Frères et sœurs,Il y a des chaises qui restent vides, des voix que nous aimerions entendre encore, des numéros de téléphone que nous n’arrivons pas à effacer… Aujourd’hui, l’Église accueille tout cela : nos souvenirs, notre reconnaissance, nos larmes, et parfois nos regrets.
Hier, à la Toussaint, nous avons célébré ceux qui vivent dans la lumière de Dieu. Aujourd’hui, nous prions pour les défunts qui ont encore besoin d’être purifiés pour entrer dans cette plénitude. C’est une même famille qui espère, qui prie et qui aime.
L’Évangile nous donne trois mots pour éclairer cette journée : accueillir, purifier, ressusciter.
Accueillir : nos défunts sont confiés à Quelqu’un.
Jésus nous dit : « Celui qui vient à moi, je ne vais pas le jeter dehors. » Quelle parole pour nos cœurs éprouvés ! Devant la mort, nous rencontrons une limite infranchissable. Jésus, lui, nous ouvre ses bras. Il est venu accomplir la volonté du Père : sauver ceux qui lui sont confiés.
Nous connaissons les qualités de nos défunts, mais aussi parfois leurs fragilités, leurs contradictions, leurs blessures. Nous pouvons les remettre à Celui qui connaît toute leur histoire et les aime dans la vérité.
La foi ne nous demande pas de retenir nos larmes. Jésus lui-même a pleuré devant le tombeau de son ami Lazare. Pleurer n’est pas manquer de foi : c’est souffrir d’une absence tout en s’appuyant sur une promesse.
Purifier : notre amour peut encore devenir prière.
Pourquoi prier pour les morts ? Parce que notre communion dans le Christ demeure au-delà de la mort. L’Église comprend ceux qui marchent sur terre, ceux qui sont purifiés et ceux qui contemplent Dieu. Tous sont unis au même Seigneur. Voilà la communion des saints : une solidarité d’amour que la mort ne détruit pas.
Ceux qui meurent dans l’amitié de Dieu peuvent avoir encore besoin d’une purification. Le purgatoire est cette purification ultime de personnes déjà assurées du salut : Dieu achève de les rendre capables de recevoir pleinement sa lumière.
Notre prière les accompagne. Tout particulièrement, nous offrons pour eux l’Eucharistie, en les confiant à l’amour du Christ mort et ressuscité. Nous pouvons aussi offrir une œuvre de charité en leur faveur.
Pensons à quelqu’un qui revient du cimetière et retrouve la solitude de sa maison. Il peut encore prononcer un prénom devant Dieu, faire célébrer une messe, aider une personne pauvre en mémoire de l’être aimé. Son amour trouve ainsi une nouvelle manière de se donner.Nous ne pouvons plus leur tenir la main ; nous pouvons toujours les confier aux mains du Père.
Ressusciter : l’espérance nous apprend à vivre aujourd’hui.
Jésus promet : « Je le ressusciterai au dernier jour. » Notre espérance va jusque-là : la résurrection, la vie de toute notre personne auprès de Dieu.
Et cette espérance nous interpelle : pourquoi attendre demain pour aimer ? Pourquoi remettre une réconciliation, une visite, un merci ?
Honorer nos défunts, c’est aussi laisser porter du fruit au bien qu’ils ont semé. C’est prendre soin des vivants qui souffrent de leur absence. C’est élargir notre prière aux morts oubliés, à ceux dont personne ne prononce plus le nom.
Frères et sœurs, aujourd’hui, déposons sur l’autel nos visages aimés et nos histoires inachevées.
Seigneur Jésus, accueille nos défunts, purifie-les dans ton amour et conduis-les à la joie de ta présence. Console ceux qui pleurent. Et apprends-nous à vivre dès aujourd’hui cet amour qui prépare l’éternité. Amen.