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Homélies des messes

Homélie du Père Joseph du I° dimanche de l’Avent, année B (2020)

Attendons Noël en restant éveillés !

Mes chers frères et sœurs !

Avec ce premier dimanche de l’Avent, nous commençons une nouvelle année liturgique, que nous espérons sera plus joyeuse que celle que nous avons vécu.   Saint Matthieu nous a accompagné l’an dernier avec son évangile, et cette année, nous cheminerons en compagnie de l’évangile selon saint Marc : le plus court des 4 évangiles, écrit dans un langage simple et pauvre, mais un évangile dense et profond. On l’appelle l »’évangile du catéchiste », car saint Marc, de manière graduelle, pédagogique, progressive et simple nous fait découvrir Jésus et nous met en sa compagniepour que nous puissions mieux Le connaître et L’aimer. En ce premier dimanche de l’Avent, en compagnie de saint Marc, mettons-nous donc en route, pour accueillir Jésus qui vient nous sauver.

L’attente du Messie ne peut être passive : nous devons nous mobiliser, rester dynamique, nous bouger, resteréveillés et en action pour accueillir le Sauveur. Le temps de l’Avent me fait toujours penser à un couple qui attend un bébé : dès que madame sait qu’elle est enceinte, toute la famille est dans la joie et commence déjà à préparer la venue du bébé : ses habits, sa chambre, changer de voiture, arrêter de boire et de fumer peut-être pour la maman, contrôler son hygiène de vie et tout cela par amour pour le bébé qui va naître. Comme nous l’avons proposé aux enfants du KT avec le calendrier de l’Avent, j’invite tout le monde à se mettre en marche, en ce temps de l’Avent en posant concrètementchaque jour un petit geste qui montre que nous avançons dans la joie vers Jésus qui vient nous sauver.

Pour préparer la venue de Jésus et mieux l’accueillir, voici quelques moyens.

D’abord la confiance : faire, avoir confiance, entre en confiance nous permet d’avancer. Il y a des périodes de la vie où la confiance doit être plus forte en nous.  Dans le contexte difficile que nous traversons, avec toutes les incertitudes qui entourent ce temps de l’Avent et Noël, la crise sanitaire et tous les dégâts psycho-socio-économiques…que nous subissons, il nous faut la grâce de la confiance. Confiance en Dieu qui nous accompagne et qui nous a dit qu’il « sera avec « nous tous les jours jusqu’à la fin des temps ». Dieu ne nous abandonne jamais. Cependant, quelques fois, surtout quand les temps sont durs, nous risquons de l’abandonner en pensant que Dieu ne fait rien, qu’il nous laisser nous débattre tout seul dans notre misère. Beaucoup de psaumes, (comme le psaume 22) expriment ce sentiment d’abandon :  le psalmiste le crie sa misère, le fait de se sentir abandonné par le Seigneur mais tous finissent par un cri de louange et de confiance en Dieu. Oui, nous traversons des épreuves depuis presque une année. Mais le cadeau que nous pourrions à la fois demander et donner au monde qui nous entoure, c’est la grâce de la confiance en Dieu, notre Sauveur. Nous attendons le Messie, Celui qui nous sauve.

La confiance en Dieu doit se manifester à travers la confiance que nous avons envers nous-même. Quand nous sommes éprouvés, nous perdons nos moyens, nous pensons que nous ne sommes plus capables de rien, nous perdons confiance en nous-même. Le Seigneur vient nous demander de nous réveiller, de ne pas baisser les bras, de nous remettre debout. C’est aussi le moment de manifester notre confiance envers les autres, ceux qui sont autour de nous, et je voudrais vous inviter, en ce temps de l’Avent où pullulent des théories du complot, à faire confiance aux autorités qui nous gouvernent, ceux qui nous soignent et qui doivent prendre des décisions par très difficile même si stupidité de certaines de leurs décisions nous incitent à la méfiance.

Ensuite, l’accueil : Le temps de l’avent, c’est se préparer à accueillir le plus beau cadeau. Oui, je sais que tout d’un coup certains pensent aux cadeaux matériels qu’ils pensent donner ou espèrent recevoir à Noël ! Ca va risque d’être compliqué avec le confinement et les restrictions dans les commerces. Le cadeau que nous accueillons ici, c’est Jésus, Dieu fait-homme. Pendant l’avent, je vous invite à vous accueillir les uns les autres comme des cadeaux. Oui, je sais que souvent l’autre qui est en face de vous, celui avec qui vous partagez la vie (conjoints, amis), ceux qui vous ont donné la vie (parents) ou auxquels vous avez donné la vie (les enfants et petits-enfants) sont parfois comme des boulets et vous avez du mal à voir en eux un quelconque cadeau. Ils sont parfois comme ces cadeaux que vous recevez et dont vous n’avez qu’une envie : le revendre sur un de ces sites de vente en ligne le Bon coin ou de particulier à particulier. Mais, accueillir et recevoir l’autre comme un cadeau, n’est-ce pas reconnaitre qu’il est différent et porte en lui des qualités au-delà des défauts ? Le jour du mariage, on reçoit son époux, son épouse. Dans la fécondité, on accueille les enfants que Dieu nous confie. Dans l’Eglise, on reçoit les membres de la communauté, pasteurs ou fidèles laïcs que nous n’avons pas choisis. Même le collègue de travail, le voisin de quartier, nous ne les avons pas choisis : nous nous sommes retrouvés dans la même rue, le même immeuble sans l’avoir voulu.

Alors, nous avons le choix entre nous focaliser sur leurs défauts, ce qui nourrira des tensions et des conflits entre-nous, ou alors voir en eux et à travers eux une parcelle du visage de Dieu fait homme en Jésus. En chaque humain que je rencontre, il y a des traces du visage de Dieu qui s’est fait homme. Alors, je vous conseille, en ce temps de l’Avent, comme nous le recommandait Mgr Le Gall, à voir le bien, à dire le bien et faire le bien envers les personnes de notre famille et ceux que nous rencontrons autour de nous. Comme nous l’avons recommandé aux enfants de l’Eveil à la Foi en leur proposant de préparer un petit gâteau, écrire une carte et l’apporter à un voisin, de même, je vous invite à vous accueillir en posant quelques gestes qui vous rapprochent les uns des autres, au-delà de ce qui pourrait vous éloigner.

L’Avent un temps favorable l’accueil du salut : quatre semaines à vivre, non pas comme une succession des jours et des nuits, mais comme un kaïros, c’est à dire temps favorable et du salut, en compagnie de Marie qui accueille le salut dans son cœur et dans son sein. Comme la Vierge Marie, laissons le Saint Esprit féconder nos cœurs, laissons naître et grandir Jésus chaque jour en nous, dans nos communautés, nos familles, car Jésus veut entrer dans l’histoire personnelle de chacun pour l’habiter et la transfigurer si nous l’accueillons dans la joie.

Enfin, la luttons contre tout découragement. Dans la première lecture, le peuple d’Israël est découragé parce qu’exilé à Babylone. C’est une sorte de pandémie déprimante comme celle que nous subissons. Le peuple a vu toutes ses certitudes et tout ce qui faisait la fierté d’Israël effondrer, comme vous voyons nos certitudes scientifiques et notre système économique s’effondrer depuis un an à cause de la Covid19 ! Le peuple d’Israël n’a plus de roi (lui aussi réduit en esclavage), la ville de Jérusalem et son temple ont été détruits et le peuple vit en exil chez des païens à Babylone. Bref, le peuple a perdu toute sa fierté et toutes ses garanties ! Il ne lui reste qu’une chose : compter seulement, simplement mais fermement sur Dieu, comme nous pouvons le lire dans la première lecture : « Car tu nous as caché ton visage, tu nous as livrés au pouvoir de nos fautes. Mais maintenant, Seigneur, c’est toi notre père.Nous sommes l’argile, c’est toi qui nous façonnes : nous sommes tous l’ouvrage de ta main ».

D’une certaine manière, nous pouvons nous comparer au peuple d’Israël qui prend conscience de sa finitudepour se tourner vers le « Dieu qui sauve ». Nous aussi, ce virus nous montre que nous sommes marqués par la finitudeontologique. Notre monde pense parfois pouvoir se sauver lui-même, l’homme pensant par la science, se substituer à Dieu, mais nous nous rendons compte ave ce que nous vivons que nous avons besoin d’être sauvé par Dieu. Puisse la crise que nous traversons purifier notre foi pour reconnaitre que nous avons besoin de Dieu pour être sauver. Nous ne pouvons pas nous sauver nous-même. L’Avent nous rappelle que Dieu vient nous sauver si nous le reconnaissons comme notre seul Rédempteur et Sauveur !

Pour terminer, Jésus nous appelle à veiller : « Veillez donc, car vous ne savez pas quand vient le maître de la maison, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin ; s’il arrive à l’improviste, il ne faudrait pas qu’il vous trouve endormis. Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! » Nous commençons un mois de réveil intérieur, pour que Noël se réalise dans notre cœur. Jésus est déjà né, évidemment dans ton cœur parce que tu es dans cette église pour célébrer l’eucharistie. Il est né, si tu as déjà décidé de te libérer d’une foi qui est tiède et superficielle. Il est né si tu as pris la résolution, l’engagement de te convertir. Jésus est déjà né en toi, si tu t’es mis à chercher Dieu de tout ton cœur. Rester éveillé, c’est veiller sur les autres, en communauté, dans le quartier, en famille ! Veiller par la Parole de Dieu pendant ces 4 semaines. Veiller dans la prière, autour des crèches mises en place dans nos maisons ! Veiller aux cris des pauvreset des petits. Veiller à cette planète magnifique que Dieu nous a confiée et aux créatures qui nous révèlent le Dieu Créateur. Il ne s’agit pas de passer la nuit sans dormir, mais de ne pas laisser le quotidien et les soucis nous endormir, pour être chaque jour prêt à accueillir dans la joie l’imprévu de Dieu qui vient nous sauver. Amen.

 

Homélie du Père Joseph du I° dimanche de l’Avent, année B (2020)2020-11-26T19:04:36+01:00

Homélie du Père Joseph du Christ Roi de l’Univers, année A (2020)

Ces œuvres de miséricorde qui nous sanctifient et nous sauvent.

Mes chers frères et sœurs !

Avec la fête du Christ-Roi, nous clôturons l’année liturgique, une année que beaucoup aimeriez vite oublier. Quelqu’un me confiait hier son envie de tourner sans tarder la page et oublier l’année 2020 avec son lot des malheurs. Beaucoup de chrétiens étaient impatients d’en finir aussi avec cette année liturgique dans laquelle nous n’avons même pas pu célébrer les grands mystères de notre foi à cause du confinement : un carême et un temps pascal confinés, des mariages, premières communions, confirmations, profession de foi reportés à cause du confinement.  On a eu beaucoup de chance pour la Toussaint…! Il est donc bien normal de vouloir oublier cette année liturgique.

Mais, aujourd’hui, comme on le fait le 31 décembre, en fin d’année civile, je vous invite à faire une relecture de cette année liturgique confinée pour y voir, malgré tout, les grâces vécues et reçues du Seigneur. Alors, cette fête du Christ Roi de l’Univers, loin de nourrir en nous quelques nostalgies monarchiques (il parait qu’il y a beaucoup de nostalgiques de la monarchie en France), cette fête nous invite humblement, à rendre grâce à Jésus notre Roi qui conduit notre vie et nous invite à travailler pour que son règne advienne ! Cette image du Christ Roi de l’Univers, -pour certains, un peu vieillotte, – veut réaffirmer une donnée importante de la foi chrétienne : Jésus, ce charpentier de Nazareth, ce juif marginal qui a vécu il y a un peu plus de deux mille ans, condamné, couronnée d’épines et mort en croix, c’est vraiment Lui le Vrai Roi de l’Univers, l’Alpha et l’Oméga, celui qui donne sens à notre vie et à l’histoire de l’humanité. Ses bras ouverts en croix, attirant à lui tous les hommes, nous invite à lever les yeux vers lui, mais les pieds solidement enracinés dans notre histoire présente. C’est dans cette tension dialectique entre les yeux levés vers ce Roi Crucifié qui nous ouvre ses bras et nos engagements concrets dans ce monde, que nous trouvons le Salut.

Nous sommes déjà suffisamment angoissés par le contexte que nous traversons. Et comme si cela ne suffisait pas, l’évangile de ce dimanche vient en rajouter un peu à cette angoisse déjà lourde ! Nous n’aimons pas contempler ce Dieu Juge implacable qui nous fait peur que saint Matthieu décrit.  Cette semaine, j’ai rencontré un paroissien qui prend de l’âge et qui réalise qu’il n’en a plus pour très longtemps ici-bas. Lui qui n’avait pas peur de la mort, depuis quelques mois, il a peur du jugement de Dieu. Il a beaucoup pleuré en pensant à sa vie passée qu’il regrette évidemment, chacun de nous. Nous avons partagé avec lui le Psaume 50 dans lequel le roi David se reconnait son péché et demande pardon à Dieu.

Qu’on le veuille ou pas, cet évangile nous parle du Jugement Dernier, une donnée de la foi chrétienne que nous avons parfois tendance à oublier parce que,- comme disait un jour, lors d’un enseignement, Mgr Olivier de Germay, l’archevêque nommé de Lyon-  nous désirons professer la foi en un Dieu non pas Juge implacable et dur, mais un Dieu plein d’amour et de tendresse… au point de le prendre pour un « Baba cool » qui nous nous fait aucun reproche, un Dieu tellement cool au point de nous caresser dans le sens du poil.  La preuve, quand nous célébrons les funérailles : cet évangile est parmi ceux qui sont proposés dans le lectionnaire des funérailles.  Mais, curieusement presque toutes les familles aiment s’arrêter à la première partie et n’aiment pas lire la deuxième partie qui nous dérange en mettant en lumière le côté obscur de notre vie, de la vie du défunt.

La clef de lecture de cet évangile, c’est ce qu’on appelle l’option préférentielle pour les plus pauvres. Jésus, Bon Berger et Roi de l’univers accueille les brebis qui l’ont reconnu à travers le visage du plus pauvre, du plus faible, du persécuté, de l’affamé, l’assoiffé, l’étranger, du prisonnier. Dans la Bible, il y a sans cesse la valorisation de tous ces gestes de compassion envers les petits, les faibles et les pauvres. Jésus dit explicitement que c’est de lui dont nous prenons soin en étant attentifs aux petits. Le Seigneur s’identifie à la personne écrasée par la vie. Le message de Matthieu est clair : notre rencontre avec Dieu, la foi véritablement chrétienne change notre mode de voir les autres et de vivre avec eux. Dieu est présent dans le visage défiguré de nos frères et sœurs blessés. Réalisez d’ailleurs que Jésus ne parle pas de « bons pauvres », « des pauvres gentils » ou des prisonniers innocents victimes d’une erreur judiciaire ou du prisonnier meurtrier,  de  l’étranger que nous choisissons et l’ autre que nous souhaitons inconsciemment voir se noyer dans la Méditerranée. Même dans le pauvre qui a tout perdu à cause de sa propre faute parce qu’il a trop dilapidé sa richesse ou dans le prisonnier meurtrier condamné à perpétuité, nous pouvons toujours reconnaitre quelques traces du visage de Dieu.

Dans la deuxième partie de cet évangile, celle que nous n’aimons pas entendre… Jésus rappelle que celui qui ne le reconnait pas dans le pauvre, l’étranger, le malade, l’assoiffé et l’affamé sera jeté dans le feu de la Géhenne ! Oh, pardon, de vous avoir choqué en parlant de la Géhenne, de l’Enfer ! Il parait que beaucoup de chrétiens ne croient pas que l’Enfer existe ! Si, l’Enfer existe vraiment. Jésus nous en prévient… même si sa volonté est qu’aucun de nous ne puisse y ailler : « Or la volonté de mon Père, c’est que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a confié, mais que je les ressuscite tous au dernier jour ». Si nous refusons librement, de croire en Dieu, de L’aimer et Le reconnaître, à travers nos frères et sœurs, l’enfer est le terminus vers lequel nous nous dirigeons si nous ne changeons pas de cap.

Que va-t-il donc se produire à la fin des temps quand Jésus viendra juger les vivants et les morts, comme nous le disons dans le Credo ? Cela est écrit noir sur blanc dans l’évangile ! Mettons de côté ce petit tableau comptable Excel sur lequel nous avons mentionné seulement le compte du nombre des messes célébrées ou vécues, même pendant le confinement, derrière notre écran, les heures de prières, les pèlerinages, des confessions, les adorations, les soirées de louanges, les rosaires…. Tout cela est bien et nécessaire pour notre salut, mais Jésus nous dit que cela reste insuffisant. Le Seigneur- Roi de l’Univers et Juge nous demandera si pendant notre vie, nous l’avons reconnu dans le pauvre, le faible, la personne fragile, la personne âgée abandonnée, isolée dans une maison senior ou dans son appartement, le parent insupportable, l’étranger qui, de surcroit, n’est pas de votre religion… Oui, vous l’avez bien compris : le Jugement Dernier se fera sur ce que nous aurons fait pendant notre pèlerinage terrestre.

La foi chrétienne est concrète et transforme notre vie, pas seulement des paroles et des concepts théologiques ou spirituels. La prière véritable contamine et irrigue notre vie, elle nous convertit en nous incitant à faire le bien autour de nous. La célébration eucharistique ne s’arrête pas à la sortie d’une église, mais elle se poursuit par le témoignage d’une vie donnée qui glorifie Jésus dans le quotidien de nos familles confinées, les voisins qui attendent une attention de notre part, les collègues de travail que nous n’aimons pas toujours, les membres de la communauté paroissiale qui nous manquent en ce temps de confinement…

Alors, oui, la prière, les sacrements dont nous sommes privés actuellement…sont moyens de sanctification et de salut. Cependant, dans l’évangile de ce jour, Jésus  nous invite à prendre conscience que par le baptême, nous sommes serviteurs de nos frères et sœurs, qu’à travers le témoignage d’une vie au service des autres, que l’Eglise qualifie « d’œuvres de miséricordes corporelles » que sont donner à manger aux affamés, donner à boire aux assoiffés,  vêtir ceux qui sont nus, accueillir les étrangers, assister les malades, visiter les prisonniers, ensevelir les morts… nous travaillons aussi à notre sanctification et à notre salut.

Si nous savons porter notre foi de l’intérieur d’une église à la vie en société, de l’intérieur à l’extérieur du cœur, en reconnaissant le visage du Christ contemplé et adoré dans l’eucharistie dans les visages de nos frères et sœurs en humanité, alors, oui nous serons sauvés ! La royauté du Christ, Roi de l’Univers se manifeste dans nos gestes concretsà travers lesquels nous le construisons déjà ici et maintenant, en vivant notre vocation de baptisé car, à travers le baptême, nous qui partageons la dignité de Jésus de Roi et Serviteur. Cette royauté du Christ grandit chaque fois que nous savons aimer nos frères en étant des miroirs de la miséricorde et témoins crédibles de sa compassion. Alors, mes frères et sœurs, tout en priant en disant que « ton Règne vienne », vivons aussi de telle sorte que la royauté du Christ se réalise concrètement à travers notre propre vie. Amen.

Homélie du Père Joseph du Christ Roi de l’Univers, année A (2020)2020-11-23T19:10:40+01:00

Homélie du Père René du XXXIII° dimanche, année A (2020)

Homélie du Père René du XXXIII° dimanche du temps ordinaire, année A

Nous sommes à une semaine de la fin de l’année liturgique. Les textes nous donnent de méditer sur notre vie chrétienne, notre être fille et fils de Dieu. Notre foi a-t-elle été une recherche, un désir de Dieu, une ouverture de nous-mêmes qui nous remet en route chaque jour? L’apôtre Paul dans la 2è lect, nous demande de rester éveillés dans l’espérance du Royaume. Se servant d’image apocalyptique,( les douleurs d’une femme enceinte, le voleur qui vient dans la nuit ) Paul incite les Thessaloniciens à la vigilance car la venue du Seigneur sera subite et inévitable. Eux les fils de la lumière, ils ne doivent pas se laisser surprendre et doivent se démarquer de ceux qui, étant dans les ténèbres restent inconscients.

La parabole des talents est un hommage à la liberté humaine. Ces talents symbolisent les qualités personnelles que nous avons reçues et les responsabilités qui nous ont été confiées : notre famille, nos voisins, les gens avec qui nous vivons, notre monde et son environnement. Dieu nous fait confiance et nous demande d’utiliser les dons reçus pour le bien de notre univers. Il donne à chacun selon ses capacités, autrement dit, il n’attend pas au-delà du possible, il ne met  aucun serviteur en situation d’échec a priori. L’important donc n’est pas la quantité que chacun a reçu en don, qualité ou biens, mais le fait qu’il la reçu et qu’il doit en vivre. La justice ne consiste pas à donner à tous la même chose, mais à chacun ce dont il à besoin ou qu’il est capable d’assumer. C’est pourquoi, il nous faut résister à la tentation de nous comparer aux autres. Il ne s’agit pas ici des talents des autres mais des talents que Dieu m’a confiés. Saint Paul nous dit: «Il y a diversité de dons, à l’un est donnée une parole de sagesse, à un autre une parole de science, à un autre la capacité de se rapprocher des personnes seules, à un autre de l’empathie pour les handicapés, etc.» Le corps a plusieurs membres mais il forme un tout et tous les membres sont importants bien qu’ils soient différents (cf.1Cor12, 4-12). Selon mes capacités, j’ai reçu  donc un certain nombre de talents comme ses serviteurs. Les deux premiers serviteurs présentent au maitre des talents supplémentaires qu’ils ont gagnés. Ils ont augmentés les talents par leurs efforts, leur savoir faire et leur dévouement à la pensée du Maitre.

Le troisième serviteur a été incapable d’apprécier la confiance et l’estime que le maître avait à son égard. Il s’est enfermé en lui-même et il a fini par prendre peur.

Il est sanctionné parce que, par crainte de faire mal, il n’a rien fait, par crainte de se tromper et de ne pas réussir, il est resté paralysé. Il a enterré son talent et raté l’examen. L’attitude de se troisième serviteur nous donne de nous interroger. Dieu serait-il pour nous un maître qui nous paralyse de peur ou qui, par son absence apparente, devient étranger aux motivations qui conduisent notre vie ? Ou bien encore, n’avons-nous comme but que d’éviter un châtiment futur en sauvegardant le minimum ? Jésus nous révèle que Dieu est un Père dont l’amour n’a pour dessein que de nous inviter à partager la joie de son Royaume. Il nous invite à mettre en œuvre toute notre énergie pour déployer, en toute confiance et dans la pleine liberté, les dons qu’il nous a confiés.

La femme vaillante, dont la première lecture fait l’éloge, ne se replie ni sur elle-même ni sur sa vie familiale. Si elle donne le bonheur à son mari, si elle « travaille avec entrain », dans le même temps « elle ouvre ses doigts en faveur du pauvre, elle tend la main au malheureux ».  Comme elle, la spécificité chrétienne réside dans le fait d’être fils ou fille de la lumière et de ne pas rester endormi dans les ténèbres. Il nous revient donc d’être vigilant, éveillé et attentif. Attentif à soi, aux autres et à Dieu ; éveillé à notre dimension intérieure où réside Celui qui vit en nous et vigilant aux appels de Dieu et de nos contemporains au travers des rencontres et des évènements de notre vie. Voilà ce qui nous spécifie en tant que chrétien : être porteur de talents. Nous sommes nés pour rendre manifeste la lumière de Dieu qui est en nous. Elle n’est pas réservée à quelques-uns ; elle est en chacun. En ce jour, nous pensons à tous les bénévoles du Secours Catholique qui comme la femme vaillante, donnent le meilleur d’eux-mêmes pour aller à la rencontre des pauvres et des exclus.

Chacun de nous est invité par cette parabole à se réveiller, pour agir dès maintenant pour le bien de l’humanité ; chacun à notre façon et selon notre capacité pour apporter à ce monde la lumière dont il a tant besoin.

Ouvre mon cœur Seigneur, à ton Amour, aux autres, au monde entier. Amen !

Homélie du Père René du XXXIII° dimanche, année A (2020)2020-11-26T19:02:32+01:00

Homélie du Père Joseph de la Toussaint, année A (2020)

Tous les Saints

Mes chers frères et sœur !

Dimanche dernier, Jésus nous rappelait que pour avoir en héritage la vie éternelle, il nous faut observer le plus commandement résumé dans ce binôme : aimer Dieu et aimer son prochain comme soi-même. A l’occasion de la fête de tous les saints, Jésus nous invite de nouveau à contempler cet Amour qui rend heureux, et qui fait de nous des saints. Sans amour pour Dieu et pour le prochain, il est impossible d’être vraiment heureux. Sans amour, la sainteté est quelque chose d’impossible.  Dans un contexte où nous  nous faisons du souci pour notre santé physique, où tout est mis en œuvre pour préserver la santé du corps avec toutes ces mesures sanitaires que nous observons depuis des mois, et que nous devons observer par amour pour nous-même et pour le prochain, on dirait à loi suprême de la santé du corps , – quelque chose de très important et dont nous devons prendre soin car le Seigneur lui-même nous le montre quand il guérit toute sorte de maladie et d’infirmité-,  la fête de la Toussaint, au début de ce nouveau confinement nous invite, nous qui voulons avoir des corps SAINS, à chercher aussi à devenir des SAINTS, c’est-à-dire, à  désirer la SAINTETE. Comme je l’ai écrit dans l’édito du Trait d’Union, nous devons soigner, prendre soin de notre vie terrestre dont les nombre d’années dure, comme dit le psalmiste, 80 ans pour les plus vigoureux !

Les maladies qui conduisent à la mort du corps, nous en avons déjà eu, nous en pâtissons aujourd’hui et elles nous font terriblement peur, certaines beaucoup plus de la Covid19, nous aurons encore ces maladies qui nous inquièteront dans l’avenir….et qui certainement conduiront la mort du corps. La vie terrestre est passagère….mais, la fête de la Toussaint nous rappelle que nous sommes appelés et faits pour la Vie éternelle, mais cela, nous l’oublions parfois. En fait, nous mettons en œuvre tellement de choses, faisons beaucoup d’efforts et des sacrifices pour prendre soin du corps, appelé pourtant à dépérir un jour…. mais nous oublions malheureusement souvent à prendre soin de notre âme grâce à laquelle nous sommes appelés à la sainteté, à la vie éternelle en communiant, dès à présent, à la vie divine agissant en nous à travers les sacrements et beaucoup de nourritures spirituelles dont nous serons privés de nouveau avec ce confinement.

C’est ici et maintenant que nous devons cultiver la sainteté, dans notre vie ordinaire, de baptisé, dans la famille, la communauté ecclésiale, professionnelle, associative. « Soyez saints, soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait », nous dit Jésus. La sainteté se vit ici, sur terre, pendant notre pèlerinage, jour après jour. Elle est ensuite reconnue, tôt ou tard, par l’Eglise, lors d’une béatification ou canonisation. Combien des saints vivent autour de nous, mais que nous ne voyions pas, parce qu’ils mènent une vie tellement simple, avec un amour simple, sans fanfare ni trompette. Nous les méprisons même parfois ! Ce sont les « saints du voisinage, ceux de la porte d’à côté », comme le dit le pape François.  Ce n’est pas la reconnaissance publique qui compte pour celui qui veut incarner l’esprit des béatitudes. Un saint ne cherche pas de le démontrer, le prouver, comme ces hypocrites, Pharisiens, Scribes et Docteurs de la Loi contre lesquels Jésus s’est tellement mis en colère. Bien agir, bien parler, prier, rendre service, aller à la messe… dans le seul but de donner un bel et bon exemple ne conduit pas à la sainteté, car la vraie sainteté n’est pas ostentatoire ni hypocrite. Elle se vit naturellement, simplement, sans tambour ni amplificateur. Un jour où l’autre, cette sainteté évidente portera ses fruits car ce sont les autres qui en témoigneront, et nous serons déjà morts, physiquement, mais vivants, dans le cœur des gens et surtout dans le Cœur du Seigneur. Vous n’avez qu’à regarder ce qui est dit, parfois de manière exagérée, lors des célébrations des funérailles : que d’éloges lors des hommages au défunt. On souligne ce qu’il a fait de bien, pour demander au Seigneur de le regarder avec bonté et miséricorde afin de leur donner la vie éternelle.

En effet, les béatitudes sont comme les clichés négatifs de la société et de la mentalité humaine dans sa réalité ordinaire. Dans les béatitudes, le noir devient le blanc et le blanc devient le noir.   Ce qui est pour le monde, pour la société un vrai et réel échec, les béatitudes le célèbrent comment une victoire : « Heureux les pauvres, heureux ceux qui pleurent, heureux les persécutés » : ça ne marche pas humainement !  Ce qui est considéré humainement comme étant une bénédiction, les béatitudes nous disent qu’il s’agit là d’un malheur, une malédiction. Un vrai contrepied à notre mentalité actuelle, comme quand Marie dit, dans le Magnificat : « Dieu élève les humbles, renverse les puissants, il comble des biens les affamés, mais renvoie les riches les mains vides ». Tout ceci est tellement humainement faux, mais il s’agit bien de la vérité de Dieu, et c’est en cela que réside la sainteté.

Nous disons souvent : « le monde appartient aux plus malins, aux plus rusés, aux puissants, aux pourris, aux plus riches, ceux qui savent profiter des faiblesses des autres, qui les écrasent dans les compétitions, ceux qui savent faire les coups bas aux autres, ceux qui rendent le mal pour le mal, de manière sournoise ».  La société nous donne l’impression que c’est cela le bonheur, la réussite. Et de fait, l’inculquons parfois à nos enfants.

A travers ces béatitudes, le Seigneur nous dit la Vérité que la société ne veut et ne peut comprendre, parce qu’humainement paradoxale et scandaleuse : « le monde appartient aux faibles, à ceux qui ne profitent pas des situations, le monde appartient aux gens honnêtes, aux gens simples, les pauvres de l’évangile, aux persécutés….» Et ce n’est pas parce que le monde ne veut pas l’entendre que cela n’est pas vrai.  Notre monde est rempli des gens médiocres, des vendeurs de paroles… mais qui ont la côte, ces experts que nous voyons sur tous les plateaux de télé pour nous asséner des vérités que nous devons gober, avaler, et parfois, entre eux, ils se contredisent, se battent, ont du mal à reconnaitre qu’ils se sont trompés, comme on peut le voir à travers les recommandations et mesures prises depuis que nous souffrons de cette pandémie. Pour beaucoup dans la société, ces gens-là ont réussi et sont mis sur le piédestal, ce sont les icônes du monde. Mais, la fête de la Toussaint nous présente d’autres icônes, qui ont passé par la voie de la faiblesse, de la souffrance, de la mort, comme Jésus qui meurt en croix, abandonné, humilié, mais qui a aimé, jusqu’au bout.

Oui, désirer être saint, dans notre quotidien, c’est aussi accepter de vivre en contradiction avec l’esprit du monde. Je ne vous demande pas de quitter le monde, mais d’être dans le monde des lumières, de toutes petites lumières,  sans prétention ni orgueil, qui vivent l’esprit des béatitudes, la pauvreté du cœur qui s’oppose la mentalité tellement actuelle de vouloir, comme Adam et Eve, prendre la place de Dieu au lieu d’accepter  de dépendre et de tout recevoir de  Lui, la pureté de cœur, qui s’oppose à la luxure et au plaisir tellement exalté par le monde, un chrétien désireux de sainteté prône la non-violence et la culture de  paix, dans cette période violente où on peut égorger un prof dans la rue, des chrétiens dans une église, comme le père Jacques Amel, ces trois chrétiens tué jeudi dans la basilique Notre-Dame à Nice,   tirer une balle sur un prêtre pendant qu’il ouvre ou ferme la porte de l’église, comme cela s’est fait ce samedi 31 octobre à Lyon. Il vit la douceur comme Jésus « doux et humble de cœur » dans une société où la douceur est devenu une faiblesse, la miséricorde, la tendresse, pardonner, quand la société considère ces vertus comme des arguments des faibles.

Les saints ont tous un jour été pris pour des fous. Aujourd’hui, nous les vénérons dans leur ensemble, ceux qui figurent officiellement sur le calendrier liturgique, et ceux, plus nombreux, connus seulement par le Seigneur, et que nous croisons probablement, dans nos familles, dans nos communautés, qui vivent simplement leur foi, qu’on qualifie de manière caricaturale de simples gens ou gens simples, ceux qui croient, donnent, pleurent, construisent un monde meilleur sans faire de publicité. Ce sont ces saints que nous célébrons aujourd’hui et c’est leur soutien que nous implorons en cette période douloureuse et triste.

Que Dieu nous garde tous en bonne santé physique ! Demandons, surtout pendant ce temps de confinement, de creuser en nous le désir de la santé de l’âme, de la sainteté à laquelle il nous appelle depuis notre baptême. Demandons aux saints que nous connaissons, dont nous portons le prénom, ceux pour lesquels nous avons une vénération particulière…de nous venir en aide, nous qui sommes encore pèlerins ici-bas, pour partager un jour leur gloire, au ciel, pour l’éternité. Amen.

Homélie du Père Joseph de la Toussaint, année A (2020)2020-11-01T19:41:12+01:00

Homélie du Père Joseph du XXX° dimanche, année A (2020)

Montre l’amour de Dieu débordant en toi  et par toi en aimant ton prochain comme toi-même

Mes chers frères et sœurs !

Dimanche dernier, en nous disant de « rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu », Jésus nous rappelait ce qu’est la vraie laïcité. Une semaine plus tard, il vient nous rappeler le primat de l’amour sur la Loi : l’amour envers Dieu et celui envers notre prochain au cœur de notre vie personnelle, familiale et ecclésiale.

L’amour de Dieu et celui du prochain sont deux commandements qu’on ne peut séparer. L’amour de Dieu n’est pas seulement le paradigme ou le modèle de l’amour du prochain. L’amour de Dieu est la raison, l’origine, la sourceet le fondement de l’amour du prochain. Le chrétien devrait dire « J’aime mon prochain, quel qu’il soit, parce que j’aime Jésus-Christ ». D’ailleurs, je ne peux aimer le prochain que parce que je me sais aimé par le Christ. Pour aimer les autres, il faut se savoir aimé d’abord. Quelqu’un qui se croit mal aimé saura difficilement aimer les autres. Même les psys nous le disent. Convaincu d’être aimé de Dieu de manière inconditionnelle, je peux alors aimer moi aussi, car l’amour du Christ déborde en moi pour jaillir sur les autres. C’est le syllogisme logique de l’amour chrétien. Si l’amour du Christ n’était pas la source de notre amour, nous serions dans l’habituelle distinction-séparation entre les gens que nous pouvons ou devons aimer et ceux que nous ne sommes pas obligés d’aimer et qui ne méritent pas notre amour. Vous savez mieux que moi que nous avons humainement dix mille raisons objectives et subjectives de haïr certaines personnes.

Pense un peu à ton frère, ta sœur qui t’a arnaqué lors du partage de l’héritage après les décès de vos parents. Comment l’aimer franchement alors qu’il s’était octroyé la part du lion, en profitant d’un moment de faiblesse des parents encore malades, pour faire signer un testament qui ne t’accordait presque rien. Quand nous visitons les familles en deuil, nous rencontrons souvent ces déchirements. Un fourbe-rusé comme celui-là, il n’est pas possible humainement de l’aimer. En ce moment de crise d’emploi et de restructuration dans nos entreprises, pense à ce collège qui t’a piqué le poste que tu occupais depuis plus de 10 ans, un poste où tu n’as pas failli, que tu méritais objectivement, mais qui lui a été donné simplement parce qu’il ou elle était fils ou fille de, parachuté, protégé ou pistonné par quelqu’un là-haut dans la hiérarchie à qui il ou elle se vendait. Devant un tel ou une telle collègue, il est naturellement humain de ressentir dégoût et antipathie. Pense à ton curé, à ce prêtre de ta paroisse dont tu penses, à tort ou à raison, qu’il déconstruit de que tu as construit pendant des décennies et dont tu désapprouve les la vision pastorale, ou l’autre dont la soutane te donne presque mal au ventre ! Pense à ton voisin de l’appartement d’au-dessus qui, parce qu’il ne peut plus sortir le soir à cause du couvre-feu, fait la fête, met la musique la musique, toute la nuit au point de t’empêcher de fermer l’œil après le vendredi soir après une semaine de fatigue et de stresse…et est tellement gonflé qu’il ne lui est jamais venue l’idée de s’excuser après de toi.  Pense à ton voisin retraité qui tond la pelouse exactement au moment où ton bébé de quelques mois doit faire sa sieste…. Je m’arrête là, vous laissant le soin de poursuivre cette litanie des personnes que nous trouvons objectivement, subjectivement, humainementdétestables. Et pourtant mes amis, les raisons qui nous poussent à aimer ne sont pas d’abord et seulement humaines : c’est l’amour du Christ pour moi et mon amour pour le Christ qui suscite et soutient tout type d’amour vrai dans ma vie de chaque jour.

Heureusement qu’Il nous aime Lui, le premier ! Et nous alors ? Sommes-nous vraiment convaincus que l’amour de Dieu est premier qu’il est plus grand que tout autre amour, et que cet Amour suscite et soutient notre amour dans nos différentes relations amoureuses ? Saint Jean nous dit que Dieu est Amour. Et pourtant, saint Jean connaît aussi les pièges de l’amour, les contradictions et l’hypocrisie de la grande rhétorique de l’amour, une rhétorique tellement facile qu’on l’entend à temps et à contretemps, qui dit à la fois l’amour et son contraire. C’est ainsi qu’il nous met en garde en disant : « Si quelqu’un dit : « j’aime Dieu », mais qu’il hait son frère, celui-là est un menteur. Celui qui n’aime pas son propre frère qu’il voit ne peut pas aimer Dieu qu’il ne voit pas (1Jn4, 20). Et encore il nous dit, « mes enfants, aimez-vous, non pas avec des discours et des paroles, mais en actes et en vérité ».

Aimer Dieu et aimer son prochain est un binôme inséparable. L’amour envers Dieu et celui envers le prochain sont ordonnés l’un à l’autre. Le premier fonde le second, et le second confirme ou dément le premier. Un amour pur envers Dieu est un concept abstrait, et pire encore, c’est une illusion. Je connais un homme qui se prend pour un vrai mystique, mais qui est incapable de dire à quelqu’un « je t’aime ». Ce mystique amoureux absolu de Dieu soutient qu’on ne peut dire « je t’aime » qu’à Dieu seul, car les amours humains rendent esclaves et seul l’amour envers Dieu libère. Ce monsieur convaincu d’aimer Dieu de manière absolue, de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces a choisi la voie absolue : la vie contemplative.

Malheureusement pour lui, même dans les monastères, il y a aussi des frères à aimer, qui valident ou invalident, vérifient la crédibilité-vérité de notre amour envers Dieu. Et du coup, notre ami a pérégriné dans une dizaine des monastères sans y trouver son bonheur. Il a fini dans un séminaire diocésain et est devenu prêtre dans une paroisse de campagne, avec une dizaine de clochers, et là encore, il a du mal, il est malheureux parce qu’il n’a toujours pas compris que tout l’amour qu’il prétend avoir pour Dieu, le Seigneur lui demande d’en témoigner auprès de ses paroissiens, qui ne sont, disons-le franchement, pas toujours sympathiques envers lui ! Aux dernières nouvelles….il est allé voir son évêque et lui demande de décharger du ministère car il veut quitter le sacerdoce pour se marier ! Il pense avoir rencontré l’amour…mais j’ai peur qu’il oublie que là aussi, l’amour envers Dieu sera incarné dans l’amour qu’il devra témoigner à cette femme (qui n’est pas un ange tombé du ciel) et des enfants (parfois insupportables pas toujours mignons).

L’amour envers Dieu doit s’incarner car Dieu le premier, pour montrer son amour pour nous, a embrassé notre humanité. Celui qui veut se passer de l’amour des autres se condamne forcement à la tristesse et à une vie sans saveur. Nous avons été créés comme êtres de relations et c’est dans dans la relation que nous nous réalisons. Cela vaut aussi pour les prêtres, religieux et religieuses ! J’ai été interpellé par le fait que quand vous regardez la vie de certains prêtres, religieux ou religieuses, vous avez parfois l’impression de voir des gens sans cœur, incapables d’éprouver un minimum d’affection, d’avoir de masses de pierre devant vous. Le pape François avait dit aux religieuses lors d’une audience qu’elles ne devaient pas donner l’impression d’être tristes comme des vieilles filles aigries par la vie, mais d’être heureuses comme des mères grâce à leur maternité spirituelle de leur cœur.

Cet évangile fait penser au chap 25 de Matthieu dans lequel le Christ nous parle de sa venue dans la gloire pour le jugement dernier : Jésus dit aux uns et aux autres : « Ce que vous avez fait ou n’avez pas fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ou à moi non plus vous ne l’avez fait ». C’est concrètement que nous manifestons notre amour ou non-amour envers Dieu.

L’incarnation du Christ nous dit que Dieu a pris chair pour révéler son amour, un amour qui souffre, pleure, rit…, a connu la fatigue, a supporté les déceptions, la fuite des disciples, la trahison de Judas, le reniement de Pierre, a souffert des calculs pervers de la politique et de la religion, l’ambiguïté des alliances, la violence physique et morale…. Mais cet Amour-Dieu s’est donné jusqu’au bout ! Notre amour pour Dieu doit prendre corps, s’incarner à travers les visages donnés dans l’entourage familial, ecclésial, professionnel. Notre amour est appelé aussi à se donner jusqu’au bout, même si les conditions humaines familiales, professionnelles, sociales, ecclésiales y sont parfois défavorables. L’effort spirituel que je vous propose pour la semaine : de penser à la personne (une seule) que nous détestons le plus (nous en avons tous) et faire un geste d’amour envers elle : un appel, un mail, un texto, une salutation ou petit sourire au travail ! Si cela nous coûte le Seigneur nous y aidera ! Ce n’est seulement par ces petits ou grands efforts que nous apprenons à aimer en vérité. Amen.

 

Homélie du Père Joseph du XXX° dimanche, année A (2020)2020-11-01T19:36:55+01:00

Homélie du Père Joseph du XXIX° dimanche, année A (2020)

Mes chers frères et sœurs !

Le prophète Isaïe nous rappelle une donnée fondamentale de notre foi : l’existence d’un seul Dieu et Seigneur Universel devant lequel chaque humain doit révérence et obéissance totale en se soumettant à sa volonté « que ta volonté soit faite sur terre comme au ciel disons dans le Notre Père ». Nous devons absolument observer la volonté de Dieu même quand celle-ci s’oppose à certaines opinions et lois sociales. C’est là que les choses se compliquent car elles posent la question du rapport entre la religion et la politique, débat qui existe depuis toujours, et dont on a beaucoup parlé en France ces derniers temps les mesures anti-Covid par exemple, les dernières lois bioéthiques, la close de conscience pour les médecins…. Il s’agit ici d’une question très difficile du rapport entre foi, conscience, religion et la loi civile ou politique. C’est sûr que nous sommes appelés à respecter la loi, mais nous savons aussi que parfois nous sommes confrontées à des lois qui ne sont pas morales. Ce n’est pas parce qu’une loi a été voté au parlement que celle-ci devient moralement acceptable. Il est inutile de vous donner des exemples, tellement ils sont nombreux.

L’évangile de ce dimanche nous rappelle que même Jésus a été mis face à ce même débat, comme nous pouvons le voir à travers la question qui lui est posée : « Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à l’empereur ? » Pas facile de répondre à cette question pour Jésus : certains ont commencé contester son autorité comme messie, nous sommes sous la e domination romaine, avec l’empereur Tiber, qui exige à tous les citoyens de 14 à 65 ans de son empire de payer un impôt annuel qui était aussi une sorte de reconnaissance de la divinité de l’empereur. Cet impôt ne plaît pas à certains groupes nationalistes en Israël qui, au nom de l’Unique Dieu d’Israël à qui tous doivent obéissance et respect, faisaient de la résistance pour se libérer de la domination de l’empire Romain. Parmi ces résistants nationalistes, il y a les Zélotes, mais en réalité, c’est tout me peuple d’Israël qui désirait s’émanciper et tout appui aux colons était mal vu par le peuple. C’est pour cette raison que les publicains (collecteurs d’impôts) étaient considérés comme des collabos et pécheurs publics.

« Est-il permis oui ou non de payer l’impôt de César ? » Si Jésus avait dit oui, il est permis de payer cet impôt, il aurait vu de déchainer sur lui la colère de tout le peuple qui l’auraient accusé de nier l’autorité exclusive Dieu d’Israël. Si au contraire il avait répondu par « non, il n’est pas permis de payer cet impôt, alors il aurait été considéré comme un rebelle, un opposant, un résistant à l’autorité de l’empereur.  Dans tous les cas, Jésus était bien piégé. Dans sa réponse : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. », Jésus expose le principe fondamental du rapport chrétien par rapport à l’autorité civile ou politique. La foi chrétienne ne dispense pas de l’obéissance aux autorités auxquelles elle reconnait l’autonome légitimité dans leur domaine.

C’est le principe exposé par saint Paul dans sa lettre aux Romains : « Que chacun soit soumis aux autorités supérieures, car il n’y a d’autorité qu’en dépendance de Dieu, et celles qui existent sont établies sous la dépendance de Dieu ; si bien qu’en se dressant contre l’autorité, on est contre l’ordre des choses établi par Dieu. Car elle est au service de Dieu : en faisant justice, elle montre la colère de Dieu envers celui qui fait le mal.  C’est donc une nécessité d’être soumis, non seulement pour éviter la colère, mais encore pour obéir à la conscience. C’est pour cette raison aussi que vous payez des impôts : ceux qui les perçoivent sont des ministres de Dieu quand ils s’appliquent à cette tâche. Rendez à chacun ce qui lui est dû : à celui-ci l’impôt, à un autre la taxe, à celui-ci le respect, à un autre l’honneur. » (Rm 13, 1-7)

Tout est clair et limpide. Notre prof de la Pensée Sociale de l’Eglise nous disait qu’un bon chrétien, quand signe sa fiche d’impôt, il doit le faire avec sourire car, il rend service à son pays et à ses frères et sœurs. C’est la justice distributive qui fait que nous avons un bon système social en France. Je sais qu’il n’est pas parfait, mais il est pas mal… Nous ne nous en rendons parfois compte que quand nous en sommes bénéficiaires, lorsque nous sommes malades par exemple. Un ami âgé de 40 ans, père de deux enfants doit faire de la dialyse 5 jours par semaine. Il m’a récemment avoué être impressionné par tout le coût de ses soins pris intégralement en charge par la Sécu ! Je prie qu’il s’en sorte en trouvant un donneur de rein. Combien parmi nous, comme moi-même, nous rendons compte à quoi servent nos impôts que quand nous sommes vraiment malades ou en difficulté ? De même, le Denier que vous donnez à l’Eglise ici sur l’ensemble paroissial est un geste de Solidarité (et un devoir) qui permet à toute l’Eglise qui est de Toulouse de vivre, cela permettant aux paroisses plus riches de porter et soutenir aussi l’action des paroisses plus pauvres car tout ça dans la même caisse de solidarité. Il nous faut donc payer nos impôts et obéir aux lois de la République.

Mais Jésus ajoute aussi : « rendez à Dieu ce qui est à Dieu » et là, les choses sont plus compliquées car il ne s’agit pas d’un parallèle entre César et Dieu. Le changement est radical. Dieu est celui en qui nous recevons l’être, la vie, l’agir, Celui qui nous donne d’exister et à qui nous devons tout. « Qu’as-tu que n’aies reçu du Seigneur ? Et si tu as tout reçu du Seigneur, pourquoi en tirer orgueil ? Notre relation avec le pouvoir public est celui du donner et recevoir, donner et avoir. C’est Ségolène Royal qui parlait du donnant-donnant. L’Etat garantit une société où règne, dans la mesure du possible, un certain ordre, la justice sociale, la liberté, le transport, la santé, l’éducation… et en retour, l’Etat attend de nous les citoyens certains devoirs, payer nos impôts, porter le masque en période de Covid…

Une relation donnant-donnant, donner-recevoir est simplement impossible avec Dieu. Il y a quelques jours, Jésus nous rappelait le premier commandement : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toutes tes forces » Au Seigneur nous devons tout donner, tout ce que nous avons et plus encore, tout ce que nous sommes parce que vous vient de lui et tout lui appartient. Avec lui, nous ne pouvons pas entrer dans une relation mercantile, un marchandage servile. « Seigneur, je ferai ceci pour toi si tu fais cela pour moi », cela me arche pas. Jésus nous dit que nous ne sommes pas ses serviteurs ni des esclaves, mais ses amis. Si nous pouvons donner ou retirer le pouvoir à l’autorité politique par les urnes et le vote, nous ne pouvons rien donner ni retirer à Dieu car tout lui appartient et nous n’avons aucun pouvoir sur lui. C’est pour cela que nous le louons, pour notre bien, simplement pour nous rapprocher de lui

Et pourtant, très souvent, nous nous comportons avec Dieu avec des calculs, quelques petits chantages, comme le fils ainé de la parabole du fils prodigue : « Mais il répliqua à son père : “Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer pour lui le veau gras !” » Ce fils a donne à son père obéissance, respect, service comme on le fait à l’empereur, sans amour. Les citoyens de l’empire romain obéissaient à l’empereur et lui versait les impôts tout en le détestant, comme nous parfois parce qu’il nous arrive d’obéir à l’Etat sans l’aimer vraiment.

Mais Dieu lui est notre Père, il nous aime, nous donne tout et attend de nous une relation vraiment filiale, dans une joie et confiance totale. Puisse cette eucharistie nous faire grandir dans cette relation filiale, confiante et joyeuseavec Dieu de qui nous tenons la vie, le mouvement et l’être. Amen.

Homélie du Père Joseph du XXIX° dimanche, année A (2020)2020-11-01T19:37:07+01:00

Homélie du Père Joseph du XXVII° dimanche, année A (2020)

Mes chers frères et sœurs !

Ce weekend, au cœur de cette année Laudato Si, nous célébrons la clôture d’un mois dédié à la prière pour la création, avec la fête de saint François d’Assise, le saint patron des « Ecolos » que nous sommes tous appelés à être, de part notre foi ! Dans la profession de Foi de l’Eglise, exprimée dans le Symbole de Nicée-Constantinople, nous disons que nous croyons en « Dieu Créateur du ciel et de la terre, de l’Univers visible et invisible ». Ce Dieu Créateur nous parle de ses créatures visibles, des hommes et femmes avec leurs trajectoires parfois fascinantes, parfois tristes ! Des malheurs comme le Déluge, des guerres, des maladies, la destruction de la création, accidentelle ou du fait de notre responsabilité, mais aussi des défis à relever, défis d’une foi qui s’engage, défis de prendre soin les uns des autres,non pas dans un anthropocentrisme égoïste, mais un soin cosmique qui annonce aussi la Bonne nouvelle à toute la création. Jésus Ressuscité envoie ses disciples en disant : « Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné. » (Mc16, 15-16).

La foi de notre baptême nous engage dans une triple mission : sacerdotale, prophétique et royale (prêtre, prophète et roi). Qu’est-ce que cela veut dire : que la fonction sacerdotale nous invite à prier ! Un chrétien qui ne nourrit pas sa vie par la prière est comme une voiture, électrique, hybride, à essence ou diesel… peu importe, mais une voiture qui n’a pas de batterie ou du carburant, d’huile moteur nécessaire et qui finit par casser son moteur qu’est notre âme. La foi nous engage à prier, pour nous-même évidemment, mais pas seulement ! Nous devons prier pour et avec les autres humains, devenir des intercesseurs pour et avec les hommes et femmes qui habitent la même planète que nous. Nous ne pouvons pas  prétendre aimer la création si nous méprisons l’humain de sa conception à sa mort,  ou si nous n’aimons que certains humains et pas les autres, ceux des pays du Sud sont ou peuvent être des victimes innocentes de nos choix de vie. C’est cela l’Ecologie humaine intégrale que le pape François nous invite à vivre. Être chrétien, c’est aussi prier pour toutes les autres créatures…même les moustiques, les araignées, les serpents, toutes ces bestioles qui nous font peur, qui nous piquent : le récit de la création dans Genèse nous dit que « Dieu vit tout ce qu’il avait fait, c’était très bon ! »

La foi de notre baptême fait de nous des prophètes ! Le prophète annonce et témoigne. Il rassure, console, encourage, réconforte. Parfois il doit dénoncer le mal. Il annonce la Bonne nouvelle à toute la création et loue Dieu pour la beauté harmonieuse de ses créatures. Saint François d’Assise s’adressait à toutes les créatures, comme par exemple, quand il prêche la Bonne Nouvelle aux oiseaux : « Mes frères les oiseaux, vous avez bien sujet de louer votre créateur et de l’aimer toujours ; Il vous a donné des plumes pour vous vêtir, des ailes pour voler et tout ce dont vous avez besoin pour vivre. De toutes les créatures de Dieu, c’est vous qui avez meilleure grâce ; il vous a dévolu pour champ l’espace et sa simplicité ; Vous n’avez ni à semer, ni à moissonner ; il vous donne le vivre et le couvert sans que vous ayez à vous en inquiéter. »

Être prophète c’est annoncer la Bonne nouvelle, celle de la conversion du cœur pour passer du mal au bien, du vieil homme à l’homme nouveau, la bonne nouvelle de la vraie conversion écologique, une écologie pleine d’espérance, pas celle pessimiste et déprimante de l’effondrement de la création mais de son relèvement progressif, pas d’une écologie égoïste, toujours punitive et culpabilisante, car Jésus nous montre toujours la route à suivre, nous accompagne sur ce chemin qui est long et difficile. Nous pouvons y arriver si nous acceptons de nous mettre en route. Notre foi invite à être témoin, prophète et messager de la nécessité de prendre soin de la maison commune que nous habitons tous. Nous ne pouvons pas y arriver d’un coup, par un claquement des doigts : la pédagogie de Dieu est graduelle et progressive. L’important est de nous lancer, de commencer, à petit pas, chacun à son rythme jusqu’au jour où nous retrouverons cette harmonie céleste quand le Seigneur restaurera toute la création, comme dit le prophète Isaïe :

« Il jugera les petits avec justice ; avec droiture, il se prononcera en faveur des humbles du pays. Du bâton de sa parole, il frappera le pays ; du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant. La justice est la ceinture de ses hanches ; la fidélité est la ceinture de ses reins. Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra ; sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main. Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer. » (Is 11, 3-9) Nous sommes loin la haine et des meurtres de cet évangile des vignerons homicides, haine et violence dont nous sommes à la fois responsables et victimes vis-à-vis des frères et sœurs humains et de toute la création.

Enfin par le baptême, nous participons à la fonction royale du Christ Serviteur qui touche et se laisse toucher par les lépreux, les pauvres, les exclus, les marginaux. Nous ne servons pas parce que nous sommes chrétiens !  Il y a des non-chrétiens qui s’engagent dans le service et qui le font bien mieux que nous, de manière professionnelle même.  Le chrétien lui se met au service de ses frères et sœurs, et toute la création parce qu’il sait qu’à travers ce service, il imite le Christ serviteur et grandit en humanité, dans l’Amour, l’Espérance et la Foi. Saint François d’Assise décrit comment la rencontre avec les lépreux a changé sa vie. Dans son Testament 1-3, il raconte : « Voici comment le Seigneur me donna, à moi frère François la grâce de commencer à faire pénitence. Au temps où j’étais encore dans les péchés la vue des lépreux m’était insupportable. Mais le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux ; je les soignais de tout mon cœur ; et au retour, ce qui m’avait semblé si amer s’était changé pour moi en douceur pour l’esprit et pour le corps. Ensuite j’attendis peu, et je dis adieu au monde. »

De même que la foi qui n’est pas nourrie par la prière dépérit, de même, celle qui ne se met pas au service des autres et de la création, celle qui ne s’engage pas risque petit à petit de s’éteindre et  perdre sa vigueur. Engageons-nous pour rendre notre monde plus habitable, plus fraternel, plus juste, plus solidaire, pour construire déjà ici-bas le Royaume de Dieu. Le Ciel est certes un don de Dieu mais c’est ici et maintenant, par notre liberté engagée et servante que nous le construisons, le préparons en prenant soin de toute la créature qui nous invite à louer le Créateur, comme saint François d’Assise.

Les lectures de ce dimanche nous parlent beaucoup de la Vigne et des vignerons, dans la première lecture, le psaume et l’évangile. N’oublions jamais que c’est Dieu le Père qui est le Vigneron et notre monde est sa vigne. Jésus nous le dit dans l’évangile selon saint Jean : « Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève ; tout sarment qui porte du fruit, il le purifie en le taillant, pour qu’il en porte davantage. Mais vous, déjà vous voici purifiés grâce à la parole que je vous ai dite. Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. » (Jn 15, 1-5)

Puissent nos engagements pour la Création, pour un monde plus solidaire, dans l’Eglise, dans la société, nous enraciner et nous attacher comme des sarments, en Jésus qui est la Vigne car sans Lui, nous ne pourrons rien faire ! Amen

 

Homélie du Père Joseph du XXVII° dimanche, année A (2020)2020-11-01T19:37:15+01:00

Homélie du Père Joseph du XXVI° dimanche, année A (2020)

Mes chers frères et sœurs !

L’évangile de dimanche nous a un peu choqué avec cette logique de Dieu racontée dans la parabole du Maître de la Vigne qui donne le même salaire aux gens sans tenir compte de la durée de leur travail. Cela a été perçu par nous comme une injustice de Dieu comme ces juifs déportés à Babylone qui se plaignent de payer pour les péchés de leurs pères. Souvent, nous aussi, devant certaines situations, surtout difficiles, nous nous plaignons contre Dieu que nous trouvons injuste parce que nous le tenons pour responsable : d’une maladie grave, surtout quand cela touche  les enfants, de la mort d’un proche, surtout quand il est parti très jeune, de la guerre, de la faim dans la monde… : nous accusons d’être le responsable, et donc le coupable de toutes ces situations difficile. Du coup, nous refusons de lui ouvrir notre cœur. Nous lui disons NON et refusons d’entrer dans sa logique. Le prophète Ezéchiel, exilé et prisonnier des Babyloniens invite ses frères déportés, et nous aussi, à assumer, accepter et accueillir la logique de Dieu   qui est tellement différente de la nôtre « Vous dites : ‘La conduite du Seigneur n’est pas la bonne’. Écoutez donc, fils d’Israël : est-ce ma conduite qui n’est pas la bonne ? N’est-ce pas plutôt la vôtre ? »  En creusant un peu, en méditant l’évangile de dimanche dernier, nous nous rendons compte que ce qui nous paraissait comme étant une injustice de la part de Dieu était simplement la manifestation de notre colère, notre révolte, notre mal-être.

Mes amis, il n’y a rien à faire : si nous voulons suivre le Dieu des chrétiens, Celui qui Jésus est venu nous révéler, le Dieu trinitaire qui est la spécificité de la foi chrétienne que nous avons choisi pour nos enfants qui seront bientôt baptisés,  que vous vous engagez à approfondir avec cette année de préparation à la communion et à la confirmation pour les adultes, il nous faut changer de perspective et accueillir la logique de Dieu qui nous appelle à une foi authentique et vraie. Jésus déteste le péché mais l’évangile nous dit qu’il y a une chose que Jésus déteste plus que le péché, une chose tellement diffuse parmi nous chrétiens, d’hier et d’aujourd’hui : cette chose s’appelle l’hypocrisie.

Au temps de Jésus, il y avait des catégories des juifs qui étaient des professionnels de l’hypocrisie : scribes, pharisiens, docteur de la Loi, anciens, grands-prêtres. Ils étaient toujours impeccables !  De l’extérieur, ils étaient parfaits. Aucun faux pas par rapport à la Loi, aux rites. Leur hypocrisie m’a fait penser à un ministre des finances qui décide de mener la guerre contre l’évasion fiscale, et qui traque tous les tricheurs qui vont planquer leur compte très loin, dans les paradis fiscaux, en Suisse, aux Iles Caïmans, au Panama. Il est tellement zélé et déterminé que personne ne peut penser une seule seconde que ce même ministre a planqué quelques millions dans une banque Suisse…. A l’extérieur, dans ses paroles, son apparence physique, il était irréprochable, mais en réalité, c’est un grand hypocrite.

L’hypocrisie des hommes, notre hypocrisie, la mienne comme la vôtre, est le thème de la Parole de Dieu d’aujourd’hui. En moi comme en chacun de nous ici, il y a une dose plus ou moins grande d’hypocrisie. Cette tentation nous guette tous, surtout dans notre société où il faut soigner son image, lisser son image devant les autres et se faire passer même pour qui on n’est pas en réalité ! L’hypocrisie abime notre relation aux autres et surtout avec Dieu. C’est le comble parce que, nous pouvons tout cacher aux autres mais on ne peut rien cacher à Dieu qui nous connait plus que nous-même. Raison pour laquelle nous devons rester humble et en vérité devant Dieu qui nous connait dans tous les petits détails de notre être.

La relation hypocrite avec Dieu est décrite ici par cette parabole du vigneron qui envoie ses deux enfants à sa vigne. Le fils aîné dit oui à la demande de son père d’aller à la vigne. Waou ! Quel garçon modèle et parfait.  Les amis du vigneron qui ont assisté à la scène ont certainement dit au monsieur : « tu dois être fière de ton fils ! Quel héritier tu as ! bravo ! » Parfois, vous recevez des félicitations sur votre enfant qui, en dehors de la maison est sage comme une statue, impeccable alors qu’à la maison c’est vous l’appelez parfois « la calamité de la famille » Le fils aîné a dit oui mais n’est pas allé à la vigne. La parabole de nous dit pas qu’il a changé d’idée parce, sur le chemin, il a rencontré des copains qui l’ont incité à aller jouer au foot, ou un contre-temps qui a fait qu’il a oublié sa mission ! Non, aucune excuse ! Le fils aîné a dit oui mais il n’avait aucunement l’intention d’y obéir et cela dès le départ.

L’attitude de l’aîné est purement extérieure. La demande du papa ne l’a pas dérangé : « oui, cause toujours ! ». C’est comme notre foi qui est parfois de façade, extérieure, superficielle, faite seulement des rites mais sans réelle conversion. Dieu le sait, il le voit de toute façon, lui qui scrute et sonde les cœurs. C’est à lui de juger de la vérité de nos actes de piété car lui sait tout chose.

Ensuite nous avons le jeune frère qui refuse d’obéir à son père ! Il a dit non ! Les parents, vous pensez à votre enfant est dans sa phase du « non, non » ! Vous navez pas fini de lui parler qu’il a déjà dit non, sans savoir ce que vous voulez lui dire.  Sa réponse est d’bord et déjà négative ! Combien des « non » sont la manifestation d’un mal-être, une demande voilée d’explication, d’éclaircissement, d’un dialogue.  Combien des gens se déclarent athées, qui disaient non à Dieu en le rejetant, mais, quand on creuse un peu, en discutant, en écoutant, on découvre que ce non était en réalité autre chose que la négation de Dieu, mais de l’Eglise, du prêtre parfois méchant, de la religieuse qui nous tiraient les oreilles, de la grand-mère ou des parents cathos, des blessures de cette tante Michelle tellement méchante qui va à la messe chaque jour, son chapelet sous la main, en prière tout le temps, qui tellement odieuse !

Disons non à une foi hypocrisie. Non à un Dieu incompréhensible qui se désintéresse de l’être humain car le vrai Dieu s’est fait l’un de nous. Non aux hommes et femmes d’Eglise qui oublient que Dieu est Amour et miséricorde.  Certains athées disent non parce qu’ils n’ont pas rencontré le vrai Dieu. Ils en entendent parler à la télé et dans la Dépêche. Une fois qu’ils ont rencontré le vrai Dieu, celui que Jésus est venu nous révéler certains non deviennent des « oui » inattendus et généreux comme le frère cadet de cette parabole : c’est la conversion !

La conclusion de Jésus est brulante : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. Car Jean le Baptiste est venu à vous sur le chemin de la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole ; mais les publicains et les prostituées y ont cru. Tandis que vous, après avoir vu cela, vous ne vous êtes même pas repentis plus tard pour croire à sa parole. »

Ces paroles sont une injure pour les grands prêtres et aux anciens qui l’écoutaient, et qui se considéraient comme parfaits, les seuls à mériter le Ciel qu’ils prenaient pour leur bien exclusif. Ils ont refusé de se convertir, de prier Dieu en vérité en sortant de l’hypocrisie des rites et de la Loi de Moïse, pour accueillir le commandement nouveau de l’Amour de Dieu et du prochain. Rappelez-vous de la parabole du bon-samaritain : ceux qui passent sans toucher le blessé le font pour respecter la Loi et les rites. Ils bénissaient Dieu des lèvres, mais leurs cœurs étaient loin de Dieu. Ils ne ressentaient aucun besoin de se convertir. Jésus leur dit que ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecin mais les malades.  Jésus est venu pour sauver les pécheurs. Les scribes, les pharisiens, ceux d’hier et d’aujourd’hui n’ont pas besoin de pardon ni de conversion. Et de ce fait, ils ont dit non à Jésus. Les prostituées, comme la femme pécheresse, la Samaritaine, les publicains comme Zachée, comme Matthieu ont entendu sa Parole, accueilli l’appel à la conversion et ont suivi Jésus.

Frères et sœurs, nous qui nous considérons parfois comme les ouvriers de la première heure et bien-aimés du Père, que la Parole de Dieu convertisse nos cœurs pour que nos « oui » à Dieu soient des oui vrais et authentique, même si dire oui à Dieu peut être parfois couteux et pensant. Que le saint Esprit nous donne la force, la grâce d’être en vérité avec Dieu, et avec nos frères et sœurs, en dépit de nos fragilités. Amen.

 

 

Homélie du Père Joseph du XXVI° dimanche, année A (2020)2020-11-01T19:37:25+01:00

Homélie du Père Joseph du XXV° dimanche, année A (2020)

Mes chers frères et sœurs !

Encore une fois, Dieu vient nous déranger dans nos logiques en déconstruisant ce que nous appelons la « Justice sociale » et « le Droit du travail ». Ce thème risque d’être déstabilisant, voire même choquant surtout dans notre région toulousaine car je sais combien parmi nous en cette période sont confrontés aux questions professionnelles, l’incertitude d’en de pouvoir garder son travail, le problème de chômage, voir même celui pouvoir décider du licenciement de ses employés pour les patrons.

Cette parabole parle de travail, de salaire, de durée de travail, des primes d’encouragement, de signe de reconnaissance au travail, le salaire minimum. Au temps de Jésus, le droit du travail fixait le salaire minimum à 1 pièce d’argent. C’est la raison pour laquelle le patron de la parabole ne donne pas moins d’une pièce à tous les ouvriers. Mais tous ces thèmes du droit de travail et de justice sociale, le Seigneur nous les fait voir sous une autre perspective pour nous inviter à aller au-delà du droit purement humain, au-delà des revendications syndicales purement économiques. La vraie thématique de la parabole c’est la « bonté » de Dieu.  Reprenant son employé « râleur », le patron répond : « Je veux donner à ce dernier autant qu’à toi : n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ? »

Au milieu des critiques et revendications syndicales des ouvriers contre le propriétaire de la Vigne, – ce qui est humainement justifié- le Seigneur vient nous apprendre ce que veut dire la « justice du cœur du Dieu », toujours liée à la bonté, l’amour et la compassion : trois éléments qui sont au coeur de l’agir de Dieu pour chacun de nous. Dieu n’est pas un juge ni un DRH. Dans une série sur Netflix décrivant la vie d’un grand Cabinet d’avocats à New York, Harvey, un grand du barreau, impitoyable qui n’a jamais perdu un seul procès, s’adressant à Mike Ross, son tout jeune assistant, très intelligent, sans diplôme mais qui se fait passer pour un diplômé de Havard, il lui dit : « un avocat, un juge n’a pas à être bon, à agir avec son cœur ou à regarder le cœur de l’autre, à avoir de la compassion. Son job est de défendre pour gagner, de juger en regardant le droit, en profitant même des failles du Droit ». Un RH est aussi parfois obligé à faire des choses contre son cœur et ses valeurs, mais seulement selon ce que dit le Droit et la politique de l’entreprise. Ma sœur qui est RH fait des cauchemars nuit et jour depuis le confinement parce qu’elle ne peut assumer, dans son cœur, décisions qu’elle est obligée de prendre actuellement. C’est cela l’humanité, c’est le monde dans lequel nous vivons, avec ses imperfections.

Dieu a un fonctionnement différent ! Et c’est normal parce qu’il est Dieu, Lui. Il est un Père plein d’amour, de bonté, de miséricorde et de compassion pour nous. Remarquez bien que dans notre vie, chaque fois que nous laissons nos tripes prendre le dessus sur notre raison, chaque fois que nous écoutons plus nos tripes, notre cœur plutôt que le Droit et raison logique, nous faisons des choses qui sont socialement, rationnellement et juridiquement anormales. C’est ainsi que Dieu agit envers nous, avec son cœur, ses tripes. Isaïe nous dit dans la première lecture que les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées ! Les voies du Seigneur sont humainement impénétrables, insondables. Certaines paroles de Jésus resteront toujours humainement incompréhensibles et incomprises aussi longtemps que nous n’entrerons pas dans la logique de son cœur, dans sa justice compatissante et miséricordieuse.

Humainement, nous sommes choqués par le patron de la parabole. Il est tout à fait logique et humainementjuste que chacun de nous ici se sente solidaire des ouvriers de la première heure qui ont enduré tout le poids du travail, avec la chaleur et la fatigue. Il n’est pas humainement juste de donner le même salaire à ceux qui travaillent sans compter les heures, qui ne pensent jamais au RTT, qui passent leurs soirées et même les weekends à répondre aux mails professionnels, qui ne voient plus la famille parce que toujours en voyage à l’étranger ou sur la route, qui doivent être réactifs, mobiles et disponible 24 heures sur 24….  Logiquement, ces gens ne peuvent pas avoir le même traitement que ceux qui ne comptent que les 35 heures légales !

Tout cela n’est pas juste, si l’argent et les lois de l’économie sont nos critères de justice ! Mais si nous entrons dans la logique de Dieu, voici que s’ouvre pour nous une nouvelle perspective. Oui, il y a un contrat entre le patron et les ouvriers ! Mais le contrat de Dieu avec nous est d’un autre ordre. Il est tout à fait spécial parce que Dieu est différent de nous, en nous donnant son Esprit, il nous dit que nous pouvons nous aussi agir comme lui.

Dieu nous appelle à travailler dans sa Vigne qu’est l’Eglise, qu’est le monde, mais Il n’est pas dans une logique de détachement, de distance vis-à-vis de ses ouvriers, comme certains patrons qui n’ont que des relations professionnelles avec leurs employés et pour lesquels ne compte que le travail exigé et réalisé. Dieu aime tellement tous les hommes qu’il se donne soi-même à nous à travers les sacrements. Dieu se donne lui-même comme salaire, mais il s’agit d’un salaire gratuit. Dieu nous sauve gratuitement et sans limite. Le salut, le Bonheur éternel, l’Amour infini, est le salaire que Dieu nous promet, et ce salaire-là, aucun parmi nous ne peut prétendre le mériter ! Dans le domaine de la foi, nous devons sortir de la  méritocratie.  Devant Dieu, nous ne méritons rien, rien du tout, car tout nous est gratuitement donné. La seule condition, qui est à la fois un avantage et un danger, c’est notre liberté de nous ouvrir à lui ou de nous fermer à Dieu, d’accepter ou refuser le don de l’Amour et du salut.

Nous nous sentons peut-être loin de Dieu. Nous n’avons peut-être jamais pensé à lui ni travaillé pour lui. Nous nous considérons peut-être comme ces ouvriers de la cinquième heure mais Dieu veut encore nous embaucher en nous engageant dans le monde, dans l’Eglise. Nous pouvons dire oui au Seigneur et nous mettre à son service, car il n’est jamais tard pour le Seigneur. Il n’est jamais tard pour dire oui au Seigneur, de revenir à lui de tout notre cœur. Jamais tard de recevoir les sacrements, comme le baptême, la confirmation, la communion, quel que soit notre âge. C’est pour cela que je fais la proposition de préparation à la communion et confirmation aux adultes, parents qui ont des enfants au KT, à l’aumônerie, chez les scouts…car Dieu nous attend toujours pour nous embaucher et nous donner la grâce du salut. Nous sentons que notre vie manque de saveur, que nous nous sommes éloignés de l’essentiel, de Dieu, de nos proches ! Il n’est pas tard de revenir sur ses pas, reprendre le cap et accueillir le bonheur simple que Dieu nous donne.

Par rapport au salut que Dieu donne, évitons des comparaisons et des jalousies. Ce qui blesse les ouvriers qui se sont levé tôt et qui ont enduré tout le poids du jour, c’est la comparaison avec ceux qui sont venus tard dans l’après-midi.  Se comparer aux autres crée inévitablement entre-nous des rivalités, des jalousies, voire même des crimes, génère guerre et discorde dans la société, les familles et la communauté. Dieu nous aime chacun d’un amour spécial, pas besoin de nous battre car dans le cœur de Dieu, il y a suffisamment de place pour chacun de ses enfants.

Si tu te prends pour le chrétien infatigable de la première heure, le chrétien exemplaire et modèle qui prétend de Dieu une récompense méritée, alors, tu risques d’être très déçu : devant Dieu nous n’avons aucun droit. Le droit à l’Amour n’existe pas car l’Amour vrai ne se revendique pas ! L’amour se donne et se reçoit gratuitement. Combien de fois j’ai rencontré des chrétiens qui me rappellent toute leur vie donnée et consacrée à Dieu et à l’Eglise, à la communauté, trouvant injuste de ne pas être traité de manière privilégiée…. Non, il n’y pas de privilégiés aux yeux de Dieu.

Si au contraire, avec humilité, tu te ranges parmi les ouvriers de la 5è heure, parmi les serviteurs quelconques, aux côtés des pécheurs comme Marie-Madeleine ou le Bon-larron, si tu arrêtes de regarder tes mérites pour ne compter que sur la bonté et l’amour de Dieu… alors, oui, tu es sur le chemin du bonheur car tu as compris que le salut est un don gratuit. Puisse le Seigneur nous faire découvrir chaque jour la grandeur de son Amour gratuit et infini. Amen.

Homélie du Père Joseph du XXV° dimanche, année A (2020)2020-11-01T19:37:42+01:00

Homélie du Père Joseph du XXIV° dimanche, année A (2020)

Construire une communauté des pécheurs pardonnés !

Certains diront que notre week-end de rentrée est loupé ! La messe au PHARE de Tournefeuille a été annulée à cause de la situation sanitaire en cours. Les 4 prêtres  ne peuvent célébrer la messe avec vous, parce que l’un est en vacances et les trois autres, Cas-Contact au Covid19 (nous avons été en contact avec quelqu’un testé positif au Covid19 : l’ayant su, nous avons effectué le testé qui est négatif pour tous les trois, mais nous devons rester isolés pendant 7 jours), et toutes les activités revus, des SGDF et des Scouts et Guides d’Europe qui ont dû changer d’organisation….! Je voudrais pourtant vous donner un programme qui risque de vous choquer dans sa formulation : « Je voudrais qu’en cette année qui commence, nous construisons ensemble et soyons une communauté des pécheurs » dans nos 5 paroisses ! Fabriquons et essayons d’être une communauté des pécheurs ! Dieu nous appelle à la sainteté, mais je vous invite d’abord à nous reconnaitre ensemble comme communauté des pécheurs, seule condition pour accueillir la grâce et l’appel à la sainteté.

Cette année, je vous invite dans nos familles, les équipes, groupes et mouvements …à nous aider mutuellement à avoir une approche véritablement chrétienne du péché et du pardon : convertir ceux qui sont déjà chrétiens à la vraie logique de l’évangile, et convertir les athées à la nouveauté de la Foi en Jésus. Cela veut dire que nous devons dépasser ces multiples visions superficielles, moralisantes et culpabilisantes du pardon et de la foi chrétienne, dans une société qui confond bonté et lâcheté, le pardon à une émotion immédiate et débonnaire.

Cette année, je vous invite à vivre le pardon et la miséricorde de Dieu parmi nous.  Seule la découverte de la miséricorde de Dieu nous permettra de guérir de ces plaies qui nous qui peuvent nous diviser et nous éloigner les uns des autres en repoussant l’autre parce que différent dans sa sensibilité spirituelle, liturgique, pastorale, sa couleur de peau, sa paroisse, son engagement politique ou ecclésial. Apprenons à nous accueillir dans le pardon et la miséricorde parce que nous sommes les enfants d’un même Père Miséricordieux.

Que veut dire pardonner ? Peut-on tout pardonner ? Et si l’autre abuse de mon pardon ?  Doit-on tout pardonner ? Jusqu’à quel point peut-on pardonner ? Combien de fois faut-il pardonner une offense ? Voilà des questions que nous nous posons pour limiter le pardon… Mais sachons-le bien, ces questions sont déjà présentes dans la Bible !

La réponse est « toujours, pardonner toujours ! » Quand le pardon est enraciné dans le cœur miséricordieux de Jésus, il est donné toujours parce que c’est Jésus qui pardonne toujours en nous et par nous, quand le pardon est demandé de manière sincère ! Au temps de Jésus, les rabbins suggéraient de pardonner jusqu’à trois fois une offense subite pour manifester la clémence et la miséricorde. Simon Pierre, pense devenir un héros en proposant de pardonner 7 fois ! Pardonner 7 fois, c’est énorme ! Pensez un peu à votre voisine votre collègue, ou à l’autre paroissien que vous n’aimez pas beaucoup, et vous croyez qu’il ou qu’elle ne vous aime pas, vous en êtes convaincu d’ailleurs…  à qui vous avez à peine pardonné ses critiques méchantes… et qui 10 minutes plus tard, va  cracher sur vous dans l’autre groupe…. ! Vous le lui pardonnez vraiment ? Non, n’exagérons pas ! N’abusons pas du pardon. Mais voici la réponse de Jésus ! A cette collègue qui vous déteste et vous tue par ses paroles et son regard, Jésus ne vous demande pas de pardonner, comme Pierre, 7 fois seulement…mais bien soixante-dix-sept fois sept fois… c’est-à-dire toujours pardonner !

Et pourquoi ? « C’est injuste de toujours pardonner », disons-nous pour justifier nos rancœurs ! Nous pardonnons parce que le Seigneur nous invite à passer de l’attitude de Juge à celui de l’accusé et du condamné ! Dans la foi chrétienne, nous sommes tous pécheurs, mais tous pardonnés par une telle largesse et générosité de Dieu que nous ne pouvons pas ne pas pardonner. La petite dette que nous avons envers nos frères, ou que nos frères ont envers nous n’est rien par rapport à la dette infinie que nous avons envers Dieu. Mais Lui, de sa croix, avant de mourir s’adresse au Père, en disant : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font » alors qu’on lui ôte la vie, Il a effacé toutes nos dettes ! Telle est la raison du pardon vraiment chrétien : je suis appelé à pardonner à ceux qui nous offense parce que les premiers nous avons été pardonnés.

En fait, je ne dois pas pardonner à l’autre pour qu’il devienne meilleur, ou pour qu’il se convertisse, ou pour qu’il devienne plus tendre, plus aimant. D’ailleurs, parfois même, l’autre ne se rend même pas compte d’avoir été pardonné en méprisant ce geste qui pourtant m’a coûté des heures de prière et beaucoup de travail sur soi. Je ne pardonne pas pour que l’autre change, mais un chrétien pardonne d’abord parce qu’il a besoin de changer. Le pardon me met dans une situation nouvelle, différente en me rendant semblable à ce Dieu qui fait tomber la pluie sur les justes et les injustes, et qui nous appelle à être parfaits comme lui-même est parfaits.

Un chrétien ne pardonne pas parce qu’il est meilleur. Le pardon n’est pas une amnésie, l’oubli total de l’offense subie. Bien au contraire, je pardonne parce que je fais le choix de pardonner. Te revoir, toi qui m’as blessé, rouvre en moi la plaie de la blessure, je suis vraiment mal comme une plaie ouverte… mais je choisis la voie de la liberté. Pour les gens qui ont eu la vie détruite par la méchanceté d’autrui, ne pas souhaiter la mort de leurs ennemis est déjà énorme….  Faut-il encore souhaiter leur conversion. !

N’attendons jamais un pardon parfait, angélique, extraordinaire…. Nous pardonnons comme nous pouvons, au meilleur de nos capacités et de nos forces spirituelles et psychologiques…. Prions pour avoir cette grâce de savoir pardonner et demander pardon. Nous pardonnons parce que nous sommes pardonnés par le Seigneur, parce que le pardon nous rend extraordinairement libres. Et si l’autre considère le pardon comme une faiblesse ? C’est un risque à prendre, un risque que Jésus a pris en pardonnant à ceux qui le crucifiaient. Et pourtant, ce paradoxe transforme les cœurs, peut-être pas tous les cœurs, mais beaucoup de cœurs sont transfigurés par le pardon inconditionnel qu’ils reçoivent.

En cette année 2020-2021 qui s’ouvre, vivions comme des filles et fils pécheurs, mais aimés et pardonnés. Apprenons à pardonner pour savoir nous accueillir, en communauté ecclésiale, comme des êtres fragiles, imparfaits, mais riches et enrichis de cette miséricorde infinie de Dieu qui nous appelle à aimer et à pardonner comme Lui, sans calculs. Les familles, groupes, services, les équipes, paroisses…seront transfigurés complètement s’ils vivent vraiment le pardon reçu et donné. Prendre conscience de son péché, fabriquer des pécheurs conscients… est la première étape pour comprendre la logique du pardon que nous sommes appelés à donner, toujours, sans compter, pour ressembler à notre Père des Cieux. C’est le chemin de la sainteté !  Belle rentrée paroissiale…. Amen.

 

Homélie du Père Joseph du XXIV° dimanche, année A (2020)2020-11-01T19:37:53+01:00
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