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Homélies des messes

Homélie du Père Joseph du XXX° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)

Mes chers frères et sœurs !

En ce dimanche qui est la Journée Missionnaire Mondiale, la Parole aborde un thème important qu’est la prière. En effet, la sainte qui nous accompagne en ce mois d’octobre, qui est le mois de la mission, c’est sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Elle est aussi la patronne des missionnaires. Et pourtant, comme je l’écrivais dans l’édito du TU d’octobre, la Petite Thérèse n’est jamais sortie de son Carmel : elle n’a fait que prier. Aujourd’hui, nous sommes appelés à prier pour tous les missionnaires et soutenir leurs œuvres. Un chrétien porte forcément le souci de la mission non seulement en la soutenant par ses moyens matériels, mais aussi en priant pour ceux qui quittent tout pour aller porter au monde le Trésor de la Bonne Nouvelle, afin que tout homme puisse entendre et rencontrer Jésus sauveur.

La liturgie de la Parole de ce dimanche de la mission revient sur le thème de la prière. Elle nous rappelle cependant qu’il y a prière et prière, celle qui plait à Dieu et celle qui nourrit notre orgueil.  Dimanche dernier, Jésus nous rappeler la nécessité de persévérer, de tenir bon de prier Dieu sans jamais se décourager. Il y a quinze jours, à travers l’histoire des dix lépreux, Jésus soulignait l’importance de la prière d’action de grâce. Souvent, nous pensons à Dieu seulement quand nous avons besoin de lui, nous lui demandons des choses, une guérison, un soutien, la réussite à un concours… et mais une fois exaucés, nous tournons la page, nous l’oublions jusqu’à la prochaine fois que nous avons besoin de lui.  C’est cela que j’appelle la relation-supermarché ou commerciale avec Dieu.

Dans l’évangile d’aujourd’hui, en nous faisant contempler le pharisien et le publicain, Jésus nous met en garde contre la prière du « faux justes », du pharisien qui se cache en chacun de nous quand nous nous présentons devant Dieu en sachant que nous sommes justes et parfaits en tout. Le pharisien de l’évangile marche dans le temple, tellement orgueilleux qu’il se tient physiquement « debout devant Dieu » c’est-à-dire qu’il se met au même niveau que Dieu. On dirait même qu’il veut même dépasser Dieu en se tenant ainsi debout devant Lui.  Ce pharisien me fait penser aux petits enfants : vous êtes à la maison, assis dans des fauteuils et lui, avec ses 5 ans, vient se mettre debout sur le canapé en vous disant : « alors, qu’il est plus grand ! », et ça lui fait beaucoup de bien qu’on lui dise que c’est lui le plus grand ! Ça flatte son égo. Voilà l’attitude de notre pharisien. De l’autre côté, il y a ce pauvre publicain, qui, au contraire, se tient « à distance », loin du Seigneur. Il n’ose même pas lever les yeux vers Dieu car il se reconnaîtpécheur et indigne devant lui. Il se frappe la poitrine pour implorer la miséricorde, comme nous le faisons dans le « Je confesse » au moment du rite pénitentiel.

Dans la vie, dans la société et dans l’Eglise, vous trouverez toujours des gens qui se croient et s’estiment « plus que » les autres. Ils se sentent supérieurs par leurs savoirs (plus intelligents), par leurs richesses (plus riches), par leur expérience (plus expérimentés), par leur vie de foi (plus spirituels, ceux qui se prennent pour les super chrétiens)… Ces gens ont l’intime conviction d’être meilleurs et « supérieurs en tout » passent leur temps à se comparer aux autres. Leurs comparaisons écrasantes ciblent certaines personnes, certaines catégories précises qu’ils méprisent sans s’en rendre compte. Mon collègue au travail est moins instruit, moins diplômé, moins expérimenté….

Lorsque nous commençons à nous considérer supérieurs aux autres en soulignant nos qualités morales et religieuses aux mépris des autres, nous sommes comme le pharisien de l’évangile se tient debout devant Dieu, lui rappelant la litanie de tout ce qu’il fait de bien par rapport aux autres. Symboliquement, rester debout devant quelqu’un, c’est refuser de s’écraser devant lui, c’est montrer sa dignité, sa propre grandeur… Quel humain pourrait honnêtement se sentir l’égal de Dieu au point de lui tenir tête ?  C’est le Diable, Lucifer qui était tellement fier de lui-même au point de vouloir prendre la place de Dieu ! Chaque fois que l’orgueil spirituel prend le dessus en nous considérant parfaits et supérieurs aux autres, nous sommes disciples de Lucifer.  Jésus lui, tout en étant l’égal de Dieu ne s’est pas considéré comme tel, mais il s’est anéanti en s’abaissant jusqu’à mourir sur une croix par amour pour nous.

« Mon voisin, ma grand-mère, ma tante, mon collègue…est une grenouille de bénitier ! Ma mère est une « brave chrétienne » ! C’est cela le pharisaïsme. Par son appartenance à ce mouvement spirituel de stricte observance de la Loi, le pharisien était « séparé et supérieur » des autres. Pour lui, même en matière de foi et de morale, on ne mélange pas les torchons et les serviettes ! Le pharisien se sait meilleur par rapport à ceux qui sont moins que lui, ceux qu’il considère comme « pécheurs », comme ce publicain qui ose même se retrouver au temple en même temps que lui : quelle horreur ! Comment ose-t-il ? Devant Dieu, le pharisien ne loupe pas l’occasion pour rappeler sasupériorité religieuse et spirituelle, avec tous les records : sa grande capacité à jeûner deux fois par semaine alors que la Loi de Moïse n’exigeait qu’un jeûne par an ! Il rappelle à Dieu sa grande générosité car il donne le dixième de tout ce qu’il possède, pendant que la Loi de Moïse n’exigeait ce dixième que sur certains produits de la terre.

L’évangile nous dit que Dieu ne regarde pas tous ces records du pharisien, mais au « rien » de ce publicain qui n’a rien à donner que soi-même, que son cœur contrit qui fait pénitence, sans la prétention d’avoir quelque chose d’autre à donner. Il sait qu’il a tout à recevoir de Dieu ! C’est pour cela qu’il en appelle à la pitié de Dieu : « prends pitié de moi, pécheur ».

L’évangile nous dit que publicain sort du temple justifié, sauvé, et non le pharisien qui n’a pas besoin de Dieu, pas de besoin de conversion : « Je ne suis pas venu pour les justes et les bien portants. Je suis venu pour les malades et les pécheurs ».  Un vrai chrétien, disciple du Christ, est humble en reconnaissant ses propres faiblesses et fragilités. Il n’est pas obsédé par ce souci de soigner seulement les apparences, à donner une image différente de ce qu’il est. Un chrétien se reconnaît forcément pécheur, et comme tel, il sait qu’il besoin d’être sauvé par le Christ parce qu’il ne peut se sauver lui-même. C’est le Christ qui, en donnant sa vie, nous sauve et nous justifie dans sa mort et sa résurrection.

Dans cet évangile, Jésus nous fait aussi comprendre l’importance de la prière sincère, celle qui plaît à Dieu : celle-ci exprime essentiellement notre besoin de conversion et de repentir. La vraie prière refuse le mépris des autres. Ce que le Christ reprouve dans la vie du pharisien, l’hypocrisie qui caractérise son quotidien et sa vie de foi.  Le pharisien est devenu un comédien qui joue un rôle pour être vu et applaudi mais son cœur n’y est pas.

On peut transposer cette parabole d’une religion d’il y a plus 2000 ans à notre vie chrétienne d’aujourd’hui, dans nos sociétés et nos communautés ecclésiales actuelles. Les vices et les vertus de la natures humaines restent les mêmes à travers l’histoire. Aujourd’hui aussi, comme à l’époque de Jésus, Dieu reprouve ceux qui se croient parfaits et justes en soulignant leurs mérites, ceux qui savent qu’ils sont « en ordre » parce qu’ils ne sont pas voleurs, injustes, adultères, ou peut-être parce qu’ils ont fait un pèlerinage à Lourdes, à Fatima ou à Méjugorge, à Taize, parce qu’ils disent le rosaire chaque jour, parce qu’ils font partie de tel mouvement de spiritualité tel que l’Opus Dei, les END, la communauté de l’Emmanuel, le Renouveau charismatique…

Tout cela est bien et louable quand c’est sincère, vient du cœur et n’est pas source de mépris pour les autres ! On ne peut s’en vanter devant Dieu au point de mépriser les autres. Quand nous regardons notre vie en vérité, avec la lumière de Dieu, nous nous rendons compte des pas énormes que nous avons encore à faire. Les saints nous rappellent que plus nous grandissons dans la foi, plus nous nous approchons du Seigneur sa lumière éblouissante nous fait voir combien notre vie est encore remplie des ténèbres par rapport à la sainteté de Dieu. Jésus, plein d’amour et de miséricorde, sauve-nous et guéris-nous de l’hypocrisie et de l’orgueil spirituel. Amen.

Homélie du Père Joseph du XXX° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)2022-10-30T20:08:38+01:00

Homélie du Père Joseph du XXIX° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)

Mes chers frères et sœurs !

Aujourd’hui, je voudrais vous inciter au harcèlement….! Attention ! Je ne parle pas de ce harcèlement qui tue, qui brise des vies, torture la victime, comme celui dont sont victimes de plus en plus d’enfants dans nos écoles.  Il ne s’agit pas du harcèlement de votre secrétaire, manager, collègue, conjoint, voisin de palier, vos enfants ou votre curé !  Le harcèlement que je recommande a pour unique objet et seule victime Dieu. Oui, je vous conseille fortement de harceler le Seigneur, surtout dans notre vie de prière, au point de ne lui laisser même pas une minute de repos ! C’est lui-même lui-même qui, nous incite lui-même à le harceler sans nous arrêter dans les lectures de ce dimanche.

Nous nous sommes tous retrouvés un jour dans une situation où demandons quelque chose à Dieu avec insistance. Nous avons à ce moment-là besoin d’une grâce spirituelle particulière, ou une aide, une faveur, un soutien et du réconfort au moment d’un deuil, soutien et courage pour notre couple qui allait mal, la guérison de cette maladie, pour nous-mêmes ou pour un proche… et cela nous a paru trop long !

Tenir bon et insister dans la prière, harceler Dieu est un signe de bonne santé spirituelle, de confiance et de foien Dieu. Vous ne vous êtes pas senti exaucés par Dieu et vous vous dites, avec raison : « Mais, Seigneur, pourquoi restes-tu à rien faire ? Tu sais que nous sommes pauvres, limités dans nos moyens, incapables devant certaines épreuves de la vie… et alors, tu dois nous aider, il faut que tu viennes à notre secours ! »

Si nous faisons l’expérience d’un certain silence de la part de Dieu, ne baissons pas les bras. Contemplons Jésus sur la croix. Il fait l’expérience du même silence et de la même solitude. Il prie mais ne trouve pas de réponse immédiate mais la résurrection sera la réponse du Père. Il dit à son Père : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », mais il ne reçoit aucune réponse ! Pourtant, cela n’atteint pas sa confiance dans le Père car il dit, avant de mourir : « Père, entre tes mains je remets mon esprit ! ».  Cette confiance tenue jusqu’au bout trouvera la réponse trois jours plus tard, dans le mystère de la résurrection.

Nous devons tenir bon et insister comme Moïse et la veuve de l’évangile. La veuve de l’évangile est devant un juge qui « juge sans justice » et qui refuse de lui rendre justice. Mais elle a tenu bon jusqu’au bout ! Sa persévérancefinit par décider ce mauvais juge à lui faire justice. « Il y avait une veuve qui venait lui dire : ‘Rends-moi justice contre mon adversaire. Longtemps il refusa ; puis il se dit : ‘Même si je ne crains pas Dieu et ne respecte personne, comme cette veuve commence à m’ennuyer, je vais lui rendre justice pour qu’elle ne vienne plus sans cesse m’assommer. »  Ce juge dur, sans pitié, sans compassion et ne craignant pas Dieu a cédé devant la ténacité et la persévérance de la veuve.

Contemplons cette veuve qui nous est donnée comme modèle. Dans la tradition biblique, la veuve et l’orphelin, (et l’étranger) sont une catégorie abandonnée et méprisée de la société, tellement fragiles et sans défense que tout le monde pouvait abuser d’eux, les écraser. En effet, c’est le mari qui défend son épouse ! C’est le papa qui défend et protège son enfant. Perdre le mari pour une femme ou le papa pour une enfant, c’est se trouver en situation de grande fragilité. Du coup, la veuve et l’orphelin ne pouvaient compter que sur Dieu seul. Dans cet évangile, vous voyez bien que cette veuve ne demande pas des passe-droits ! Elle ne demande pas de la pitié ni une faveur particulière…. Elle réclame tout simplement son droit : qu’on lui fasse justice, rien de plus ! Même cela, personne ne veut le lui accorder.

Normalement, la justice, dans sa nature même, est sensée défendre tout le monde. Ne lit-on pas, même dans nos tribunaux « que nous sommes tous égaux devant la Loi et que la justice est égale pour tous ! Le juge, en principe, doit être impartial. Parfois, comme vous le voyez, cela est une conception de la justice est contredite par la réalité : beaucoup d’exemples montrent malheureusement que que nous ne sommes pas tous traités de la même manière par la justice humaine qui peut paraître parfois cynique et injuste ! Un de mes chanteurs préférés, Lucky Dube, dit dans une de ses chansons, que notre société est tellement corrompue qu’elle cherche à acheter l’amour et la justice, et qu’amour et justice s’achètent… et qu’une enveloppe de dollars peut faire changer la décision d’un juge à la vitessed’une roquette ». Ceci n’est pas nouveau ! Je ne vais pas m’attirer la colère des magistrats, avocats et juristes !

La veuve croyait en la justice et elle n’a pas baissé les bras ! Elle a lutté jusqu’au bout, tenant tête au juge sans justice. Le changement d’attitude du juge n’est rien d’autre qu’une preuve supplémentaire de son égoïsme : il accepte de faire justice, non parce qu’il croit en la vertu de la justice mais bien parce qu’il veut être tranquille, sans cette casse-pied de veuve de le harcèle et l’importune.

Faisons attention ! Quand nous prions, nous ne nous adressons pas à un juge sans justice et sans pitié mais à un Père, plein de tendresse et de miséricorde, un juge plein justice et bonté. Même quand Il semble silencieux parce qu’il n’obéit pas à nos requêtes dans un temps et dans un espace bien précis, notre Dieu est toujours fidèle. Il ne ferme ni ses oreilles, ni son cœur à ses enfants. Nous le voyons dans la première lecture. Moïse prie Yahvé pendant que Josué est allé combattre les Amalécites en vue de la conquête de la Terre Promise. Le temps devient trop long. Moïse se fatigue. Mais il ne baisse pas les bras parce qu’il sait que Dieu écoute toujours nos prières. C’est ainsi qu’il demande à Aron et Hour de soutenir ses bras en prière.

Cette demande de soutien me fait penser à toutes ces personnes qui demandent de prier en communion, ensemble avec elle pour telle ou telle personne. Soutenons-nous dans la prière. Prier les uns pour les autres est un geste de solidarité, une entraide fraternelle. L’union fait la force… et cela vaut plus encore dans la prière. Les chrétiens sont appelés à se porter mutuellement et ensemble dans la prière. C’est une grande richesse de pouvoir compter sur la prière des autres.  Le Seigneur nous demander de prier ensemble et avec insistance.

Prier avec insistance est une preuve de la solidité de notre foi. Baisser les bras devant ce qui semble le silence ou manque de réponse de Dieu, même devant nos lourdes épreuves, est un signe que nous sommes, au niveau de la foi, comme nos enfants qui veulent parfois « tout ici et maintenant », et qui sont capables de nous dire : « papa, maman, je ne t’aime plus parce que je tu ne me donnes pas ce que je demande ! » C’est un chantage que nous entendons souvent ! « Je ne crois plus en Dieu parce qu’il n’a pas exaucé ma prière quand je lui demandé de guérir mon enfant, mes parents, tel ami, mes grands-parents… et qui sont mort depuis ! » Je ne sous-estime pas la douleur ou la révolte de ne pas se sentir entendu par Dieu… Mais, la foi tenace nous dit que ce silence de Dieu, comme celui expérimenté par que le Christ a en croix, trouve la réponse dans la résurrection.

Saint Paul nous rappelait dimanche dernier que le Seigneur est toujours fidèle, qu’il ne peut se renier lui-même. Demandons-lui de faire grandir et de purifier notre foi, pour que rien ne vienne ébranler notre confiance totale en Lui. Même quand nous sommes dans l’épreuve, crucifiés par et sur les croix des épreuves de notre vie, Jésus est crucifié avec nous et porte sa croix avec nous, nous promettant la victoire dans la résurrection si nous lui faisons totalement confiance. Seigneur, augmente et affermis notre foi qui est parfois fragile et vacillante. Amen.

 

Homélie du Père Joseph du XXIX° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)2022-10-20T18:10:39+02:00

Homélie du Père Joseph du XXVIII° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)

Mes cher frères et sœurs

L’événement relaté dans cet évangile se déroule à la frontière entre la Samarie et la Galilée. C’est un récit propre à l’évangile selon saint Luc, que les autres évangélistes n’ont pas rapporté. Saint Luc situe ce récit entre celui du « serviteur quelconque » que nous avons écouté dimanche dernier et le discours eschatologique sur le Règne à venir. Par cette traversée géographique difficile qu’est le passage entre la Samarie et la Galilée, saint Luc nous apprend que dans la traversée de notre vie, le passage de la foi à l’entrée dans le Royaume de Dieu, est un passage tortueux et difficile. C’est notre propre histoire et celle de l’Eglise. Au cours de cette traversée, de la Samarie à la Galilée, il y a une histoire, comme la grande histoire de l’humanité et l’histoire de chacun de nous sont traversées par de petites histoires qui nous nous choquent, nous émeuvent et nous scandalisent…mais qui donnent sens à notre propre histoire.

L’histoire de ces lépreux me fait penser d’abord à l’histoire de toutes les personnes qui sont mises à l’écart, exclues de la communauté, de la société… Pensons à certaines personnes âgées isolées, privées de contact extérieur et mourant parfois de solitude. Me reviens à l’esprit cette dame, Micheline Emile, dont j’ai célébré les funérailles à Lardenne mercredi après-midi : sans famille, j’étais seul devant son cercueil, avec 4 membres de l’équipe des funérailles… et seulement deux personnes d’une société des pompes funèbres musulmanes qui devaient ensuite rapatrier son corps pour être enterré en Algérie, car bien qu’elle soit chrétienne, elle était mariée à un algérien et avait deux enfants tous morts et enterré en Algérie. Aucun ami, aucune connaissance ! Mourir dans une grande solitude.  Je pense aussi aux personnes exclues parce que pauvres, chômeurs, vivant avec un handicap, ou des gens simplement différents par la race, la culture, la religion… C’est l’histoire d’une petite collégienne de 6è qui doit manger seule au self du collège parce que personne ne veut se mettre à côté d’elle parce qu’une bande d’élèves (déjà en 6è !) lui font subir un horrible harcèlement.

C’est l’histoire des lépreux de l’évangile qui, tout en vivant dans un village habité, sont pourtant séparés des autres villageois et tenus à bonne distance. Cette distance de séparation prescrite par la Loi de Moïse, devenue une sorte de mur de séparation, une Loi qui, paradoxalement, tout en défendant certaines personnes, en exclut d’autres. Cette image est très actuelle : nous habitons la même planète, le même monde globalisé devenu un grand village, mais nous sommes séparés les uns des autres, parce que nous cohabitons dans la séparation, les uns à côté des autres à cause des différentes lèpres qui provoquent des multiples blessures sanitaires, sociales, économique, psychologiques, religieuses et politiques… Mais les conséquences de certaines catastrophes comme la guerre en Ukraine, le réchauffement climatique nous rappellent que nous sommes dans une même maison, embarqués dans la même barque même si nous cherchons à nous séparer en construisant certains murs entre-nous.

C’est la société, c’est-à-dire nous-mêmes, qui produisons ces lèpres portant divers noms : l’exclusion, pauvreté, misère, famine, hérésie, idéologie, race, intégrisme, guerre, immigration… Il y a une longue liste des situations, des dynamiques, de structures, d’implications devant lesquelles un chrétien ne peut rester indifférent, car cela nous touche, de près ou de loin, qu’on le veuille ou non.

Toutes ces lèpres nécessitent d’abord un cœur, des tripes, avant les politiques et stratégies. Une politique qui ne regarde pas l’humain dans ses yeux, ses malheurs, ses larmes et ses cris, est vouée à l’échec. Nous devons revenir à la vérité de l’homme dans sa simple capacité relationnelle : la relation du cœur, la compassion, la tendresse, la miséricorde…La relation du cœur, comme le rappelle souvent le pape François, est plus efficace que tous les devoirs, politiques et stratégies étudiées dans les plus grands bureaux. C’est cette relation du cœur que Jésus nous montre dans l’évangile d’aujourd’hui.

Il entre dans un village et y rencontre un monde des gens séparés. Dix (10), c’est nombre exigé pour former une communauté synagogale dans l’AT. Il y a donc ici une communauté religieuse des lépreux qui vivent dans un village, mais qui en est séparée, comme une église vivant dans un monde dont elle a pourtant pris ses distances, en refusant de vivre son histoire et ses expériences. C’est une Eglise malade qui pourtant connaît Jésus, l’appelle par son nom, l’appelle « maître » et crie à haute voix comme nous, dans le rite pénitentiel, au début de la messe « pitié Seigneur ». Cette prière faite à haute voix demande seulement la pitié, pas la guérison. Cette communauté des lépreux ne demande pas la communion. Au contraire, en criant, elle respecte la règle de la distance, même avec Jésus.

Saint Luc nous dit qu’à peine vus, Jésus les envoie voir les prêtres à Jérusalem. C’est-à-dire que Jésus demande aux lépreux de poser un geste interdit par la Loi. Les lépreux doivent faire un forcing interdit : se présenter aux prêtres alors qu’ils sont toujours chargés de la lèpre qui les rend impurs et qui leur demande de ne pas s’approcher des gens normaux.  C’est un beau message que nous livre Jésus à travers cet ordre.  N’attendons pas d’être beaux, propres, sains et saints, purs, parfaits…pour nous mettre en route.  « Je suis venu pour les malades et les pécheurs » nous dit Jésus. Et c’est en route, en chemin que les dix lépreux sont purifiés et guéris de leur lèpre !

Les lépreux sont guéris, non pas parce qu’ils ont demandé la pitié, mais parce qu’ils ont accepté de se mettre en route pour aller à Jérusalem en obéissant à la parole donnée par Jésus. La dynamique de la vie est revenue dans ce monde des « séparés, des exclus, des prisonniers volontaires d’un village, prisonniers de la Loi, de leur infirmité ». Cela s’est produit parce qu’ils ont fait confiance ! Notre monde aurait un autre visage si les peuples, les cultures, les religions se faisaient mutuellement confiance, en acceptant de s’approcher les uns des autres sans préjugés.

Cet évangile finit par un paradoxe, à la fois beau et douloureux. Tous les dix lépreux sont guéris sur leur chemin, mais un seul revient sur ses pas. Ce dernier est un étranger, un samaritain considéré comme hérétique dans le judaïsme ! Il revient sur ses pas pour rendre grâce. Cet étranger à la foi juive reconnaît l’intervention de Dieu dans son histoire personnelle. Pour lui, être purifié, reprendre sa place en société et dans la religion ne suffisent pas : il sent le besoin infini de grâce et de louer Dieu par sa vie. Il revient sur ses pas et se jette aux pieds de Jésus pour manifester sa gratitude.

Par ce geste, le Samaritain purifié a brisé la distance et la séparation qui le liait au groupe de dix mais le séparait du salut en touchant les pieds de Jésus. Les autres 9 sont toujours en route vers Jérusalem. Ils sont purifiés, soumis à la Loi, ils ont peut-être rejoint le temple de Jérusalem et ont rencontré probablement les prêtres…. Peu importe ! Ils ont pourtant perdu la relation avec le Seigneur. Seul le Samaritain, en revenant sur ses pas, a retrouvé la relation avec Jésus. Il a compris que ce qui compte et donne sens à son histoire c’est d’être avec le Seigneur.

Nous sommes aujourd’hui, nous aussi, mis directement devant des nouvelles manifestations de la même lèpre, pour nous même et pour les autres, avec tous ces étrangers de religion, de culture, de peau, de statut social, de niveau intellectuel, d’appartenance ecclésiale ou communautaire… N’oublions jamais que tous ces étrangers que nous sommes, vous et moi, ceux d’ici et ceux d’ailleurs, sont devenus nos voisins dans ce monde globalisé.  Demandons au Seigneur d’ouvrir nos yeux à toutes les formes de séparation, de division et d’exclusion.  Que le Seigneur nous donne de ne pas construire ni entretenir des murs de séparation, mais d’avoir le courage de les briser en construisant des ponts entre les personnes et les peuples. Seigneur, guéris-nous de toutes ces lèpres qui nous séparent. Amen

 

Homélie du Père Joseph du XXVIII° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)2022-10-20T18:09:03+02:00

Homélie du Père Joseph du XXVII° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)

Mes chers frères et sœurs

Si les derniers dimanches le Seigneur nous a parlé de la précarité et de la dimension éphémère de la richesse, c’est comme si l’évangile d’aujourd’hui venait nous dire que le Seigneur n’avait prêché dans le vide, et que les disciples ont bien compris son message. Nous contemplons les disciples, le cœur rempli d’un désir, mais des biens terrestres mais de la seule richesse qui compte comme cela est exprimé dans leur demande, qui est en réalité une prière que je vous invite à faire nôtre chaque jour : « Seigneur, augmente en nous la foi ! »

Demandons aussi le don de la foi ainsi que sa croissance ! Ces mêmes disciples qui demandent de grandir dans la foi avaient auparavant douté : ce qui leur avait valu ce « grand reproche » de Jésus qui les a appelés « hommes de peu de foi ». A présent, ils veulent grandir dans la foi, ce qui est une véritable conversion : passer du doute au désir de croire et de grandir dans de la foi. Il y a tellement de monde qui désirent croire mais qui ne le demandent pas ! Alors, c’est à nous, peuple croyant de prier pour la croissance de notre propre foi et pour ces hommes et femmes en recherchequi, après une vie de doute ou de non-foi, découvrent ou redécouvrent le chemin de la foi, les convertis, les « recommençants » qui deviennent ensuite de grands témoins d’une foi authentique et solide.

Nous avons besoin de la foi, surtout dans les situations difficiles car « rien n’est impossible à celui qui croit ». La foi qui est capable déplacer les montagnes ! Dans l’évangile, le Seigneur se refusant d’utiliser une telle expression… prend un exemple simple et humble : une graine de moutarde, plante pas très appréciée à l’époque en Palestine.  Une parenthèse, il parait que nous reprenons la production de la moutarde à Dijon en France et n’avons plus besoin de l’importer en Ukraine ou au Canada ! Bref, au lieu de prendre une image impressionnante pour parler de la force de la foi, comme le Cèdre du Liban, par exemple, Jésus choisit l’image de la graine de moutarde qui n’impressionne personne en Palestine.

Cette image pose un premier enseignement !  Ce qui nous réunit en ce moment pour l’eucharistie, c’est la grâce de la foi. Chacun de nous est conscient que l’eucharistie est source et sommet pour sa vie. Et nous avons raison de le croire ! Cependant prenant l’exemple de la graine de moutarde, le Seigneur nous rappelle que la vraie foi nous dépouille de toute tentation de suffisance et ne doit pas être orgueilleuse.  La foi appelle à l’humilité. Plus nous croyons, plus nous nous rendons compte combien nous sommes petits et éloignés de Dieu. D’où l’impératif pour le chrétien de chercher Dieu sans se lasser et faire un petit pas vers lui chaque jour. Un vrai chrétien ne peut avoir une foi assise, confortable et assurée dans un fauteuil parce que le mystère de Dieu restera toujours inépuisable, insondable… aussi longtemps que nous ne sommes pas devant Lui, contemplant son Visage… !

La foi appelle à l’humilité ! Une foi orgueilleuse, qui prétend être dépouillée de tout doute, bien assise dans les certitudes, celle qui méprise et humilie les autres, en particulier ceux qui ne croient pas…n’en est pas une ! Foi véritable et humilité vont de pair comme nous dit Marie dans le Magnificat : « Il s’est penché sur son humble servante ». Quand nous lisons la vie des saints, nous nous rendons compte qu’à un moment donné de leur vie, ils ont traversé quelques nuits obscures, de doutes et grands questionnements sur la foi.

Une autre caractéristique de la foi, c’est le témoignage ! Jésus dit qu’une lumière est faite pour éclairer et pas pour être cachée : « Vous êtes la lumière du monde, vous êtes le sel de la terre » nous dit Jésus. Nous ne pouvons pas taire notre foi, notre joie d’avoir rencontré le Jésus.  Mais pour que notre témoignage soit crédible, il ne peut se contenter des paroles ou des formules, des concepts, de grandes démonstrations dogmatico-théologiques, d’une série des règles, des lois et doctrine bien définies derrière lesquelles nous nous cachons confortablement. Nous confondons dans notre société la religion et la foi. La foi des concepts théologiques, de précisions catéchétiques, de formules et gestes liturgiques bien exécutés…est la religion des pharisiens que Jésus a combattue jusqu’à en payer de sa propre vie !

Certains se disent chrétiens parce que baptisés, leurs noms figurant dans un registre de baptême d’une paroisse quelque part ou, parce que faisant partie d’une culture occidentale fondamentalement enracinée dans le christianisme ! Mais il y a des baptisés qui ne sont plus chrétiens parce qu’ils n’ont plus re relation personnelle avec le Christ. Le pape Benoît XVI rappelait que la foi chrétienne n’est pas d’abord une adhésion à une doctrine, un ensemble des dogmes. Notre témoignage de foi est simplement le rayonnement de cette rencontre et relation personnelle et existentielle avec Jésus, comme dit saint Jean dans sa première lettre : « Oui, la vie s’est manifestée, nous l’avons vue, et nous rendons témoignage : nous vous annonçons la vie éternelle qui était auprès du Père et qui s’est manifestée à nous. Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons à vous aussi, pour que, vous aussi, vous soyez en communion avec nous. Or nous sommes, nous aussi, en communion avec le Père et avec son Fils, Jésus Christ. Et nous écrivons cela, afin que notre joie soit parfaite » (1Jn 2-4).

La foi ne peut pas être timorée. L’essence même de la foi nous envoie vers les autres pour leur témoigner de cette joie qui nous habite. Dans la Joie de l’Evangile, le pape François invite à témoigner de cette joie de la foi quijaillit de la relation personnelle avec le Christ : « J’invite chaque chrétien, en quelque lieu et situation où il se trouve, à renouveler aujourd’hui même sa rencontre personnelle avec Jésus Christ ou, au moins, à prendre la décision de se laisser rencontrer par lui, de le chercher chaque jour sans cesse. Il n’y a pas de motif pour lequel quelqu’un puisse penser que cette invitation n’est pas pour lui, parce que « personne n’est exclu de la joie que nous apporte le Seigneur ».

Il est temps de quitter cette peur et timidité caractéristiques des chrétiens en France, peut et timidité qui nous interdisent d’affirmer notre foi au tour de nous dans nos cercles amicaux, professionnels, familiaux. Saint Paul nous rappelle que : « ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de pondération. N’aie donc pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur ». Demandons la grâce d’une foi qui grandisse chaque jour et dont nous témoignons autour de nous, humblement et sans agressivité. Comme tes disciples, nous te prions « Seigneur augmente en nous la foi ! » Amen.

 

Homélie du Père Joseph du XXVII° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)2022-10-20T18:07:45+02:00

Homélie du Père Joseph du XXVI° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)

Mes chers frères et sœurs !

Depuis trois dimanches au moins, la Parole de Dieu nousparle de la richesse, celle qui passe et celle qui demeure. Le 11 septembre, pour la rentrée paroissiale au Phare, c’était le fils prodigue qui demandait sa part d’héritage et qui est allé tout dilapider dans une vie de plaisir. Dimanche dernier, Jésus nous invitait à nous faire des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles ! » Aujourd’hui, c’est un homme opulent qui nous est présenté. Ce dernier n’a rien compris au message de dimanche dernier. Nous contemplons Lazare et l’homme riche, comparable àl’alarmante contradiction de nos sociétés et du système économique actuel qui voit le nombre des millionnaires et milliardaires augmenter. Mais on voit aussi accroitre le fosséentre riches et pauvres avec une honteuse augmentation des millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvretésans que cela interroge le système économique.

Dès le sein maternel, Dieu nous appelle et nous reconnait personnellement. Il nous reconnait au milieu des milliards des personnes sur la terre et appelle chacun de nous par son prénom, signe de notre identité. L’Evangile ne nous donne que le nom d’un seul des protagonistes.  Il s’appelle Lazare queDieu connait et dont il reconnait sa souffrance. L’homme richelui n’a pas de nom mais l’évangile nous le décrit par ce qu’il possède et par sa vie opulente : « Il y avait un homme riche, vêtu de pourpre et de lin fin, qui faisait chaque jour des festins somptueux. Devant son portail gisait un pauvre nommé Lazare ». Il n’est pas décrit comme méchant. Il est simplement absorbé par ses affaires et sa richesse au point de ne pas se rendre compte du pauvre qui mourait de faim sous sa table.

Dieu ne connaît pas cet homme riche parce que ce dernier se suffit à lui-même, n’a besoin de personne, et surtout il n’a pas besoin de Dieu. Apparemment, il n’a aucun problème religieux. Il est indifférent et a bien barricadé sa conscience pour ne pas ressentir des remords. Dieu respecte même ladistance que l’homme riche a établie. Le cœur cette parabole n’est pas la vengeance de Dieu qui renverse la situation entre le riche et Lazare. Le cœur, le mot clef pour comprendre cette parabole est l’abime.

Il y a un abîme impossible à colmater entre le riche et le pauvre ! La vie du riche, non pas condamné parce qu’il est riche, mais parce qu’il est indifférent, est entièrement résumée dans cette terrible image : l’abîme de sa vie.  Il est probablement un juif pratiquant, comme ceux que le prophète Amos décrit dans la première lecture, ces puissantsdont parle le prophète Amos dans la première lecture et qui sont insensible aux souffrances des autres : « Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles dans Sion, et à ceux qui se croient en sécurité sur la montagne de Samarie. Couchés sur des lits d’ivoire, vautrés sur leurs divans, ils mangent les agneaux du troupeau, les veaux les plus tendres de l’étable ; ils improvisent au son de la harpe, ils inventent, comme David, des instruments de musique ; ils boivent le vin à même les amphores, ils se frottent avec des parfums de luxe, mais ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël ! » De même, le riche de l’évangile ne voit tout simplement pas le pauvre mourant à ses pieds. L’abîme est dans son cœur et sespréoccupations mondaines.  

Le riche pèche par omission. Nous demandons pardon au début de la messe : « J’ai péché en parole, en pensée, par action, et par omission ». Omission signifie ne pas faire ce qu’on devait faire. Cet abime décrit le cœur de celui qui pense être suffisamment bon, pieux, normal par rapport au monde extérieur qui est mauvais et corrompu. C’est l’attitude de celui qui sait qu’il n’est certes pas le meilleur des chrétiens, mais qui est aussi certain au fond de son cœur qu’il n’est pas pire que tous ces criminels dont parlent les médias, et qui se donne ainsi bonne conscience pour ne rien faire devant la souffrance des autres.  En écoutant mes propos, vous pouvez me faire l’objection logique et naturelle du « que puis-je faire devant l’immensité de la pauvreté de nos jours ! »Devant la tragique question de l’immigration, nous pouvonsaussi naturellement dire aussi « que la France ne peut pas accueillir toutes les misères du monde », et ça se comprend naturellement.

Devant la souffrance des autres, je ne peux pas me réfugier dans ma chaleureuse et intime relation avec Dieu. Si ma foi, transformée en dévotion personnelle ne se transforme pas en service, en engagement, la foi reste stérile. où nous vivons, Dieu nous appelle à croire et à aimerconcrètement. Saint Jacques nous dit : « montre-moi ta foi qui n’agit pas ! Moi, c’est par mes actes que je te montrerai ma foi ! ». Rappelons des paroles du Seigneur quand il dit : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! et chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait ! » (Mt 25). Dans la vie personnelle, familiale, professionnelle, ecclésiale, Dieu nous demande de manifester notre amour et notre foi concrètement. Saint Jean nous invite à ne pas aimer seulement en paroles, mais par des actes et en vérité. Une foi qui se contente seulement de la messe, de la prière ou de l’appartenance à un mouvement spirituel, mais qui n’agit pas concrètement, qui ne s’engage pas de manière prophétique pour transformer notre monde en le rendant meilleur, cette foi qui n’agit pas est en fin de vie car elle meure à petit feu sans s’en rendre compte !  

Un autre élément que j’aimerais souligner dans la parole de Dieu est la compassion ! Avant de nous engager, une première étape est nécessaire : la compassion ! On ne peut venir en aide à quelqu’un que dans la mesure où nous nous sommes d’abord laissés touchés, dans nos tripes, dans notre cœur par sa souffrance, comme le bon samaritain qui est pris de compassion. Nous avons chacun un cœur et Dieu nous invite à l’ouvrir, à se laisser toucher par la joie des autres pour nous réjouir avec eux, et par la souffrance des autres pour pleurer avec eux ! Une préface eucharistique dit que par pitié pour notre misère, Dieu s’est fait l’un de nous dans le corps d’une femme pour nous sauver !

Notre monde vit un déficit de compassion. Nous ne savons plus compatir, et sans cesse, même les psychologues nous disent que nous devons nous « protéger » ! Evidemment qu’il faut se protéger du mal et du Malin, de tout ce qui peut nous abimer, nous détruire. Mais nous ne pouvons pas nous protéger notre cœur pour l’empêcher de faire du bien. Un chrétien ne peut barricader ni blinder son cœur aux autres ! Le prophète Ezéchiel nous appelle à permettre à Dieu d’arracher notre cœur de pierre, insensible, pour nous donner un cœur de chair qui se laisse toucher, qui sait être affecté par la joie et la peine des autres. Nous sommes devenus des femmes et hommes trop cérébraux, très logiques et cartésiens au point d’oublier parfois que nous avons aussi un cœur capable d’aimer, de rire et de pleurer. C’est parce que le cœur de l’homme riche de l’évangile est fermé que ses yeux, ses mains et ses oreilles sont aussi fermés au point de ne plus voir ni entendre la souffrance du pauvre Lazare assis près de lui.

Seigneur, ouvre notre cœur, ouvre nos yeux, nos oreilles, nos mains aux joies et aux peines qui nous entourent. Amen.

Homélie du Père Joseph du XXVI° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)2022-09-25T11:27:21+02:00

Homélie du Père Joseph du XXV° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)

Mes chers frères et sœurs !

Une confession au début de cette homélie. L’évangile de ce dimanche est parmi les plus difficiles pour moi. Préparer cette homélie a été un exercice un peu rude car je me suis retrouvé devant une page d’évangile que je trouvé un peu bizarre ! Avouez qu’il est choquant de voir comment le commerçant riche du livre d’Amos, dans de la première lecture met en place toute une stratégie, en utilisant la religion, pour exploiter les pauvres ! Ca fait penser à ce qu’on appelle de nos jours « l’optimisation fiscale » : rien d’illégale mais tellement rusé et malhonnête e intelligent pour passer entre les mailles du filet du Fisc pour gagner beaucoup plus encore et moins payer d’impôts comme savent le faire les GAFA ou beaucoup d’autres grosses boites.  Ce comportement provoque naturellement la colère de Dieu exprimée dans la première lecture. Aussi, dans l’évangile je trouve, à première vue, très choquant, d’entendre Jésus vanter et encenser un gérant malhonnête, rusé et corrompu.

Alors devant cette Parole de Dieu et regardant notre société, quelques affaires, faits et personnages me sont venus spontanément à l’esprit : affaires Balkany, Bygmalion, des scandales et malversations financières, avec quelques mafieux qui veulent blanchir l’argent sale au Vatican qu’on a appelé Vatilix dans lesquels pape François a essayé de mettre de l’ordre, les Panama Papers….Vous pouvez penser à tous les fraudeurs du Fisc ou aux prises illégalesd’intérêt que l’actualité judiciaire nous rappelle de temps en temps… ! Nous en avons tous un peu marre de tous ces donneurs de leçon appelant au respect de la Loi mais qui planquent leur argent aux Bahamas, aux Iles Caïmans et autres paradis fiscaux près de chez nous comme la Suisse ou le Luxembourg… Dans ce contexte, il est normal que nous soyons choqués par cet évangile qui semble faire la part belle à gérant corrompu et malhonnête….

Devant la tentation de l’argent, s’il vous plaît, ne surestimons pas notre force et intégrité morale, car nous tous plus ou moins faibles et fragiles. L’argent nous fait parfois oublier les grands principes auxquels nous croyons comme la justice, la vérité, l’honnêteté et que nous enseignons à nos enfants. Nous ne sommes pas toujours capables de maîtriser notre appétit au gain et de résister à l’attrait de la richesse. Du coup, de manière inconsciente, sans le vouloir, et parfois même, malheureusement de manière, délibérée et choisie, nous accumulons et trichons pour avoir un peu plus d’argent chaque jour….oubliant qu’à notre mort, ni billet, ni chéquier, ni coffre ne nous suivra pas dans la tombe. Ne nous faisons pas d’illusion : l’attrait de l’argent est très puissant, et comme nous dit l’évangile de ce dimanche, si nous ne faisons pas attention, nous risquons de tomber dans son piège en devenant, de manière sournoise, un peu plus malhonnête chaque jour.

Pour comprendre le sens profond du message de cet l’évangile qui peut nous choquer, essayons de dépasser le caractère scandaleux du récit et regarder le contexte de cette parabole. La course au pouvoir et le succès économique, la prétendue sécurité que nous octroie l’argent et les biens matériels…tout cela risque de nous faire oublier combien l’argent est capable de nous appauvrir humainement et spirituellement. Quand l’argent atteint notre cœur, le siège de l’amour et des sentiments, il peut nous rendre « insensibles et durs comme pierre ». N’avez-vous jamais rencontré dans votre famille ou entourage des gens qui ne pensent qu’à gagner l’argent, pour qui tous ceux pour qui tous les coups sont permis pour augmenter et grossier leurs comptes en banque.

L’argent a le pouvoir de nous rendre esclaves et aveugles, au point de nous empêcher de voir qu’il y a des pauvres autour de nous. Certaines personnes tellement riches donnent parfois l’impression de vivre dans « leurs bulles ». On se demande si nous habitons la même planète, confrontés aux mêmes problèmes de famine, de chômage, de crise écologique, énergétique… On parle actuellement d’inflation, de crise énergétique, des prix des denrées alimentaires qui ont explosé à cause de la guerre en Ukraine. Le contexte économique nous oblige à la sobriété, à faire attention notre consommation de gaz et électricité, nos déplacements en voiture… mais je sais que certaines personnes ne se sentent pas tellement concernées et qu’ils vont continuer à vivre dans l’opulence. Alors que le nombre de gens vivant sous le seuil de la pauvreté augmente dans le monde, le Magazine Forbes nous dit que le nombre des milliardaires ne fait que multiplier chaque année.

Il a été notifié au gérant malhonnête son licenciement pour mauvaise gestion, qui est une faute grave ! Avant de partir, il manipule les comptes pour en tirer profit avant son licenciement. Dans la première lecture, le prophète Amos nous présente, en réprouvant son attitude, un homme qui ne pense qu’au profit en faisant de la spéculation financière : « Quand donc la fête de la nouvelle lune sera-t-elle passée, pour que nous puissions vendre notre blé ? Quand donc le sabbat sera-t-il fini, pour que nous puissions écouler notre froment ? Nous allons diminuer les mesures, augmenter les prix et fausser les balances. Nous pourrons acheter le faible pour un peu d’argent, le malheureux pour une paire de sandales. Nous vendrons jusqu’aux déchets du froment ! » Le Seigneur le jure par la Fierté de Jacob : Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits ».

Loin du sens premier, Jésus ne fait pas l’éloge ni la louange du gestionnaire malhonnête de l’évangile. Ce qu’il souligne ici, c’est cette grande capacité que cultivent les enfants des ténèbres, c’est-à-dire, ceux qui ne pensent qu’à la vie terrestre à faire des bénéfices, à gagner plus. Les enfants de la lumière, c’est-à-dire nous tous avons reçu la lumière du baptême, sommes appelés à cultiver les mêmes capacités, les mêmes astuces pour nourrir en eux le désir du ciel et gagner la vie éternelle. Grâce à un process très intelligent, une stratégie ingénieuse, le gérant malhonnête se rend compte qu’il faut « assurer ses arrières », comme on dit, en se faisant quelques amis ! Alors, le pourcentage qu’il devait mettre dans sa poche sur la dette des travailleurs, il fait tout pour le perdre et s’attirer ainsi un peu de sympathie. Cela lui sera utile quand il sera licencié. Ainsi, il ne sera pas rejeté par tout le monde car quelques travailleurs qui lui resteront un peu reconnaissants.

C’est à ce niveau qu’intervient l’enseignement de Jésus. En observant cet homme malhonnête, Jésus nous demander aussi d’être aussi « rusés », d’être aussi intelligents et ingénieux pour obtenir et chercher notre salut, la vie éternelle. Nous utilisons notre intelligence pour faire le mal, pour accumuler et gagner plus d’argent ! Pourquoi ne pas utiliser la même intelligence et ingéniosité pour faire le bien autour de soi, pour rendre les autres un peu plus heureux, rendre notre monde un peu meilleur. Si toute cette énergie déployée pour exploiter les autres et faire du profit dans notre monde économique ultra libéral était pareillement déployée au service du bien commun, pour lutter contre la pauvreté, les maladies, l’exclusion, faire et consolider la paix entre les peuples… c’est sûr que notre monde serait déjà un peu le ciel car serait devenu un peu le paradis car nous serions certainement plus heureux les uns et les autres.

Le Seigneur nous dit : « Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles ». Demandons au Seigneur de nous à ne jamais oublier la dimension précaire, périssable de l’argent pour rechercher la vraie richesse impérissable, celle qui nous fera obtenir le salut et la vie éternelle. Amen.

 

Homélie du Père Joseph du XXV° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)2022-09-17T22:28:07+02:00

Homélie du Père Joseph du XXIV° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)

Chers frères et sœurs, chers paroissiens !

Pour notre rentrée paroissiale, l’évangile nous invite à parler de la famille. La parabole du fils prodigue, est un appel à regarder notre communauté ecclésiale comme Eglise-famille de Dieu sur notre ensemble paroissial à travers la diversité de ses paroisses et de ses membres tous appelés à marcher ensemble, à chercher le bien de tous et de chacunde ses membres. Cette parabole nous révèle le vrai visage du Dieu qui nous rassemble, ce Père attentif à chacun de ses enfants. Ce Père permet à ses enfants, tous différents, à se reconnaitre comme frères et sœurs ! Alors que l’aîné refuse toute relation fraternelle pour une raison que nous pouvons comprendre, c’est le père qui restaure la relation fraternelle entre ses enfants : « ‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! »

Cet évangile nous parle de deux autres paraboles, mais je fais le choix de méditer celle de ce père prodigue dans son amour avec ses deux enfants déjà majeurs avec lesquels il gère une petite entreprise agricole familiale. Ne soyez pas aussi étonnés ma lecture moins spirituelle, exégétique ou biblique de cette parabole. J’ai fait le choix d’en faire une lecture plutôt pastorale et ecclésiale qui nous interpelle tous en cette rentrée pastorale.

A première vue, le fils aîné ne pose aucun problème ! Il est sérieux, travailleur, engagé. Le père appuie sur lui car il est digne de confiance et loyal. Il a le sens du devoir, ne râle jamais, ne fait ni contestation ni réclamation. Il n’est pas salarié, comme vous tous qui êtes engagés dans nos paroisses, et qui êtes presque tous de bénévoles, vous donnant à fond dans vos missions. Le sérieux du fils aîné a un impact sur les ouvriers qui reconnaissent en lui le digne héritier parce qu’il fait bien son travail.

Ce fils aîné fait penser à tous ces paroissiens engagés dans les différents services pour que la mission avance et grandissent. Par le sérieux de leur engagement, ils impressionnent les parents du KT, de l’aumônerie, du scoutisme, ceux qui sont éprouvés par le deuil, les baptêmes des petits-enfants, des enfants du primaires, les fiancés qui se préparent au mariage, les ados, les adultes et tous ceux qui frappent aux portes de nos églises. Ils le font bénévolement, généreusement, encaissant parfois des coups parce qu’il y aura toujours quelqu’un qui critique ou qui fait des remarques désagréables autour des choses qui sont faites ou mal faites. La mission dans l’Eglise peut être parfois ingrate, éprouvante et crucifiante. Je sais combien vous en prenez parfois plein la gueule et êtes tentés parfois de tout envoyer balader, mais vous restez là par loyauté et sens du devoir, pour ne pas laisser mourir l’Eglise qui a besoin de vous et de votre engagement.

Le fils cadet lui, souffre un peu de la routine familiale quotidienne et de ce travail qui ne le passionne plus. Il étouffe dans cette famille où il se sent malheureux.  L’évangile ne nous dit pas les raisons qui font que cadet soit malheureux au sein de sa communauté familiale, mais il décide de prendre le large, veut voir autre chose, voir ailleurs ! Il paraît que c’est toujours mieux ailleurs ! L’herbe est toujours plus verte chez le voisin. La paroisse voisine, celle d’à côté aura toujours quelque chose de plus que la nôtre ! C’est certain ! Mais quand tu écoutes et regardes avec attention les voisins, tu vois qu’ils ont aussi leurs propres fragilités.

Ce cadet fait penser à ceux qui pensent que c’est toujours mieux ailleurs, se sentent un peu à l’étroit, mal aimés, incompris au sein de la communauté et qui sont tentés de changer de paroisse ! Nous devons, personnellement et collectivement nous interroger sur les raisons qui pousseraient certains à fuir nos paroisses, ce qui pourrait être cause de frustration, de blessure et de découragement pour ceux qui partent ou sont tentés de partir ?

Pensez à vos enfants ou petits-enfants qui n’attendent que le lendemain de leur18 ans pour quitter le domicile familial pour se sentir vraiment libres, épanouis et libérés du poids des parents ! Humainement, nous pouvons comprendre l’attitude du cadet qui désire prendre un peu de distance de la communauté familiale. Nous avons parfois besoin de cette distance pour apprendre ou réapprendre à aimer de nouveau la maison familiale, celle des parents, et si on peut parler de manière plus ecclésiale, pour aimer de nouveau notre communauté paroissiale, comme le cadet qui finalement, est revenu, redonnant la joie au père, aux ouvriers, malgré la jalousie du frère aîné qui est resté à la tâche.

Un artiste Sud-africain Lucky Dube chante que « l’on choisit ses amis, mais pas sa famille biologique ». De même, canoniquement et territorialement, on ne choisit pas sa famille paroissiale. Elle est là, à un territoire donné, là où nous habitons, Lardenne, Tournefeuille, Plaisance, St Simon, La Salvetat ! Cette communauté porte ses fragilités, certes, et comme notre famille naturelle, mais nous apprenons à aimer notre famille ecclésiale sans l’idéaliser. Nos paroisses ne sont pas idéales ! On le saurait. Parfois, on a envie de se barrer, et de claquer la porte. Un adage congolais que « qu’on ne répare une maison qu’en restant à l’intérieur pour voir d’où viennent les fuites d’eau sur le toit ». Notre communauté est loin d’être un modèle. Nous avons tous, en commençant par le curé et ses vicaires, des conversions à vivre.

S’il vous plaît, aimons, apprenons à aimer notre communauté ! Si nous ne l’aimons pas, nous ne pouvons pas nous engager pour la réparer et la rendre plus belle. Fuir la communauté ou s’en désengager n’est pas la solution qui lui permettra de se convertir et de devenir meilleure. Aimer sa communauté, c’est s’engager pour elle parce qu’elle a besoin de moi et pas seulement quand cela me fait plaisir ou me convient ! Jésus n’éprouvait aucun plaisir quand il était en croix. Il aurait pu écouter l’un des bandits crucifiés avec lui et qui lui demandait de se sauver de la croix, et de les libérer aussi s’il est le fils de Dieu. Mais, Jésus est resté sur la croix, par amour pour nous, pour notre salut. Nos missions sont parfois crucifiantes mais nous y restons parfois par amour pour nos frères et sœurs dans le Christ.

Le fils cadet a demandé et obtenu sa part d’héritage. Il s’est éloigné et s’est coupé de tous pour profiter de la vie, sans se soucier de l’avenir. Il aurait pu investir, placer son argent, le faire fructifier, mais il a tout dilapidé. Quand il y a que des sorties d’argent, sans entrées ni recettes, le compte bancaire est rapidement dans le rouge et forcement la misère se pointe. Une famille, une paroisse ne peut dépenser aveuglement sans faire attention aux recettes….! Je profite de cette parabole, en cette rentrée paroissiale pour remercier ceux et celles ont le souci de la santé matériellede nos 5 paroisses, vous qui lui permettez de vivre par vos dons et votre générosité, vous qui bricolez, qui faites des grands et petits travaux d’entretien dans nos églises, sacristies et maisons, vous qui vous occupez de la quête, du Denier… et de tant des questions matérielles ! Votre mission peut paraitre parfois ingrate, mais elle est indispensable pour que notre communauté ne sombre pas dans la misère comme le fils prodigue.

Le fils cadet est tombé dans la misère. Aimer sa communauté paroissiale, c’est aussi être capable de regarder sa propre misère et ses pauvretés pour l’aider à s’en sortir, à se relever. Il ne sert à rien de pointer la misère, la souligner si nous ne prenons pas l’engagement de nous bouger pour nous en sortir. Il y a des gens qui savent et disent ce qu’il faudrait faire, mettre en place, mais qui ne font rien. Si je vois que ma communauté est pauvre de quelque chose, l’attitude juste serait de me demander ce que je peux faire personnellement pour que cela s’améliore. Si je veux que ma communauté soit plus accueillante, s’engager personnellement pour améliorer l’accueil. Si je veux que les enfants trouvent leur place aux messes dominicales et que nos communautés rajeunissent encore plus, m’investir dans l’accueil des enfants à la messe de dimanche, par exemple. Je pense à Irène qui pendant plusieurs mois, elle était seule à s’occuper des enfants le dimanche à Tournefeuille. Tout le monde disait que c’était beau ! Elle a lancé des appels pour trouver de l’aide ! Aucune réponse. Elle s’est découragée ! Et elle a déménagé de Tournefeuille cet été!

Vous avez constaté qu’il n’y a pas suffisamment de groupes de prière dans nos paroisses, moins de temps conviviaux, mois d’apéros ou repas partagés, moins de solidarité, moins de louange… Parfait !  Allez-y, prenez des initiatives ! N’attendez pas que ce soient vos prêtres qui conçoivent tout. Nous sommes là pour accueillir, discerner, soutenir et accompagner vos idées et propositions.…Chaque baptisé est responsable de la santé de la communauté paroissiale pour la sortir de la misère dans laquelle elle se trouve.

La situation négative de misère a permis au fils cadet de prendre conscience de la chance qu’il pouvait avoir dans la maison familiale. Cela l’a poussé à prendre la décision d’y retourner : « Alors il réfléchit : ‘Tant d’ouvriers chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je vais retourner chez mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils. Prends-moi comme l’un de tes ouvriers ». Mal habillé, devenu ombre de lui-même et très affamé, il reprend la route du retour vers son Père.

Le père a respecté la liberté de son fils, même celle de s’éloigner de lui. Dieu nous aime tellement qu’il nous a créés libres. Liberté même de lui dire non, de quitter la communauté et d’y revenir. Une des caractéristiques qui différentient l’Eglise d’une secte, c’est la liberté, celle d’entrer ou de sortir. Le père reconnaît au cadet même le droit de se tromper, de tout quitter, droit à l’erreur. Mais ce père n’a jamais cessé d’aimer et d’espérer le retour du fils cadet et l’attendait tellement depuis son départ qu’il est le premier à l’apercevoir, de très loin : « Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de pitié ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers ».

Le père ne laisse même pas au fils cadet couvert de honte le temps de déclamer le petit baratin qu’il avait déjà bien préparé pour demander pardon. Dieu connaît notre cœur, nos plaies et nos blessures. Le père ne fait aucun reproche au fils. Ce qui compte pour le père, c’est redonner honneur et dignité à son fils qui revient à la maison : « Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller. Mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds » et il tue le veau gras réservé aux grandes fêtes.

Nous contemplons dans cette parabole la figure sublime du père qui va à la rencontre de chacun de ses deux enfants qu’il aime d’un amour particulier et impartial. Celui qui nous rassemble, au-delà de nos différences, c’est Dieu le Père qui nous rend frères et sœurs en Jésus Christ et par son Esprit d’Amour. Puisse Dieu nous donner la grâce de former vraiment une Eglise-Famille, où nous nous reconnaissons vraiment frères et sœurs, où nous avons à la fois le souci de l’ensemble de la famille, et les uns des autres en cette année pastorale. Amen.

 

Homélie du Père Joseph du XXIV° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)2022-09-13T14:28:10+02:00

Homélie du Père Joseph du XXIII° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)

Mes chers frères et sœurs !

Depuis quelques années, nous assistons à un fait évident dans la vie de l’Eglise, nous assistons à un fait évident : c’est la baisse très sensible de la pratique religieuse. Nous avons eu les inscriptions KT et d’aumônerie hier, et même si nous ne pouvons pas nous plaindre sur les effectifs par rapport à certaines paroisses du diocèse, il est évident que nous sommes bien en deçà des effectifs d’il y a 20 ans par exemple. Même si nous assistons à un renouveau spirituel et chrétien en France (voir l’augmentations des demandes de baptêmes et confirmations des adultes). La France qui, par son histoire, avait déjà touché le fond et qui ne pouvait que renaître petit à petit de ses cendres…en l’espace de quelques années, la pratique religieuse varie, selon les régions de France, de 5% qui se disent chrétiens pratiquants à moins 1% selon que nous sommes dans une ville comme Toulouse.

Le curé que j’avais quand j’étais tout jeune vicaire me parlait de Toulouse comme étant une région « radicale-socialiste » où la pratique religieuse est l’une des plus faibles en France. Pour les non pratiquants, ceux qui ne s’intéressent pas à la vie de l’Eglise, ces données statistiques ne font ni chaud ni froid. D’ailleurs, certains même parmi les plus anticléricaux s’en réjouiront. Mais pour nous qui avons le souci de faire vivre et voir grandir l’Eglise, même si nous n’avons pas le syndrome des chiffres….ces statistiques  sont frustrants et  éprouvants.

Alors, nous aimerions mettre en place des stratégies pour bien remplir de nouveau nos Eglises, faire le plein au catéchisme et à l’aumônerie, avoir plus d’enfants au scoutisme…Nous y travaillons chaque jour. Mais en ce premier dimanche de septembre, Jésus nous donne quelques éléments pour nous accompagner au cours de cette année pastorale que nous commençons, nous mettant en garde contre la tentation de faire du chiffre à tout prix.

Suivre Jésus, aller à la messe, s’engager dans l’Eglise… est d’abord une question de liberté et d’adhésion personnelle. Même les enfants baptisés bébés grâce à la demande de leur parents, plus tard, ils  sont appelés à adhérer librement à la foi de leur baptême grâce à l’éducation reçue des parents, en milieu familial et grâce à l’accompagnement des catéchistes, animateurs d’aumônerie, les responsables de l’éducation religieuse les écoles et mouvements comme le scoutisme….Cette liberté se manifeste dans les étapes de la vie chrétienne telles que la première communion, la profession de Foi , la Confirmation (qu’on peut recevoir même adultes ), et des choix plus importants comme le mariage ou la vie consacrée. Cette liberté de choisir Jésus exige de prendre suffisamment conscience des difficultésque comporte une vie chrétienne. Dans l’évangile, Jésus met l’accent sur certaines de ces difficultés pour que la liberté de le suivre ne se base pas sur un enthousiasme euphorique et superficiel…

Jésus ne nous tient pas un discours de campagne électorale, parfois démagogique, promettant la lune, une France forte, apaisée, meilleure, sécurisée, moderne,  avec le plein emploi, avec une immigration réduite, choisie et maitrisée,  sans burkini, mais peut-être avec plus de bikini… ! Bref, Jésus ne nous tient pas un discours parce qu’il veut monter dans les sondages.  Jésus pose dès le départ les conditions très difficiles pour tous ceux qui veulent le suivre en affirmant que ce choix ne sera pas une partie de plaisir… On dirait même qu’il veuille décourager cette foule nombreuse et enthousiaste.

Précis, le ton grave, ferme et catégorique, Jésus redit, en s’adressant à cette foule, que nous ne pouvons pas être ses disciples si nous ne sommes pas capables de renoncer, de dire non à quelque chose qui nous tient à cœur. Être disciple du Christ, c’est dire oui à Lui, et par conséquent renoncer à beaucoup d’autres choses, en particulier à trois réalités sans lesquelles nous sommes humainement fragile et pauvres : les liens familiaux et affectifs, la gloire de la société et les biens matériels : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple ».

Pour être disciples du Christ, il n’y pas d’autre alternative. Il nous faut considérer les liens affectifs et familiaux moins importants que l’Amour du Maître ; accepter la logique de la croix, c’est-à-dire la possibilité d’être rejeté par la société ; renoncer aussi aux biens matériels. Jésus est vraiment exigeant. En quelques versets, il nous donne des éléments pour nous aider à construire son Eglise au sein de chaque communauté locale.

Jésus s’insurge ainsi contre la logique sentimentale et affective qui caractérise parfois dans nos relations au sein de nos communautés, la logique des liens parentaux, celle de la clique, la bande des copains, du groupuscule des gens bien qui se retrouvent souvent seulement parce qu’ils s’entendent bien entre eux et qui excluent les autres. On ne peut construire une communauté chrétienne en se basant sur la logique des sentiments et des préférences. Je préfère ce prêtre à l’autre et je vais seulement à « sa messe », et je fais tout pour trouver le planning des célébrants pour savoir qui célèbre où et quand…. Ou alors, je m’engage dans un service, un mouvement, un groupe seulement parce que je vais y rencontrer mes amis. La logique sentimentale et affective nous fait obtenir notre récompense dès ici-bas, comme nous le disait l’évangile de dimanche dernier.

Alors que la réussite de la vie dans notre société se mesure au poids du compte en banque, de notre niveau social, nos diplômes, responsabilité professionnelle ou ecclésiale, Jésus nous dit aujourd’hui que la réussite du disciple se mesure à sa capacité à renoncer aux biens matériels, au pouvoir et aux relations affectives. Pendant que ses disciples aspirent à prendre le pouvoir et voient en lui un leader puissant qui prendra Jérusalem des mains des Romains, Jésus les appelle à entrer dans la logique de la croix, de la souffrance et du renoncement !

Durant sa marche vers Jérusalem, Jésus veut que les choses soient bien claires pour tous ses disciples. Il dit ouvertement et clairement que la logique de la foule nombreuse, celle de ceux qui font exploser tous les sondages et les statistiques, comme en politique, celle de celui qui a plus de signatures, d’adhérents, de fonds récoltés…., celle des salles combles ou églises  pleines, des messes les plus suivies, du poids des chrétiens dans la société française… celle-là n’est pas du tout sa logique. Si nous sommes dans cette logique-là, nous ne sommes pas faits pour être chrétiens ou disciples du Christ ? Ce que Jésus nous dit parait contre-nature. Prenons cet évangile comme un appel à nous arrêterun moment pour reconsidérer notre vie chrétienne et nos motivations premières pour repartir sur des nouvelles bases totalement différentes, mais plus vraies et plus solides : celles de la croix, du renoncement au pouvoir, du service, de discrétion, en acceptant, humblement parfois la dernière place. Que le Seigneur nous vienne en aide et nous apprenne à toujours mieux le suivre en cette année qui s’ouvre. Amen.

 

 

Homélie du Père Joseph du XXIII° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)2022-09-03T14:27:37+02:00

Homélie du Père Joseph du XXII° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)

Mes chers frères et sœurs

Nous sommes en période de rentrée ! Vous ne pouvez imaginer à quel point cela me stresse depuis des semaines pour que tout se passe bien avec tout ce qui doit être mis en place et accompagner dans nos paroisses. Vous ne vous rendez pas compte parce que je cache bien mon jeu pour ne pas faire paniquer, mais quelqu’un m’a dit un jour que j’étais hyperactif !  Conséquence : je peux stresser le monde autour de moi !

Mais, au lieu de parler de moi, ne sommes-nous pas tous, volontairement ou involontairement, consciemment ou inconsciemment, victimes de ce rythme, de cette philosophe, de cette manière d’être et de faire qui nous stresse au quotidien, qui nous angoisse, en nous poussant à nous dépasser, à viser toujours plus haut, plus grand, à faire des conquêtes, à rassembler et amasser les trophées et des médailles,  à être toujours plus performants, les meilleurs compétiteurs, même s’il faut pour cela écraser les autres pour conquérir ces premières places dans la société, dans le sport, au travail, la vie de couple, en famille? Nos enfants sont déjà victimes de cela dans le monde scolaire. Demandez à ceux qui font prépa à Fermat ou au lycée Saliège avant de passer les concours d’admission pour la meilleure des écoles.

Nous avons vécu un pèlerinage vendredi lors de la Journée diocésaine de Lourdes. Notre archevêque, Mgr de Kerimel nous a appelés, à marcher ensemble, dans l’unité, la fraternité, la communion en vue de la mission. Cette recommandation est importante parce que, malheureusement, dans l’Eglise et dans nos petites communautés paroissiales, nous ne sommes pas vaccinés contre cette rivalité et soif des premières places que décrit Jésus dans l’évangile.

Jésus parle d’une tentation qui n’est pas le vice d’une époque révolue de l’histoire, mais bien flagrante à notre époque. Cela est inscrit dans la nature même de l’être humain, parce que nous sommes fils et filles d’Adam et Eve. L’humain est dominé plus ou moins par le premier des 7 péchés Capitaux qui s’appelle l’orgueil. A l’époque de Jésus comme aujourd’hui encore, l’esprit de compétition avait ses fauteurs et faisait ses victimes. Avant de parler de l’orgueil comme péché capital, je reconnais que le progrès dans lequel nous vivons aujourd’hui est, d’une certaine manière, le fruit positif de la compétition entre les personnes et les nations. Cette compétition est donc, de ce point de vue, un moteur efficace pour le développement et progrès dans plusieurs domaines. Je pense en particulier aux facilités que cela provoque au niveau technologique et médicale.

Cependant, reconnaissons aussi que l’esprit de compétition a fini par nous obséder presque tous, que ce soit sur le plan personnel, communautaire, national et international. Même dans l’Eglise, à quelque échelle que ce soit, dans les communautés comme dans la hiérarchie, nous sommes victimes des rivalités.

Dans la société, notre jugement sur les personnes et sur les peuples est conditionné par ce critère.  Nous apprécions et admirons facilement les atouts et capacités de celui ou celle qui a bien réussi à se mettre en vue. On admire, même quand on ne l’aime pas, le fin politique Emmanuel Macron, la stratège Marine Le Pen. On se moque d’Eric Zémmour qui s’est fait laminer aux élections alors qu’il se voyait déjà à l’Elysée. Certaines pratiques et stratagèmes fourbes, malhonnêtes, la tricherie, les « tous les coups sont permis », attitudes arrivistes… sont admirées dans la mesure où elles nous ont permis d’atteindre notre but, même si cela a laissé des millions des malheureux et écrasés au passage. En d’autres mots, celui qui a réussi, qui domine a toujours raison. La quête des premières places a en soi un côté pervers que la société nous empêche de voir.

C’est « l’orgueil », ce péché capital qui nous habite tous, vous et moi, qui est la racine de tout cela. Et cette rentrée pastorale, pouvons-nous travailler et demander la grâce de l’humilité. On ne guérit de l’orgueil que par l’humilité. C’est cela que nous apprend le Christ à travers le mystère l’incarnation « Ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de lui-même, mais aussi des autres. »  (Phil 2, 3-4). C’est le témoignage que le Christ au lavement des pieds le jeudi saint : « Après leur avoir lavé les pieds, il reprit son vêtement et se remit à table. Il leur dit alors : « Comprenez-vous ce que je viens de faire ? Vous m’appelez ‘Maître’ et ‘Seigneur’, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous » (Jn 13, 12-15).  La Vierge Marie, dans son chant du Magnificatreconnait nous rappelle que le Seigneur élève les humble et disperse les orgueilleux.

Toute la vie de Jésus a été fondée sur le choix de l’humilité, des dernières places.  N’oubliez pas qu’on voulait faire de lui un roi « A la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient : « C’est vraiment lui le grand Prophète, celui qui vient dans le monde. » Mais Jésus savait qu’ils étaient sur le point de venir le prendre de force et faire de lui leur roi ; alors de nouveau il se retira, tout seul, dans la montagne. » (Jn 6, 15-15). Chaque disciple de Jésus est appelé à entrer dans la dynamique de l’incarnation, en imitant Dieu qui s’est abaissé en devenant l’un de nous, pas pour nous écraser, mais pour nous élever en nous faisant participer à sa grande dignité divine.

C’est cette grâce que nous allons demander au Seigneur : Qu’il vienne nous guérir de notre orgueil, de cet orgueil subtil et sournois qui se manifeste dans le désir et le besoin légitimes que nous avons d’être reconnu, de recevoir des remerciements pour les services que nous rendons en communauté ou en de famille, la gratitude que nous réclamons de nos amis, les parents, les collègues de travail….

Jésus nous dit qu’un disciple doit servir sans rien attendre de retour, car sa vraie récompense vient de Dieu qui voit tout ce que nous faisons dans le secret. Demandons au Seigneur de nous aider à vaincre en nous les rivalités et les jalousies sournoises qui nous hantent parfois car nous sommes tous embarqués dans le même bateau dont le Christ est le capitaine : peu importe la place que nous occupons dans la barque : l’important est d’y être avec les autres.

Seigneur, en cette nouvelle année pastorale, nous voulons nous mettre à ton école. Apprends-nous l’humilité. Donne-nous la grâce d’être une communauté accueillante et missionnaire. Donne-nous la grâce de servir, de nous engager, généreusement, mais discrètement, sans chercher à occuper les premières places dans le monde. Amen.

Homélie du Père Joseph du XXII° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)2022-09-03T14:27:45+02:00

Homélie du Père Joseph du XXI° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)

Mes chers frères et sœurs !

Dans cet évangile, une grande question est posée à Jésus : « Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? ». Chacun de nous s’est probablement demandé un jour : « Au ciel, y a-t-il quelque chose vraiment ? et puis, s’il y a des gens au ciel, est-ce que j’y serai moi aussi ? ». Cette question est révélatrice de la peur profonde que nous avons de nous perdre, de finir dans le néant, peur de la nuit éternelle. Ellerévèle notre profonde angoisse par rapport à l’au-delà.

Jésus y répond en nous donnant un conseil : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, » Le verbe « s’efforcer » en grec est « agonizo » et veut dire lutter, combattre. L’agon estle lieu de la lutte et des combats. Cela fait penser à une des oraisons du rituel pour l’onction des malades, en particulier quand il s’agit de l’extrême onction car la personne vit ses derniers instants. Nous prions Dieu en disant : « Seigneur, regarde ton serviteur qui mène son dernier combat contre la mort… ». Dans cette prière, il est bien exprimé que nous sommes faits pour la vie et qu’au moment de l’agonie, nous luttons, nous menons notre dernier combat contre la mort.

S’efforcer, comme le dit Jésus, c’est mener un combat,lutter, rester ferme sur notre objectif. Une porte étroiteindique un lieu difficile d’accès, situation compliquée, chose dont nous faisons l’expérience devant des problèmes et des situations qui nous paraissent sans issue. Devant lesdifficultés de la vie, Jésus appelle à la persévérance, c’est-à-dire, ne pas baisser les bras, engager toutes nos forces et notre courage, se relever après une chute au lieu de rester dans la boue dans laquelle nous sommes tombés. Persévérer, c’est être tenace, savoir attendre et patienter, accepter même une défaite apparente et momentanée sans dévier de notre objectif de départ, sans se laisser terroriser par l’épreuve que nous traversons. Cela suppose aussi une discipline et beaucoup de travail.

Tout ce qui, dans la vie, est important et essentielimplique lutte, discipline, patience, travail, et ne s’obtient pasà coup de baguette magique, en un instant, un claquement des doigts. Pour atteindre un objectif important, il nous faut persévérer, travailler, patienter, mettre beaucoup d’amour,essayer, réessayer, reprendre plusieurs fois s’il le faut, sans céder au découragement.

La société nous fait croire parfois qu’en toute chose nous pouvons obtenir et faire « tout et maintenant », « en un instant ». Avec le téléphone, nous sommes connectés avec l’autre bout du monde, à l’instant T. Avec le microonde, je réchauffe mon repas en deux minutes, avec la télé nous voyions à l’instant et en direct la guerre en Ukraine ou l’incendie en Gironde ou dans les Landes, ou un événement à l’autre bout de la planète. Avec un bip, j’ouvre le portail du parking de ma maison à distance pour ne pas attendre ! Certains jeux virtuels ou télévisuels nous promettent en un instant de devenir millionnaire ou une grande star ». De manière inconsciente, prend peu à peu forme en nous l’idée que tout peut être obtenu en un instant… Mais la réalité nous dit tout le contraire !  Nous voyions l’incendie dans les Landes en direct, la guerre en Ukraine ou à Goma en direct… et pourtant nous sommes incapables en un instant de mettre fin à cette tragédie ! Nous pouvons abattre un arbre en in instant, mais pour faire pousser un autre arbre, il faut beaucoup de temps, de travail et de patience !

La réalité de la vie n’est pas aussi simple qu’on nous le faire croire parfois ! Pour comprendre mes propres peurs, pourquoi je réagis en hurlant lorsque quelqu’un me fait une observation désagréable, pourquoi je ne parle plus lorsque quelqu’un hurle contre moi, pourquoi je me renferme et deviens tellement timide en perdant tous mes moyens jusqu’à en avoir honte, ou pourquoi je souffre de panique ou que je ne dors plus la nuit… tout cela est tellement important et refuse l’illusion « du le tout, ici et maintenant ». Le prêtre, l’accompagnateur spirituel, le médecin, le psychologue, le psychiatre, le coach ou conseiller conjugal nous dit que pour résoudre ces problématiques, cela demandera beaucoup de travail, de séances, de la patience, des larmes même et beaucoup de temps. Ils nous disent que nous devons chercher les causes profondes, que nous devons chercher à comprendre, nous remettre en question, creuser, chercher… tout cela signifie batailler ! Autrement, nous ne nous en sortirions jamais !

Pour faire naitre un enfant, il faut bien neuf mois de travail et d’attente, de joie et parfois de douleur ! Un enfant ne vient pas du droit ou d’un simple désir comme on veut nous le faire croire aujourd’hui. L’éducation d’un enfant exige aussi beaucoup discipline et de patience aux parents. Pour que ma foi grandisse, soit enracinée et ferme, je dois faire des efforts, être tenace avec moi-même, lutter, me donner une discipline. Je ne vais pas à la messe et ne prie seulement quand cela me convient : parfois je dois lutter contre ma propre flemme spirituelle, contre la grosse chaleur d’été, accepter de sortir de la chouette pour défier le froid d’hiver pour répondre à l’invitation du Christ. Je dois parfois savoir le dire aux amis qui débarquent à l’improviste dimanche matin et rappeler quela messe est pour moi un rendez-vous important, le signifier au mari ou à l’épouse qui râle parce qu’encore une fois je dois le ou la laisser dimanche matin au lieu de rester ensemble à la maison, accepter les humiliations et moqueries des amis ou mes grands enfants qui m’appellent « grenouille de bénitier » seulement parce que pour moi la messe est très importante ! Tout cela est une lutte qui n’est pas facile ! Et c’est cela la porte étroite dont parle Jésus !

Si dans votre couple, mari et la femme ne se parlent sérieusement qu’une fois l’année, puis basta, le couple ne se construit pas sur du solide ! Au contraire, pour consolider son couple, il faut prendre le temps ensemble, accepter les fragilités de l’autre, patienter, bien communiquer et se parlerrégulièrement, et pas seulement au moment des crises, faire des DSA mensuels (devoir de s’asseoir, dans les END), prendre des vacances ensemble, prier ensemble, regarder un film ensemble, accepter de perdre le temps en faisant simplement une promenade ensemble…. Cela est aussi un combat, une discipline, une porte étroite ! Si on ne se bat pas pour son couple, si on baisse les bras devant les difficultés, le couple va à sa disparition ! Si tu ne fais aucun effort pour prendre soin de ton couple, la séparation te coûtera plus cher économique et affectivement ! Dans la vie, si j’ai un peu d’amour pour moi-même, je dois lutter pour moi-même, persévérer parce que je ne peux grandir ni guérir « tout et tout de suite, ici et maintenant, en un instant ». Ceci nous appelle, dans la vie, à ne pas céder à la facilité mais à tenir bon, faire des efforts, … et surtout pour les choses les plus importantes de notre vie. Cela s’appelle s’efforcer d’entrer par la porte étroite !

Une phrase terrible nous a probablement choqué dans cet évangile. Se retrouver devant Dieu et l’entendre nous dire :«Je ne sais pas d’où vous êtes », ou alors, « Je ne connais pas qui vous êtes » est quelque chose de terrible. Aller chez son propre père et entendre ces mots-là est terrifiant. Pourtant cette phrase est une mise en garde pendant que nous sommes encore ici-bas !  Dieu ne nous condamne jamais et ne peut jamais nous fermer son cœur ! Cependant, il y a un problème !Ici-bas, nous passons notre vie à porter de masques, et montrer des apparences à Dieu et aux autres, à vivre des rôles comme si la vie était un théâtre ou une  comédie!  Nous sommes dans une culture où l’image et les apparences sont plus importantes que la réalité. Conséquence : on se cache, on se ment et on ment aux autres ! Nous donnons l’image d’être des bons cathos alors que nous passons notre vie dans la franc-maçonnerie, nous sommes chez les médiums toutes les semaines ! Je passe pour l’époux, le père modèle alors qu’à la maison je suis violent. Dans la communauté, je donne l’apparence d’être pieux et saint et pourtant je dénigre les autres paroissiens et les critique tout le temps dans leur dos. Je porte en moi des fragilités énormes et pour les cacher, j’écrase les autres, en imposant mes opinions sur tout, je suisincapable d’écouter une idée différente la mienne! Je porte souvent le masque du plus intelligent, du plus fort, du plus puissant, de celui qui sait tout ! Je m’endette pour m’acheter les habits de luxe pour montrer que je suis riche, que j’ai la voiture branchée… Ce sont là nos contradictions que Jésus dénonce !

Si je passe ma vie comme ça à porter le masque devant Dieu qui voit tout et sait tout, ne nous étonnons pas que plus tard il nous dise : « Eloigne-toi de moi car je ne te connais pas ! Tu as tellement passé ta vie sur terre à te cacher et à montrer une image qui ne correspond pas à la vérité de ta vie ! » La réponse de Dieu nous fera tellement mal, mais elle sera à la hauteur de l’hypocrisie de l’image, des masques et des apparences dans lesquelles nous aurons vécus ici-bas. : « Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places.’ Il vous répondra : ‘Je ne sais pas d’où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice. » Tous nos mérites, nos décorationsecclésiastiques, publiques, politiques, la belle réputation basée sur les apparences et le mensonge n’auront aucun impact sur Dieu car il sait tout sur moi ! A notre mort, nous récolterons ce que nous aurons semé pendant notre vie terrestre ! La vie est comme un boomerang : tout ce que nous lançons nous revient à la figure ! Si ici-bas nous sommes dans la haine, l’iniquité, si faire du mal est le boosteur de notre vie, c’est cela que nous récolterons devant Dieu plus tard.

Mes chers amis, cet évangile nous appelle à la conversion. Il n’est jamais tard de revenir à la vérité et se montrer à Dieu et aux hommes tels que nous sommes. Ne perdons plus le temps, avant que cela ne soit trop tard. Revenons au Seigneur de tout notre cœur, revenons à la vérité, au bien, à la vraie et noble simplicité… parce que notre éternité bienheureuse en dépendra. Que le Christ qui nous nourrit aujourd’hui nous donne aussi de vivre, dès ici-bas, tournés vers l’éternité que lui seul peut nous donner. Amen.

Homélie du Père Joseph du XXI° Dimanche du Temps Ordinaire, année C (2022)2022-08-21T11:24:57+02:00
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