Frères et sœurs,Nous connaissons les noms de beaucoup de célébrités. Mais nous ignorons les noms de beaucoup de saints. Pourtant, ce sont souvent eux qui, discrètement, ont rendu notre monde plus humain : une mère dont la foi nous a portés, un père dont la droiture nous a construits, une personne dont la bonté nous a réconciliés avec la vie.
Aujourd’hui, l’Église célèbre tous les saints : ceux du calendrier et ceux dont Dieu seul connaît la sainteté, tous ceux qui partagent désormais sa gloire. Demain, nous prierons pour tous les fidèles défunts. Aujourd’hui, nous nous réjouissons de cette multitude arrivée auprès du Père, qui prie pour nous et nous encourage.
Chaque année, la Toussaint vient réveiller notre vocation : nous aussi, nous sommes appelés à devenir saints.
Trois mots peuvent guider notre marche : regarder, aimer, espérer.
Regarder : fixer les yeux sur Dieu.
Les saints ont été des hommes et des femmes comme nous. Pierre a renié Jésus. Augustin a longtemps cherché son bonheur loin de Dieu. François d’Assise rêvait de prestige et de gloire.
Leur histoire nous rappelle que Dieu peut transformer une existence. Ils lui ont ouvert leur cœur et ont appris à revenir vers lui.
Saint Jean nous révèle la source de cette transformation : « Voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu — et nous le sommes. »
La sainteté commence par cet émerveillement : je suis aimé de Dieu ! Son amour me précède. Sa grâce me relève. Même lorsque je tombe, je peux revenir à lui.
Regarder Dieu, c’est lui donner une place réelle : quelques minutes de prière, une page d’Évangile, l’Eucharistie reçue avec foi, le pardon demandé dans la confession. Ce que nous contemplons finit par façonner notre cœur.
À force de regarder uniquement ce qui nous manque, nous devenons amers. En accueillant l’amour de Dieu, nous apprenons à reconnaître ce qui nous est donné et ce que nous pouvons offrir.
Aimer : mettre les Béatitudes dans nos gestes.
Dans l’Évangile, Jésus répète : « Heureux ! » Il nous propose un bonheur qui demeure au milieu même des épreuves : celui d’une vie unie à Dieu et offerte aux autres.
Les Béatitudes sont son portrait. Jésus est doux, miséricordieux, pur de cœur, artisan de paix. Devenir saint, c’est le laisser nous rendre semblables à lui.
François d’Assise en a fait l’expérience. La vue des lépreux lui était insupportable. Mais Dieu l’a conduit parmi eux, et François s’est mis à les servir. Dans son Testament, il raconte que ce qui lui paraissait amer s’est changé en douceur. En s’approchant de ceux qu’il fuyait, il a découvert une joie qu’il ne connaissait pas.
Nous aussi, nous avons peut-être quelqu’un que nous évitons, une souffrance que nous préférons ne pas voir. Et si Dieu nous attendait précisément là ?
Vivre les Béatitudes aujourd’hui, c’est très concret.
Être doux, c’est pouvoir répondre durement et choisir une parole qui respecte. Avoir faim de justice, c’est refuser une humiliation, même lorsque tout le monde se tait. Être artisan de paix, c’est interrompre une médisance, refuser de relayer la haine sur les réseaux sociaux, oser commencer une réconciliation.
Martin Luther King, qui combattait la ségrégation raciale, insistait sur cette exigence : lutter contre l’injustice tout en refusant de haïr ceux qui la commettent. L’amour de l’ennemi exige une force intérieure immense ; il cherche sa conversion sans renoncer à la justice.
Et lorsque Jésus proclame heureux ceux qui pleurent, il ne glorifie pas leur souffrance. Il leur promet la consolation de Dieu et nous invite à nous tenir auprès d’eux. Une visite, une écoute patiente, une présence fidèle peuvent donner chair à cette promesse.
Espérer : vivre aujourd’hui à la lumière de l’éternité.
L’Apocalypse nous montre une foule immense, de toutes nations. Les cent quarante-quatre mille expriment symboliquement la plénitude du peuple de Dieu : le ciel n’est pas réservé à un petit cercle.
Ces saints ont traversé la grande épreuve. Leurs vêtements sont blanchis dans le sang de l’Agneau : ils ont été sauvés par l’amour du Christ livré pour eux.
Nos combats ne nous excluent donc pas du chemin. Nous pouvons les traverser avec lui.
Une belle formule attribuée à Raoul Follereau le résume : « La sainteté, c’est la grâce de faire les plus humbles choses sous le signe de l’éternité. »
Préparer un repas avec amour, accompagner un conjoint malade, travailler honnêtement, prendre des nouvelles d’une personne seule : ces gestes peuvent sembler petits. Ils prennent une profondeur éternelle lorsqu’ils accueillent l’amour de Dieu.
Frères et sœurs, le psaume nous parle de mains innocentes et d’un cœur pur. Voilà notre programme : le regard vers Dieu, les mains vers nos frères, le cœur tourné vers l’éternité.
Cette semaine, choisissons une Béatitude et donnons-lui un visage : celui d’une personne à aimer davantage.
Seigneur, avec tous les saints, apprends-nous à regarder comme toi, à aimer avec toi et à espérer en toi. Fais grandir ta sainteté dans l’ordinaire de nos vies.Amen.