Frères et sœurs, à propos de l’Assomption, une question revient souvent : « Où cela est-il écrit dans la Bible ? » Où est-il raconté que Marie, au terme de sa vie, fut élevée corps et âme dans la gloire de Dieu ?
Soyons clairs : aucun texte biblique ne raconte directement la fin de la vie terrestre de Marie. Mais l’absence d’un récit explicite ne signifie pas l’absence de fondement dans la Révélation. Le mot « Trinité » n’apparaît pas davantage dans la Bible ; pourtant toute l’Écriture nous révèle le Père, le Fils et l’Esprit Saint.
La foi chrétienne ne repose pas sur des versets isolés, mais sur la Parole de Dieu reçue et transmise dans l’Église. L’Écriture contient la semence ; la Tradition la garde vivante ; le Magistère en protège le fruit.
Demandons-nous donc : que croyons-nous ? Pourquoi le croyons-nous ? Et qu’est-ce que cela change pour nous ?
- Que croyons-nous ?
Le dogme défini par Pie XII en 1950 tient en une phrase : Marie, « au terme de sa vie terrestre, a été élevée corps et âme à la gloire céleste ». L’Église ne précise pas comment cela s’est produit ; la tradition orientale parle de sa Dormition, de son endormissement en Dieu.
L’Assomption n’est pas l’Ascension. Le Christ entre dans la gloire en Seigneur ; Marie est élevée par la puissance de Dieu. Elle n’est pas une déesse, mais une créature sauvée par le Christ, d’une manière unique et pleinement accomplie.
Marie est entrée dans la vie de Dieu avec toute sa personne, son âme et son corps. Ce que Dieu promet à tous ses enfants pour le dernier jour, il l’a déjà accompli en Marie. Son Assomption est une participation singulière à la Résurrection du Christ et l’anticipation de notre propre résurrection.
- Pourquoi le croyons-nous ?
Il n’existe pas un verset disant : « Marie fut élevée au ciel. » Mais les lectures de cette fête forment un faisceau de lumière.
Saint Paul proclame que le Christ ressuscité détruira le dernier ennemi : la mort. L’Assomption est donc d’abord la victoire du Christ en Marie.
L’Apocalypse montre l’Arche de l’Alliance dans le sanctuaire de Dieu, puis une femme revêtue du soleil. Cette femme représente le peuple de Dieu et l’Église ; mais l’Église reconnaît aussi en elle Marie, Mère du Messie et image de l’humanité sauvée.
L’Évangile nous présente enfin celle qu’Élisabeth appelle « la Mère de mon Seigneur ». Marie est la nouvelle Arche : elle a porté dans son corps le Verbe fait chair. Unie au Christ jusqu’à la Croix, elle partage désormais sa gloire.
Bien avant 1950, les chrétiens d’Orient et d’Occident célébraient la Dormition et l’Assomption. L’Église n’a donc pas inventé une croyance nouvelle ; elle a formulé une foi portée depuis des siècles dans sa prière et sa liturgie. L’Écriture nous donne les notes ; la Tradition vivante nous fait entendre la symphonie.
- Qu’est-ce que l’Assomption change pour nous ?
D’abord, elle change notre regard sur la mort. À Ostie, sainte Monique, sentant sa fin approcher, disait à ses fils inquiets du lieu de sa sépulture : « Rien n’est loin pour Dieu ; il saura bien où me retrouver pour me ressusciter. »
Pour Dieu, aucun corps n’est perdu. Nos défunts ne sont pas tombés dans le néant. Le tombeau est fermé pour nos yeux, mais il demeure ouvert du côté de Dieu.
L’Assomption change aussi notre regard sur le corps. Proclamé en 1950, après une guerre qui avait détruit des millions de corps, ce dogme rappelle aujourd’hui encore que notre corps n’est ni un objet ni un emballage provisoire : il fait partie de la personne que Dieu aime et veut sauver.
Enfin, elle nous apprend à vivre sur la terre avec l’espérance du ciel. Menacé de mort, le bienheureux Christian de Chergé pardonnait déjà à son futur assassin, qu’il appelait « l’ami de la dernière minute » : « Qu’il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis. »
Lorsque le ciel devient une certitude, même l’ennemi peut redevenir un frère.
Marie vit les yeux tournés vers Dieu, mais les pieds sur les chemins des hommes : à peine a-t-elle accueilli Jésus qu’elle part servir Élisabeth. Elle n’est pas élevée au ciel pour nous faire oublier la terre, mais pour nous apprendre à y vivre selon le ciel.
Frères et sœurs, l’Assomption nous laisse trois certitudes : notre vie a une destination ; notre corps a une dignité ; notre mort n’est pas une disparition.
Marie est déjà arrivée là où nous sommes appelés à parvenir. Elle est, selon Vatican II, un « signe d’espérance assurée et de consolation ». La mort n’est pas un mur où notre vie se brise ; elle est une porte que le Christ ressuscité a ouverte sur la maison du Père.
Marie, femme revêtue du soleil, garde en nous la lumière de l’espérance. Apprends-nous à croire que ce que Dieu a commencé en toi, il veut aussi l’accomplir en nous. Et avec toi, chantons : « Le Puissant fit pour moi des merveilles ; saint est son nom ! » Amen.