Frères et sœurs! Un homme disait un jour : « Lorsque j’aurai davantage, je commencerai à donner. » Un sage lui répondit : « Si tu ne sais pas donner quand tu as peu, tu ne sauras pas davantage donner lorsque tu auras beaucoup. »

Car la générosité ne commence pas dans le portefeuille. Elle commence dans le cœur. Il existe des personnes qui possèdent peu, mais dont la porte, la table et le cœur restent ouverts. Et il en existe d’autres qui possèdent beaucoup, mais qui vivent dans la peur permanente de manquer.

La générosité est donc plus qu’une disposition naturelle : elle est une grâce à demander à Dieu, une libération intérieure, la capacité de ne pas vivre replié sur soi. Les lectures de ce dimanche nous invitent à découvrir trois dimensions de cette grâce : RECEVOIR, OFFRIR et PORTER DU FRUIT.

  1. RECEVOIR : Dieu est le premier généreux

Dans la première lecture, Dieu lance une invitation bouleversante :« Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer. »

Voici la générosité de Dieu : il donne sans humilier, il accueille sans calculer, il nourrit sans demander de paiement. Dieu ne nous aime pas parce que nous sommes riches de mérites. Il nous aime parce qu’il est Père.

La création est un don. La vie est un don. Notre intelligence, nos talents, notre santé, les personnes placées sur notre route : tout est don. Et même lorsque nous nous éloignons de lui, Dieu continue de nous offrir son pardon.

Saint Paul pose cette question : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » La personne généreuse est d’abord une personne qui se sait comblée. L’ingrat pense : « Tout m’est dû. » Le croyant dit : « Tout m’est confié. »

Dans l’Évangile, Jésus lui-même traverse une épreuve : il vient d’apprendre la mort de Jean Baptiste. Il cherche un lieu désert, sans doute pour se recueillir. Mais la foule le rejoint. Jésus aurait pu dire : « Aujourd’hui, laissez-moi tranquille ; j’ai moi-même besoin de repos et de consolation. » Pourtant, « saisi de compassion », il accueille les malades et nourrit la foule.

Voilà une forme très profonde de générosité : continuer à aimer alors que notre propre cœur est blessé. La générosité chrétienne ne vient pas seulement de nos réserves humaines ; elle jaillit de la grâce de Dieu à l’œuvre dans notre fragilité.

  1. OFFRIR : la générosité donne son peu

Devant la foule affamée, les disciples proposent :« Renvoie donc la foule. »

Ils voient la faim, mais ils voudraient éloigner le problème. Jésus répond :« Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. »

Les disciples répliquent : « Nous n’avons là que cinq pains et deux poissons. » Ce petit mot, « que », révèle leur découragement. Nous aussi, nous disons : « Je n’ai que peu de temps… que peu de moyens… que peu de compétences… Que puis-je faire devant tant de misères ? »

Jésus répond : « Apportez-les-moi. »

Dieu ne nous demande pas de donner ce que nous n’avons pas. Il nous demande de ne pas garder prisonnier ce que nous avons. La générosité ne consiste pas à donner beaucoup, mais à donner avec amour ce que nous pouvons donner.

Sainte Teresa de Calcutta racontait qu’elle avait apporté du riz à une famille qui souffrait de la faim. La mère prit aussitôt la moitié du riz et sortit. À son retour, elle expliqua : « Mes voisins aussi ont faim. » Cette femme possédait presque rien, mais son cœur n’était pas pauvre. Elle avait peu de riz, mais beaucoup d’amour.

Nos cinq pains et nos deux poissons peuvent être modestes : une visite à une personne seule, quelques minutes d’écoute, un service rendu sans attendre de remerciement, une place faite à l’étranger, un pardon offert, une compétence mise au service de la communauté.

La générosité, ce n’est pas seulement donner de l’argent. C’est donner de son temps, de son attention, de sa patience, de sa présence et parfois même de son repos.

Ce que nous retenons par peur demeure peu de chose. Ce que nous remettons entre les mains du Christ peut nourrir une multitude.

  1. PORTER DU FRUIT : la générosité multiplie la vie

Jésus prend les cinq pains, prononce la bénédiction, les rompt et les donne aux disciples. Et l’Évangile précise :« Tous mangèrent et furent rassasiés. Et l’on ramassa douze paniers pleins. »

La générosité porte d’abord un fruit d’ABONDANCE. Nous donnons un peu de temps, et quelqu’un retrouve le courage. Nous offrons une parole, et une personne se relève. Nous partageons un peu de pain, et Dieu nourrit aussi l’espérance.

Elle porte ensuite un fruit de FRATERNITÉ. Au début, il y avait une foule anonyme ; à la fin, il y a des hommes, des femmes et des enfants assis ensemble autour d’un même pain. La générosité transforme une foule d’étrangers en communauté de frères.

Enfin, elle produit la JOIE. La personne généreuse découvre qu’en donnant, elle ne s’appauvrit pas intérieurement : elle devient plus libre, plus vivante, plus semblable à Dieu. Le concile Vatican II affirme : « L’homme ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé de lui-même. »

Nous nous perdons lorsque nous vivons uniquement pour nous-mêmes. Nous nous retrouvons lorsque notre vie devient un don.

Frères et sœurs, l’Eucharistie que nous célébrons est la grande école de la générosité. Jésus ne dit pas : « Ceci est une partie de moi. » Il dit : « Ceci est mon corps livré pour vous. » Il ne donne pas quelque chose : il se donne lui-même.

Demandons-lui aujourd’hui cette grâce :

La grâce de RECEVOIR avec gratitude ;
la grâce d’OFFRIR sans calcul ;
la grâce de PORTER des fruits de joie et de fraternité.

Car, au soir de notre vie, ce ne sont pas nos possessions qui témoigneront pour nous, mais les personnes que nous aurons nourries, consolées, relevées et aimées.

Ce que nous gardons pour nous finit par nous échapper ; mais ce que nous donnons par amour entre déjà dans l’éternité. Amen.