L’Évangile de ce jour est l’un des plus exigeants de tout le Nouveau Testament. Jésus nous dit :« Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. »

À première vue, cela paraît impossible. Est-ce que Jésus nous demande de nous laisser écraser ? D’accepter l’injustice ? De devenir faibles devant le mal ?

Non. Jésus nous demande quelque chose de beaucoup plus grand : ne pas laisser le mal devenir maître de notre cœur.

Le monde dit : « Rends coup pour coup. » ;Jésus dit : « Réponds au mal par le bien. »

Le monde dit : « Venge-toi. » ;Jésus dit : « Reste libre. »

Le monde dit : « Fais payer. » ;Jésus dit : « Aime davantage. »

La vengeance paraît forte, mais en réalité elle nous enchaîne. Le pardon paraît faible, mais il est la véritable force des enfants de Dieu.

Et aujourd’hui, dans notre diocèse de Toulouse, nous avons devant nous un magnifique témoin de cet Évangile : Sainte Germaine de Pibrac.

Germaine n’était ni une religieuse, ni une savante, ni une grande personnalité. C’était une simple bergère de Pibrac, née dans une famille où elle fut peu aimée. Sa mère mourut alors qu’elle était encore bébé. Sa belle-mère la rejetait. Son père lui témoignait peu d’affection. Elle était malade, handicapée d’une main, mal nourrie, souvent humiliée et reléguée à dormir sous un escalier. Quelle aurait été la réaction de beaucoup d’entre nous ?

La révolte.
L’amertume.
La haine….Mais Germaine a choisi un autre chemin : elle a laissé Dieu remplir son cœur là où les hommes l’avaient blessé.

Elle aurait pu devenir dure. Elle est devenue douce.
Elle aurait pu devenir égoïste. Elle est devenue généreuse.
Elle aurait pu se refermer. Elle est devenue une femme de prière et de charité.

Voilà le véritable miracle de sa vie.Le miracle des roses est célèbre : alors qu’elle portait du pain aux pauvres, les pains se seraient transformés en roses lorsqu’on l’accusa de vol. Mais le plus grand miracle n’est peut-être pas celui-là.Le plus grand miracle est qu’une jeune fille si profondément blessée ait gardé un cœur capable d’aimer.Voilà exactement ce que Jésus enseigne aujourd’hui.Tendre l’autre joue, ce n’est pas aimer la souffrance.C’est refuser que la souffrance nous transforme en personnes amères.

Saint Jean-Paul II disait :« Le pardon est la forme la plus haute de l’amour. »

Combien de familles souffrent aujourd’hui de vieilles blessures jamais guéries !Combien de frères et sœurs ne se parlent plus !Combien de couples vivent enfermés dans le calcul des torts !Jésus nous invite à sortir de cette logique comptable.Le chrétien ne compte pas seulement ce qu’il reçoit.Il regarde d’abord ce qu’il peut donner.

Sainte Germaine l’avait compris. Malgré sa pauvreté, elle partageait son pain. Malgré ses souffrances, elle répandait la paix autour d’elle. Malgré son exclusion, elle demeurait proche de Dieu et des pauvres.

Frères et sœurs, peut-être que certains portent aujourd’hui une blessure ancienne, une parole qui a fait mal, une injustice qui n’est jamais sortie de leur mémoire.

Demandons à Jésus la grâce de ne pas répondre au mal par le mal.Demandons à Sainte Germaine, patronne des pauvres, des malades et de tous ceux que la vie éprouve, d’intercéder pour nous. Qu’elle nous apprenne ce secret des saints :transformer les blessures en amour, les épreuves en confiance, et les humiliations en chemin de sainteté.Amen.