À propos de Justin Bertho

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Homélie du Père Justin du XXIX° dimanche du Temps Ordinaire, année B (2024)

Chers frères et sœurs, nous critiquons beaucoup les disciples, ces dernières semaines particulièrement, dans l’Évangile, nous voyons les défauts des disciples et nous les critiquons. Et ceci est vrai aussi entre nous. Nous nous critiquons beaucoup les uns les autres, nous nous critiquons nous-mêmes, nous voyons seulement nos défauts.

Et pourtant les disciples du Christ sont très beaux, vraiment, leur parcours est très beau, aujourd’hui, hier, et réjouit le Seigneur. Bien sûr il y a des loups qui se glissent parmi les disciples mais les disciples en tant que tels sont très beaux, leurs sentiments sont beaux aussi. Et il faut sans doute commencer par le voir dans les disciples tels qu’ils apparaissent dans l’Évangile.

Certes on aperçoit leurs défauts, mais aussi la noblesse de leurs sentiments, on voit leur parcours avec ses difficultés et ses beautés. Il faut que nous voyions davantage cet ensemble quand nous parlons des disciples…

Ces dernières semaines par exemple, nous avons entendu les disciples discuter entre eux de savoir qui était le plus grand. Et nous nous précipitons à les critiquer : ils sont avec Jésus depuis un an, deux ans et ils sont encore aussi orgueilleux !

Mais les disciples sont comme des enfants, ils sont même vraiment des enfants. Qui a jamais été enfant comme les premiers disciples du Christ ont été enfants ?

Pour eux tout est nouveau, ils étaient pécheurs dans la mer de Galilée pour certains d’entre eux ou publicains et ils se retrouvent apôtres du Christ, ils vivent dans la compagnie de Dieu fait homme…

Tout est nouveau pour eux, tout est entièrement renouvelé, leur vision du monde, de Dieu, d’eux-mêmes. Ils ont soif de reconnaissance, d’être grands, de se réaliser – et ils ont peur. Ils ont tous ces sentiments à la fois, et ils manquent certainement de maturité. Mais c’est normal et c’est beau.

Et le Seigneur ne leur fait aucun reproche. Il met un enfant au milieu d’eux et leur enseigne : Vous devez vous reconnaître comme des enfants, qui ont besoin de l’aide de Dieu et les uns des autres, alors vous pourrez grandir. Et le Seigneur leur enseigne dans quelle direction grandir.

Et maintenant nous arrivons à l’Évangile d’aujourd’hui où nous risquons aussi de nous précipiter à critiquer les disciples.

Jacques et Jean s’avancent et ils demandent au Seigneur de siéger à sa droite et à sa gauche dans sa gloire. Ils disent Fais ce que nous te demandons…

Ces paroles doivent nous rappeler le dialogue entre Hérode et la fille d’Hérodiade, quand celle-ci a dansé devant le roi et celui-ci lui dit : Demande-moi tout ce que tu veux et je te le donnerai, fut-ce la moitié de mon règne.

L’expression d’Hérode, comme roi, est celle de la toute-puissance. Je suis tout-puissant donc tu peux me demander quoique ce soit, je suis tellement puissant que si je te donne la moitié de mon règne il m’en restera tellement que ça ne paraitra pas… Hérode bien entendu est présomptueux.

Mais c’est cette image que Jacques et Jean renvoient à Jésus : Tu es tout-puissant, et si tu ne nous accordes pas ce qu’on va te demander alors tu n’es pas vraiment tout-puissant.

On doit surtout se demander d’où vient cette idée de toute-puissance…

L’Évangile nous donne un indice, il appelle Jacques et Jean « les fils de Zébédée » comme pour suggérer que cette requête vient peut-être plus de leur père que d’eux-mêmes. L’Évangile de Matthieu si vous vous en souvenez est plus clair, puisque chez Matthieu c’est la mère de Jacques et de Jean qui demande la gloire pour ses fils. Et l’Évangile de Matthieu l’appelle « la mère des fils de Zébédée », la mère des fils de leur père : ils disparaissent complètement derrière leurs parents !

Je ne suis pas en train de dire qu’au lieu de critiquer les disciples, nous allons nous mettre à critiquer leurs parents. Mais savoir d’où vient la requête de gloire nous permet d’approfondir.

Pourquoi les parents sont intéressés par cette toute-puissance et par cette gloire ?

Parce qu’ils veulent éviter à leurs enfants des souffrances, celles qu’ils ont connues eux-mêmes, celles que leurs ancêtres ont connues, celles qu’ils craignent pour une raison ou pour une autre.

Là aussi nous trouvons un sentiment très noble que nous aurions tort de critiquer trop fortement, mais un sentiment qui n’est pas très bien vécu.

Comment Jésus réagit-il ?

Il interroge Jacques et Jean bien entendu et non leurs parents. Et il leur demande : La coupe que je vais boire, vous la pouvez boire ? le baptême que je vais recevoir, vous le pouvez recevoir ? Et ils disent Oui, et le Seigneur le leur confirme.

Le Seigneur a interrogé leur cœur, eux-mêmes ont interrogé leur cœur et ils ont répondu avec générosité.

Nous voyons que dans notre cœur, dans le cœur d’un fils, d’une fille, dans notre cœur à tous on ne trouve pas le refus de la souffrance.

On trouve un sentiment profond de solidarité avec toute l’humanité, qui avant tout est naturel, et on trouve l’acceptation généreuse de la peine du moment que cette peine a un sens. Et ce sens n’est jamais aussi grand que dans le Christ.

Et si on vit cette peine en solidarité avec autrui, pour sauver ou plutôt contribuer à sauver autrui, eh bien on devient un père et une mère envers autrui à notre tour. Sur un plan biologique, existentiel ou spirituel.

Le Seigneur continue son enseignement et dit que Lui il ne recherche pas la toute-puissance, ni son Père qui a « préparé » telle ou telle gloire et telle ou telle mission pour l’un ou pour l’autre. Il l’a préparée, elle n’est pas imposée, elle peut être accueillie ou ne pas être accueillie par les intéressés.

Et puis surtout il nous dit qu’elle est préparée dans le sens où du moment que nous écoutons vraiment notre cœur, nous pouvons entendre aussi la voix du Seigneur qui petit à petit nous fait connaître ce qu’il a préparé pour nous.

Et quand nous le découvrons nous ne découvrons pas des attentes d’autres personnes à qui nous répondons, mais nous découvrons des nécessités que les personnes ont et auxquelles le Seigneur nous appelle à répondre.

Ce n’est pas la même chose, souvent nous avons des attentes mais nous ne connaissons pas nos véritables nécessités, elles sont même antagonistes.

Le Seigneur nous enseigne que répondre aux attentes des autres, même s’ils sont bien intentionnés, peut suffoquer l’œuvre de la grâce en nous, suffoquer la nouveauté d’un appel personnel.

Il faut bien écouter son cœur. On peut penser à l’exemple de Marthe et de Marie qui est assez parlant. Marie est assise au pied de Jésus et elle écoute sa Parole. C’est-à-dire qu’elle écoute avant tout son cœur, elle a envie d’écouter Jésus, et ce faisant elle se dispose aussi à entendre la Parole de Dieu.

Tandis que Marthe pense être spirituelle en répondant aux attentes des autres – en tout cas ce qu’elle imagine comme étant leurs attentes, comme nous le faisons souvent – elle pense qu’être spirituel c’est s’oublier soi-même.

Le Seigneur nous enseigne à suivre le chemin de Marie…

Cependant il faut aussi parfois répondre aux attentes d’autrui, c’est un acte de charité qui est important.

Je prends l’exemple fameux de saint Paul quand il enseigne aux Corinthiens à ne pas manger la viande sacrifiée aux idoles pour ne pas choquer les membres de la communauté que manger cette viande scandalise. Donc il répond à leurs attentes et interdit de manger la viande – c’est clairement un acte de charité.

Cependant quand il fait cela en réalité, en profondeur, il est en train de répondre aux nécessités de ces personnes, puisqu’il évite de les scandaliser pour pouvoir progressivement les former à une doctrine plus saine.

 

Homélie du Père Justin du XXIX° dimanche du Temps Ordinaire, année B (2024)2024-10-31T10:14:49+01:00

Homélie du Père Justin du XXVIII° dimanche du Temps Ordinaire, année B (2024)

Chers frères et sœurs, l’Évangile que nous avons proclamé nous enseigne avant tout que recevoir la vie éternelle c’est entrer dans une relation personnelle avec le Seigneur, une relation autonome, volontaire, de personne à personne.

Cette relation est appelée à croître dans l’éternité dans une joie parfaite, dans un bonheur infini.

Et cette relation commence avec l’observance des commandements, elle commence et recommence avec cette observance. Quand nous nous sommes attiédis, quand nous nous sommes éloignés du Seigneur, nous retournons à Lui en redoublant de zèle dans l’observance de ses préceptes.

La relation avec le Seigneur ne peut commencer ni recommencer sans l’observance de ses commandements.

Cependant la relation avec Lui ne se réduit pas à cela, la relation continue et se développe quand nous le considérons comme le bien suprême, quand nous vivons nos joies et nos peines avec Lui, quand nous le suivons dans toutes ses voies jusqu’à avoir part à sa mission, quand nous avons part à toute son existence…

L’homme que nous rencontrons dans cet Évangile, qui nous est décrit comme possédant beaucoup de biens, manifestement connaît les commandements mais il ne les connaît pas encore comme relation avec le Seigneur.

Il les connaît comme relation avec ses parents, certainement, depuis son enfance, pour leur obéir ou leur plaire, et il les connaît comme relation avec les autorités religieuses.

Mais il ne les connaît pas comme base d’une relation entièrement personnelle avec Dieu, comme commencement d’une relation unique qui est entièrement à découvrir.

C’est cette découverte que le Seigneur lui faire faire avant tout.

Le don de la vie éternelle est un don gratuit que l’on accueille dans une relation filiale qui se développe dans le don de soi. C’est tout nouveau pour cet homme ! Et le Seigneur lui demande de vendre tous ses biens…

Il faut bien comprendre ce que fait le Seigneur. Il fait en sorte que cet homme voit ces biens comme ses propres biens, puisqu’il peut en disposer, les vendre et en distribuer le prix.

Jusqu’à ce moment ces biens pour lui étaient des réalités purement familiales, comme pour les commandements. Il en jouissait comme d’une part qui était la sienne au sein d’une propriété familiale.

A présent il prend conscience que ces biens sont à lui, et ce faisant il prend possession de lui-même, il prend conscience de lui-même et notamment de ses limites, de ses faiblesses.

Il entre dans la tristesse mais cette tristesse n’est pas négative. Elle n’est pas stérile.

Il est vrai que la rencontre avec le Seigneur a comme caractère la joie. Mais cette joie – nous devons nous en souvenir – est toujours précédée d’une tristesse, d’une pesanteur, d’une difficulté existentielle.

C’est le moment de la vérité. Nous prenons conscience de nous-mêmes et du monde qui nous entoure, dans notre jeunesse ou à d’autres moments de notre vie, lors de tournants de notre vie.

Nous avons alors comme cet homme la possibilité de voir et de choisir le monde avec ce qu’il nous propose et de nous étourdir avec lui, ou bien de choisir la relation personnelle avec Dieu, en partageant tous les moments de notre vie avec Lui.

Il faut bien comprendre que pour cet homme tout est possible, rien n’est encore décidé. Le Seigneur fait en sorte qu’il se possède lui-même de manière à pouvoir se donner lui-même dans la vérité.

Tout est ouvert. Peut-être vendra-t-il tous ses biens pour les donner aux pauvres, ou les conservera-t-il pour les donner en aumônes ponctuelles durant toute son existence… Il est libre, et sans cette liberté il ne pourrait pas exister de relation véritable avec notre Seigneur.

Il est libre notamment de conserver ses richesses.

Nous devons faire attention à ne pas mésinterpréter les paroles du Seigneur quand il dit qu’il est impossible pour un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu.

Le Seigneur n’est pas du tout en train de déclarer que les biens de ce monde sont mauvais et qu’il faut les mépriser pour entrer dans son Royaume.

Lui s’est fait l’un de nous, dans sa vie, sa mort et sa résurrection. Il s’est uni réellement et mystérieusement à toute la Création, à tous les biens quels qu’ils soient, d’abord comme Créateur et ensuite et surtout comme Rédempteur.

Il ne peut en aucune manière nous faire voir les biens de monde par eux-mêmes comme mauvais ou suspects.

Quand il dit qu’il est aussi difficile pour un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu que pour un chameau de passer par le chas d’une aiguille, il parle vraiment d’un riche.

Il ne parle pas de quelqu’un qui devrait se débarrasser de tous ses biens, mais de quelqu’un qui conserve tous ses biens et entre dans le Royaume de Dieu.

Il entre dans le Royaume de Dieu avec tous ses biens, c’est-à-dire qu’il entre dans une relation personnelle avec le Seigneur, à part entière, comme fils ou fille de Dieu, avec ses biens et pas sans ses biens.

Tous ses biens entrent à part entière dans cette relation et servent à la croissance du Royaume de Dieu déjà sur cette terre, tout en préfigurant mystérieusement et réellement les biens à venir.

Il ne s’agit absolument pas de se démunir pour se démunir, en aucune manière. Tout est bon, tout est saint, tout est pur. Seul notre regard, notre cœur peuvent receler de l’impureté.

Avec l’œuvre de sa Rédemption le Seigneur a entièrement transfiguré ce monde, les personnes et les biens de ce monde, et cette transfiguration passe par notre libre participation à son œuvre en union avec toute la Création.

Homélie du Père Justin du XXVIII° dimanche du Temps Ordinaire, année B (2024)2024-10-31T10:13:21+01:00
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