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Homélies des messes

Homélie du Père Joseph de la Sainte Trinité, année B (2021)

Mes chers frères et sœurs !

Je voudrais vous poser une question ! Quelle image ai-je de Dieu ? Quelle est l’image de Dieu quand je parle de lui autour de moi ? Quelle image les gens qui m’entendent, me voient se font-ils de Dieu ? Voilà quelques questions qu’ils convient de se poser aujourd’hui parce que le visage que je donne de Dieu permet de donner envie ou alors pas envie de le connaitre ! Vendredi soir après une journée bien difficile au conseil épiscopal (c’est la fin d’année et c’est parfois compliqué pour l’évêque et son conseil), je suis venu à l’labour pour la messe de 18h00 : La messe venait juste de commençait qu’un jeune homme, âgé de 15 ans, est entrée dans l’église. Il est resté à la messe, et à la fin, après le chant à Marie, nous avons pris le temps de discuter !

Il voulait me parler, mais moi aussi je voulais discuter avec ce jeune de 15 ans que je vois à la messe en semaine pour la première fois. Quel cadeau ! Julien a découvert chrétienne de la foi grâce à une amie du collège qui est chrétienne catholique, tellement radieuse et heureuse d’être chrétienne qu’elle donné à Julien envie de connaître un peu le Dieu des chrétiens. Julien a cheminé, est follower d’un prêtre et un jeune catho sur Tiktok, a acheté la Bible (d’accord, il s’est trompé en achetant une bible Louis Segond, mais pas grave !) qu’il a commencé à lire ! Il en est au première livre des Rois ! Julien est heureux de devenir chrétien. Il a demandé le baptême mais tout cela est parti de l’image de Dieu que lui a transmis sa copine qui maintenant déménagé pour une autre ville.  Julien est probablement parmi nous en ce moment. Très souvent nous détruisons l’image de Dieu en parlant parlons mal de lui, en le décrivant comme « puissant dans sa force », comme « juge ou surveillant intransigeant », presque un despote bipolaire et imprévisible dont il faut se méfier et avoir peur….

Qu’il est horrible ce Dieu qui laisse mourir de famine les enfants, qui n’arrête pas les guerres, qui laisse mourir une jeune famille d’un cancer, qui ne résout pas les nombreux problèmes des hommes, qui laisse la nature se déchainer comme cette éruption volcanique qui détruit la ville de Goma, déjà malheureuse et victime de guerre, des massacres, des épidémies comme Ebola… et comme si cela ne suffisait pas, les gens doivent partir et quitter la ville parce que la conjugaison entre séismes répétés, l’éruption volcanique et  la forte concentration du gaz méthane dans le lac Kivu risque à tout moment d’exploser la ville.  Quelqu’un peut se demander que fait Dieu devant tant de malheurs ? Pourquoi ne fait-il pas quelques choses s’il est tout-puissant ? Pourquoi reste-t-il indifférent s’il est bon et plein d’amour…? Bref, nous avons parfois l’image d’un Dieu qui terrorise, qui ne donne pas envie qu’on l’aime. Même les athées, ceux qui croient ne pas croire se font une image, une idée de Dieu… parce qu’en fait, ils se sont faits ou alors, nous les croyants, leur avons transmis une idée horrible, terrifiante, détestable de Dieu qui les pousse à se décider de ne pas croire en lui.

« Au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit ! »  Combien de fois nous répétons, parfois machinalementcomme en ce moment, cette formule ! La solennité de la Trinité Sainte que nous célébrons a pour finalité de nous rappeler ce que signifie vraiment être chrétien, ce que cette formule implique pour nous.

D’abord, cette formule implique que la foi chrétienne, tout en étant absolument, rigoureusementmonothéiste, c’est-à-dire croyant en un Dieu unique, est totalement et rigoureusement différente deux autres monothéismes, c’est-à-dire, du judaïsme et de l’Islam.  Jésus a été condamné à mort parce qu’il disait qu’il était Fils de Dieu, et se faisait ainsi l’égal du Père… Ce qui est un blasphème dans le judaïsme. Quant à l’Islam, cette foi chrétienne en un Dieu en trois Personnes est qualifiée de polythéisme ! La foi chrétienne est un « monothéisme trinitaire ».  Cela veut dire que nous professons la foi en un Seul Dieu mais en Trois Personnes. C’est la foi de notre baptême ! Nous avons été baptisés au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit. Ce sont les Personnes dont il s’agit dans le Credo. Nous le rappelons aussi dans la conclusion de toutes les prières liturgiques : « Nous Te le demandons par Jésus Christ ton Fils, qui vit et règne avec toi, dans l’unité du saint Esprit, maintenant et pour les siècles des siècles. Amen »

 Trois personne, mais un Seul Dieu. C’est plus compliqué que dans le mariage. Pour vous les fiancés, futurs mariés, le sacrement de mariage dit : « ils ne sont plus deux, mais un seul ! Un plus un égal Un, communion de cœur et de corps ! Cela dépasse les formules mathématiques. Pour la trinité sainte, c’est 1+1+1 =1. Un beau et grand mystère dont découlent tous les autres mystères de notre foi, mystère dépassant les capacités humaines, incompréhensible, inexplicable par le biais de la raison humaine, mais accessible seulement par la grâce de la Révélation de Dieu.

Une anecdote illustre l’incapacité humaine à comprendre le mystère de la Trinité Sainte. Il s’agit de la tentative de l’un des plus grands théologiens de l’histoire de l’Eglise. Saint Augustin d’Hippone est celui qui a laissé un des grands traités sur la Trinité sainte, le De Trinitate. On raconte qu’un jour, Saint Augustin se promenait, faisant des va et vient sur la plage, au bord de la Méditerranée, plongé dans une grande réflexion pour comprendre et s’expliquer le mystère de la Trinité. Tout d’un coup, il est intrigué en voyant un petit garçon qui avait creusé un petit puits dans le sable et avec un petit seau, il essayait vider l’eau de la mer pour remplir son trou de sable. « Que fais-tu petit enfant ? », lui demanda saint Augustin. « Je veux vider la mer dans ce mon petit puits de sable », lui répondit le petit garçon. « C’est impossible, mon enfant, tu ne peux y arriver ? ! Vois combien la mer est immense et trop grande pour ton petit trou de sable perméable ». L’enfant lui répliqua : « Et toi, comment peux-tu prétendre contenir l’immensité du mystère de Dieu dans petite intelligence ? ». L’enfant disparut tout d’un coup et saint Augustin comprit que c’est un ange qui lui avait été envoyé pour lui expliquer qu’on ne peut comprendre le mystère de la Trinité Sainte par la raison.

Ceci fit réfléchir saint Augustin qui comprit dès lors que le mystère de la Trinité ne peut être compris que par le cœur, par l’intelligence de notre cœur. C’est le cœur que nous comprenons la communion des trois Personnes de la Trinité qui agissent ensemble depuis l’Origine. Notre salut n’est pas l’œuvre du Christ seul, mais de toute Trinité Sainte. Jésus ne nous sauve pas en solitaire, comme certains par orgueil, amour propre ou égoïsme, prétendent faire le bien tout seul, sans l’aide des autres. Le Père a voulu sauver l’humanité en nous offrant aussi la possibilité de retisser une relation avec lui, relation rompue par le péché originel et actuel. Pour cela, le Père a envoyé son Fils qui, pour réaliser cette mission, a pris complétement la nature humaine. Avec sa mort et sa résurrection, il a racheté l’humanité entière. Il l’a fait une fois pour toute, il y a plus de deux mille ans à Jérusalem.

Cet événement éloigné dans le temps et dans l’espace reste toujours actuel et accessible à chaque être humain, de tout temps et dans tout pays, et s’opère grâce à la présence de la troisième Personne de la Trinité sainte, c’est-à-dire, le saint Esprit, actif et opérant dans le baptême et dans tous les sacrements et dans le cœur de tous les baptisés

La volonté du Père, accomplie par le Fils, est poursuivie aujourd’hui grâce au Saint Esprit : Dieu Unique en trois Personnes, intimement unies mais distinctes, opérant en parfaite communion et syntonie. Dieu désire nous faire entrer dans cette communion trinitaire. Jésus a prié pour que nous soyons plongés dans cette unité trinitaire, entre le Père et le Fils par le Saint Esprit : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. » (Jn 17, 21). Nous avons été créés à l’image et à la ressemblance de ce Dieu unique mais en trois Personnes. Cela veut dire que nous sommes faits pour être en relation, en communion, en communication vraie, en dialogue, don total de soi comme dans le mariage, accueil de l’autre, collaboration et amour… Ce Dieu-communion nous révèle que l’égoïsme contredit notre nature profonde car nous sommes faits pour être en relation, pour nous donner aux autres et nous recevoir d’eux.

 Au cours de cette eucharistie, prions en particulier pour tous ceux qui reçoivent les sacrements actuellement, en particulier les fiancés présents aujourd’hui, afin qu’ils puissent recevoir la grâce d’être plongés dans cet Océan d’Amour trinitaire dans lequel réside notre vrai bonheur, en se laissant aimer par Dieu, le Père, le Fils et le saint Esprit. Amen.

 

Homélie du Père Joseph de la Sainte Trinité, année B (2021)2021-05-29T17:40:20+02:00

Homélie du Père Joseph du VII° Dimanche de Pâques, année B (2021)

Mes chers frères et sœurs

La mission de Jésus a été celle de nous faire connaitre le Père. Il l’a fait par ses paroles et tout ce qu’il a accompli, jusqu’au don total de lui-même sur la croix.  En tout, Jésus, à a cherché à accomplir la volonté du Père et rester obéissant jusqu’au bout., dans une parfaite relation intime, une unité, une communion profonde avec le Père, et le saint Esprit, pour le salut de tout l’humanité.

Pour nous sauver, Dieu s’est incarné en Jésus, qui est ensuite mort et ressuscité pour moi. Cependant, le Christ a voulu associer ses disciples à la réalisation de ce beau projet du Père qu’est le salut du genre humain. C’est pour cela que Jésus a choisis et mis à part parmi ses disciples 12 apôtres   après une nuit de prière afin de prendre la bonne décision : C’est cela que nous lisons dans l’évangile de Luc  (6, 12-16) « En ces jours-là, Jésus s’en alla dans la montagne pour prier, et il passa toute la nuit à prier Dieu. Le jour venu, il appela ses disciples et en choisit douze auxquels il donna le nom d’Apôtres : Simon, auquel il donna le nom de Pierre, André son frère, Jacques, Jean, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas, Jacques fils d’Alphée, Simon appelé le Zélote, Jude fils de Jacques, et Judas Iscariote, qui devint un traître. »

Jésus sait que ses disciples lui sont donnés par le Père comme il l’affirme lui-même dans cette grande prière, la « prière sacerdotale » qu’il adresse au Père à la veille de sa mort « J’ai manifesté ton nom aux hommes que tu as pris dans le monde pour me les donner. Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé ta parole. Maintenant, ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi, car je leur ai donné les paroles que tu m’avais données : ils les ont reçues, ils ont vraiment reconnu que je suis sorti de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé. Moi, je prie pour eux ; ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi ». (Jn 17, 6-9)

Maintenant que nous sommes à la veille de sa mort, Jésus que qu’il va quitter ce monde. Jésus s’inquiète et se préoccupe du devenir de ses disciples. Il prie pour eux comme il prie pour nous. Avant de s’en aller auprès du Père, Jésus ne veut pas laisser ses disciples orphelins. Il confie ses disciples au Père. En priant pour eux, il prie aussi pour nous, baptisés et confirmée d’hier, d’aujourd’hui et de demain, pour que nous ne nous perdions pas. Le Seigneur sait que le Tentateur est là, qu’il va nous attaquer. Ne soyons pas naïfs : Le Diviseur est à l’œuvre et depuis la naissance de l’Eglise, il cherche à semer la zizanie parmi les disciples, à créer des conflits entre- eux, comme il peut le faire encore aujourd’hui dans nos familles et nos communautés parfois divisées. Satan, le Tentateur voudra aussi diviser les disciples et les arracher de la communion trinitaire. C’est pour cela que Jésus prie pour eux et pour nous : « Père saint, garde mes disciples unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un comme nous-mêmes ».

Cette unité-communion est fondée sur l’Amour du Père, enracinée dans l’unité- communion trinitaire dans laquelle nous sommes plongés grâce aux sacrements, en particulier le baptême, l’eucharistie et la confirmation.  Pour réaliser cette unité parfaite, le Père et le Fils ont envoyé le Saint Esprit aux apôtres pour leur apprendre à demeurer dans l’amour du Père et du Fils, leur apprendre aussi à aimer l’Eglise, à aimer le monde et désirer son salut. C’est le Saint Esprit qui vivifie notre foi, nous encourager pour surmonte les épreuves. C’est lui qui nous éclaire pour prendre les bonnes décisions, dans notre propre vie personnelle… même si parfois ces bonnes décisions sont douloureuses affectivement, sentimentalement.

Depuis le jeudi de l’Ascension, nous sommes tournés vers la Pentecôte. Comme les disciples, attendons dans la foi le Don par excellence, le Saint Esprit qui affermit notre foi, construire notre unité, chasser nos peurs… Chacun de nous a besoin de recevoir et de se laisser façonner par l’Esprit de Vérité, le Défenseur, l’Avocat et le Consolateur. Une vie chrétienne sans le Saint Esprit ne peut pas porter du fruit.

C’est pour cela que je vous invite à prier le saint Esprit chaque jour dans notre prière personnelle au cours de cette semaine qui nous conduit à la Pentecôte.  Invoquons le Saint Esprit sur ceux qui vont recevoir le sacrement du baptême, en cette période dans grande saison des baptêmes dans toute l’Eglise, sur les enfants qui, en cette période, font leur première communion. Invoquons le Saint Esprit sur ceux qui qui vont recevoir le sacrement du mariage afin que le saint Esprit garde les époux toujours unis dans le Seigneur.  Que tous ces sacrements, reçus et vécus dans la foi nous enracinent davantage dans la communion trinitaire, qu’ils affermissent et vivifient le dynamisme missionnaire de chaque baptisé et de l’Eglise pour que nous manifestions ensemble au monde que le Christ est vivant en nous aujourd’hui encore, jusqu’à la fin de temps, comme il nous l’a promis avant de s’en aller à la droite du Père.

 

Homélie du Père Joseph du VII° Dimanche de Pâques, année B (2021)2021-05-18T18:34:27+02:00

Homélie du Père Joseph de l’Ascension, année B (2021)

Mes chers frères et sœurs !

L’’Ascension du Seigneur m’a rappelé l’histoire d’un ami prêtre. Fraîchement sorti du séminaire la même année que moi, il a été nommé vicaire sur un ensemble paroissial assez important et riche pastoralement comme le nôtre. Son curé un quinquagénaire, avait déjà de la bouteille : 23 ans d’ordination, quelqu’un de très très dynamique. Il savait comment s’y prendre pour collaborer avec les laïcs auxquels il déléguait les responsabilités. Cependant, il était aussi un peu partout et maîtrisant presque tous les domaines d’une pastorale paroissiale. C’est dans ce contexte, mon ami, le tout jeune vicaire et « bébé prêtre » comme certains s’amusait à l’appeler par sympathie parfois et ou avec un peu de condescendance à cause de son âge, commence son ministère de prêtre. Il suivait son curé et était porté par le dynamisme et sa créativité pastorale. Son curé qui lui donnait des conseils et lui apprenait à « faire le prêtre » de paroisse.

En effet, entre ce que nous apprenons pendant les années de formation au séminaire, notre vision un peu idéaliste à la sortie du séminaire et la réalité sur terrain, il y a parfois un bon océan à traverser… C’est pour cela qu’après l’ordination, on a besoin encore d’être formé à la réalité de terrain et à la vie concrète de notre vie de pasteur : la joie de l’attachement à une communauté paroissiale qui nous porte qu’on apprend à aimer, la gestion des groupes, l’animation spirituelle, la catéchèse, les funérailles, les mariages et les baptêmes, les services de solidarité….  Il y a aussi quelques difficultés qu’on apprend à affronter comme le poids du travail, la complication de certaines personnalités qu’il faut canaliser, les donneurs des leçons qu’il faut apprendre à recadrer et remettre à leur place, les querelles, la gestion des crises et des conflits entres personnes et groupes, les jalousies, quête de petits pouvoirs chez certaines personnes, le mépris de certaines personnes…  Mais tous cela, on ne l’apprend pas au concrètement pendant les années de séminaire. D’où un temps d’apprentissage, surtout les premières années, pour se rendre compte de la réalité pastorale sur terrain.

Malheureusement, cette communauté va être éprouvée. Très rapidement, le jeune « bébé prêtre vicaire » paroissial va devoir affronter ces problèmes tout seul parce que son curé va mourir d’un cancer foudroyant.  Etant donné le manque de prêtres, l’évêque ne trouvant pas de curé de poigne pour prendre la suite du curé qui vient de mourir, il est bien obligé de demander au jeune vicaire d’assurer la mission de curé, ce qu’il accepte avec obéissance et dans la foi, mais avec crainte et tremblement ne se sentant pas à la hauteur du chantier pastoral qui lui est confié. Il va falloir assurer et gérer sans s’y être vraiment préparé.  Ce qui est arrivé à l’abbé Lionel arrive à beaucoup de personnes qui, dans les familles, les entreprises, les associations… on est appelé à assumer une grosse responsabilité au pied levé parce que le parent, le chef, le patron tombe malade ou décède brusquement.

C’est une situation similaire que les Apôtres de Jésus ont vécue à l’Ascension. Ils sont là, tristes, démunis et remplis des questions. La joie de la résurrection a été de très courte durée (40 jours seulement) car immédiatement après, Jésus va de nouveau les quitter physiquement, et cette fois-ci, de manière définitive. Celui qui leur était visible, qu’ils ont vu, touché, écouté, avec qui ils ont mangé, qui a fait des miracles, le rabbi charismatique qui les guidait pendant trois années de ministère public, le voilà qui s’en va et il va falloir que les apôtres apprennent à faire et à vivre sans sa présence physique. Ils doivent le rencontrer autrement et le manifester au monde à travers le témoignage de leur vie et par leur foi au quotidien.  Les apôtres ne s’y sont pas préparés et doivent s’appuyer sur sa promesse d’être toujours à leurs côtés : « Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu. Quant à eux, ils s’en allèrent proclamer partout l’Évangile. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient » et le Saint Esprit qu’il promet de leur envoyer.

Telle est la mission des disciples : être témoin du Christ en s’appuyant sur sa présence invisible, mais réelle et vivante. Les disciples s’appuient sur la Foi que le Ressuscité, invisible aux yeux de chair, est cependant présent et agissant par le biais du Saint Esprit. Jésus nous invite simplement à croire en lui et d’être ses témoins crédibles dans le monde. Devant la peur de la vie ou de la mission, la foi nous invite à réagir dans la confiance, ne pas rester passif, à se bouger convaincus que nous ne sommes jamais seuls dans notre vie. Même au cœur de la solitude de notre chambre, retentissent dans le cœur de chaque baptisé cette promesse et ces paroles de Jésus avant de s’en aller vers le Père : « Je suis avec toi, tu peux compter sur moi ? Si tu me fais confiance, tu peux y arriver, si tu te bouges en s’appuyant sur moi, je ne te lâcherai jamais. Fais-moi confiance !  Je vais t’envoyer un Défenseur, un avocat, le Saint Esprit ».

Avec le don du Saint Esprit à la Pentecôte, les apôtres vont passer de la peur au témoignage de la foi, de l’angoisse à la confiance d’annoncer la Bonne Nouvelle. Ils peuvent maintenant mettre en œuvre l’appel de Jésus : « Allez dans le monde entier. Proclamer l’Evangile à toute la création ».  L’Esprit Saint les rendra courageux dans la mission, affermira et purifiera leur foi. Ils passent d’une foi infantile, la foi de la facilité, celle de l’enfant qui se laisse porter par les parents, quand il se fait coucouner, chouchouter, dorloter, la foi idéaliste où nous sommes comme sur un nuage à la foi adulte et réaliste qui nous apprend à nous prendre en main, à affronter les défis de la vie humaine et de la mission en nous appuyant sur un Dieu invisible mais réellement présent.

Par le Saint Esprit reçu, Jésus nous rappelle qu’il est avec nous depuis le baptême quand nous avons été marqués du saint-chrême pour devenir demeure de Dieu et temple du Saint Esprit. Désormais, marqué du Saint Esprit, le chrétien doit pouvoir dire, comme saint Paul « ce n’est plus moi qui vis, ce n’est plus moi qui agis : c’est le Christ qui vit et agit en moi et par moi grâce au Saint Esprit qui m’a été donné ». C’est le Saint Esprit qui actualise et rend vivante et réelle la présence du Seigneur dans notre quotidien. Cette présence vivante du Ressuscité se réalise dans notre vie et dans l’Eglise à travers les sacrements que nous vivons.

A partir de ce soir, je vous invite à faire une neuvaine au Saint Esprit car neuf jours nous séparent de la Pentecôte.  Au cours de cette neuvaine, invoquons le Saint Esprit sur ceux qui vont recevoir le sacrement du baptême, sur ceux qui vont se marier, les enfants qui vivent actuellement leur à la première communion, les adultes qui vont recevoir le sacrement de confirmation…. Jésus, qui siège désormais à la droite du Père est pourtant réellement présent dans tous ces sacrements qui, reçus et vécus dans la foi, affermissent et vivifient le dynamisme missionnaire de chaque baptisé, de chaque communauté ecclésiale appelée à manifester au monde que le Christ est vraiment vivant aujourd’hui encore, jusqu’à la fin des temps, comme il nous l’a promis avant de monter aux cieux, pour siéger à la droite du Père où il est allé nous préparer une place. Amen.

Homélie du Père Joseph de l’Ascension, année B (2021)2021-05-18T18:22:52+02:00

Homélie du Père Joseph du VI° Dimanche de Pâques, année B (2021)

Mes chers frères et sœurs,

Dès mercredi soir et jeudi, nous célébrons l’Ascension et 9 jours après, le 23 mai, nous célébrons la Pentecôte. Ces deux fêtes vont marquer la fin du temps pascal. Pendant tout le temps pascal, nous avons été accompagnés par l’évangile de saint Jean, le disciple bien-aimé. Jésus nous a appelé à l’unité « qu’ils soient un en comme nous sommes UN », au service, à rester en communion avec lui.  Il s’est révélé à nous étant le Bon Pasteur, le Vrai Bergerqui donne sa vie pour ses brebis.  Il nous a rappelé cette communion intime avec lui et entre nous, à travers la comparaison de la Vigne et ses sarments. « Mon Père est le Vigneron, je suis la Vigne et vous êtes les sarments ». Par cette comparaison, Jésus nous rappelait que notre vie ne peut porter du fruit et être féconde que si nous demeurons en lui, c’est-à-dire, si nous sommes solidement attachés, branchés, connectés à lui.

Ce dimanche, le Seigneur nous ouvre son cœur de passionné. Les termes de son langage sont ceux d’un amoureux heureux tels que : aimer, amour, joie, plénitude, fruit.  « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés, demeurez dans mon amour ».  L’amour n’est jamais une obligation ni un devoir !  Il s’agit que quelque chose qui vient du cœur. « Demeurez dans mon amour », nous dit le Seigneur. Quand on a trouvé l’amour, on fait tout pour y rester et en profiter pleinement chaque jour. Mais Jésus sait très bien que notre cœur est faible et que nous pouvons nous tromper en nous éloignant de lui, alors, comme on parle à son amoureux ou son amoureuse, Jésus nous supplie : « s’il te plaît, demeure dans mon cœur, s’il te plaît, restez en moi, reste auprès de moi, ne m’abandonne pas, ne me quitte pas, ne repousse pas l’amour que je désire te donner ».

Combien de fois nous rencontrons des hommes et des femmes qui résistent à l’amour, qui défendent et protègent leur coeur contre l’amour. Nous avons eu des blessures dans notre enfance, nous avons vécu des déceptions amoureuses qui ont poussé notre cœur à se refermer, se barricader et à être toujours sur la défensive contre l’amour.  Nous mettons alors une vraie carapace pour ne pas être atteint par l’amour de l’autre.  Le pire, c’est que nous produisons le même mécanisme envers Dieu : combien de gens ont peur de se laisser aimer par Dieu en entretenant avec lui une relation simple et politiquement correcte, une relation superficielle et de façade, « en posant des limites et des conditions et en aimant dans une certaine mesure ». Jésus nous dit pourtant que son Amour nous donne une Joie parfaite.

L’Amour vrai existe encore !!!! Même si on n’arrête pas de nous répéter le contraire ! Cet Amour, c’est Dieu lui-même. « Dieu est Amour », nous dit saint Jean ! Nous ne méritons pas son Amour, mais il nous le donne gratuitement ! Dieu nous aime de manière unilatérale, asymétrique parce que son amour ne tient pas compte de nos mérites ou de notre sainteté. Jésus nous demande simplement de le laisser nous aimer. Ensuite, le Seigneur nous demande de laisser son amour en nous déborder comme un vase bien plein et de faire la différence en devenant témoins de son amour débordant : « Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Aimer comme Jésus, tel est le commandement nouveau, testament spirituel qu’il laisse à ses disciples le Jeudi saint, à la veille de sa mort.  Il leur montre en quoi consiste l’amour chrétien : aimer, c’est se mettre au service, c’est laver les pieds des autres, même ceux de Judas Iscariote. Aimer comme Jésus, c’est chrétien, c’est accepter d’aimer même quand nous sommes blessés et trahis. Si nous n’aimons quand les choses vont bien, nous n’irons pas loin avec nos familles, nos amis, communautés et voisins.

Être chrétien n’est pas chose simple et banale ! Il ne suffit pas d’avoir son nom inscrit dans un registre de baptême. Aimer comme Jésus, c’est se laisser aimer par le Christ signifie donner notre vie comme lui : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ! » Es-tu capable de donner ta vie pour ton épouse, ton époux, tes enfants, tes frères et sœurs, ta famille… ? Peux-tu donner ta vie pour le Christ ? Pensons aux nombreux martyrs qui meurent pour le Christ en témoignant de leur foi de manière vitale, jusqu’au don suprême Quant à nous, nous voulons parfois une foi chrétienne à la carte comme au supermarché, une foi qui nous convient et quand ça nous convient, une foi sans engagement ni sans exigence, à notre sauce !

Pour mettre en pratique ce nouveau commandement de l’Amour, et pour que cela nous soit donné par le Saint Esprit à la Pentecôte, voici quelques recommandations et conseils, des grâces à demander au Saint Esprit.

S’attacher au Père comme Jésus l’a fait. Si nous ne cherchons pas d’abord le Seigneur, s’il n’est pas au centre, au cœur de notre vie personnelle, familiale, ecclésiale… nous risquons de nous épuiser et devenir des sarments secs destinés à être coupés pour être brûlés… « Celui qui demeure en moi porte beaucoup de fruit. Celui qui ne demeure pas en moi est un sarment qui se dessèche et qui ne porte pas de fruit. Sans moi vous ne pouvez rien faire ».

-Considérer nos frères et sœurs non plus comme des serviteurs, mais comme des amis, c’est-à-dire, des gens que nous désirons aimer chaque jour un peu plus malgré nos et leurs défauts ! Cela nécessite que nous soyons guéris de toute forme de jalousie, de rivalité, de querelle, de rancœur, d’orgueil….Pouvons-nous  fonder nos relations dans l’Amour du cœur de Jésus ?

Aimer, c’est donner la vie pour les autres : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner la vie pour les gens qu’on aime ». Donner sa vie pour aux autres ne signifie pas forcément mourir, mais faire mourir notre égoïsme, notre amour propre, notre orgueil, pour nous mettre, humblement mais généreusement au service des autres, dans la communauté, la famille, la société humaine ! Notre vie nous a été donnée, et elle est destinée à être donnée pour les autres pour se réaliser pleinement !

Pour finir, écoutons de nouveau les paroles que Jésus nous adresse : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite ». Aimer le Seigneur et se laisser aimer par Lui, aimer véritablement nos frères et sœurs, cela ne peut que donner de la joie parfaite. C’est cette joie parfaite que je souhaite à chacun de nous, et plus particulièrement à tous ces enfants, ces jeunes qui vont prochainement recevoir le sacrement de baptême, l’eucharistie, la confirmation, le mariage, qui vont faire la profession de foi…Que Jésus nous donne d’être toujours dans la joie parce que nous désirons demeurer dans son Amour. Amen.

Homélie du Père Joseph du VI° Dimanche de Pâques, année B (2021)2021-05-10T18:34:31+02:00

Homélie du Père Joseph du V° Dimanche de Pâques, année B (2021)

Mes chers frères et sœurs !

Dimanche dernier, c’était la fête du Bon Pasteur. Nous avons contemplé Jésus, notre seul et Unique vrai et Bon Berger qui appelle chacune de ses brebis par son nom parce qu’il les connait toutes personnellement ; et que ses brebis le connaissent et écoutent sa voix.  Reconnaître Jésus comme notre Bon Pasteur interroge notre relation à lui, comme brebis faisant partie d’un grand troupeau, mais pas perdu au milieu de ce troupeau. C’est important de souligner cela, par exemple lors de la présentation des enfants au début de la célébration d’un baptême : nous avons un prénom et Jésus reconnait et appelle chacun personnellement par notre prénom. Cela veut dire que dans l’histoire de l’humanité comme dans l’histoire du salut, chacun de nous est unique aux yeux de Dieu et qu’Il veut entretenir une relation bien personnelle, unique et particulière avec chacun de nous.

Du dimanche du Bon Pasteur, nous passons à un autre dimanche, dont la thématique est intimement liée à celle du Bon Pasteur. Il s’agit de la thématique de la Vigne et des sarments. La liturgie de ce dimanche nous invite à contempler Jésus Ressuscité, qui est le Chemin, la Vérité et la vie, comme étant aussi le fondement de notre vie. La résurrection du Seigneur ne s’arrête pas à la constatation du tombeau vide ou aux apparitions telles que nous les avons contemplées les trois premiers dimanches de Pâques. La résurrection de Jésus touche directement chacun de nous dans ce qu’il y a de plus personnel dans sa vie. La foi en Jésus ressuscité doit toucher chaque dimension de notre existenceau quotidien. Cela veut dire que je ne peux pas avoir plusieurs vies cloisonnées et séparées les unes des autres, des vies ou je suis chrétien et d’autres où je ne suis pas chrétien : chrétien à l’église mais pas au boulot, chrétien en équipe paroissiale mais pas en famille, chrétien dans un mouvement associatif mais pas dans mes choix politiques, à la messe le matin mais chez les marabouts ou les voyants le soir. La résurrection doit concrètement imprégner toutes les dimensions de notre vie.

Ca me fait penser à l’histoire (dans un film évidemment) de cette jeune adolescente qui est forcée d’aller à l’église le dimanche par ses parents très bons catholiques. Après beaucoup de résistance et de révolte, cette jeune fille décide de jouer à fond le jeu de vivre vraiment la foi chrétienne. Elle prend progressivement conscience, en allant à l’aumônerie, en lisant les évangiles que ses parents qu’elle croyait très catholiques parce qu’ils priaient beaucoup et étaient à la messe chaque le dimanche, n’avaient finalement qu’une foi de façade et ne vivaient pas vraiment selon le message de Jésus. Première étape : elle commence à lire la Bible, ce qui impressionne positivement les parents ! Deuxième étape : elle comprend qu’il faut partager et soutenir la vie de l’Eglise. Alors, elle va à la banque et fait un gros chèque de 50.000 dollars pour la paroisse (une sorte de Denier du Culte), parce que sa famille était très riche ! Les parents, très en colère vont jusqu’à aller réclamer le chèque au curé mais il était déjà encaissé ! Troisième étape : elle s’engage dans une association caritative, genre le Secours Catholique, pour aider SDF et les pauvres. Un jour, elle invite un groupe d’SDF dans leur belle baraque pour manger et se servir en débarrassant le garage rempli de toutes ces choses neuves entassées qui n’ont pas servi depuis des années. Cela met les parents tellement en colère qu’ils demandent à leur fille d’arrêter d’aller à la messe et de lire la Bible pour ne pas les ruiner.

Cette demoiselle voulait simplement vivre pleinement sa foi et montrer aux parents que quand on est chrétien, on ne l’est pas seulement le samedi soir ou le dimanche matin, mais que c’est toute notre vie qui doit être touchée, fécondée et éclairée par le message de Jésus ressuscité. J’ai conscience que cela n’est pas toujours facile, mais c’est la finalité, le but vers lequel nous devons tendre ! Si nous sommes chrétiens, si Jésus est devenu le Maître, le Seigneur et la Lumière de notre vie, celle-ci est forcément inondée dans chacune de ses dimensions par sa présence et son enseignement.

En ce V dimanche de Pâques, Jésus, Vrai Berger et Bon Pasteur nous rappelle aussi qu’il est la Vigne et que nous sommes ses sarments. Je n’ai pas fait l’Ecole d’Agriculture de Purpan et mes leçons d’SVT ou de Botanique sont tellement loin de moi, en plus j’étais mauvais dans les sciences ! Mais nous savons tous l’importance capitale des racines pour une plante. Les racines absorbent l’eau et les sels minéraux pour alimenter ensuite tout l’organisme végétal. Cette eau et ces sels minéraux constituent ensuite la sève vitale sans laquelle la plante ne peut survivre. Si la plante est coupée des racines, elle meure et se dessèche. Aussi, si vous coupez une branche, un sarment de l’arbre, de la tige principale, ils se dessèchent parce qu’ils sont privés d’eau, des sels minéraux, c’est-à-dire, de la sève que leur procurait la tige principale.

Telle est la nature de la relation de chaque baptisé avec Jésus. Il est la Vigne dont dépendent toutes les autres parties de la plante, de sorte que chaque sarment ne peut subsister sans lui. La Vigne sans les sarments peut certainement continuer à vivre, mais un seul sarment détaché et coupé de la vigne se dessèche forcément parce qu’il n’est plus alimenté par la sève de la Vigne. Rappelons-nous que la vitalité de notre vie humaine et chrétienne dépend de notre relation et de notre attachement au Christ. Coupé de Dieu, de la Source, de son Amour, de sa Grâce, le chrétien est dans une illusion de vie en pensant qu’il peut se suffire de lui-même. En se coupant de Dieu, l’être humain se condamne petit à petit à dépérir.  Le drame : c’est qu’il a des gens qui sont convaincus du contraire.  Je rencontre au quotidien des gens qui viennent faire différentes demandes à l’Eglise, tels les baptêmes, mariages, les obsèques…qui disent qu’ils sont chrétiens mais ne sentent aucunement le besoin ni l’envie de prier, d’aller à la messe…! Ils se disent être heureux comme ça ! Ce sont-là des sarments qui se privent de la sève de la Vigne, qui se dessèchent progressivement et meurent spirituellement à petit feu sans le savoir.

Notre bonheur, la réalisation de notre vie dépend de la manière dont nous attachons, nous nous nourrissons, nous nous abreuvons au Christ Jésus, en le choisissant chaque jour, en persévérant dans une relation intime avec lui. Le propre d’un chrétien qui veut porter du fruit est de mettre Jésus au centre de sa propre vie, et cela de manière radicale. Rester attaché au Christ est une question de volonté ! Le sarment sur la vigne n’est pas tout à fait libre de choisir de rester attaché à la vigne : cela peut dépendre des conditions climatiques, une tempête violente qui détache le sarment…

Par contre, notre attachement à Jésus dépend totalement de notre liberté : nous pouvons choisir notre destin en restant attaché au Christ ou en nous coupant de lui. La foi est certainement un don de Dieu, une vertu théologale, mais elle s’entretient et grandit à travers la liberté et notre volonté. Il suffit de regarder les péripéties de notre vie spirituelle et humaines pour nous rendre compte qu’il y des moments où nous avons plus choisi Jésus, et d’autres où nous avons choisi de nous éloigner de lui. Moi-même j’en ai fait l’expérience dans ma propre histoire : les moments de ma vie où je me suis moins uni au Christ, j’ai vu et senti ma vie dépérir et se dessécher petit à petit, et ce sentiment de sécheresse a été pour moi l’occasion de me rendre compte combien la joie dans ma propre vie dépend fondamentalement de ma fidélité et de mon attachement au Christ. C’est seulement dans la mesure où ma vie est attaché au Christ que je peux produire des fruits, comme la joie, la sérénité, la maîtrise de soi, la beauté rayonnante et vitale du Christ Ressuscité qui me rend capable de dire, comme saint Paul : « ce n’est plus moi qui vit, mais c’est le Christ qui vit en moi »

« Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire » dit Jésus dans l’évangile de ce jour. Chaque fois que nous célébrons l’eucharistie, avec la communion, ceci se réalise de manière presque physique. Nous recevons le Christ, et comme dit saint Augustin, nous devenons ce que nous recevons, c’est-à-dire que nous devenons le corps du Christ, vivant de la vie du Christ, et appelés à avoir les mêmes attitudes du Christ parce que nous le portons en nous. Puisse l’eucharistie que nous célébrons aujourd’hui nous aider à demeurer vraiment dans le Christ, lui qui est la source qui rend féconde notre vie. Amen.

 

Homélie du Père Joseph du V° Dimanche de Pâques, année B (2021)2021-05-04T19:26:05+02:00

Homélie du Père Joseph du IV° Dimanche de Pâques, année B (2021)

Mes chers frères et sœurs !

Le IV dimanche de Pâques, appelé aussi dimanche du Bon Pasteur est une invitation à prier pour les prêtres, les vocations sacerdotales et consacrées dans l’Eglise. C’est une occasion de méditer sur le sens de la vie donnée.  Notre vie est un don de Dieu. Elle ne s’accomplit, ne se déploie et ne s’épanouit pleinement que dans la mesure où elle est donnée à son tour. N’est-ce pas cela que vivent les pasteurs ? Les prêtres, sachant que leur vie est un don gratuit reçu de Dieu, ils la lui redonnent en se consacrant à Lui pour l’Eglise et pour le salut de toute l’humanité. La vie est l’opportunité donnée à chacun de nous d’apprendre à aimer. Cependant, ce désir d’aimer, enraciné en chacun de nous, est parfois étouffé par quelques paramètres négatifs de la vie personnelle tel que notre caractère, l’éducation reçue ! Cela n’enlève en rien le fait qu’aimer et être aimé, soit le désir le plus profond et le plus intense qu’il y a dans le cœur chacun de nous. Quand Jésus, dans l’évangile nous commande d’aimer, il nous demande de faire exactement ce que nous désirons au plus profond de nous !

Pourtant, nous nous rendons compte qu’au quotidien, l’amour porte en soi un immense lot de souffrances et des paradoxes. On en arrive même à tuer par amour, paraît-il! Est-ce possible ? Nous nous sentons profondément blessés quand notre amour est rejeté. Une petite fille de CM2 me l’a fait remarquer récemment. Elle était triste et en larmes parce qu’amoureuse d’un copain de classe qui la repousse et fait comme s’il ne la voyait pas ! Pensons à toutes ces personnes qui se donnent à fond dans une relation mais qui en sortent détruites parce que l’autre partie est égoïste, indifférente et insensible !

L’enjeu dans la vie, et plus encore de la vie chrétienne, est celui de vivre un amour inconditionnel, c’est-à-dire aimer sans poser des conditions, sans limites, sans calculs à l’exemple de Jésus. Mais, est-ce réaliste ou utopique ? Est-il humain ou héroïque d’être capables d’aimer les autres sans rien attendre d’eux en retour ? Ou alors, parce que cela paraît impossible, devons-nous nous protéger et barricader notre coeur, apprendre à être insensibles et tellement détachés pour ne pas souffrir à cause de l’amour ?

Pour aimer en vérité, Jésus est notre unique modèle à imiter. Ce qu’il propose est certainement plus réaliste que toutes les explications philosophiques et psychologiques sur l’amour. Jésus sait que les humains aiment avec une dose certaine d’égoïsme et d’amour propre, comme des mercenaires de l’évangile qui fuient devant les difficultés. L’amour humain, depuis toujours, est toujours mêlé à une dose plus ou moins grande d’égoïsme : nous en avons des exemples concrets et parlants au quotidien, dans notre propre vie si nous sommes honnêtes.

En ce dimanche du Bon Pasteur, je m’interroge personnellement sur la dose, consciente ou inconsciente d’égoïsme ou d’amour propre présente dans ma manière de me donner à Dieu, à l’Eglise, à la communauté paroissiale et au monde. Il m’appelle à une conversion personnelle chaque jour pour m’ajuster à son amour.  S’il vous plaît, priez pour vos pasteurs, ceux que vous désirez avoir, afin que leur vie soit toujours cet agapè, cet amour gratuit qui s’enracine dans le cœur de Jésus, l’Unique Bon Pasteur.

Mais, ne parlons pas que prêtres ! Quand je rencontre les fiancés qui défilent au presbytère pour demander le sacrement de mariage, ou lors des sessions de préparation au mariage, je réalise combien Jésus connait profondément le cœur de l’humain. « J’aime mon fiancé parce qu’il me rend heureux (se), je me sens bien avec lui » Quel narcissisme ! En d’autres mots, je pense aimer l’autre mais c’est moi-même qui m’aime à travers ce que l’autre me donne et me renvoie. Combien des parents, consciemment ou inconsciemment considèrent leurs enfants comme une extension d’eux-mêmes, une projection, une sorte de reproduction d’un autre soi-même, des papas qui vampirisent presque leurs enfants en les obligeant à réaliser ce qu’ils n’ont pas pu faire dans leur vie, pour combler ce sentiment d’échec sportif, professionnel, intellectuel, social qui les habitent… ?

En famille, dans le mariage comme dans les relations amicales, Dieu nous invite à résister à la tentation d’être calculateurs ou mercenaires. Il y a une attitude presque instinctive dans l’amour purement humain : nous cherchons d’abord à nous protéger et à sauvegarder nos intérêts, ensuite ceux des personnes que nous aimons, en afin ceux des autres. Un mercenaire, sur un champ de bataille, devant le danger de mort prend naturellement la fuite !  Il se bat pour l’argent et non par patriotisme. J’imagine bien, même si c’est difficile, un berger-éleveur propriétaire des montagnes qui essaye de se battre contre l’ours pyrénéen pour protéger ses brebis, mais je vois mal un mercenaire ne pas s’enfuir quand il voit arriver le gros et menaçant ours qui attaque le troupeau de son patron.

Chers amis, je vous invite à inscrire de manière indélébile ceci dans votre cœur : personne au monde ne pourra vous aimer gratuitement et sans égoïsme plus que Jésus. Aucun pape, évêque, prêtre, aucun mari, aucune épouse, aucun enfant, aucun ami…bref, personne ne nous aime gratuitement plus que Jésus. Il y aura toujours cette dose d’amour propre et d’égoïsme dans tout amour humain, parce que nous sommes tous pécheurs ! Seul Jésus nous aime véritablement de manière gratuite et sans calculs. C’est pour cela que les paroissiens devraient faire attention à leur attachement aux prêtres, tous de passage et imparfaits par nature, qui nous sont donnés dans nos paroisses (Gérard Batisse, Bogdan, Jean-Charles Demelles, Jean-Marie Miquel, Philippe Curbelié, Alain Madrange Jean-Barba, Etienne de Béranger, Marie-Pierre Barthez, René Agnero, Gaston Sendateze, rené Kouamé, Josselin, Joseph Dao ou Bavurha, ou les diacres comme Henri Fischer, Maurice Rochette, Michel Rémaury…).  Nous avons tous nos qualités, défauts et nos fragilités qui vous ont déçu, vous déçoivent ou vous décevront…  Rappelez-vous toujours que l’unique Vrai et le Bon Pasteur est Jésus. C’est à lui que nous devons nous attacher fermement car lui nous ne nous déçoit jamais, ne nous abandonne jamais : sur la croix, il nous accueille sans conditions avec ses bras ouverts et donne sa vie pour nous.

Pour nous apprendre à aimer, Jésus nous tire vers le haut et nous invite à vaincre notre égoïsme naturel. Il y a une sorte d’infantilisation de l’Amour de Dieu dans certains milieux chrétiens, quand nous cherchons un Dieu Baba Cool : un Dieu copain qui nous aime et qui se fiche de ce que nous faisons, de bon ou de mauvais ! Ce n’est pas une bonne vision de Dieu ! Parce que Dieu nous aime, il nous tire vers le haut. Un bon parent ne se réjouit pas de voir son enfant se détruire en vivant dans un libertinage qui tue au lieu de vivre dans la liberté vraie qui élève et fait grandir. Jésus nous aime pour que nous grandissions dans l’Amour. Si Jésus Bon Berger va à la recherche de la brebis perdue, c’est pour l’aider à rester dans le troupeau, avec les autres. Si Jésus Bon Pasteur donne sa vie pour nous, c’est pour que nous apprenions aussi à donner la nôtre pour les autres.

Prions aujourd’hui pour les prêtres, les vocations sacerdotales et consacrées. Prions pour que l’Eglise ait des prêtres qui, comme Jésus, donnent leur vie sans égoïsme, et qui sachent conduire chaque membre de l’Eglise à grandir en s’enracinant dans le cœur du Seul Vrai et Bon Pasteur qu’est Jésus. Amen.

 

Homélie du Père Joseph du IV° Dimanche de Pâques, année B (2021)2021-04-25T19:58:00+02:00

Homélie du Père Joseph du III° Dimanche de Pâques, année B (2021)

Catéchèse mystagogique du baptême et eucharistie faites aux nouveaux baptisés de Pâques à Tournefeuille.

Cher ami néophyte, baptisé de Pâques ou de chrétien de longue date !

« Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu.  Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom.  Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu. » (Jn 1, 9-13) Ces paroles du Prologue de l’évangile selon saint Jean, tu ne les as pas entendues au matin de Pâques lors de ton baptême, mais 5 mois plus tôt, au cours à la messe de la nativité, le 25 décembre !

 Pourtant, la réalité dont parle le Prologue, tu l’as mystérieusement et sacramentalement vécu au matin de Pâques au moment où l’Eglise célébrait la victoire de la Lumière sur les ténèbres, celle de la Vie sur la Mort.  A Pâques, par le Christ, Vraie Lumière, Vainqueur des ténèbres, tu es né, non pas d’une volonté charnelle ni d’une volonté d’hommes, mais de Dieu à travers le sacrement de baptême que tu as reçu. Rappelle-toi qu’au matin de Pâques, en procession, avec la communauté rassemblée, tu as suivi le cierge pascal, symbole du Christ du notre Lumière. Se mettre derrière le cierge pascal, c’est prendre sa place de disciple pour que le Christ Ressuscité nous montre le chemin à prendre. Baptisé, écoute Jésus qui te parle : « Moi, je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie. » (Jn 8,12).

 Devenus disciple du Christ, les baptisés se mettent à sa suite comme tu l’as fait depuis l’entrée en catéchuménat où tu as exprimé, en présence de la communauté ecclésiale, ton désir de recevoir les sacrements de l’Initiation chrétienne. Tu n’es pas seul, mais avec les autres.  Ensemble, avec eux, tu reçus du Christ la lumière pour que tu deviennes lumière à ton tour.  Rappelle-toi, après avoir été baptisé dans l’eau et marqué par le saint-chême pour signifier mystérieusement ta nouvelle naissance dans l’Eau et l’Esprit saint, ta nouvelle dignité de membre du corps du Christ dans la triple mission de prêtre, prophète et de roi. Tu as revêtu le vêtement blanc, pendant que toute l’assemblée chantait : « Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ, Alléluia ! »  (Ga3, 27). En recevant le vêtement blanc, celui de la nouvelle naissance, le prêtre disait à toi et aux autres : « Vous êtes une création nouvelle dans le Christ : vous avez revêtu le Christ. Recevez ce vêtement blanc, puissiez-vous garder intacte votre dignité de fils de de Dieu jusqu’au jour où vous paraîtrez devant Jésus, Christ et Seigneur, afin d’avoir la vie éternelle »

Ensuite, du Cierge Pascal que nous avions suivi en procession d’entrée, le prêtre a allumé ton cierge de baptême qui t’a été transmis par ton parrain et ta marraine.  Souviens-toi des paroles qui ont été adressées à toi et aux autres baptisés, après que vous ayez reçu chacun son cierge de baptême : « Vous êtes devenus lumière dans le Christ : marchez toujours comme des enfants de lumière ; demeurez fidèles à la foi de votre baptême. Alors, quand le Seigneur viendra, vous pourrez aller à la rencontre du Christ dans son Royaume avec tous les saints et Ciel ». Vous avez répondu par un « Amen » joyeux qui manifeste votre adhésion à suivre Jésus dans la communauté ecclésiale, en compagnie de tous les baptisés pour qu’ensemble pour portiez le témoignage de sa lumière au monde.

En effet, c’est à toi et aux autres chrétiens, devenus ensemble ses disciples que Jésus s’adresse en disant : « Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux » (Mt 5,14-16). Tu ne pourras garder ta lumière allumée dans le monde si tu ne demeures pas attaché à la Source de Lumière, c’est-à-dire au Christ.  Si tu ne puises pas dans le Christ ta propre lumière, cette dernière risque de s’éteindre car elle ne sera plus alimentée par la Source de lumière. Jésus te le rappelle quand il te dit : « Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est, comme le sarment, jeté dehors, et il se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent. » (Jn15, 5-6).

 Par le baptême, tu es devenu l’un de ces nombreux sarments qui sont attachés à la vigne, nourris par la même sève. Tu es devenu, toi aussi, avec les autres, membre du Corps du Christ comme cela t’a été dit au moment où tu as été marqué du saint-chrême, le prêtre te disant : « Le Dieu tout-puissant, Père de Jésus, le Christ, notre Seigneur, vous a fait renaitre de l’eau et de l’Esprit Saint, et vous a donné le pardon de tous vos péchés. Vous faites partie de son peuple. Il vous marque de l’huile du salut afin que vous demeuriez membre du Christ prêtre, prophète et roi pour la vie éternelle ».

Avec les autres chrétiens, tu as été appelé à « demeurer membre du Christ » et cela, non pas pour une journée seulement, mais pour la vie éternelle ! Le chrétien, comme un sarment attaché à la vigne qui est nourri par la sève, est membre du Corps du Christ. Il a besoin d’être alimenté, nourri et abreuvé par le Christ Ressuscité lui-même qui prend soin de tous son Corps qu’est l’Eglise dans son ensemble, et de chacun de ses membres que nous sommes individuellement par le baptême. La vie divine qu’il t’a donnée dans le baptême, Il l’entretient, en prend soin, la fait grandir, la fortifie, la nourrit pour que tu puisses porter du fruit dans ta vie de chaque jour et témoigner ainsi de sa présence qui illumine ton cœur de sa lumière. Réalise donc, cher baptisé, quel lien étroit qui existe entre toi et les autres chrétiens, lorsque le dimanche vous êtes réunis pour l’eucharistie. Après avoir été nourri à la même table de la Parole, le Ressuscité lui-même vous invite à la table du pain et du vin, en s’offrant dans son corps et son sang pour te nourrir et t’abreuver. Pour rester vivant, tout organisme doit être nourri et abreuvé. Prenons la comparaison avec un bébé qui vient de naitre ! Non seulement il reçoit la vie de sa maman qui l’a porté dans son sein de sorte que ce que mange la mère nourrit aussi le bébé qu’elle porte, de même, après la naissance, cette vie encore fragile aura besoin d’être nourrie, en passant du lait maternel, du biberon à la petite cuillère à soupe avec un peu de compote de fruit, pour arriver à une nourriture plus consistante au fur et à mesure que l’enfant grandit.

C’est pour cela que le Christ, après nous avoir fait renaitre pour une vie nouvelle dans le baptême, continue encore, dans l’Eglise et par l’Eglise, à travers les autres sacrements, à nourrir et affermir la vie baptismale des fidèles. Il le fait tout particulièrement à travers l’eucharistie célébrée qui est la source sans laquelle toute vie baptismale se dessèche et dépérit. Jésus est la vraie nourriture et la vraie boisson sans lesquelles nous ne pouvons vivre. Jésus nous dit en effet : « Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif. » (Jn 6, 35) et plus loin, il te rappelle que c’est lui-même qui se donne à toi comme nourriture et comme boissonindispensable pour la vie éternelle : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. » Les Juifs se querellaient entre eux : « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? »  Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous.  Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour.  En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lu » (Jn 6, 52-56)

La nourriture que Jésus nous donne, c’est avec les autres qu’il nous la donne lorsque nous sommes rassemblés pour la célébration du mystère de sa mort et sa résurrection, c’est-à-dire, la messe à travers laquelle, après avoir écouté ensemble la Parole de Dieu proclamée, nous  partageons aussi le pain et le vin qui  sont devenus le corps et le sang du Christ comme il l’a lui-même demandé à ses disciples au cours de la Cène , à  la vielle de sa mort : « Alors, ayant reçu une coupe et rendu grâce, il dit : « Prenez ceci et partagez entre vous. Car je vous le déclare : désormais, jamais plus je ne boirai du fruit de la vigne jusqu’à ce que le royaume de Dieu soit venu. »  Puis, ayant pris du pain et rendu grâce, il le rompit et le leur donna, en disant : « Ceci est mon corps, donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Et pour la coupe, après le repas, il fit de même, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang répandu pour vous. » (Lc 22, 17-20)

Ce pain et ce vin que nous partageons, que tu as reçu pour la première fois le dimanche de Pâques, le jour de ton baptême, c’est réellement le corps et le sang du Christ. C’est Jésus lui-même, Lumière que tu as accueillie, qui devient aussi pour toi, vraie nourriture et vraie boisson qui te sont données chaque fois que tu célèbres l’eucharistie avec les autres baptisés. L’eucharistie te permet de reconnaitre Jésus ressuscité, comme les disciples d’Emmaüs qui le « reconnurent à la fraction du pain ». Lors des apparitions du Ressuscité, pour te rappeler qu’il sera toujours là, réellement présent, et qu’il attend que tu le reconnaisses, Jésus se manifeste toujours à travers le signe eucharistique du repas partagé, dans les signes du poisson et le pain rompu. C’est le témoignage que nous donne saint Jean à la fin de son Evangile : « Jésus leur dit alors : « Venez manger. » Aucun des disciples n’osait lui demander : « Qui es-tu ? » Ils savaient que c’était le Seigneur. Jésus s’approche ; il prend le pain et le leur donne ; et de même pour le poisson. C’était la troisième fois que Jésus ressuscité d’entre les morts se manifestait à ses disciples. » (Jn21, 12-14). C’est  ce qu’ Il fit avec les disciples d’Emmaüs : « Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. » (Lc 24, 30-31)

Notre rencontre avec le Jésus Ressuscité est concrète. C’est une expérience à vivre, comme l’apôtre Thomasinvité à voir le Ressuscité et toucher les marques des clous et son côté ouvert. Les autres disciples, avec Simon Pierre sont invités à manger du pain et du poisson avec lui ! Jésus, en qui Dieu t’a fait renaitre à la vie nouvelle dans le baptême, qui illumine ta vie par sa présence, te nourrit aussi dans l’eucharistie pour te faire grandir dans la vie divine. Tout à l’heure, à la communion, tu diras « Amen » en recevant le pain consacré, qui est la présence réelle de Jésus Ressuscité que l’apôtre Thomas a reconnu dimanche dernier en disant : « mon Seigneur et mon Dieu ». Alors, mon frère, ma sœur, néophyte, baptisé à Pâques ou chrétien de longue date : prends un moment, et dans le silence de ton cœur, parle au Seigneur en lui disant quelle expérience concrète tu désires vivre avec lui, avec les autres en sortant de cette église, après le « amen » de la communion !

Homélie du Père Joseph du III° Dimanche de Pâques, année B (2021)2021-04-20T23:05:20+02:00

Homélie du Père Joseph du II° Dimanche de Pâques, Divine Miséricorde, année B (2021)

Les apparitions du Ressuscité posent la grande question de savoir comment pouvons-nous rencontrer le Ressuscité ! Où et de quelle manière ?  Depuis la Vigile Pascale, nous avons suivi Marie Madeleine et les saintes femmes, nous avons peut-être aussi suivi Simon Pierre et le disciple bien-aimé dans leur course au matin de Pâques, ou alors nous avons marché avec les disciples d’Emmaüs sur leur chemin, avec Jésus sans le reconnaître.

Du matin de Pâques, nous passons au soir dans l’évangile de ce II dimanche de Pâques appelé aussi dimanche de la Divine Miséricorde. Seul l’évangéliste saint Jean nous dit que Jésus apparut au milieu des siens : « Le soir venu, en ce premier jour de la semaine,
alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux
. » Imaginez un peu la scène ! Les portes sont fermées et bien verrouillées ! Les disciples remplis de remord et de culpabilité pour avoir abandonné Jésus, sont aussi presque morts de peur parce qu’un mandat d’arrêt avait été lancé contre tout le groupe. Si les portes de la maison sont verrouillées, nous pouvons même dire que leurs cœurs aussi sont verrouillés ! Comme il est beau et merveilleux de se rendre compte que les portes fermées n’arrêtent pas le Seigneur, notre incrédulité, le manque de foi n’arrêtent pas le désir de Dieu de nous rencontrer. Nos fermetures de cœur ne sont pas capables d’arrêter le Ressuscité dans son Amour infini qui est plus fort que nos peurs.

Imaginons donc un peu la scène du soir de Pâques ! Tout est fermé, mais les disciples voient Jésus présent au milieu d’eux ! Par où est-il passé ? Il n’y a pas eu de bruit, pas d’effraction, pas de porte cassée…… L’Abandonné mort en croix, le voilà devant ces lâches enfermés que nous sommes, nous qui ne savons qu’abandonner et trahir. Mettons-nous un peu à la place de Jésus ! Si c’est vous qui aviez été abandonné, trahi par vos amis, abandonné dans la gueule du lion, de la mort, et d’un coup, je ne sais par quel miracle, vous vous sauvez, sain et sauf alors que tout le monde vous savait déjà mort ! Alors, vous revenez et rencontrez vos amis traitres ! Que leur auriez-vous dit ? Un peu d’injures, beaucoup de colère, de rancœur, de menaces, quelques paroles bien dures pour rappeler aux autres leur lâcheté et trahison…

En voyant Jésus, les disciples s’attendaient, avec raison, à de vifs reproches !  Mais Jésus n’est pas comme nous. Il nous surprend ! Pas de rancœur, mais beaucoup de douceur et de miséricorde.  Au lieu de nous accabler, il apporte la paix et donne le saint Esprit : « Il leur dit : « La paix soit avec vous ! ». Les premières paroles du Ressuscité sont un don de la paix pour nos cœurs meurtris de culpabilité et de remord si nous le laissons pénétrer dans nos vies parfois verrouillées à sa présence.

Ensuite, il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. » Non seulement il nous donne sa paix, mais il donne aussi l’Esprit saint qui nous rend capable de toujours garder cette paix en nous et de la partager autour de nous. De notre accueil de l’Esprit saint dépendra notre capacité d’aimer. Si nous gardons notre cœur étroit, nous recevons tellement peu du saint Esprit. Mais si nous notre cœur est largement ouvert, alors il sera rempli d’une abondance des dons et des grâces de l’Esprit saint. C’est difficile de croire en la résurrection du Christ, le plus grand mystère, le cœur de la foi chrétienne. Pour cela, nous devons ouvrir, non pas nos cerveaux étroits, nos têtes orgueilleuses et prétentieuses… mais plutôt nos cœurs à la présence du saint Esprit qui nous fait comprendre toute chose et nous fait entrer dans la compréhension de ce grand mystère.

C’est pour cela que le temps pascal dure 50 jours : pour réfléchir, nous convertir et ouvrir notre cœur à la présence du Maître spirituel qu’est le saint Esprit que les disciples reçoivent à la Pentecôte. Pendant ces cinquante jours de cheminement, nous sommes accompagnés par un ami qui s’appelle Thomas.  Quel destin étrange, ce Thomas ! Il a fait la plus belle expression de foi dans les évangiles, mais il est passé dans l’histoire comme étant le maître et la référence des incrédules. L’athée le plus virulent, pour réfuter la foi, vous dira qu’il est comme saint Thomas qui ne croit que ce qu’il voit.

Pourtant, dans l’évangile selon saint Jean, le nom de Thomas est répété 7 fois (le chiffre de la totalité), et pour trois fois, il est appelé « Didyme » ce qui veut dire « Jumeau ». De qui est-il le jumeau ?  Spirituellement, on pourrait dire que Thomas est le jumeau de Jésus. Rappelez-vous qu’au moment d’aller ressusciter Lazare, le frère de Marthe et Marie à Béthanie, tous les disciples avaient peur et ne voulaient pas l’accompagner parce que Béthanie se trouve en Judée où Jésus était déjà recherché pour être mis à mort. : « Puis, après cela, il dit aux disciples : « Revenons en Judée. » Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs, là-bas, cherchaient à te lapider, et tu y retournes ? » Dans la suite, saint Jean nous dit : « Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! »

La chose qui caractérise le plus l’apôtre Thomas, c’est son courage et qu’il n’a pas peur.  Nous en avons la preuve ce soir ! Pendant que les autres disciples se cachent à cause de la peur dans une maison aux portes verrouillées, Thomas lui est sorti.  C’est sûr que ce n’est pas un bon exemple pour nous en ce temps de confinement pendant lequel nous devons tous rester chez nous par peur de ce virus… ! Beaucoup ont même peur de sortir pour aller à la messe ! Thomas n’avait pas peur de mourir ! Il avait compris qu’il n’y avait pas besoin de mourir pour Jésus. On ne peut mourir pour Jésus ! C’est lui qui meurt à notre place pour nous sauver de la mort éternelle.  Thomas a surtout compris que nous devons accepter de mourir comme Jésus et avec Jésus. C’est dans ce sens que Thomas est appelé « Didyme », le Jumeau de Jésus, celui qui lui ressemble parce qu’il veut mourir avec lui et comme lui. Mais Thomas est aussi le jumeau de chacun et chacune d’entre-nous. Il est l’un des douze, comme Judas d’ailleurs, prototype du disciple. Au fond, si nous sommes tous un peu des Judas dans nos trahisons, des Simon Pierre dans nos reniements, nous sommes aussi tous un peu des Thomas quand, pour croire, nous ne nous contentons pas d’écouter des témoignages mais voulons faire l’expérience de toucher le Seigneur.

Nous sommes proches de Thomas dans notre foi qui doute parfois, en oubliant cependant que le doute est le lubrifiant de la foi : Rappelez-vous que Marie, lors de l’Annonciation de la naissance de Jésus, exprime, elle aussi des doutes : « Comment cela va-t-il se faire parce que je suis vierge ? » demande-t-elle à l’Ange Gabriel. Voyez aussi que, comme nous, Thomas ne croit pas ses amis. Pourquoi ? Parce que ces 10 disciples qui lui annoncent la résurrection de Jésus n’étaient pas crédibles ! Comment pouvait-il croire à ceux qui avaient fui au pied de la croix, qui avaient laissé le maître seul au moment de l’angoisse ?  Pour Thomas, les autres disciples n’étaient tous que des hypocrites ! Comment pouvait-il croire en Simon Pierre qui avait renié Jésus par trois fois ? C’est l’expérience douloureuse que nous faisons aussi tous quand nous voulons évangéliser, des gens ont du mal à adhérer à notre message.  Et savez-vous pourquoi ? Parce que nous somme peu crédibles.

Pourtant, Thomas n’abandonne pas le groupe. Il reste avec les autres, et il fait bien de rester au sein de la communauté. Huit jours plus tard, le Ressuscité revient seulement pour Thomas. La rencontre avec le Ressuscité se passe au sein de la communauté. Jésus n’est pas allé rendre visite à Thomas dans sa maison, en privé. Le lieu ordinaire de la rencontre avec le Ressuscité est la communauté réunie, une communauté médiocre qui doit composer avec les trahisons et les reniements de ses membres. Il est important de graver dans nos cœurs que l’expérience de la rencontre avec le Ressuscité ne se fait pas au sein d’une communauté idéale et parfaite (qui n’existe nulle part sur terre, sauf au ciel). Jésus te rencontre dans la communauté à laquelle tu appartiens, celle où tu vis, dans laquelle tu chemines, avec ces frères et sœurs qui ne sont pas toujours à la hauteur de tes attentes, qui ont des défauts, qui te blessent parfois et que tu blesses aussi parce que nous sommes tous des pauvres pécheurs. Dans toutes les communautés ecclésiales (même dans les monastères et abbayes !), il y a des problèmes parce que nous ne sommes que des humains, et pas des anges tombés du ciel. L’Eglise est pécheresse, parce qu’elle est faite de vous et moi, mais c’est Jésus Ressuscité vient nous rencontrer pour nous sanctifier tous par son Esprit et les sacrements. C’est seulement dans ce sens que nous pouvons qualifier l’Eglise de sainte !

Jésus n’a pas accordé à Thomas le privilège d’une apparition particulière, mais il s’est présenté à lui « huit jours après », c’est-à-dire, quand la communauté se réunit de nouveau pour la célébration de l’eucharistie. Ça veut dire que même si j’ai du mal à ouvrir la porte de mon cœur, du mal à comprendre, du mal avec le prêtre qui célèbre ou l’assemblée qui m’entoure, Jésus revient quand même, me parle à travers la liturgie de la Parole, il est réellement présent, me demande de le toucher dans la communion à son Corps et à son sang, et me demande, comme à Thomas, de mettre son doigt dans les marques des clous et son côté transpercé. Au lieu de toucher les plaies, Thomas fait la plus belle profession de foi de tous les évangiles : « Mon Seigneur et mon Dieu ». Je suis ému quand, à la communion, le fidèle reçoit le corps du Christ en disant « Mon Seigneur et mon Dieu » pour professer que dans le pain consacré, c’est vraiment Jésus qui est réellement présent.

Grâce à Thomas, Jésus nous donne une béatitude : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » C’est la béatitude de celui qui recommence ou qui patine dans la foi, mais qui est là, dans l’Eglise. Jésus parle ici de nous qui, huit jours après sa résurrection, après deux milles ans, continuons à nous réunir en son nom même si nous ne l’avons pas vu, mais nous le voyons dans l’eucharistie, nous l’aimons sans l’avoir vu, mais croyons en lui présent dans l’eucharistie : « Sans te voir nous croyons, sans te voir nous t’aimons, et nous exultons de joie, sûrs que tu nous sauves ! Nous croyons en toi ».  Prions Dieu de nous libérer d’une foi tellement sûre de soi, vaccinée contre toute forme de doute, une foi qui risque de devenir tellement orgueilleuse, prétentieuse, méprisante envers ceux qui ont plus de mal à croire à cause des épreuves de la vie.

A la fin de son évangile, Jean nous laisse un message important : l’expérience du Ressuscité est personnelle. La foi en Dieu est une expérience, pas une théorie, une doctrine. Il nous faut Le toucher, Le voir, Le rencontrer. Avoir lu beaucoup de choses sur l’amour est une connaissance théorique, mais avoir été amoureux et être aimé, c’est autre chose. C’est l’expérience qui produit la vraie connaissance, parce que l’expérience est la connaissance du cœur. Nos liturgies ne doivent pas nous parler de Dieu, mais doivent nous faire faire l’expérience de Dieu, nous permettre de le rencontrer, le toucher. Les premières communautés chrétiennes nous ont transmis leur expérience de Dieu. Nous sommes appelés à faire la nôtre. Peu importe nos chutes, nos faiblesses, nos trahisons ! Ce qui compte, c’est la présence du Ressuscité au milieu de nous, « mon Seigneur et mon Dieu » qui rencontre chacun de nous, à travers chaque eucharistie célébrée en communauté, en Eglise, avec les autres.
Amen.

Homélie du Père Joseph du II° Dimanche de Pâques, Divine Miséricorde, année B (2021)2021-04-11T19:40:42+02:00

Homélie du Père Joseph de la Veillée Pascale, année B (2021)

« Ne soyez pas effrayés ! N’ayez pas peur ! » Ce sont là les paroles que l’ange adresse à Marie-Madeleine, Marie, Mère de Jacques et Salomé ! Plus tard, c’est un pape polonais, devenu saint Jean Paul II, fraîchement élu comme successeur de Pierre à Rome qui s’adresse aux catholiques en leur disant : « N’ayez pas peur ! Ouvrez-largement les portes au Seigneur ! » La peur ! Dieu sait quels ravages la peur est capable de faire dans notre vie. La peur est intrinsèque à la vie humaine.  Le philosophe théologien protestant Danois Sören Kierkegaard dit que l’angoisse, la peur est quelque chose d’ontologique, d’existentiel !  Nous vivons de nos peurs. Peur de vivre, de ne pas vivre, peur de combien de temps il nous reste à vivre. Elle est irrationnelle et est l’un des premiers sentiments que nous éprouvons. A la naissance, nous pleurons de peur de ne plus être dans ce sein maternel où nous étions bien en sécurité, bien au chaud ! Bébé, nous avons peur de ne pas avoir la maman à nos côtés, chaque fois qu’elle ne répond pas quand nous la cherchons ou que nous prononçons son nom par des cris, des pleurs…. Pendant l’enfance, nous avons peur d’être trahi par nos copains et copines, peur d’être exclu du groupe de copains qui peuvent nous trouver moins sympathique !

L’adolescent a peur de ne pas plaire maintenant que son corps se métamorphose.  L’adolescent a peur, non pas tant d’être abandonné, exclu ou de ne pas trouver un amoureux ou une amoureuse, peur d’être la victime des petits durs harceleurs du collège, du lycée, du club et ainsi d’être mis de côté. Les grands-jeunes ont peur pour et de leur futur comme nous pouvons en faire l’expérience actuellement ! Nous parlons beaucoup de la souffrance des personnes âgées ! C’est important de veiller sur nos anciens. N’oublions cependant ces millions des jeunes qui souffrent aujourd’hui et ne savent plus se projeter dans le futur ! Les jeunes ont peur parce qu’ils ne voient rien de consistant, à cause de la culture du zapping, de tel sorte que le concept de « définitif » disparait petit à petit de notre vocabulaire du quotidien. Envisager un amour définitif, « pour toujours » est devenu presque inconcevable pour la jeunesse d’aujourd’hui !

Les adultes ne sont pas vaccinés contre la peur ! Ils ont peur, non pas tant du futur, mais bien et surtout de l’aujourd’hui, de la vie quotidienne : peur de tomber malade, de choper la Covid19, peur de ne pas nouer les deux bouts du mois, peur de perdre son boulot, peur que nos enfants suivent une mauvaise voie, fassent un mauvais choix, aient une mauvaise fréquentation, peur que quelque chose leur arrive le soir quand ils sortent…

Plus tard, si nous avons la chance d’atteindre le grand âge, au soir de notre vie, naissent les peurs de la vieillesse et des anciens : peur de n’avoir pas bien compris ce que le médecin nous a dit, peur de déranger ou d’être un poids pour nos enfants et nos petits-enfants, peur de sortir de la maison à cause de la peur que nous avons de tomber dans la rue, peur de perdre la mémoire, peur de la solitude….

Il s’agit d’une peur permanente, parce qu’elle ne nous abandonne jamais, parce qu’elle est présente sous diverses formes à chaque âge, parce que nous n’arrivons pas à nous en débarrasser définitivement, parce que nous ne connaissons pas toujours très bien l’objet ou la raison profonde de nos peurs. C’est donc cet inconnu qui nous fait peur. Parmi nos inconnus, il y a un qui est très poignant : c’est « l’après nous ! », l’après, ce qui adviendra après nous, ce qui se produira après. Après la mort, la grande inconnue, l’unique grande certitude que nous sommes sûrs de pouvoir affronter un jour, on ne sait quand ni comment, et mais nous ne savons pas ce qui se passera après notre mort.

Le « sabbat terminé », les saintes femmes du matin de Pâques vont au tombeau mais elles ont peur. Le sabbat terminé signifie « après le vendredi » pour lequel il n’y avait pas plus grand-chose à faire que ce qui avait été fait : plus de larmes à verser parce qu’elles avaient tellement pleuré quand elles ont vu mourir Jésus comme un criminel. Tout était fini, accompli, terminé, et il ne restait plus qu’à embaumer le corps, un petit dernier soin pour l’éternité pour que la corruption du corps de Jésus arrive le plus tard possible. Elles ont de l’huile parfumée qu’elles emmènent au tombeau avec la peur de ne pas réussir à rouler la pierre à l’entrée du tombeau : « qui nous roulera la pierre pour dégager l’entrée du tombeau ? » se demandent-elles.

La peur monte, crescendo lorsqu’elles voient ce jeune homme vêtu de blanc, assis à droite dans le sépulcre. Qui n’aurait pas peur en trouvant, dans une tombe, une personne assise, bien vivante, et qui, plus encore, s’adresse à nous…. Pire encore est la surprise de voir qu’il ne s’agit même pas de la personne décédée que nous avons enterrée dans cette tombe ?  La peur s’est tellement diffuse dans tout le corps et l’âme de Salomé et des deux Marie à tel point qu’elles prennent la fuite, terrorisées, sans rien dire à personne, c’est-à-dire qu’elles ont tellement peur au point d’être incapables d’annoncer la résurrection de Jésus. Ceci, nous ne l’avons pas lu dans l’évangile d’aujourd’hui. C’est le verset suivant qui le dit : « Elles sortirent et s’enfuirent du tombeau, parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes. Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur. »

L’annonce de la résurrection de Jésus contrairement à ses miracles, ne change pas tout d’un coup l’état d’âme des personnes, ne les fait pas passer sans transition de l’angoisse à la joie. L’annonce de la résurrection doit être assimilée, comprise par l’âme, acceptée, accueillie par le cœur.  Pourquoi ? Parce qu’il s’agit d’une réalité inconfortable, parce que la résurrection de Jésus nous invite à reprendre tout à zéro, dès le début, retourner en Galilée où le Ressuscité nous précède et nous attend.

Pourtant, ce jour-là, le sabbat terminé, Jésus ressuscité était déjà dans le cœur de Salomé et des deux Marie. Saint Marc nous dit que ce jour-là, elles arrivèrent au sépulcre « au lever du soleil », au petit matin, comme nous aujourd’hui. La Covid19 pensait nous punir, mais elle nous donne l’occasion de faire l’expérience des saintes femmes du matin de Pâques, au lever du soleil ! Les premiers chrétiens appelaient Jésus « Soleil victorieux d’en haut » Le verbe « lever », en lien avec le soleil, a la même signification que résurrection.

Sans le savoir, sans en être conscientes, ces femmes sont arrivées au tombeau en portant Jésus vivant déjà dans leurs cœurs tristes mais remplis d’amour pour lui. Cela est possible parce qu’à la veille de ce premier sabbat, elles avaient eu le courage de rester au pied de la croix, avec Marie, notre Mère. Le lendemain, elles sont capables de défier la peur pour aller au Sépulcre.  Toi aussi, si tu es au pied de la croix, inondé de douleur, de tristesse et de peur à cause du Mal et de la mort présentes sous différentes formes dans ta vie, si malgré tout tu acceptes d’entrer dans le tombeau de Jésus… alors tu le trouveras vide parce que la mort n’a pas pu retenir la vie prisonnière grâce à la Résurrection de Jésus. N’ayons pas peur d’ouvrir largement notre cœur à Jésus ressuscité. Nous verrons alors que la mort et le mal ne nous feront plus peur.  Nous pourrons alors vivre pleinement, plein de joie, d’espérance parce que nous vivons désormais avec Jésus Ressuscité qui a besoin de nous comme témoins de sa victoire sur le mal, sur la mort dans ce monde qui en a besoin. Amen.

 

Homélie du Père Joseph de la Veillée Pascale, année B (2021)2021-04-08T16:27:34+02:00

Homélie du Père Joseph du Vendredi Saint, année B (2021)

Ce soir, contemplons Jésus élevé de terre ! Il attire à lui l’humanité entière, des hommes et femmes auxquels il ouvre largement ses bras ! Lui ouvrirons-nous nos bras à notre tour pour cette étreinte qui sauve ?  Avec une infinie douceur, Jésus nous regarde et veut croiser notre regard car dans nos yeux, il verra ce que nous avons dans le cœur, les sentiments qui nous animent. Il nous ouvre son cœur mais sommes-nous capables de lui ouvrir le nôtre ? De son cœur transpercé par une lance, il fait jaillir sur nous l’eau et sang, symbole des sacrements, source intarissable à travers laquelle Dieu continue, aujourd’hui encore, à nous donner sa vie en abondance.  Dans le récit de la Passion selon saint Jean médité chaque vendredi saint, il y a quelques détails absents chez les synoptiques.  Autour de la croix, il n’y a pas une foule qui crie mais seulement des soldats romains, des païens, et des femmes qui entourent Marie, avec le Disciple Bien-aimé.

Au jardin des Oliviers, Jésus est arrêté tandis que ses disciples sont plutôt impétueux, agressifs et prêts à faire l’usage d’une épée, comme on le voit chez Pierre : « Or Simon-Pierre
avait une épée ; il la tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui coupa l’oreille droite
 » ! Contrairement à ce que nous avons lu dimanche dans le récit de la Passion selon saint Marc, le Jésus de la Passion selon saint Jean n’est pas triste, n’a pas peur et se préoccupe plutôt du sort de ses disciples : « Si donc c’est moi que vous cherchez, laissez-les partir » dit-il aux soldats qui agressent ses disciples.

Les disciples sont perdus, incapables de soutenir leur Maître dans ce drame. On le voit dans la fuite des apôtres et le reniement de Pierre dans la cour du Grand Prêtre.  Pour Jésus, nos trahisons ne sont pas irréversibles. Ce qui est le plus important, c’est cet Amour qu’il déverse sur ses disciples, sur nous. Son amour pour nous est infiniment plus important, plus déterminant que nos trahisons, nos misères et nos fragilités. Sa volonté de porter sur lui nos pauvretés est infiniment plus forte que nos propres pauvretés. Là où le péché a abondé, la miséricorde et l’amour ont surabondé nous rappelle saint Paul.

C’est Jésus qui prend lui-même la croix pour la porter sans aucune aide ! Pas la peine de chercher Simon de Cyrène pour lui venir en aide. Ce Roi crucifié gouverne l’histoire et les événements à travers le don total de lui-même. Notre vie est dans ses mains clouées, mais qui n’ont rien fait de mal, mais qui ont béni, nourri, purifié, touché nos lèpres, lavé nos pieds sales ! Notre destinée est dans ses bras ouverts sur la croix. En sommes-nous conscients ? Il est le Maître de l’histoire du monde, de notre propre histoire, même quand elle semble nous dépasser. Le laisserons-nous prendre le gouvernail de nos vies déboussolées ? Dans la scène du vendredi saint, la douleur, la souffrance, l’angoisse de chacun de nous sont portées intégralement, sont dépassées, vaincues et transfigurées par la puissance de l’Amour de Celui qui meurt !  Dans cette scène, où sommes-nous ? Où est notre place ? Où se trouve l’Eglise ?

Nous pouvons nous demander où nous nous trouvons dans ce tableau, dans cette période pendant laquelle nous nous sentons fragiles, perdus, angoissés et terrorisés par la peur devant le mal, dont la Covid19 n’est qu’une manifestation ? Nous aimerions que Jésus porte sur nous son regard, que quelques gouttes d’eau et de sang jaillissant de son côté transpercé tombent sur nous pour nous laver, nous purifier, nous guérir, nous sortir de cette crise. La célébration de ce soir nous invite à supplier le Seigneur, à nous approcher davantage de sa croix ! Il verra ainsi, dans nos yeux cette angoisse qui nous terrorise, angoisse née des souffrances familiales, affectives, professionnelles, sanitaires que nous traversons actuellement. Si nous nous approchons de Jésus, sûrement qu’une goutte d’eau, de sang de son côté ouvert jaillira sur nous pour purifier et abreuver nos cœurs assoiffés de vie, de bonheur et d’amour !

Mettons-nous au pied de la croix, avec Marie, les saintes femmes et les Disciples bien-aimés pour pleurer le Seigneur présent dans nos douleurs et nos deuils. Jésus nous confie Marie comme Mère. Au pied de la croix, nous sommes tous devenus ses enfants. Jésus nous demande de prendre soin de Marie, mais en réalité, c’est elle, Marie notre Mère qui prend soin de nous. Quand nous pleurons, Marie pleure avec nous. Nous avons ici une icône de piété filiale. En nous mettant au pied de la croix avec Marie, nous naissons de nouveau pour devenir fils et filles de Marie, frères et sœurs du Seigneur présents au pied de la croix grâce à travers le disciple bien-aimé qui reçoit Marie comme Mère.

L’Eglise naît au pied de la croix avec Marie. Plus tard il y aura la Pentecôte, mais au pied de la croix, Marie, les saintes femmes et le disciple bien-aimé contemplent Jésus qui rend l’Esprit et son côté ouvert d’où jaillissent l’eau et le sang : la source de tous les sacrements, dont le premier est le baptême, à travers lesquels Jésus nous fait naître à la vie divine, la nourrit, en prend soin et lui fait porter des fruits en abondance si nous restons attachés sur lui comme le sarment sur la vigne.  Au pied de la croix, Marie devient la Mère de tous les nouveaux enfants, nés par la foi, nés du baptême, comme ceux qui seront baptisés ce dimanche de Pâques et qui s’entrainent dans l’art de l’écoute du Maître, l’art du lavement des pieds, c’est-à-dire du service dans l’Eglise et dans le monde.

L’Eglise est cette petite communauté de quelques personnes qui sont au pied de la croix, qui pleurent, souffrent avec Marie, Notre-Dame de Douleurs, mais sur qui tombent l’eau et le sang jaillissant du cœur transpercé de Jésus. Ce petit groupe conserve la promesse de la résurrection.   Ce groupe devra ensuite témoigner au monde qu’on ne peut pas tuer l’Amour. Ceux qui avaient condamné Jésus étaient sûrs d’avoir crucifié, mis à mort et enseveli l’Amour, mais ils se sont trompés car au matin de Pâques, l’Amour est sorti victorieux d’une tombe laissée vide.

En ce temps difficile que nous vivons, restons au pied de tout crucifié, de tous les crucifiés dont Jésus a porté la souffrance sur la croix. Faisons-le par des gestes et des paroles simples autour de nous ! Jésus est encore crucifié dans beaucoup de visages autour de nous ! Il suffit d’ouvrir nos yeux, nos oreilles, et surtout, notre cœur pour s’en apercevoir. Faisons-le en accueillant, avec les larmes de Pierre, nos propres blessures et nos cœurs transpercés. Allons-nous nous laisser déshabiller de notre orgueil par lequel nous cachons notre peur, notre angoisse de la mort ? Pourrons-nous permettre à notre Mère Marie, Notre-Dame des Douleurs, qui a recueilli Jésus dans ses bras, de nous prendre nous aussi sur ses genoux, pour pleurer sur nous, verser sur nous ses larmes remplies de tendresse maternelle, pour nous couvrir, comme Jésus, d’un suaire de tendresse et de miséricorde ? Elle nous obtiendra la grâce d’être des enfants nouveaux, ressuscités à la vie nouvelle avec Jésus au matin de Pâques. Restons avec Marie, en silence, pleurant nos misères, dépouillés de nous-mêmes, mais confiants dans l’Amour qui se livre sur la Croix, mais qui sortira vivant et victorieux du tombeau. Amen.

Homélie du Père Joseph du Vendredi Saint, année B (2021)2021-04-08T16:27:04+02:00
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