Frères et sœurs, L’Évangile de ce dimanche s’ouvre sur une phrase qui mérite que nous nous y arrêtions longuement :« Voyant les foules, Jésus eut pitié d’elles, parce qu’elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger. »Tout commence par un regard.

Avant de parler, Jésus regarde.
Avant d’enseigner, Jésus regarde.
Avant d’envoyer les apôtres en mission, Jésus regarde.

Et ce regard devient aujourd’hui une question pour chacun de nous :Comment Dieu nous regarde-t-il ? Et comment regardons-nous les autres ?

  1. LE REGARD DE JÉSUS VOIT PLUS LOIN QUE LES APPARENCES

Nous vivons dans une société de l’image.Nous regardons beaucoup de choses, mais nous ne voyons pas toujours vraiment.

Nous voyons les visages, mais pas toujours les blessures.Nous voyons les sourires, mais pas toujours les larmes.Nous voyons les réussites, mais pas toujours les combats intérieurs.

Le regard de Jésus est différent.Quand il regarde la foule, il ne voit pas une masse anonyme.
Il voit des personnes.Il voit des histoires.Il voit des souffrances.Il voit des attentes.

Il voit surtout des hommes et des femmes qui ont perdu leur boussole intérieure.« Ils étaient désemparés et abattus comme des brebis sans berger. »Cette parole pourrait décrire beaucoup de nos contemporains.

Des jeunes qui ont tout pour communiquer mais qui se sentent seuls.Des familles qui vivent sous le même toit mais qui ne savent plus se parler.Des personnes âgées qui ont parfois l’impression de ne plus compter pour personne.
Des croyants qui ont perdu le goût de la prière.Des hommes et des femmes qui cherchent le bonheur mais ne savent plus où le trouver.Le Christ voit tout cela.Et il ne détourne pas les yeux.

  1. LE REGARD DE JÉSUS EST UN REGARD DE COMPASSION

L’Évangile dit :« Il eut pitié d’elles. »Le mot est faible dans notre langue.Le texte original évoque une émotion profonde qui prend aux entrailles.Jésus n’est pas un observateur extérieur.Il n’analyse pas la souffrance humaine comme un spécialiste.Il la porte dans son cœur.La compassion chrétienne n’est pas la pitié qui regarde de haut.C’est l’amour qui descend jusqu’à l’autre.

Pensons à la manière dont Jésus regarde Zachée perché sur son arbre.La manière dont il regarde la Samaritaine blessée par ses échecs.La manière dont il regarde Pierre après son reniement.La manière dont il regarde le bon larron sur la croix.

Jamais un regard qui humilie.Toujours un regard qui relève.Saint Paul nous le rappelle dans la deuxième lecture :« Alors que nous étions encore pécheurs, le Christ est mort pour nous. »

Dieu ne nous aime pas lorsque nous sommes parfaits.Il nous aime lorsque nous sommes fragiles.Il nous aime lorsque nous tombons.Il nous aime lorsque nous doutons.Voilà la grande différence entre le regard de Dieu et celui des hommes.Les hommes aiment souvent ce qui est réussi.Dieu aime aussi ce qui est blessé pour le guérir.

  1. LE REGARD DE JÉSUS DEVIENT UN APPEL À LA MISSION

Après avoir regardé les foules avec compassion, Jésus ne reste pas les bras croisés.Il appelle les Douze.C’est comme si la souffrance du monde faisait naître des vocations.Il ne dit pas :« Regardez ces pauvres gens. »Il dit :« La moisson est abondante. »Autrement dit :« Il y a tant de cœurs à rejoindre. »Et la première réponse qu’il demande est surprenante :« Priez le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson. »

La mission commence toujours dans la prière.Avant d’être des ouvriers, nous sommes des contemplatifs.Avant d’agir, nous devons apprendre à regarder comme le Christ.Car on ne peut évangéliser que ce que l’on aime.Et on n’aime vraiment que ce que l’on prend le temps de regarder.Saint François d’Assise disait :« Là où il y a la charité et la sagesse, il n’y a ni crainte ni ignorance. »Les saints ont changé le monde parce qu’ils ont appris à regarder les hommes avec les yeux de Dieu.Mère Teresa voyait dans chaque pauvre le visage du Christ.L’abbé Pierre voyait dans chaque sans-abri un frère.Le Père Marie-Antoine voyait dans chaque pèlerin une âme aimée de Dieu.

CONCLUSION : TROIS REGARDS À DEMANDER AUJOURD’HUI

D’abord, accueillir le regard de Jésus sur nous-mêmes.Ne plus nous définir par nos échecs, nos péchés ou nos limites, mais par l’amour que Dieu nous porte.

Ensuite, apprendre à regarder les autres comme Jésus.Moins juger, moins critiquer, davantage comprendre et aimer.

Enfin, regarder notre monde avec espérance.Non pas comme un champ perdu, mais comme une moisson immense que Dieu continue de préparer.

Frères et sœurs, retenons cette phrase :

Le regard de Jésus ne condamne pas ; il relève.
Le regard de Jésus ne repousse pas ; il appelle.
Le regard de Jésus ne désespère jamais ; il espère toujours.

Que cette Eucharistie nous apprenne à voir le monde avec les yeux du Christ et à aimer avec son cœur.Amen.