Chers frères et sœurs, les paroles de notre Seigneur dans cet Évangile sont très choquantes, extrêmes, le Seigneur nous demande de l’aimer plus que nos enfants et nos parents…
Mais il faut avant tout rappeler le contexte, pas pour atténuer ses paroles, au contraire, mais pour leur restituer tout leur sens.
L’évangile de Matthieu est proclamé dans un contexte romain où certes l’amour pour les parents et les enfants existe mais il est aussi associé à autre chose. Pour exister dans la société antique, romaine en l’occurrence, il faut être père de famille, avoir des ancêtres et des descendants, être pater familias, être au centre d’une réalité sociale dense.
La famille c’est le socle sur lequel est bâtie la carrière d’un homme, c’est sa visibilité sociale. Sa carrière ensuite se construit sur les relations que procure la famille et le clan et sur les alliances en général qu’il peut contracter. Alors, derrière l’amour à la famille, qui peut être réel ou non, il y a toujours aussi la carrière et les intérêts en tout genre.
Nous ne pensons plus aujourd’hui de la même façon que les romains mais nous devons reconnaitre que toujours nous avons tendance à établir des liens très forts entre le bien-être familial et la réussite sociale, et inversement.
Il est légitime bien entendu d’aimer nos enfants et il est légitime de chercher à améliorer notre situation sociale pour le bien de notre famille. Cependant le Seigneur nous demande de faire attention, de ne pas placer au-dessus de lui des attachements tels que nous risquions de perdre notre liberté et de ne pas la communiquer non plus autour de nous.
Nos enfants ont besoin certes de tout le nécessaire matériel, mais ils ont avant tout besoin que nous vivions dans la vérité et la liberté et que nous leur transmettions cela.
Quand le Seigneur nous demande de ne pas aimer nos enfants plus que lui, il ne nous demande pas de les aimer moins mais de les aimer mieux. De les aimer dans la liberté des fils et des filles de Dieu, en mettant le Seigneur au centre de notre vie.
Nous ne devons pas craindre de mettre le Seigneur au centre.
Souvent nous pensons Si je mets le Seigneur au centre de ma vie, il va prendre toute la place et pousser au-dehors tout ce que j’aime. Le Seigneur ne fait pas cela. Il est au centre d’ores et déjà puisqu’il est Dieu fait homme, il est venu tout restaurer et tout transfigurer, il n’a jamais rien détruit ni ne détruira jamais rien.
Il nous demande de le placer lui au centre de toute notre affection et de notre recherche de bonheur. Du moment qu’il est au centre, il pourra nous inspirer la juste proportion dans la recherche du bien matériel, de manière à ne pas nuire à notre bien relationnel et spirituel.
Et il nous demande de ne pas craindre les revers de notre situation sociale quand nous sommes fidèles à lui. Il appelle cela accepter la croix.
C’est effrayant la mort sociale, la croix, ce n’est pas qu’une question de mort mais de terreur, de terrorisme, de menace d’infamie. Le Seigner veut nous libérer de cette peur. Il nous demande de prendre notre croix, ce qui veut dire principalement accepter le cas échéant de perdre la propre réputation, pour conserver la liberté.
Placer le Seigneur au centre c’est ce que nous faisons avant tout dans la prière, c’est cela prier. Nous remercions, nous demandons pardon, nous disons s’il te plait, mais tout cela, quelle que soit la prière, n’a de sens que si le Seigneur est au cœur de ce que nous faisons…
Par exemple, si nous entreprenons de regarder un match de foot, il faut placer le Seigneur au centre de ce divertissement. Il ne faut pas dire Le Seigneur n’a rien à voir avec cela, avec le foot, donc je ne le prie pas, je regarde le match en catimini loin du Seigneur, j’irai le retrouver après.
Non, il faut au contraire le prier avant le match en disant Seigneur apporte la paix et la prospérité aux pays qui se rencontrent à travers ce match. Les personnes et les peuples ont soif de justice , nous le voyons justement dans l’engouement pour le foot.
Le foot c’est une sorte de mirage de la justice, cela fait du bien, un seul ballon pour tous, bien gonflé, les mêmes règles pour tous, un arbitre, les buts ont la même dimension des deux côtés… Cette soif de justice et de distraction souligne à quel point nous vivons continument dans un monde sans justice, alors on peut prier pour plus de justice…
Mais il manque par exemple la miséricorde dans le monde et dans les sports – alors on peut prier aussi pour demander que les peuples redécouvrent la miséricorde, la charité, la paix, la liberté dans la vérité.
Non, il ne faut pas croire que le Seigneur n’a rien à voir avec ce que nous faisons. Il est venu vivre parmi nous, donc il occupe déjà le centre de chaque réalité, c’est à nous de venir l’y trouver, de restaurer sa place, nous avons tout à y gagner, il n’est jamais hors-jeu.
C’est pareil avec notre travail, qui nous met constamment en face de tant d’injustices et de dureté. Mais nous pouvons prier en demandant au Seigneur de savoir apporter quelque chose de différent dans notre travail, quelque chose qui vient de lui, selon nos moyens et dans le respect de chacun…
En cette fin d’année pastorale, remercions le Seigneur pour ses bienfaits, et durant cet été plaçons-le avec confiance au cœur de notre vie. Il n’est pas là pour nous empêcher de vivre, au contraire. Ce faisant nous dit notre Seigneur Jésus Christ, si nous le plaçons au centre de notre vie, c’est Dieu en personne que nous accueillons.
Et non seulement nous recevrons la récompense du juste et du prophète mais la récompense des disciples du Seigneur, de ceux qu’il appelle les petits, la liberté des fils et des filles de Dieu..