Chers frères et sœur, nous pourrions intituler l’Évangile que nous venons de proclamer à l’instant l’Évangile de la responsabilité, l’Évangile de notre responsabilisation, car dans cet Évangile le Seigneur parle à chacun de nous comme à un pasteur.
D’ailleurs, par une parabole qui précède immédiatement les paroles que nous avons entendues, le Seigneur commence en disant Qui d’entre vous s’il a 100 brebis et qu’une seule se perde, ne laisse pas les 99 autres pour aller chercher celle qui est perdue ?
Le Seigneur nous parle comme à des pasteurs, il sollicite notre coeur de pasteur. Alors que nous, nous avons tendance à nous voir comme des brebis. Et c’est juste, nous sommes des brebis, le Seigneur est au milieu de nous comme l’unique Pasteur, comme dans l’Ancienne Alliance, c’est toujours vrai.
Mais en même temps il s’est passé quelque chose, le Seigneur est venu vraiment vivre au milieu de nous, il est devenu nous et nous sommes devenus lui, nous devenons lui. Et il fait de nous véritablement des pasteurs comme lui – nous sommes des brebis et nous sommes des pasteurs à la fois.
Et nous le voyons donc dans l’Évangile que nous venons de proclamer, où le Seigneur nous demande vraiment d’assumer pleinement ce rôle de pasteur.
Le Seigneur dit Si ton frère a commis un péché contre toi…, contre toi dans le sens contre toi en tant que membre de la communauté. C’est-à-dire s’il a fait quelque chose qui te scandalise et met en péril ta foi et celle possiblement d’autres personnes.
Toi, vas vers lui seul à seul – c’est à toi d’y aller, il ne te dit pas d’aller chercher un responsable ou un autre, le curé de la paroisse pour aller lui parler – non toi seul. Et tu lui ouvres ton cœur. C’est ton cœur qui doit parler, dans la vérité, c’est de la fraternité, ce n’est pas de la coercition. Et puis s’il ne t’écoute pas il en écoutera peut-être un autre ou toute la communauté.
Ce n’est pas important de voir le détail de ce que dit le Seigneur, il ne s’agit pas tant pour lui de nous donner un processus à suivre, que de nous faire comprendre que chacun d’entre nous est vraiment pasteur, est vraiment responsable dans l’Église et devant l’Église…
Vous vous souvenez qu’il y a quelques temps, deux semaines dans la liturgie du dimanche, le Seigneur a dit à Pierre Tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans le ciel, tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans le ciel – et aujourd’hui il nous le dit à nous, il le dit à chacun d’entre nous.
C’est une expression qui au temps de Jésus regarde les rabbins uniquement, les maîtres de la loi, ils lient et ils délient, c’est-à-dire qu’ils interprètent la Loi et la mettent en application – ils ont cette autorité. Et aujourd’hui le Seigneur le dit pour chacun d’entre nous, il nous appartient à chacun de connaitre l’Écriture, de l’interpréter et de la mettre en pratique.
C’est donc bien l’Évangile de la responsabilité, de notre responsabilisation – et il l’est jusqu’au bout, jusqu’à la dernière parole de notre Seigneur.
Le Seigneur dit que si deux ou trois sont réunis en son nom, il est là au milieu d’eux. Il n’est pas en train de dire Réjouissez-vous car je suis au milieu de vous – oui vous pouvez vous réjouir, mais ce n’est pas là la question, ou pas seulement.
Il est en train de dire Je suis là au milieu de vous, ce que vous faites, vous le faites en mon nom donc je suis impliqué dans ce que vous faites. Nous sommes portés par ce que lui fait, oui, mais nous aussi nous le portons là où nous allons, nous l’entraînons dans ce que nous faisons. Alors responsabilisons-nous…
Et le Seigneur dit Tout ce que vous demanderez en mon nom cela vous sera donné d’auprès du Père. Souvent on dit Attention, il faut demander ce qu’on veut mais le Seigneur nous le donnera du moment que lui veut nous le donner… C’est vrai – mais ça c’est l’Ancien Testament, c’est l’Ancienne Alliance, qui n’est pas abolie – on demande et le Seigneur nous donne ce qu’il veut nous donner…
Mais là c’est autre chose, il s’est passé quelque chose depuis, le Seigneur est lié avec nous étroitement, nous sommes liés comme l’époux et l’épouse qui portent le même nom, qui utilisent la même carte de crédit, tout ce que fait l’un dans cette union entraine l’autre et réciproquement. Quand nous nous réunissons dans son nom il va nous donner des grâces, mais nous sommes responsables de ce que nous en faisons.
Je prends un exemple… qu’ont fait les Lefèbvristes récemment ? vous avez vu qu’au début de l’été ils ont ordonné quatre évêques. Ce qu’ils ont fait est scandaleux, est malhonnête, est insensé aussi et cela blesse la communion. Ce qu’ils font bien entendu ne peut pas plaire à Dieu, mais ces quatre évêques ont réellement été ordonnés, leur ordination est valide – même si l’acte lui-même est illicite – chacun d’eux est véritablement évêque du point de vue du sacrement, ils ont reçu la grâce du sacrement de l’ordination épiscopale qui ne peut venir que de Dieu…
C’est un exemple frappant, un peu extrême, de ce que le Seigneur dit, tout ce que vous demanderez en étant réunis deux ou trois vous l’obtiendrez du Père qui est aux cieux – donc c’est merveilleux, oui, mais aussi responsabilisez-vous !
Je ne le dis pas pour décourager ou effrayer, si nous avons une responsabilité aussi extraordinaire c’est avant tout parce que nous avons une liberté extraordinaire.
En cette rentrée, si vous vous mettez deux ou trois dans le nom du Seigneur, vous pouvez faire énormément de choses, des choses entièrement nouvelles que personne avant vous n’a jamais imaginé de faire et le Seigneur sera avec vous et vous donnera les grâces qu’il s’est engagé à donner !
Et c’est encore mieux si vous êtes en communion avec l’Église et honnêtes – tout est à vous, mais vous êtes du Christ et le Christ est de Dieu.