pains. Il y a une grande pause dans cet enseignement avec la fête de l’assomption qui tombais un dimanche cette année.  Aujourd’hui, Jésus nous rappelle la radicalité de la foi car il nous demande de prendre position pour ou contre lui, décider de rester avec lui ou de partir comme les disciples dans l’évangile de ce dimanche.

Face à la gratuité du don infini de Dieu présent dans le Pain de Vie qu’est Jésus en personne, nous ne pouvons pas rester passifs et ne pas prendre position, se décider de l’accueillir par la foi ou alors ne pas donner son adhésion et s’en aller. Nous pouvons faire des discours sur Jésus, faire de thèses de théologie dans ses différentes disciplines, dogmatique, spirituelle, morale, pratique… sans réellement être disciple de Jésus…Un chrétien est celui qui a décidé et décide chaque jour de renouveler son oui à Jésus, de Le choisir chaque matin dans l’obéissance de la foi malgré les péripéties éprouvantes de notre existence, de Le suivre même quand nous avons du mal à certains de ses exigences et propos qui sont très durs et difficiles dans les Evangiles, dans la Doctrine disciplinaire ou même dans la vie de l’Eglise.

La foi est cette ouverture, cette décision inconditionnelle, à première vue irrationnelle, mais libre pour le Seigneur. Il n’est pas rationnellement possible de concevoir qu’un bout de pain, (que les petits-enfants non-catéchisés peuvent abusivement comparer à une chips, je parle ici de la sainte hostie), puisse contenir le Fils de Dieu, Verbe Incarné, Vrai Dieu et vrai homme, qui a fait des miracles, qui est mort et ressuscité à Jérusalem. Il est difficile d’accepter une telle proposition contraire au bon sens de la raison humaine ! Ceci ne peut être possible que dans et par la Foi, si nous ouvrons notre cœur librement et spontanément au don que Jésus fait de lui-même, si nous ouvrons notre cœur et levons les yeux de notre cœur à ce mystère extraordinaire qui s’opère dans chaque eucharistie célébrée.

Cependant, la foi ne s’oppose pas à la raison humaine… D’ailleurs la foi chrétienne est même très rationnelle. C’est la science la plus étudié de l’histoire de l’humanité. Je me rappelle mon premier cours d’introduction à la théologie avec l’affirmation « Fides quaerens intellectum » soulignant que la foi précède la raison comme vertu théologale, mais qu’ensuite notre foi cherche et interroge la raison humaine pour être comprise et en rendre compte. La foi n’est pas une attitude passive, non critique et soumise, mais notre foi a besoin d’être nourrie et affermie par la raison. Sinon, à quoi servent toutes les études de théologie, la catéchèse…. N’oublions cependant pas que toute étude, tout discours théologique doit se faire à genou devant ce Mystère du Totalement-Autre et infiniment grand qu’est notre Dieu !

Soulignons cependant que la foi est toujours un acte de courage, une aventure décisionnelle parce qu’elle comporte dans tous les cas un saut qualitatif comme celui d’Abraham, de Marie, de Simon Pierre dans l’évangile d’aujourd’hui. Oui, se livrer totalement, faire confiance à Dieu peut être comparé à un saut dans le vide, mais en même temps, c’est à travers ce saut dans le vide, cette confiance dans les bras du Seigneur que nous faisons l’expérience de la certitude de son Amour. C’est un cercle vertueux paradoxal ! Comme on ne peut réaliser et bénéficierpleinement des bienfaits d’une piscine pendant la chaleur estivale qu’en décidant de s’y jeter, de même, on ne pourra réaliser et bénéficier de l’Amour Infini que si on fait ce saut dans les bras de Dieu par la décision de la foi. En lui ouvrant notre cœur, Dieu se révèle à nous de manière progressive, simple, et parfois même foudroyante !

Le saut de la foi et de la confiance, voilà ce qui manque aux disciples qui abandonnent Jésus dans l’évangile de ce dimanche. Ils L’abandonnent après avoir entendu de sa bouche un discours trop dur qui irrite ces bons juifs qui condamnent l’anthropophagie ou le cannibalisme : « Ma chair est la vraie nourriture et mon sang est la vraie boisson… Si vous ne mangez pas ma chair et ne buvez pas mon sang, vous n’aurez pas la vie en vous… ! »  Une des raisons de la persécutions des chrétiens des premiers siècles, c’est qu’on les accusait d’être de cannibales parce qu’ils disaient manger la chair de Jésus et boire son sang lors de leurs célébrations eucharistiques dans les maisons et la catacombe ! Ce difficile discours sur le pain de vie se conclut donc par une fracture. Beaucoup n’y croient pas et s’en vont. « À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner.  Alors Jésus dit aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? »

Encore une fois, nous nous appuyons sur la Profession de Foi de Pierre, comme à Césarée de Philippe quand Pierre professe la foi au nom de tous les autres apôtres que Jésus est le Christ. Il est comme le porte-parole des Douze. Pierre répondit à Jésus « Seigneur, à qui irions-nous ?  Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu. » En professant sa foi, Pierre se sauve lui-même et sauve les autres qui ont choisi de rester avec Jésus, et il sauve aussi le choix de l’Eglise, de tous les disciples de Jésus. Un chrétien est celui qui a l’humilité de reconnaitre qu’il est capable de trahir le Seigneur, qu’il le trahit souvent en abandonnant de vivre des nourritures et moyens de salut qui nous sont donnés dans et par l’Eglise pour rester uni à Jésus. Car si nous ne sommes pas unis au Christ, sans manger son Corps et boire son sang à travers les sacrements et l’eucharistie, nous risquons de dépérir et de mourir à petit feu.

L’amour de Dieu, comme tout vrai amour ne s’impose pas. Il se donne, se reçoit et se construit progressivement comme le jardinage. Jésus nous a offert sa vie dans le baptême et il continue à nous nourrir aujourd’hui encore à travers l’eucharistie. C’est dramatique que beaucoup de baptisés soient privés ou se privent eux-mêmes de l’eucharistie. Il est important de se nourrir en grignotant par la prière, faire oraison, lire la Bible, réciter le chapelet, comme on fait dans une journée. Cependant, nous ne pouvons pas nous contenter de ça : cela devrait nous conduire au repas eucharistique sans lequel nous risquons de dépérir.

Dans l’eucharistie, c’est-à-dire la messe, nous avons la présence même de Jésus, nous y trouvons toutes les vitamines nécessaires pour vivre, la force, la conversion, la sanctification, l’amour, la joie. Pensons à ces hommes et femmes qui témoignent de la force extraordinaire de l’eucharistie, comme Mgr Nguyen Van Thuan qui pendant 13 ans de détention communiste au Vietnam a  trouvé sa force en célébrant l’eucharistie avec un bout de pain et une goutte de vin, comme la  sœur  Elvire, la Mère des Drogués et toxicodépendants, fondatrice de la Communauté du Cenacolo, qui a sauvé et sauve encore aujourd’hui tant de jeunes perdus  dans la drogue en mettant l’eucharistie au centre de leur vie, ou saint Jean-Paul II qui a puisé sa force et construit toute sa vie sur l’eucharistie.

Ces disciples qui abandonnent Jésus sont ceux qui, aujourd’hui encore, malheureusement, s’éloignent de lui Christ à cause des péchés et de la fragilité de l’Eglise pécheresse dans ses prêtres et fidèles laïcs, dans certaines de ses positions morales ou doctrinales ! Aucune raison néanmoins ne devrait nous couper de la grâce extraordinaire que Jésus nous donne dans l’eucharistie, source et sommet de la vie chrétienne. Seigneur Jésus, toi qui t’offre à nous dans l’eucharistie, donne-nous la grâce de ne jamais nous couper de toi, la Vigne dont nous sommes les sarments, car sans toi, nous risquons sûrement nous dessécher en nous privant de ton Corps et de son Sang qui sont la vraie nourriture et la vraie boisson qui nous donnent la vraie vie qui ne finit pas. Amen