Frères et sœurs, Si je vous montre un billet froissé, garde-t-il sa valeur ? Oui ! Et s’il tombe par terre, s’il est piétiné, vaut-il moins ? Non ! Alors, pourquoi nous arrive-t-il de penser qu’une personne abîmée par la vie aurait perdu sa valeur ? Pourquoi croyons-nous parfois que nos échecs, nos péchés ou le regard des autres nous auraient enlevé notre dignité ?

L’Évangile nous ramène aujourd’hui à cette vérité : tu portes l’image de Dieu. La vie peut te blesser ; elle ne peut pas effacer l’amour dont tu es aimé.

Pour accueillir cette bonne nouvelle, retenons trois verbes, trois « R » : Reconnaître, Résister, Rendre.

D’abord : RECONNAÎTRE l’image de Dieu.

Dans l’Évangile, les adversaires de Jésus lui tendent un piège : faut-il payer l’impôt à César ? S’il répond oui, il paraît soutenir l’occupant romain. S’il répond non, on pourra le dénoncer comme rebelle.

Jésus demande une pièce. Elle porte l’image de l’empereur. Il répond :

« Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

Mais qu’est-ce qui porte l’image de Dieu ? L’être humain ! Toi, moi, chacun de nos frères ! Le pape François rappelait ce rapprochement entre l’image gravée sur la monnaie et celle du Créateur imprimée en toute personne.

La monnaie peut appartenir à César. Mais aucune personne ne peut être traitée comme une chose : ni exploitée, ni achetée, ni jetée lorsqu’elle ne sert plus.

Saint François d’Assise l’a découvert auprès des lépreux. Leur vue lui était insupportable. Pourtant, Dieu l’a conduit parmi eux. Il raconte dans son Testament : « Je les soignais de tout mon cœur. » Et ce qui lui semblait amer s’est changé en douceur.

Les lépreux n’avaient pas soudain changé d’apparence. C’est le regard de François qui avait été transformé par la grâce : celui qu’il évitait devenait un frère.

Et nous ? Quelle personne avons-nous réduite à son défaut, à son passé, à son opinion ? Reconnaître l’image de Dieu, c’est apprendre à voir une personne là où nous avions collé une étiquette.

Ensuite : RÉSISTER à ce qui prend la place de Dieu.

Jésus reconnaît nos devoirs envers la société. Payer justement l’impôt, travailler honnêtement, respecter les autres, contribuer au bien commun : tout cela engage aussi notre foi.

Mais César n’est pas Dieu ! Aucun pouvoir ne peut exiger une obéissance qui nous ferait trahir le bien.

La première lecture le rappelle : Cyrus est un souverain puissant, mais il demeure un instrument dans un dessein qui le dépasse. Dieu peut agir par lui, même s’il ne le connaît pas. Le pouvoir humain a une responsabilité ; il n’a pas la place de Dieu.

Saint Thomas More l’a vécu jusqu’au martyre. Chancelier d’Angleterre, il avait servi son pays. Mais il refusa de soumettre sa conscience aux exigences du roi Henri VIII. Il fut exécuté en 1535. Ses dernières paroles résument son témoignage :

« Je meurs en bon serviteur du roi, mais tout d’abord en serviteur de Dieu. »

Nous n’aurons peut-être pas à choisir entre la fidélité et la mort. Mais entre la vérité et un avantage, entre l’honnêteté et une facilité, entre l’Évangile et l’approbation des autres : oui, certainement !

Quel « César » gouverne mes décisions ? L’argent ? Mon image ? La peur de déplaire ?

Servir le monde, oui. Lui vendre notre conscience, jamais !

Enfin : RENDRE à Dieu notre vie.

À Dieu, que pouvons-nous rendre ? Ce que nous avons reçu : notre temps, nos capacités, notre cœur.

Il ne s’agit pas de réserver à Dieu une petite place lorsque tout le reste est servi. Il s’agit de le laisser éclairer toute notre existence.

Saint Paul nous donne aujourd’hui trois signes très concrets : une foi active, une charité qui se donne de la peine, une espérance qui tient bon.

La foi agit : elle nous aide à choisir le vrai.

La charité se donne de la peine : elle téléphone, visite, écoute, pardonne.

L’espérance tient bon : elle continue d’aimer lorsque les résultats se font attendre.

Cette semaine, posons trois gestes : un regard qui relève, un refus de l’injustice, un service rendu avec amour.

Frères et sœurs, retenons les trois « R » :

Reconnaître son image dans chaque personne.
Résister à ce qui veut prendre sa place.
Rendre à Dieu notre vie en aimant.

Sur cet autel, Jésus se donne tout entier. Présentons-lui aussi notre existence entière, avec ses joies et ses blessures. Seigneur, que notre manière de vivre dise à qui notre cœur appartient.À César la monnaie ; à Dieu notre vie !Amen.