À propos de Clément Bonou

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Homélie du P. Clément M. pour la Solennité de l’Assomption de Marie

Frères et sœurs, à propos de l’Assomption, une question revient souvent : « Où cela est-il écrit dans la Bible ? » Où est-il raconté que Marie, au terme de sa vie, fut élevée corps et âme dans la gloire de Dieu ?

Soyons clairs : aucun texte biblique ne raconte directement la fin de la vie terrestre de Marie. Mais l’absence d’un récit explicite ne signifie pas l’absence de fondement dans la Révélation. Le mot « Trinité » n’apparaît pas davantage dans la Bible ; pourtant toute l’Écriture nous révèle le Père, le Fils et l’Esprit Saint.

La foi chrétienne ne repose pas sur des versets isolés, mais sur la Parole de Dieu reçue et transmise dans l’Église. L’Écriture contient la semence ; la Tradition la garde vivante ; le Magistère en protège le fruit.

Demandons-nous donc : que croyons-nous ? Pourquoi le croyons-nous ? Et qu’est-ce que cela change pour nous ?

  1. Que croyons-nous ?

Le dogme défini par Pie XII en 1950 tient en une phrase : Marie, « au terme de sa vie terrestre, a été élevée corps et âme à la gloire céleste ». L’Église ne précise pas comment cela s’est produit ; la tradition orientale parle de sa Dormition, de son endormissement en Dieu.

L’Assomption n’est pas l’Ascension. Le Christ entre dans la gloire en Seigneur ; Marie est élevée par la puissance de Dieu. Elle n’est pas une déesse, mais une créature sauvée par le Christ, d’une manière unique et pleinement accomplie.

Marie est entrée dans la vie de Dieu avec toute sa personne, son âme et son corps. Ce que Dieu promet à tous ses enfants pour le dernier jour, il l’a déjà accompli en Marie. Son Assomption est une participation singulière à la Résurrection du Christ et l’anticipation de notre propre résurrection.

  1. Pourquoi le croyons-nous ?

Il n’existe pas un verset disant : « Marie fut élevée au ciel. » Mais les lectures de cette fête forment un faisceau de lumière.

Saint Paul proclame que le Christ ressuscité détruira le dernier ennemi : la mort. L’Assomption est donc d’abord la victoire du Christ en Marie.

L’Apocalypse montre l’Arche de l’Alliance dans le sanctuaire de Dieu, puis une femme revêtue du soleil. Cette femme représente le peuple de Dieu et l’Église ; mais l’Église reconnaît aussi en elle Marie, Mère du Messie et image de l’humanité sauvée.

L’Évangile nous présente enfin celle qu’Élisabeth appelle « la Mère de mon Seigneur ». Marie est la nouvelle Arche : elle a porté dans son corps le Verbe fait chair. Unie au Christ jusqu’à la Croix, elle partage désormais sa gloire.

Bien avant 1950, les chrétiens d’Orient et d’Occident célébraient la Dormition et l’Assomption. L’Église n’a donc pas inventé une croyance nouvelle ; elle a formulé une foi portée depuis des siècles dans sa prière et sa liturgie. L’Écriture nous donne les notes ; la Tradition vivante nous fait entendre la symphonie.

  1. Qu’est-ce que l’Assomption change pour nous ?

D’abord, elle change notre regard sur la mort. À Ostie, sainte Monique, sentant sa fin approcher, disait à ses fils inquiets du lieu de sa sépulture : « Rien n’est loin pour Dieu ; il saura bien où me retrouver pour me ressusciter. »

Pour Dieu, aucun corps n’est perdu. Nos défunts ne sont pas tombés dans le néant. Le tombeau est fermé pour nos yeux, mais il demeure ouvert du côté de Dieu.

L’Assomption change aussi notre regard sur le corps. Proclamé en 1950, après une guerre qui avait détruit des millions de corps, ce dogme rappelle aujourd’hui encore que notre corps n’est ni un objet ni un emballage provisoire : il fait partie de la personne que Dieu aime et veut sauver.

Enfin, elle nous apprend à vivre sur la terre avec l’espérance du ciel. Menacé de mort, le bienheureux Christian de Chergé pardonnait déjà à son futur assassin, qu’il appelait « l’ami de la dernière minute » : « Qu’il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis. »

Lorsque le ciel devient une certitude, même l’ennemi peut redevenir un frère.

Marie vit les yeux tournés vers Dieu, mais les pieds sur les chemins des hommes : à peine a-t-elle accueilli Jésus qu’elle part servir Élisabeth. Elle n’est pas élevée au ciel pour nous faire oublier la terre, mais pour nous apprendre à y vivre selon le ciel.

Frères et sœurs, l’Assomption nous laisse trois certitudes : notre vie a une destination ; notre corps a une dignité ; notre mort n’est pas une disparition.

Marie est déjà arrivée là où nous sommes appelés à parvenir. Elle est, selon Vatican II, un « signe d’espérance assurée et de consolation ». La mort n’est pas un mur où notre vie se brise ; elle est une porte que le Christ ressuscité a ouverte sur la maison du Père.

Marie, femme revêtue du soleil, garde en nous la lumière de l’espérance. Apprends-nous à croire que ce que Dieu a commencé en toi, il veut aussi l’accomplir en nous. Et avec toi, chantons : « Le Puissant fit pour moi des merveilles ; saint est son nom ! » Amen.

 

Homélie du P. Clément M. pour la Solennité de l’Assomption de Marie2026-08-15T23:55:51+02:00

Homélie du P. Clément M. du XIXe Dimanche du Temps Ordinaire Année A.

Frères et sœurs, En novembre 1873, Horatio Spafford, un avocat chrétien de Chicago, apprend une nouvelle effroyable. Le navire qui transportait son épouse et leurs quatre filles vers l’Europe a fait naufrage. Son épouse a survécu, mais leurs quatre enfants ont péri. Elle lui envoie alors un télégramme de deux mots : « Sauvée seule. »

Horatio prend immédiatement un bateau pour la rejoindre. Au cours de la traversée, le capitaine lui indique l’endroit approximatif où ses filles ont disparu. Devant cette mer devenue le tombeau de ses enfants, cet homme aurait pu maudire Dieu. Pourtant, au cœur de ses larmes, il écrit les paroles du célèbre cantique It Is Well with My Soul : « Quel que soit mon sort, tu m’as appris à dire : mon âme est en paix. »

Comment un père frappé par une telle tragédie peut-il encore parler de paix ? Non pas parce que la tempête a disparu, mais parce qu’au fond de la tempête, il a découvert une présence plus forte que les vagues.

C’est précisément le message de l’Évangile de ce dimanche : le vent est contraire, mais le Christ vient. Les lectures nous donnent trois repères pour traverser nos propres tempêtes : écouter dans le silence, regarder malgré la peur et saisir la main tendue.

  1. ÉCOUTER : LE SILENCE DE DIEU N’EST PAS SON ABSENCE

Le prophète Élie traverse lui aussi une tempête intérieure. Il est épuisé, découragé, menacé. Réfugié dans une grotte, il attend le passage de Dieu. Survient un ouragan, mais Dieu n’est pas dans l’ouragan ; puis un tremblement de terre, mais Dieu n’est pas dans le tremblement de terre ; enfin un feu, mais Dieu n’est pas dans le feu. Dieu se manifeste dans « le murmure d’une brise légère », littéralement dans une voix de fin silence.

Nous voudrions souvent que Dieu intervienne avec fracas, qu’il supprime immédiatement la maladie, le conflit ou l’épreuve. Mais Dieu ne vient pas toujours de la manière que nous attendons. Son silence n’est pas son absence.

Saint Jean de la Croix disait : « Le Père n’a dit qu’une Parole, qui est son Fils, et il la dit toujours dans un éternel silence ; c’est dans le silence que l’âme l’entend. »

Le psaume nous indique donc l’attitude juste : « J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ? Ce qu’il dit, c’est la paix. » Dans nos épreuves, au lieu de demander seulement : « Seigneur, pourquoi ne fais-tu rien ? », demandons aussi : « Seigneur, qu’essaies-tu de me dire ? Que veux-tu faire grandir en moi ? »

  1. 2. REGARDER : LA PEUR GRANDIT LORSQUE NOS YEUX QUITTENT LE CHRIST

Les disciples sont dans la tempête alors qu’ils ont obéi à Jésus. C’est lui-même qui les a fait monter dans la barque. Cela signifie que le vent contraire ne prouve pas que nous sommes sur une mauvaise route. On peut accomplir la volonté de Dieu et traverser cependant une grande épreuve.

Au plus profond de la nuit, Jésus vient vers eux en marchant sur la mer. Remarquons-le : il ne supprime pas immédiatement les vagues ; il marche sur ce qui menace de les engloutir. Ce qui nous dépasse demeure sous ses pieds.

Alors Jésus prononce trois paroles capables de soutenir toute une vie : « Confiance ! C’est moi ; n’ayez plus peur ! » Il ne leur donne pas d’abord une explication ; il leur offre sa présence : « C’est moi. Je suis là. »

Pierre ose sortir de la barque. Tant qu’il regarde Jésus, il avance sur l’impossible. Mais lorsqu’il regarde davantage la violence du vent que le visage du Christ, il s’enfonce.

Voilà notre difficulté : nous regardons parfois davantage la force de nos problèmes que la puissance de Dieu. Nous regardons la maladie, l’échec, nos blessures, les mauvaises nouvelles, l’incertitude de l’avenir… et nous oublions celui qui nous a dit : « Viens ! »

La foi n’est pas l’absence de peur. La foi, c’est décider que la peur n’aura pas le dernier mot. Le pape François écrivait : « La foi n’est pas une lumière qui dissipe toutes nos ténèbres, mais la lampe qui guide nos pas dans la nuit, et cela suffit pour le chemin. »

  1. 3. SAISIR : LA MAIN DU CHRIST EST PLUS FORTE QUE NOS ABÎMES

Pierre commence à couler. Sa prière ne comporte que trois mots : « Seigneur, sauve-moi ! » Pas de discours compliqué, pas de belle formule : seulement le cri d’un homme qui n’a plus que Dieu.

Et l’Évangile précise : « Aussitôt, Jésus étendit la main et le saisit. » Aussitôt ! Jésus ne demande pas à Pierre de sortir seul de l’eau avant de le secourir. Il le saisit au cœur même de sa faiblesse.

Nous pouvons perdre pied sans perdre Dieu. Quand nous n’arrivons plus à faire de longues prières, il reste ce cri : « Seigneur, sauve-moi ! Sauve mon couple ! Garde mon enfant ! Relève-moi ! Ne m’abandonne pas ! »

Dans la deuxième lecture, saint Paul porte une immense souffrance pour ses frères. Il nous rappelle ainsi que la foi ne consiste pas seulement à sauver sa propre barque. Celui que le Christ a saisi doit devenir, à son tour, une main tendue. Il y a peut-être près de nous quelqu’un qui se noie silencieusement et que Dieu veut relever par notre écoute, notre présence, notre pardon ou notre générosité.

Frères et sœurs, retenons cette phrase : le vent est contraire, mais le Christ vient. Quand Dieu semble silencieux, écoutons-le. Quand la peur nous envahit, regardons-le. Quand nous commençons à couler, crions vers lui et saisissons sa main.

La tempête qui devait engloutir les disciples devient finalement le lieu de leur profession de foi : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! » Certaines tempêtes ne viennent pas pour nous détruire ; elles peuvent devenir, par la grâce de Dieu, le lieu où notre foi cesse d’être une théorie pour devenir une rencontre.

Seigneur, quand le vent nous est contraire, garde nos yeux fixés sur toi. Apprends-nous à entendre ta voix dans le silence, à marcher sur ta parole et à saisir ta main. Et fais de nous une main tendue pour ceux qui se noient près de nous. Amen.

Homélie du P. Clément M. du XIXe Dimanche du Temps Ordinaire Année A.2026-08-10T00:55:49+02:00

Homélie du P. Clément M. du XVIIIe Dimanche du Temps Ordinaire Année A.

Frères et sœurs! Un homme disait un jour : « Lorsque j’aurai davantage, je commencerai à donner. » Un sage lui répondit : « Si tu ne sais pas donner quand tu as peu, tu ne sauras pas davantage donner lorsque tu auras beaucoup. »

Car la générosité ne commence pas dans le portefeuille. Elle commence dans le cœur. Il existe des personnes qui possèdent peu, mais dont la porte, la table et le cœur restent ouverts. Et il en existe d’autres qui possèdent beaucoup, mais qui vivent dans la peur permanente de manquer.

La générosité est donc plus qu’une disposition naturelle : elle est une grâce à demander à Dieu, une libération intérieure, la capacité de ne pas vivre replié sur soi. Les lectures de ce dimanche nous invitent à découvrir trois dimensions de cette grâce : RECEVOIR, OFFRIR et PORTER DU FRUIT.

  1. RECEVOIR : Dieu est le premier généreux

Dans la première lecture, Dieu lance une invitation bouleversante :« Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer. »

Voici la générosité de Dieu : il donne sans humilier, il accueille sans calculer, il nourrit sans demander de paiement. Dieu ne nous aime pas parce que nous sommes riches de mérites. Il nous aime parce qu’il est Père.

La création est un don. La vie est un don. Notre intelligence, nos talents, notre santé, les personnes placées sur notre route : tout est don. Et même lorsque nous nous éloignons de lui, Dieu continue de nous offrir son pardon.

Saint Paul pose cette question : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » La personne généreuse est d’abord une personne qui se sait comblée. L’ingrat pense : « Tout m’est dû. » Le croyant dit : « Tout m’est confié. »

Dans l’Évangile, Jésus lui-même traverse une épreuve : il vient d’apprendre la mort de Jean Baptiste. Il cherche un lieu désert, sans doute pour se recueillir. Mais la foule le rejoint. Jésus aurait pu dire : « Aujourd’hui, laissez-moi tranquille ; j’ai moi-même besoin de repos et de consolation. » Pourtant, « saisi de compassion », il accueille les malades et nourrit la foule.

Voilà une forme très profonde de générosité : continuer à aimer alors que notre propre cœur est blessé. La générosité chrétienne ne vient pas seulement de nos réserves humaines ; elle jaillit de la grâce de Dieu à l’œuvre dans notre fragilité.

  1. OFFRIR : la générosité donne son peu

Devant la foule affamée, les disciples proposent :« Renvoie donc la foule. »

Ils voient la faim, mais ils voudraient éloigner le problème. Jésus répond :« Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. »

Les disciples répliquent : « Nous n’avons là que cinq pains et deux poissons. » Ce petit mot, « que », révèle leur découragement. Nous aussi, nous disons : « Je n’ai que peu de temps… que peu de moyens… que peu de compétences… Que puis-je faire devant tant de misères ? »

Jésus répond : « Apportez-les-moi. »

Dieu ne nous demande pas de donner ce que nous n’avons pas. Il nous demande de ne pas garder prisonnier ce que nous avons. La générosité ne consiste pas à donner beaucoup, mais à donner avec amour ce que nous pouvons donner.

Sainte Teresa de Calcutta racontait qu’elle avait apporté du riz à une famille qui souffrait de la faim. La mère prit aussitôt la moitié du riz et sortit. À son retour, elle expliqua : « Mes voisins aussi ont faim. » Cette femme possédait presque rien, mais son cœur n’était pas pauvre. Elle avait peu de riz, mais beaucoup d’amour.

Nos cinq pains et nos deux poissons peuvent être modestes : une visite à une personne seule, quelques minutes d’écoute, un service rendu sans attendre de remerciement, une place faite à l’étranger, un pardon offert, une compétence mise au service de la communauté.

La générosité, ce n’est pas seulement donner de l’argent. C’est donner de son temps, de son attention, de sa patience, de sa présence et parfois même de son repos.

Ce que nous retenons par peur demeure peu de chose. Ce que nous remettons entre les mains du Christ peut nourrir une multitude.

  1. PORTER DU FRUIT : la générosité multiplie la vie

Jésus prend les cinq pains, prononce la bénédiction, les rompt et les donne aux disciples. Et l’Évangile précise :« Tous mangèrent et furent rassasiés. Et l’on ramassa douze paniers pleins. »

La générosité porte d’abord un fruit d’ABONDANCE. Nous donnons un peu de temps, et quelqu’un retrouve le courage. Nous offrons une parole, et une personne se relève. Nous partageons un peu de pain, et Dieu nourrit aussi l’espérance.

Elle porte ensuite un fruit de FRATERNITÉ. Au début, il y avait une foule anonyme ; à la fin, il y a des hommes, des femmes et des enfants assis ensemble autour d’un même pain. La générosité transforme une foule d’étrangers en communauté de frères.

Enfin, elle produit la JOIE. La personne généreuse découvre qu’en donnant, elle ne s’appauvrit pas intérieurement : elle devient plus libre, plus vivante, plus semblable à Dieu. Le concile Vatican II affirme : « L’homme ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé de lui-même. »

Nous nous perdons lorsque nous vivons uniquement pour nous-mêmes. Nous nous retrouvons lorsque notre vie devient un don.

Frères et sœurs, l’Eucharistie que nous célébrons est la grande école de la générosité. Jésus ne dit pas : « Ceci est une partie de moi. » Il dit : « Ceci est mon corps livré pour vous. » Il ne donne pas quelque chose : il se donne lui-même.

Demandons-lui aujourd’hui cette grâce :

La grâce de RECEVOIR avec gratitude ;
la grâce d’OFFRIR sans calcul ;
la grâce de PORTER des fruits de joie et de fraternité.

Car, au soir de notre vie, ce ne sont pas nos possessions qui témoigneront pour nous, mais les personnes que nous aurons nourries, consolées, relevées et aimées.

Ce que nous gardons pour nous finit par nous échapper ; mais ce que nous donnons par amour entre déjà dans l’éternité. Amen.

 

Homélie du P. Clément M. du XVIIIe Dimanche du Temps Ordinaire Année A.2026-08-04T09:47:32+02:00

Homélie du P. Clément M. du XVIIe Dimanche du Temps Ordinaire Année A.

Frères et sœurs,Imaginez que cette nuit, Dieu vous apparaisse et vous dise exactement ce qu’il a dit à Salomon : « Demande ce que je dois te donner. »Que demanderions-nous ?La santé ? Une longue vie ? La réussite de nos enfants ? La sécurité matérielle ? La fin de nos soucis ? Peut-être même… de gagner au loto !

Salomon, lui, ne demande ni la richesse, ni la puissance, ni la disparition de ses ennemis. Il demande quelque chose de plus précieux : « Donne à ton serviteur un cœur attentif pour qu’il sache discerner le bien et le mal. »

Il ne demande pas d’abord que Dieu change les circonstances de sa vie. Il demande que Dieu change son cœur. Et l’Évangile nous présente un homme qui découvre un trésor et un négociant qui trouve une perle de grande valeur. Tous deux comprennent soudain qu’ils ont trouvé ce qui vaut tout.

La question de ce dimanche est donc simple, mais décisive :Qu’est-ce qui, dans ma vie, vaut vraiment tout ? Pour y répondre, retenons trois verbes : DISCERNER – CHOISIR – TRANSFORMER.

  1. DISCERNER : reconnaître ce qui a vraiment de la valeur

Salomon demande un cœur attentif. Dans le langage biblique, il demande littéralement un cœur qui écoute.

Nous vivons dans une société qui nous apprend à calculer, à comparer, à acheter, à produire… mais qui ne nous apprend pas toujours à discerner. Nous avons des téléphones de plus en plus intelligents, mais parfois des cœurs de plus en plus distraits. Nous savons rapidement combien coûte une chose, mais nous ne savons plus toujours ce qu’elle vaut.

Discerner, c’est se demander :

  • Est-il plus important d’avoir raison ou de sauver une relation ?
  • Est-il plus important de gagner davantage ou de rester disponible pour sa famille ?
  • Est-il plus important de soigner mon image ou de garder une conscience droite ?
  • Est-il plus important d’accumuler des biens ou de devenir moi-même quelqu’un de bien ?

On peut réussir son agenda et manquer sa vie. On peut avoir les mains pleines et le cœur vide. Le psaume nous fait dire : « Mon bonheur, c’est la loi de ta bouche, plus qu’un monceau d’or ou d’argent. »

Voilà la vraie sagesse : reconnaître que tout ce qui brille n’est pas de l’or et que ce qui ne fait pas de bruit — la foi, la fidélité, le pardon, la famille, une conscience en paix — constitue souvent le véritable trésor.

Seigneur, donne-nous un cœur qui sache reconnaître l’essentiel.

  1. CHOISIR : donner la priorité au trésor découvert

Dans l’Évangile, l’homme qui découvre le trésor ne reste pas à le contempler. Le négociant qui trouve la perle ne prend pas seulement une photographie pour la montrer à ses amis ! Tous deux prennent une décision : « Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède. » Remarquons bien ces trois mots : dans sa joie.

Ils ne vendent pas tout parce qu’ils détestent ce qu’ils possèdent, mais parce qu’ils ont trouvé quelque chose de plus grand. L’Évangile n’est pas d’abord une histoire de privation ; il est l’histoire d’une préférence.

Quand on a trouvé le Christ, le sacrifice change de nom : il devient un choix d’amour.

Charles de Foucauld avait longtemps cherché son bonheur dans les plaisirs, l’aventure et la gloire. Mais lorsqu’il redécouvrit Dieu, il écrivit : « Aussitôt que je crus qu’il y avait un Dieu, je compris que je ne pouvais faire autrement que de ne vivre que pour lui. »

Il avait trouvé la perle. Et lorsqu’on trouve la perle, on ne demande plus : « Quel est le minimum que je dois donner à Dieu ? » On demande : « Comment pourrais-je encore retenir quelque chose pour moi ? »

Frères et sœurs, le véritable trésor n’est pas simplement ce que nous possédons. Le véritable trésor, c’est Celui à qui nous acceptons d’appartenir.

Si le Christ est vraiment notre trésor, cela doit se voir dans notre manière d’utiliser notre temps, notre argent, nos talents ; dans notre fidélité, notre capacité à pardonner et notre attention aux plus pauvres.

  1. TRANSFORMER : laisser Dieu tout faire contribuer à notre bien

Saint Paul affirme : « Quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien. »

Attention : saint Paul ne dit pas que tout ce qui nous arrive est bon. La maladie n’est pas bonne. La trahison n’est pas bonne. Le deuil, l’échec, l’injustice ne sont pas bons.

Mais il affirme quelque chose d’extraordinaire : entre les mains de Dieu, même ce qui nous a blessés peut devenir un chemin de transformation.

Dieu ne veut pas toujours supprimer immédiatement nos épreuves ; il veut parfois les traverser avec nous et nous rendre, au cœur même de ces épreuves, davantage semblables à son Fils.

L’Évangile parle enfin du filet dans lequel il faut trier ce qui est bon et rejeter ce qui ne vaut rien. Ce tri commence aujourd’hui dans notre cœur : rejeter le mensonge, la rancune, la jalousie, les attachements qui nous emprisonnent ; garder la vérité, la bonté, la fidélité et tout ce qui nous rapproche de Dieu.

La sainteté, c’est permettre à Dieu de faire le tri en nous, afin que rien ne nous fasse perdre le véritable trésor.

Frères et sœurs, trois questions peuvent nous accompagner cette semaine :

Qu’est-ce que je demande vraiment à Dieu ?
Quel est le trésor pour lequel je suis prêt à choisir ?
Que dois-je laisser Dieu transformer en moi ?

Dans quelques instants, à l’Eucharistie, nous ne recevrons pas une chose, mais une Personne. Nous recevrons le Christ, le trésor caché sous l’apparence du pain, la perle précieuse offerte gratuitement à notre pauvreté.

Il y a quelques année j’ai lu un texte anonyme qui est resté gravé en moi !

L‘argent n‘achète pas tout:

L’argent peut acheter une maison……… mais pas un foyer.

L’argent peut acheter un lit…………mais pas le sommeil.

L’argent peut acheter une horloge…………..mais le temps.

L’argent peut acheter une position…mais pas le respect.

L’argent peut acheter du sang….. mais pas la vie.

L’argent peut acheter le plaisir……mais pas l’amour.

L’argent peut acheter un spectacle…… mais pas la joie.

L’argent peut acheter un esclave….. mais pas un ami.

L’argent peut acheter une femme… mais pas une épouse.

L’argent peut acheter des aliments,… mais pas l’appétit.

L’argent peut acheter des médicaments,….mais pas la santé.

L’argent peut acheter des diplômes,….mais pas la culture.

L’argent peut acheter des gardes du corps,…. mais pas la sécurité.

L’argent peut acheter des livres,…. mais pas l’intelligence.

L’argent peut acheter des tranquillisants,…. mais pas la paix.

L’argent peut acheter des indulgences,…. mais pas le pardon.

L’argent peut acheter la terre,….. mais pas le ciel.

Anonyme !

Demandons alors la grâce de Salomon : Seigneur, donne-nous un cœur qui écoute, un cœur qui discerne,un cœur qui choisit,un cœur qui se laisse transformer.Car celui qui t’a trouvé peut encore traverser des épreuves,
mais il ne peut plus dire qu’il lui manque l’essentiel. Amen.

Homélie du P. Clément M. du XVIIe Dimanche du Temps Ordinaire Année A.2026-07-26T23:37:45+02:00

Homélie du P. Clément M. du XVIe Dimanche du Temps Ordinaire Année A.

Frères et sœurs, On raconte qu’un homme voyageait dans un train avec ses enfants. Ceux-ci couraient, criaient et dérangeaient les voyageurs. Leur père semblait absent, incapable de réagir. Un passager, exaspéré, finit par lui dire :— « Monsieur, ne pourriez-vous pas vous occuper de vos enfants ? »

L’homme releva lentement la tête et répondit :— « Pardonnez-moi… Nous revenons de l’hôpital. Leur maman vient de mourir. Je ne sais pas encore comment leur annoncer qu’elle ne rentrera plus à la maison. »

En un instant, tout changea. Les enfants étaient toujours agités, mais les voyageurs ne les regardaient plus de la même manière. L’irritation avait fait place à la compassion. Quand le regard change, l’attitude change.

C’est peut-être le grand message des lectures de ce dimanche : le regard de Dieu nous permet de comprendre l’agir de Dieu. Dieu n’agit pas comme nous parce qu’il ne regarde pas comme nous. Son regard porte plus profond, plus loin et au-dedans.

  1. Dieu regarde plus profond que la faute

Devant le champ rempli d’ivraie, les serviteurs ne voient que la mauvaise herbe. Ils veulent agir immédiatement : « Veux-tu que nous allions l’enlever ? ». Mais le maître voit également les racines du bon grain, fragiles et entremêlées avec celles de l’ivraie. Il répond : « Non, en enlevant l’ivraie, vous risquez d’arracher le blé en même temps. ». Le maître ne nie pas la présence du mal. Son regard n’est ni naïf ni aveugle. Mais il refuse de sacrifier le bon grain sous prétexte de combattre l’ivraie.

Nous, nous regardons souvent les personnes à partir de leurs fautes : « C’est un menteur… C’est une femme impossible… Cet enfant est perdu… Il ne changera jamais… » Une faute finit alors par résumer toute une vie.

Dieu, lui, voit la faute, mais il voit aussi la personne enfermée derrière cette faute. Dieu ne confond jamais le pécheur avec son péché. Voilà pourquoi la première lecture affirme : « Toi qui disposes de la force, tu juges avec indulgence. » La patience de Dieu n’est pas faiblesse ; elle est la puissance d’un amour qui croit encore à la conversion.

Jacques Fesch avait commis un meurtre lors d’un braquage. La société ne voyait plus en lui qu’un criminel condamné à mort. Son crime restait grave et la souffrance provoquée, irréparable. Mais, en prison, cet homme connut une profonde conversion. Quelques heures avant son exécution, il écrivit : « Dans cinq heures, je verrai Jésus. »

Là où les hommes voyaient seulement l’ivraie, Dieu avait discerné un grain qui pouvait encore germer.

Saint Augustin disait : « Celui qui est aujourd’hui de l’ivraie peut devenir demain du bon grain. » Tant que dure le temps, ne désespérons de personne. Dieu ne regarde jamais une vie comme une affaire définitivement classée.

  1. Dieu regarde plus loin que le présent

Dans la graine de moutarde, nous ne voyons qu’un grain minuscule. Dieu, lui, voit déjà l’arbre où les oiseaux viendront faire leur nid. Nous regardons ce qui est ; Dieu voit ce qui peut devenir.

Une maman voit aujourd’hui son enfant éloigné de la foi ; Dieu voit peut-être déjà son retour. Un couple ne voit plus que ses blessures ; Dieu voit encore une possible réconciliation. Une communauté chrétienne voit ses limites et son vieillissement ; Dieu voit les petites semences d’un renouveau.

Pensons à saint Charles de Foucauld. Il a vécu des années dans le désert sans obtenir les conversions espérées. À sa mort, il n’avait fondé aucune communauté. Humainement, sa mission pouvait paraître stérile. Pourtant, après lui, sa vie cachée a inspiré des milliers de chrétiens et de nombreuses familles spirituelles. Nous voyons une graine ; Dieu voit déjà un arbre.

Ne méprisons donc jamais les petits commencements : une visite à une personne seule, un pardon accordé, une parole d’encouragement, quelques minutes de prière, un service humblement accompli. Dieu ne nous demande pas toujours de voir la moisson ; il nous demande de semer avec confiance.

  1. Dieu regarde au-dedans et transforme dans le secret

Enfin, Jésus parle du levain. Lorsqu’il est enfoui dans la pâte, on ne le voit plus. Pourtant, silencieusement, il fait tout lever.

Nous voudrions que Dieu agisse de manière immédiate et spectaculaire. Mais Dieu travaille souvent dans le secret. Nous disons : « Rien ne change dans cette personne… Rien ne se passe dans ma prière… » Pourtant, le levain est peut-être déjà à l’œuvre.

Saint Paul nous donne cette magnifique assurance : « L’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. ». Il y a des jours où notre prière n’est plus qu’un soupir, une larme ou quelques mots : « Seigneur, je n’en peux plus… Aide-moi… Sauve mon enfant… Soutiens notre famille… » Cette prière pauvre n’est pas une prière inutile. Quand nous n’avons plus de mots, l’Esprit Saint continue de prier en nous.

Frères et sœurs, demandons aujourd’hui au Seigneur de convertir notre regard. Voir plus profond, pour ne jamais réduire quelqu’un à ses fautes. Voir plus loin, pour croire aux petits commencements. Voir au-dedans, pour reconnaître le travail silencieux de l’Esprit. Car le regard qui condamne arrache ; le regard qui aime fait grandir.

Avant de conclure…j’aime particulièrement cette histoire d’un prêtre missionnaire spiritain,  français breton, qui a vécu 50 ans en Afrique en Guinée Conakry et le Sénégal…c’est le P. Armel DUTEIL. Il raconte cette histoire simple et merveilleuse : Un homme avait deux seaux

« Un homme avait deux seaux. Chaque matin, il allait puiser de l’eau à la rivière, mais l’un des seaux était percé, alors quand il arrivait à la maison le premier seau était plein mais le deuxième était à moitié vide. Et cela décourageait beaucoup le 2ème seau car il se sentait inférieur et même inutile. Un jour le 2ème seau dit à son maître « je ne vaux rien, je ne sers à rien, jette-moi et achète un autre seau neuf ». Le maître lui dit : « Tu n’as rien compris. Est-ce que tu ne sais pas regarder ? Est-ce que tu n’as pas vu que du côté où je porte l’autre seau à la main droite le chemin est tout sec, tandis que de ton côté, à gauche, le chemin est plein de fleurs. C’est toi qui les arroses chaque matin en perdant ton eau sur la route. Alors sois heureux, tu as un rôle irremplaçable ».

( et le P . Armel DUTEIL de conclure….) Heureux ceux qui savent voir le bon côté des choses et les qualités des autres et qui savent redonner confiance dans leurs valeurs et dans leur dignité à tous les seaux qui fuient dans le monde. Heureux les écrasés, les handicapés, les démunis, les nécessiteux, les blessés de la vie, et tous les autres, qui ne perdent pas leur eau pour rien ; ils sauront faire pousser des fleurs partout où ils vont, même dans les déserts les plus secs.

Seigneur, donne-nous ton regard : un regard lucide devant le mal, patient devant les personnes, confiant devant les petits commencements. Et fais de nous, au cœur de ce monde, des semeurs de confiance, de conversion et d’espérance. Amen.

Homélie du P. Clément M. du XVIe Dimanche du Temps Ordinaire Année A.2026-07-20T11:13:23+02:00

Homélie du P. Clément M. du XVe Dimanche du Temps Ordinaire Année A.

Frères et sœurs,

Un enfant avait planté une petite graine dans un pot. Dès le lendemain matin, il courut regarder : rien ! Le deuxième jour : toujours rien ! Alors, impatient, il gratta la terre pour vérifier si la graine poussait… et, sans le vouloir, il empêcha la graine de germer.

Nous ressemblons parfois à cet enfant. Nous voudrions que la Parole de Dieu produise immédiatement un résultat : une conversion spectaculaire, une guérison rapide, la solution immédiate à nos problèmes. Mais Dieu travaille souvent comme une semence : silencieusement, profondément et patiemment. Les lectures de ce dimanche nous invitent à retenir trois mots : la semence, la terre et la patience.

1. LA SEMENCE : DIEU CONTINUE DE SEMER

Dans l’Évangile, le semeur sort pour semer. Il ne reste pas chez lui à examiner longuement la qualité de chaque terrain. Il sème largement, généreusement, presque avec excès. Une partie de la semence tombe sur le chemin, une autre sur le sol pierreux, une autre dans les épines, et une autre enfin dans la bonne terre.Ce semeur, c’est Dieu. Et la semence, c’est sa Parole.

Dieu ne se fatigue jamais de semer dans nos vies. Il sème une parole de consolation dans un deuil, une parole de pardon dans un cœur blessé, une parole d’espérance dans une famille éprouvée, un appel dans le cœur d’un jeune, une lumière dans l’esprit de celui qui ne sait plus quelle route prendre.

Le prophète Isaïe nous l’assure : comme la pluie ne retourne pas au ciel sans avoir fécondé la terre, ainsi la Parole de Dieu ne revient jamais vers lui sans avoir produit son effet. Cela signifie qu’aucune parole de Dieu écoutée avec foi n’est inutile. Une homélie peut sembler oubliée, un conseil peut paraître sans effet, une prière familiale peut donner l’impression de tomber dans le vide… Pourtant, la semence est là.

Combien de personnes témoignent qu’une parole entendue des années auparavant, au catéchisme, lors d’une messe, aux obsèques d’un proche ou dans une conversation, s’est soudain réveillée dans leur cœur au moment décisif ! Dieu sème aujourd’hui ce qui portera peut-être du fruit demain.
Demandons-lui : « Seigneur, fais de mon cœur une bonne terre. »

2. LA TERRE : QU’EST-CE QUI HABITE MON CŒUR ?

Jésus décrit quatre terrains. Mais il ne s’agit pas de quatre catégories de personnes : les bons d’un côté et les mauvais de l’autre. Ces quatre terrains peuvent se trouver successivement, et parfois simultanément, dans chacun de nos cœurs.

Il y a en nous le chemin durci : cette partie du cœur devenue imperméable à force de déceptions, de blessures, de rancunes ou d’habitudes. Nous entendons la Parole, mais elle ne pénètre plus.

Il y a le sol pierreux : nous accueillons la Parole avec enthousiasme, mais sans profondeur. Nous faisons de belles résolutions, puis, à la première difficulté, tout s’effondre. Une foi qui ne prend pas racine dans la prière, les sacrements et la fidélité quotidienne reste fragile.

Il y a aussi les épines. Jésus les nomme : les soucis du monde et la séduction des richesses. La Parole est bien présente, mais elle est étouffée par mille préoccupations : le travail, l’argent, les écrans, les conflits, le regard des autres, la peur de l’avenir.

Notre cœur peut devenir si encombré que Dieu n’y trouve plus de place. Nous ne rejetons pas nécessairement Dieu ; nous sommes simplement trop occupés pour l’écouter.

La question de ce dimanche n’est donc pas seulement : « Ai-je entendu la Parole ? » Mais plutôt : « Quelle place lui ai-je réellement donnée ? »

Un cœur devient une bonne terre lorsqu’il accepte d’être travaillé. La terre doit parfois être retournée, débarrassée des pierres, libérée des ronces. De même, Dieu travaille notre cœur par la conversion, le pardon, la vérité et parfois même par les épreuves.

Dieu ne cherche pas un cœur parfait. Il cherche un cœur disponible.
Demandons-lui encore : « Seigneur, fais de mon cœur une bonne terre. »

3. LA PATIENCE : LE FRUIT VIENT EN SON TEMPS

Saint Paul nous dit que toute la création gémit dans les douleurs d’un enfantement. Il ne parle pas des douleurs d’une agonie, mais des douleurs d’une naissance.

Voilà l’espérance chrétienne : ce que nous traversons n’est pas forcément la fin ; cela peut être le commencement d’une vie nouvelle.

Lorsqu’une graine est enfouie dans la terre, on pourrait croire qu’elle a disparu. Pourtant, dans le secret, quelque chose travaille. La coque se fend, une racine descend, une pousse se prépare.

Il en va de même dans nos vies. Une mère prie depuis longtemps pour son enfant éloigné de la foi. Un époux continue d’aimer malgré les tensions. Une personne lutte patiemment contre une dépendance. Un prêtre, un catéchiste ou un éducateur sème sans toujours voir les résultats. Rien ne semble bouger… mais Dieu travaille dans le secret.

Nous ne sommes pas propriétaires de la moisson. Notre mission est de semer, d’arroser et de rester fidèles. Le fruit appartient à Dieu.

Frères et sœurs, ne déterrons pas trop vite les graines que Dieu a déposées dans nos vies. Ne déclarons pas trop vite qu’une personne ne changera jamais, qu’une prière est inutile, qu’une famille est perdue, qu’une communauté ne peut plus se relever. Là où nous ne voyons encore que de la terre, Dieu voit déjà une moisson.

En ce dimanche, demandons-nous donc : quelle parole Dieu veut-il semer aujourd’hui dans mon cœur ? Quelle pierre dois-je enlever ? Quelle épine dois-je arracher ? Quelle semence dois-je continuer à arroser avec patience ?

Que notre prière soit simple :Seigneur, sème ta Parole en nous.
Brise ce qui est dur, enlève ce qui étouffe, approfondis ce qui est fragile.
Donne-nous la patience de croire, même lorsque nous ne voyons encore rien.Et fais de notre cœur une bonne terre, capable de porter du fruit : trente, soixante et cent pour un. Amen.

Homélie du P. Clément M. du XVe Dimanche du Temps Ordinaire Année A.2026-07-14T23:21:31+02:00

Edito : Garder Dieu dans nos valises de vacances !

Chers paroissiens, chers amis,

L’été est là, avec ses longues journées, ses retrouvailles familiales, ses départs, ses haltes, ses routes, ses valises… et parfois aussi ses fortes chaleurs. Nous parlons déjà de canicule. Mais une question spirituelle peut nous rejoindre au cœur même de cette saison : et si l’été n’était pas seulement un temps pour “déconnecter”, mais aussi un temps pour mieux nous reconnecter à l’essentiel ?

Nous préparons nos bagages avec soin : vêtements, lunettes, papiers, téléphone, chargeurs, pharmacie, livres peut-être… Mais avons-nous pensé à garder une place pour Dieu ? Non pas comme un objet de plus dans la valise, mais comme une présence à accueillir sur nos routes, dans nos maisons, dans nos repos, dans nos rencontres, dans nos silences. Car Dieu ne prend jamais de vacances loin de nous. C’est souvent nous qui risquons de prendre des vacances loin de Lui.

La canicule nous rappelle que le corps a soif. Mais l’âme aussi peut avoir soif : soif de paix, soif de sens, soif de pardon, soif d’amour vrai, soif de Dieu. Jésus, au bord du puits de Jacob, disait à la Samaritaine : « Celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif. » L’été peut devenir ce temps béni où nous redécouvrons cette eau vive : une messe vécue simplement dans une église de passage, une prière murmurée au bord de la mer ou sur un chemin de montagne, un signe de croix avant le repas familial, une visite à une chapelle ouverte, un temps de silence loin du bruit ordinaire.

Le 4 juillet, l’Église célèbre saint Pier Giorgio Frassati, jeune homme lumineux, passionné de montagne, d’amitié, de justice et de charité. Cette année, nous vivons sa première fête liturgique depuis sa canonisation avec saint Carlo Acutis. Deux jeunes saints pour notre temps ! L’un gravissait les sommets en répétant : « Verso l’alto » — « Vers le haut » ; l’autre rappelait que « l’Eucharistie est l’autoroute du ciel ». Tous deux nous disent que la sainteté n’est pas triste, qu’elle n’est pas réservée à quelques spécialistes, mais qu’elle consiste à vivre pleinement, le cœur tourné vers Dieu et les mains ouvertes aux autres.

Juillet nous donnera aussi de contempler sainte Maria Goretti, témoin du pardon ; saint Benoît, maître d’équilibre entre prière et travail ; Notre-Dame du Mont Carmel, mère qui nous couvre de sa protection ; saint Jacques, apôtre et pèlerin, compagnon de tous ceux qui marchent et cherchent. Août nous conduira vers la grande fête de l’Assomption, le 15 août : Marie élevée dans la gloire nous rappelle notre destination finale. Notre vie n’est pas fermée sur la terre. Elle est appelée au ciel.

Et à la fin du mois d’août, du 27 au 30, notre diocèse vivra son pèlerinage à Lourdes. Pèlerins, jeunes, hospitaliers, pèlerins accompagnés : chacun a sa place dans ce grand rendez-vous de foi, de fraternité et d’espérance. Pour la journée diocésaine du 28 août, notre Ensemble paroissial s’organise : le bus est réservé. Merci de penser à vous inscrire auprès du secrétariat paroissial. Lourdes n’est pas seulement un déplacement ; c’est une grâce. On y vient avec ses fardeaux, ses prières, ses malades, ses mercis, ses larmes parfois ; et l’on repart souvent avec une paix nouvelle, sous le regard maternel de Marie.

Le 24 août, nous fêterons aussi saint Barthélemy, apôtre, patron de notre église de Plaisance-du-Touch. Bonne fête déjà à cette belle communauté paroissiale ! Que saint Barthélemy nous aide à être des disciples vrais, sans duplicité, attachés au Christ et disponibles pour la mission.

Enfin, au seuil de cet été, je veux renouveler un grand merci à tous les acteurs de la vie paroissiale : équipes liturgiques, catéchistes, chorales, sacristains, équipes funérailles, service évangélique des malades, bénévoles de l’accueil, de l’entretien, de la solidarité, de l’administration, de la communication, et tant d’autres serviteurs discrets. Grâce à vous, notre Ensemble paroissial vit, prie, sert et annonce.

Bel été à tous. Reposez-vous vraiment. Retrouvez ceux que vous aimez. Ouvrez les yeux sur la beauté de la création. Mais surtout, n’oubliez pas Dieu dans vos valises. Qu’Il trouve une place dans vos vacances, dans vos tables, dans vos routes, dans vos conversations, dans vos silences. Car avec Lui, même l’été le plus chaud peut devenir une saison de fraîcheur intérieure.Clément Marie BONOU, fi

Edito : Garder Dieu dans nos valises de vacances !2026-10-09T14:37:06+02:00

Homélie du P. Clément M. Solennité de St Pierre et St Paul, apôtres

Frères et sœurs, aujourd’hui l’Église nous donne de célébrer deux colonnes de notre foi : saint Pierre et saint Paul. Deux hommes très différents, deux tempéraments, deux histoires, deux chemins ; mais une même rencontre : le Christ vivant. Pierre, le pêcheur de Galilée, homme de cœur, généreux mais fragile. Paul, le persécuteur devenu apôtre, homme de feu, missionnaire infatigable. En eux, l’Église nous rappelle une grande vérité : Dieu ne choisit pas des parfaits ; il choisit des cœurs disponibles, qu’il transforme par sa grâce.

            Dans l’Évangile, Jésus pose une question décisive : « Pour vous, qui suis-je ? » Cette question n’est pas seulement posée aux apôtres il y a deux mille ans. Elle est posée à chacun de nous aujourd’hui : dans ma vie concrète, dans mes choix, dans mes épreuves, dans ma manière d’aimer, de servir, de pardonner, qui est Jésus pour moi ? Est-il seulement une belle idée ? Une tradition familiale ? Un nom que l’on invoque quand ça va mal ? Ou bien est-il vraiment le Christ, le Fils du Dieu vivant, celui sur qui je construis ma vie ?

Je retiens trois mots pour cette fête : confesser, se laisser relever, annoncer.

D’abord, confesser. Pierre répond : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Voilà le cœur de la foi chrétienne. Être chrétien, ce n’est pas d’abord suivre une morale, une coutume ou une organisation. C’est reconnaître Jésus comme Seigneur. Aujourd’hui, dans un monde où beaucoup ne savent plus qui écouter, où l’on construit souvent sa vie sur l’opinion du moment, Pierre nous rappelle que le roc solide, c’est le Christ. Celui qui construit sur le Christ ne devient pas invulnérable, mais il n’est pas emporté par toutes les tempêtes.

Ensuite, se laisser relever. Pierre a confessé Jésus, mais Pierre a aussi renié Jésus. Paul a annoncé l’Évangile, mais Paul avait d’abord persécuté l’Église. Quelle consolation pour nous ! Nos chutes ne sont pas forcément la fin de notre histoire. Le Christ ne dit pas à Pierre : « Tu m’as renié, je ne veux plus de toi. » Il lui dira : « M’aimes-tu ? » Et il lui confiera encore son Église. C’est bouleversant : Jésus ne construit pas son Église avec des gens sans blessures, mais avec des blessés relevés par l’amour.. Saint Augustin disait : « Dieu ne choisit pas ceux qui sont capables ; il rend capables ceux qu’il choisit. » La sainteté ne commence pas quand nous sommes parfaits ; elle commence quand nous acceptons de laisser le Christ nous relever.

Pensons aussi à saint Jean-Paul II. Après avoir été gravement blessé par celui qui avait tiré sur lui, il est allé le rencontrer en prison pour lui offrir son pardon. Ce geste a parlé au monde entier. Pourquoi ? Parce qu’il montrait que la foi chrétienne n’est pas seulement une parole du dimanche ; elle devient une force capable de transformer la haine en miséricorde. Voilà ce que fait le Christ : il relève, il guérit, il envoie.

Enfin, annoncer. Pierre reçoit les clés du Royaume ; Paul parcourt le monde pour porter l’Évangile. La foi n’est pas un trésor à garder dans un coffre. Elle est une lumière à transmettre. Aujourd’hui encore, dans nos familles, nos paroisses, nos lieux de travail, nos quartiers, beaucoup attendent peut-être non pas de grands discours, mais des chrétiens debout, simples, vrais, capables de dire par leur vie : le Christ est vivant, il change une existence, il donne espérance.

Frères et sœurs, en cette solennité, demandons la grâce d’avoir la foi de Pierre et le feu de Paul : la foi qui confesse, l’humilité qui se laisse relever, le courage qui annonce. Et puisque notre paroisse est placée sous la protection de saint Pierre, demandons-lui particulièrement de nous aider à bâtir notre communauté non sur nos forces humaines, mais sur le Christ, le seul Roc.

Seigneur Jésus, toi le Christ, le Fils du Dieu vivant, affermis notre foi, relève nos fragilités, embrase nos cœurs, et fais de nous des témoins joyeux de ton Évangile. Amen.

 

Homélie du P. Clément M. Solennité de St Pierre et St Paul, apôtres2026-06-30T10:58:52+02:00

Homélie du P. Clément M. du XIIIe Dimanche du Temps Ordinaire Année A.

Frères et sœurs, la Parole de Dieu de ce dimanche nous donne trois images très simples, faciles à retenir, mais très profondes pour notre vie chrétienne : une maison, une croix, un verre d’eau. Une maison à ouvrir, une croix à porter, un verre d’eau à offrir. Voilà peut-être tout l’Évangile de ce dimanche : accueillir Dieu, suivre le Christ, servir les autres.

Première image : une maison à ouvrir. Dans la première lecture, une femme de Sunam accueille le prophète Élisée. Elle reconnaît en lui un homme de Dieu. Et que fait-elle ? Elle ne prononce pas un grand discours. Elle ne se contente pas d’admirer le prophète de loin. Elle ouvre sa maison. Elle dit à son mari : “Faisons-lui une petite chambre.” Et dans cette chambre, elle met un lit, une table, un siège et une lampe. Quatre objets ordinaires, mais qui deviennent les signes d’un accueil extraordinaire.

Cette femme nous apprend que la foi commence souvent par une place offerte. Faire une place à Dieu, ce n’est pas seulement venir à la messe. C’est lui donner une place réelle dans notre maison, dans notre agenda, dans nos décisions, dans nos conversations, dans notre manière de vivre. Beaucoup de maisons aujourd’hui sont remplies de choses, mais parfois vides de silence ; pleines d’écrans, mais pauvres en écoute ; pleines d’activités, mais sans place pour Dieu. La femme de Sunam nous pose une question : y a-t-il encore, dans ma maison et dans mon cœur, une petite chambre pour Dieu ?

Je pense à cette famille qui, chaque dimanche, gardait toujours une place libre à table. Les enfants demandaient : “Pourquoi cette chaise vide ?” Les parents répondaient : “C’est la place de celui que Dieu pourrait nous envoyer.” Un jour, ce fut un étudiant étranger loin de sa famille. Un autre jour, une personne âgée seule. Une autre fois, un voisin traversant une période difficile. Cette chaise vide est devenue une catéchèse vivante : quand une maison garde une place pour l’autre, elle garde une place pour Dieu.

Saint Benoît disait : “Tous les hôtes seront reçus comme le Christ.” Cette parole est très actuelle. Accueillir Dieu, c’est aussi accueillir celui qui vient à moi : le pauvre, l’étranger, la personne seule, le malade, le voisin difficile, le membre de la famille avec qui la relation est compliquée. La maison chrétienne n’est pas seulement un lieu où l’on habite ; elle est appelée à devenir un lieu où Dieu peut passer.

Deuxième image : une croix à porter. Dans l’Évangile, Jésus nous dit une parole forte : “Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi.” Il faut bien comprendre : Jésus ne nous demande pas d’aimer la souffrance pour elle-même. La croix n’est pas le goût de la douleur. La croix, c’est l’amour qui reste fidèle quand cela coûte.

Porter sa croix, c’est continuer à aimer quand l’amour devient exigeant. C’est rester vrai quand le mensonge serait plus facile. C’est pardonner quand notre orgueil voudrait garder rancune. C’est tenir debout dans une maladie, une solitude, une responsabilité lourde, une fatigue familiale, une épreuve intérieure. C’est aussi, parfois, porter discrètement le poids d’un service dans l’Église, d’un engagement paroissial, d’une mission que personne ne voit mais que Dieu connaît.

Saint Paul, dans la deuxième lecture, nous rappelle que par le baptême, nous avons été plongés dans la mort et la résurrection du Christ. Cela signifie que notre vie chrétienne n’est pas seulement une morale ou une tradition. C’est une vie nouvelle. Nous sommes morts au péché pour vivre avec le Christ. Alors, quand la croix arrive, nous ne la portons pas seuls. Le Christ marche avec nous. Il ne supprime pas toujours immédiatement l’épreuve, mais il nous donne une force intérieure pour la traverser. La croix portée avec Jésus n’est jamais un mur fermé ; elle peut devenir un passage vers la vie.

Troisième image : un verre d’eau à offrir. Après ces paroles exigeantes, Jésus termine par une phrase très simple : “Celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, ne perdra pas sa récompense.” Voilà la délicatesse de l’Évangile. Jésus nous parle de préférer Dieu à tout, de porter la croix, et il conclut par un petit verre d’eau. Comme pour nous dire : la grande sainteté commence souvent dans les petits gestes.

Un verre d’eau fraîche, aujourd’hui, cela peut être un sourire offert à quelqu’un qui n’en peut plus. Une parole qui relève. Un coup de téléphone à une personne seule. Une visite à un malade. Un pardon donné en famille. Une patience avec un enfant. Une main tendue à quelqu’un qui cherche sa place. Une présence discrète auprès d’une personne endeuillée. Une aide concrète dans la paroisse. Rien de spectaculaire peut-être, mais Dieu voit.

On raconte qu’un jour, une personne mourante, recueillie par les sœurs de Mère Teresa, lui aurait dit : “J’ai vécu comme un animal dans la rue, mais je vais mourir comme un ange, aimé et entouré.” Qu’avaient fait les sœurs ? Elles n’avaient pas changé toute l’histoire de cette personne. Elles lui avaient donné un lit, un bain, une présence, un regard, un verre d’eau, un peu de dignité. Et parfois, c’est cela qui sauve une vie : non pas de grands moyens, mais un petit geste fait avec un grand amour.

Mère Teresa disait : “Nous ne pouvons pas toujours faire de grandes choses, mais nous pouvons faire de petites choses avec un grand amour.” Voilà le verre d’eau de l’Évangile. Ce n’est pas la quantité qui compte d’abord, c’est l’amour déposé dans le geste. Dieu n’oublie rien de ce qui est donné par amour. Même ce qui semble petit aux yeux des hommes peut devenir grand aux yeux de Dieu.

Frères et sœurs, retenons donc ces trois images : une maison, une croix, un verre d’eau. Une maison à ouvrir pour que Dieu ait sa place. Une croix à porter avec le Christ, sans fuir l’amour quand il devient exigeant. Un verre d’eau à offrir, parce que la charité commence souvent par de petits gestes simples et concrets.

En ce dimanche, demandons-nous simplement : dans ma maison, y a-t-il une place pour Dieu ? Dans ma vie, quelle croix suis-je appelé à porter avec Jésus ? Et autour de moi, à qui puis-je offrir aujourd’hui un verre d’eau fraîche ?

Seigneur Jésus, fais de nos maisons des lieux d’accueil, de nos croix des chemins de fidélité, et de nos petits gestes des signes de ton amour. Donne-nous un cœur ouvert comme la femme de Sunam, un cœur courageux pour te suivre, et un cœur simple pour servir. Amen.

 

Homélie du P. Clément M. du XIIIe Dimanche du Temps Ordinaire Année A.2026-06-30T10:54:31+02:00

Homélie du P. Clément M. du XIIe Dimanche du Temps Ordinaire Année A.

« N’ayez pas peur ! Vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux »

Il y a des paroles de Jésus qui reviennent comme un refrain dans l’Évangile. Aujourd’hui, ce refrain est répété trois fois :« Ne craignez pas ! »

Nous vivons pourtant dans un monde où les raisons d’avoir peur ne manquent pas : peur de l’avenir, peur de la maladie, peur de perdre son travail, peur pour ses enfants, peur de vieillir, peur de l’échec, peur du regard des autres, peur de ne plus être aimé, peur de témoigner de sa foi.

Et en cette fête des pères, beaucoup de pères de famille connaissent aussi ces inquiétudes : Serai-je capable de protéger ma famille ? Pourrai-je assurer l’avenir de mes enfants ? Ai-je été un bon père ?

Face à toutes ces peurs, Jésus ne dit pas : « Il n’y a pas de danger », mais : « N’ayez pas peur, car vous n’êtes jamais seuls. » Aujourd’hui, la Parole de Dieu nous invite à accueillir trois certitudes.

  1. DIEU CONNAÎT NOS COMBATS

Dans la première lecture, le prophète Jérémie traverse une véritable nuit.Il est rejeté, critiqué, espionné.« Tous mes amis guettent mes faux pas. »

Qui parmi nous n’a jamais connu cela ?Une parole déformée…Une trahison…Une mise à l’écart…Une injustice au travail…Des tensions familiales…L’impression d’être incompris même quand on veut faire le bien.Jérémie aurait pu abandonner.Mais il ajoute aussitôt :« Le Seigneur est avec moi comme un guerrier redoutable. »Voilà le secret des croyants.La foi ne supprime pas les épreuves.Elle nous donne une présence.Elle ne retire pas la croix.Elle nous empêche de la porter seuls.

Un vieux prêtre racontait qu’après cinquante années de ministère, on lui demanda :— « Quel est le plus grand miracle que vous ayez vu ? » Il répondit : — « Ce ne sont pas les guérisons extraordinaires. Le plus grand miracle, c’est d’avoir vu des hommes et des femmes continuer à aimer alors qu’ils avaient toutes les raisons de se décourager. » Oui, Dieu connaît nos combats.Il ne détourne jamais son regard de ses enfants.

  1. DIEU VEILLE SUR CHACUN DE NOUS

L’Évangile d’aujourd’hui est d’une tendresse bouleversante.Jésus parle des moineaux.À son époque, c’étaient les oiseaux les moins chers du marché.Et pourtant Jésus affirme :« Pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille. Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés. »Autrement dit :Tu n’es pas un numéro dans l’univers.Tu n’es pas un dossier parmi des millions.Tu n’es pas un oubli de Dieu.Tu es quelqu’un d’unique.Tu portes un nom.Tu portes une histoire.Tu portes des blessures que Dieu connaît.Il connaît même ce que nous cachons derrière nos sourires.

Un enfant demandait un jour à sa mère :— « Maman, est-ce que Dieu pense à moi ? »Elle répondit :— « Mon fils, si Dieu a pris le temps de dessiner chaque flocon de neige différemment, comment pourrait-il t’oublier ? »

Combien de personnes vivent aujourd’hui avec le sentiment de ne compter pour personne !Des personnes âgées dans les maisons de retraite.Des malades isolés.Des jeunes qui doutent de leur valeur.Des parents épuisés.Des pères qui portent silencieusement le poids des responsabilités.   Jésus leur dit :« Tu as du prix à mes yeux. »

En cette fête des pères, nous rendons grâce pour ces hommes qui ont essayé, parfois maladroitement, d’aimer, de travailler, de se sacrifier, de transmettre des valeurs.Tous les pères n’ont pas été parfaits.Certains ont été absents.D’autres ont été blessants.D’autres encore nous ont quittés trop tôt.

Mais aujourd’hui, Jésus nous révèle qu’au-delà de toutes les images humaines de la paternité, il existe un Père qui ne déçoit jamais.Un Père qui attend.Un Père qui relève.Un Père qui pardonne.Un Père qui veille.

  1. DIEU ATTEND DE NOUS UN COURAGE NOUVEAU

Enfin Jésus déclare :« Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père. »

Être chrétien aujourd’hui demande du courage.Pas forcément le courage du martyre sanglant.Mais le courage du témoignage quotidien.Le courage d’affirmer des convictions dans un monde qui préfère souvent le silence.

Le courage de défendre une personne moquée.Le courage de demander pardon.Le courage de prier en famille.Le courage d’accompagner un proche malade.Le courage de continuer à espérer quand tout semble fermé.Le courage de venir à la messe alors que beaucoup considèrent cela comme inutile.

Un jeune étudiant racontait :« J’avais honte de faire le signe de croix avant de manger à la cantine. Puis un jour j’ai pensé : si Jésus n’a pas eu honte de mourir pour moi, pourquoi aurais-je honte de montrer que je crois en lui ? »Les saints n’étaient pas des personnes sans peur.Ils étaient des personnes qui avaient décidé que leur confiance en Dieu serait plus grande que leurs peurs.

Conclusion/Frères et sœurs, retenons aujourd’hui ces trois verbes :

Croire : Dieu connaît nos combats.

Espérer : Dieu veille sur chacun de nous.

Témoigner : Dieu attend notre courage.

Alors, même si les vents contraires soufflent sur notre vie, nous pourrons avancer avec cette certitude :Je ne suis pas abandonné.Je ne suis pas oublié.Je suis attendu, aimé et porté par un Père qui connaît même le nombre de mes cheveux.

En cette fête des pères, prions pour tous les papas : ceux qui sont heureux, ceux qui sont inquiets, ceux qui sont malades, ceux qui sont séparés de leurs enfants, ceux qui ont perdu un enfant, ceux qui nous ont précédés auprès du Seigneur.Et demandons la grâce d’entendre au plus profond de notre cœur cette parole que Jésus nous adresse personnellement :« N’aie pas peur. Tu vaux beaucoup à mes yeux, et je serai toujours avec toi. »Amen.

Homélie du P. Clément M. du XIIe Dimanche du Temps Ordinaire Année A.2026-06-23T23:34:51+02:00
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