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Homélies des messes

Homélie du Père Joseph du Jeudi Saint, année B (2021)

Nous célébrons ce soir les dernières heures d’un condamné à mort. C’est nous qui l’avons condamné à mort, et c’est pour nous qu’il a été condamné. En avons-nous conscience ? Il ne lui reste sa disposition de Jésus qu’une journée ensoleillée. Il est le Soleil d’en haut qui a rempli de la lumière de son cœur la vie de ces 12 lunes pâles et sans éclats que sont ses disciples.  La soirée est toute particulière : Jésus a décidé d’offrir un banquet à ses disciples ! Avant d’être suspendu sur le bois, de souffrir de cette soif insupportable sur la croix, soif pour laquelle on lui a donné à boire de l’eau vinaigrée, lui, Jésus a décidé de donner à boire et d’étancher véritablement la soif de ses amis.  Plus encore ! Avant que son doux visage soit lavé de sueur et des crachats humiliants, Jésus a décidé de laver les pieds de ceux qui, depuis trois ans, l’ont suivi. C’est à eux qu’il appartient ensuite, à partir de dimanche, c’est à dire après sa résurrection, de parcourir le monde entier pour raconter de quelle mort horrible est mort le Maître de la Vie !

Jésus désirait tellement célébrer ce banquet avec ses disciples.  Saint Luc nous décrit le désir de Jésus : « Quand l’heure fut venue, Jésus prit place à table, et les Apôtres avec lui. Il leur dit : « J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir ! » (Lc22, 14-15) Ardemment est l’adverbe de la flamme, une bombe prête à exploser ! La bombe qu’il s’agit ici est un Cœur débordant qui explose d’amour pour chacun de nous. Un dernier souper, une dernière Cène, particulière, avec au menu des petits pains ronds sans levain, des herbes amères, de l’eau chaude et du vin rouge ordinaire pas un grand cru ! En réalité, ce vin est le plus extraordinaire des grands crus car il va devenir le sang qui donne la vie éternelle. Tel est le menu ardemment désiré d’un condamné à mort.

Comme tout condamné à mort à la veille de son exécution, Jésus a droit qu’une petite grâce lui soit accordé un dernier plaisir, le dernier jour d’une vie qui n’a été qu’Amour ! Il a demandé quelque chose à ses disciples : « Tout le monde à table ! Tous assis autour d’une table !» Il fallait voir l’ambiance ! Les disciples sont tous muets, les visages graves de ce pressentiment que chacun avait peur de retrouver dans les yeux du voisin d’à côté ou d’en face. Ils savaient que Jésus les aimait, mais aucun parmi eux n’avait conscience à quel point il pouvait les aimer. Ce banquet fut débordant d’amour et d’émotions.

Ce soir-là, Jésus leur a réservé une autre surprise. Il leur a tendu un piège. Il leur fait un défi, pas pour les humilier, mais pour leur laisser un exemple.  Celui qui est venu d’en haut s’abaisse, à genoux aux pieds sales de ceux qui se battaient pour savoir qui parmi eux devait prendre la première place, eux qui étaient réticents au service, Jésus les défia par amour, en posant un geste que seul un esclave posait devant son Maître : « Jésus se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin. Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture. »  Aucun disciple n’est oublié. Tous les pieds sont comptés ! Deux, quatre, six, huit, dix, dix-huit, vingt, vingt-et-deux… Vingt-quatre ! Non ! Même Judas a les pieds sales, lui aussi a parcouru les routes de la Galilée à la suite de Jésus.

Les yeux des 11 disciples sont fixés sur les pieds de cet ami antipathique ! Judas, le trésorier du groupe, sent le poids de tous ces regards fixés sur lui, sur ses pieds. Dans la vie, il est insupportable le poids de tous ces regards fixés sur toi, quand tu sais que tout le monde te regarde de travers, avec jugement, te rappelant ta propre honte pour cette chose horrible faute dont tu portes la culpabilité, ces regards inquisiteurs qui remuent le couteau dans cette plaie incurable que tu portes pour avoir fauté un jour ! Je ne vous demande pas d’avoir de la sympathie pour Judas. Je n’en ai pas non plus.  Mais imaginons cette culpabilité qui pèse sur sa conscience et dont il est prisonnier pour avoir été voir ceux qui vont condamner à mort son Seigneur.

Jésus observe la scène sans rien dire. Il continue son service en posant les mêmes gestes, avec la même intensité d’amour. D’abord de l’eau sur les pieds, ensuite la serviette pour les essuyer, et enfin, ce baiser sur chaque pied. Ce lavement les pieds avait choqué quelques bons catholiques quand le pape François était allé célébrer le jeudi saint dans la prison de Rome Regina Ceali, et qu’il avait lavé et embrassé les pieds des 12 prisonniers, parmi lesquels il y avait des femmes, et plus encore des quelques musulmans qui étaient aussi prisonniers.

Les 11 disciples pouvaient tolérer que soient lavés les pieds de Judas, mais ne comprennent cette folie de Jésus d’embrasser aussi les pieds du traitre. Mais, c’est là exactement la folie de l’Amour de Jésus. Qui que nous soyons, quoique nous ayons fait dans la vie, même au pire des criminels parmi nous, au lieu de nous jeter en pâture aux autres, au lieu de nous condamner, Jésus désire nous laver les pieds et les embrasser pour nous montrer son amour qui nous sauve et nous appelle à la conversion. Jésus ne désespère jamais de nous. Jusqu’à notre dernier souffle, il espère que nous puissions accueillir son amour qui sauve.

Après le lavement des pieds, Jésus se relève pour servir le repas. La recette de la cène repas n’est pas compliquée parce que l’amour vrai refuse les complications.  Jésus prend la miche de pain et le donne à ses disciples en disant : « Prenez, ceci est mon corps livré pour vous ! » Les disciples s’attendaient à ce que chacun reçoive directement sa petite part, mais ils se rendent compte que non seulement il se donne tout entier dans ce pain, mais aussi, il les invite au partage : « Prenez, mangez-en tous ! ». Ensuite, il leur donne du vin : « Prenez, buvez-en tous, ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés ! ». Il est versé pas seulement pour vous, mais pour la multitude aussi !

Dans chaque eucharistie, c’est Jésus qui se donne tout entier à la communauté assemblée en l’invitant au partage. On ne peut recevoir l’eucharistie en ignorant son voisin, car nous formons un même corps, nous qui avons part au même pain. C’est cela la communion. Dans le pain, le corps livré, dans le vin, sang versé, nous contemplons l’abondance de l’amour de Dieu qui nous est donné chaque fois que nous participons à l’eucharistie, comme il nous a demandé de le refaire sans cesse : « Faites ceci en mémoire de moi ! » Dommage que les cœurs des disciples soient tellement petits, tellement étroits, incapables de recevoir une telle quantité, une telle qualité d’amour. Si nous savions ce qui nous est donné dans l’eucharistie, si nous nous rendions compte de ce qui se joue dans chaque messe, aucune raison ne nous empêcherait d’y prendre part.

En cette soirée au cours de laquelle les disciples ont vécu le lavement des pieds et la fraction du pain, nous assistons aussi à la première ordination presbytérale de l’histoire de l’Eglise. Au cours de la dernière Cène, nous recevons les 12 premiers prêtres de la Nouvelle Alliance donnés à l’humanité. Appelez-les abbé, don, père Pierre, Philippe, Jean, Jacques…et même père Judas Iscariote. Oui, lui aussi a été ordonné ce soir-là, et malgré sa trahison, lui aussi célèbre l’eucharistie et les sacrements pour les fidèles. A travers chaque prêtre qui célèbre, malgré ses fragilités, ses faiblesses, ses nombreux péchés, c’est toujours Jésus qui se donne.

N’oublions jamais qu’il y a un peu ou beaucoup de trahison dans le cœur de chacun d’entre nous, prêtres ou fidèles. Ça me fait bizarre quand un fidèle, veut que je lui donne le planning des célébrants sur notre ensemble paroissial parce qu’il veut éviter tel prêtre, je ne sais pour quelle raison, ou n’aller à la messe de tel autre prêtre seulement. Quand nous venons à la messe, nous ne venons pas à la rencontre de tel prêtre, mais du Christ qui nous invite, se livre et se donne à nous dans les sacrements, indépendamment de la figure du prêtre. L’Eglise nous dit que « quand Pierre baptise, c’est Jésus qui baptise, comme quand Judas baptise, c’est toujours Jésus qui baptise ». Mais tous les deux, Judas et Pierre ont chacun ses failles et ses fragilités.

Nous le voyons au cours de la Dernière Cène. A la fin de la soirée, Jésus est certainement très fatigué, il a mal au dos pour être resté longtemps à genoux laver, essuyer et embrasser les 24 pieds des disciples. Mais, à la fin, aucun parmi eux ne lui propose de lui laver les pieds à son tour !  Aussi, quand les disciples voient Judas Iscariote sortir, aucun parmi eux ne va le retenir pour le faire raisonner en lui disant : « Eh Judas, arrête !  Renonce à cette bêtise que tu comptes faire envie ! » Ils l’ont laissé aller à sa propre perte, comme ils ont abandonné Jésus le lendemain, par peur ou lâcheté.

Oui, nous sommes tous Judas, Pierre, avec nos pieds sales, nos trahisons et nos reniements quotidiens. Accepterons-nous de nous approcher du Seigneur qui nous lave, qui nous nourrit, qui nous conseille, en se servant de nos prêtres, avec leurs fragilités et leurs péchés. Alors, ce soir, en célébrant ensemble la dernière Cène, la messe dont fait mémoire et qu’actualise chaque messe célébrée par un prêtre, prions Dieu de veiller sur nos prêtres, qu’il nous donne de nombreux prêtres, de nombreux et saints prêtres, pasteurs selon le cœur de Jésus, le seul Bon et Grand prêtre qui nous sauve. Amen

Homélie du Père Joseph du Jeudi Saint, année B (2021)2021-04-08T16:26:36+02:00

Homélie du Père Joseph du Dimanche de Pâques, année B (2021)

« Ne vous laissez pas voler l’espérance » ! Voilà une phrase que le pape François ne cesse de répéter aux catholiques et aux hommes et femmes de bonne volonté. Certains diront que ce sont « de belles paroles » qui ne collent pas avec la réalité de ce que nous vivons au quotidien ! Depuis plus d’une année, nous ne savons plus où va notre monde : une crise sanitaire dont nous avons du mal à nous débarrasser et qui fait des ravages sur tous les plans ! Presque 100.000 morts en France, des hôpitaux qui saturent, les jeunes déprimés, sans perspective et ne savent plus envisager l’avenir scolaire ou professionnel, des personnes âgées isolées, enfermées chez elles à cause de la peur, des familles, même chez nous, dans cet ouest toulousain qu’on qualifie de « bourgeois » qui n’arrivent plus à nouer les deux bouts du mois. La crise sanitaire a causé une crise professionnelle, financière et économique….Nous avons peur d’attraper ce virus de Covid19, en plus la vaccination qui patine ! Alors, direz-vous, le pape François peut nous inviter à ne pas nous laisser voler notre espérance, mais qu’est-ce qu’il sait de ce que nous vivons ! Ce que vous pouvez qualifier comme étant de « belles paroles » ont pourtant un fondement solide : c’est le mystère que célébrons ce dimanche !

C’est l’espérance de notre foi que nous trouvons dans cette affirmation de saint Paul écrite aux Corinthiens : « Nous proclamons que le Christ est ressuscité d’entre les morts ; alors, comment certains d’entre vous peuvent-ils affirmer qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? S’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Et si le Christ n’est pas ressuscité, notre proclamation est sans contenu, votre foi aussi est sans contenu » (1 Co12, 11-14). Dans la foi chrétienne, tout tourne autour de la résurrection et la qualité de notre vie dépend de combien et comment nous croyons en elle, de comment elle fonde notre espérance.

Chers amis Ombeline, Luc, Paul-Alexis, Laurent, Gelareh, Béatrice, et la petite Charlotte (qui est baptisée en même temps que sa maman !) attention ! Nous pouvons nous dire chrétien, parce que nous avons reçu le baptême, notre nom inscrit dans un registre à Tournefeuille pendant que nous vivons en ennemi du Ressuscité. Quand on demande aux chrétiens de rendre compte de leur foi, beaucoup répondent souvent spontanément : que nous croyons en un Dieu qui s’occupe de nous, un Dieu qui a tellement aimé le monde au point de donner sa propre vie pour nous, ou encore que nous croyons en un Dieu qui peut tout etc… Des paroles ! Paroles, paroles… là, Dalida avait raison !

La résurrection de Jésus ne nous vient jamais spontanément à l’esprit comme étant l’élément fondateur de notre foi. Malheureusement je vous informe qu’une bonne partie de ceux qui se disent chrétiens, parce que baptisés, ne croient pas en la résurrection ! Deux exemples ! I Un jour, je suis invité par un groupe des paroissiens, d’une paroisse voisine, pour déjeuner un dimanche midi. Très belle ambiance, bon enfant, tout le monde est content, on rigole, on prend l’apéro… Bref un très bon groupe de copains, avec la même sensibilité spirituelle et pastorale

A un certain moment la discussion tourne autour la résurrection. Un monsieur que je connaissais très bien, engagé dans sa paroisse, avoue spontanément qu’il croit plus en la réincarnation mais pas en résurrection ! Imaginez le choc ! J’ai rougi de honte, de colère, d’étonnement ! Oui même les noirs peuvent rougir ! La voisine de droite enchaîne en affirmant qu’elle est d’accord avec ce que venait de dire monsieur X : elle non plus ne croyait pas en la résurrection. La moitié de ceux qui étaient autour de la table croyaient plus en la réincarnation qu’à la résurrection. Il fallait que je reste poli et sage, mais il m’a fallu prendre sur moi et une grâce particulière du Seigneur pour terminer mon plat. Quelques jours plus tard, en écoutant France Info, j’apprends que dans une enquête faite en France, plus de la moitié des Français qui se disent chrétiens ne croyaient pas en la résurrection !

Pour les premiers chrétiens pourtant, l’accès au baptême était fondé sur le Kérygme, c’est-à-dire, la proclamation du message selon lequel Jésus est Seigneur parce qu’il est mort et ressuscité. Nous trouvons cela dans ce message de Pierre dans les Actes des Apôtres : « Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui.  Et nous, nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour. Il lui a donné de se manifester, non pas à tout le peuple, mais à des témoins que Dieu avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts.  Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que lui-même l’a établi Juge des vivants et des morts » (Actes 10, 38-42). Chers baptisés de Pâques, c’est ce message que Jésus vous envoie témoigner et proclamer par votre vie !

Le mystère de la résurrection est le cœur de notre foi. Notre réticence devant ce grand mystère de notre foi est déjà présente chez les disciples. Il est dit : « Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. » Nous pouvons interpréter ce verset de deux manières. D’abord, que les disciples avaient encore besoin de voir, par eux-mêmes Jésus ressuscité, pour que lui-même, en commençant par Moïse et tous les prophètes, leur explique toute l’Ecriture, comme il l’a fait avec les deux disciples d’Emmaüs, ou que les disciples attendaient la venue du saint Esprit pour être introduits dans la vérité du mystère de la résurrection. Ensuite, cela  peut vouloir dire que nous les disciples sommes toujours incapables de reconnaître le Ressuscité, de comprendre la résurrection, de nous rendre compte de la radicale nouveauté, de l’importance de la résurrection dans notre vie. La preuve en est que tout en ayant vu le ressuscité et mangé avec lui plusieurs fois, les disciples ont du mal à le reconnaître à chaque nouvelle apparition.

Ne soyons pas étonnés de cette difficulté à comprendre, parce que la résurrection de Jésus n’est pas comme celle de Lazare. Il ne s’agit pas d’un simple retour à la vie d’avant. Le mode le plus adéquat de se représenter est d’y voir des cieux nouveaux et une terre nouvelle, d’après la phrase que l’Apocalypse met sur les lèvres du ressuscité : « Voici que je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21, 5). Comme la première création est tirée du néant au commencement, ainsi la résurrection de Jésus reprend toute la création et la récapitule, lui insuffle un nouveau dynamisme, le remet en mouvement en la transformant et en l’orientant vers la destination dans laquelle elle trouve sa pleine réalisation et accomplissement, c’est-à-dire son retour dans le sein du Père. Le baptisé devient ainsi une nouvelle créature, débarrassé de l’homme ancien, du vieil homme marqué par le péché originel. Le baptême nous fait participer cette nouveauté radicale qui nous fait passer de la mort avec le Christ à la résurrection avec lui.

La mort de Jésus avait traumatisé les disciples, les avait laissés abasourdis, inertes, confus, incapables de prendre aucune initiative. Ils sont assis, silencieux, tétanisés, paralysés, renfermés, les portes verrouillées dans le Cénacle. A un certain moment, quelque chose d’inattendu met fin à cette paralysie et tout se remet de nouveau en mouvement : Marie Madeleine revient du tombeau et va à la rencontre des disciples qui ont peur. Ensuite, Pierre et le disciple bien-aimé sortent en courant tout d’un coup alors qu’ils étaient morts de peur : « Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre ».  Evidemment, « grand-père » Pierre ne peut pas courir aussi vite que le « petit jeune » Jean.

Ce dernier a du respect pour les anciens qu’il attend Pierre à l’arrivée pour le laisser entrer le premier constater le tombeau vide. Tout d’un coup, ils sont plus attentifs, ouvrent les yeux, s’interrogent et reprennent vie. Ce qui les fait bouger n’est pas d’abord une perception claire de la signification de cet événement. L’évangile nous dit qu’ils sont perplexes. Il a seulement suffi à Marie-Madeleine de voir la pierre du tombeau roulée pour qu’elle aille voir en toute vitesse les apôtres. Jean lui, a vu seulement les linges posés à plat. Pierre lui entre et observe la même scène, et seulement à la fin il est dit que Jean vit et crut. Si nous cherchons un signe précis de la résurrection dans cet évangile, nous ne le trouvons ni dans la pierre roulée, ni dans les linges posés à plat, ni dans le suaire bien rangé, ni dans la tombeau vide. La résurrection est quelque chose de mystérieux, d’inattendu qui fait que les cœurs des disciples se sont déverrouillés, un événement inexplicable qui les remet en marche, fait battre leurs cœurs, les fait revivre de nouveau en leur sortant de leur peur…de manière inattendue.

Le mystère de la résurrection caché et croire en elle veut dire accepter en partie que ce qui donne sens à notre vie et à notre foi soit impénétrable. La résurrection, celle du Christ, comme la nôtre à la fin des temps reste très difficile à comprendre. La foi en elle exige cependant que nous discernions sa puissance déjà à l’œuvre de manière mystérieuse déjà aujourd’hui dans notre vie, reconnaissable dans un souffle, une soif, une sorte de tension qui dérive de notre conscience d’avoir été conquis par le Christ, comme dit saint Paul : « Certes, je n’ai pas encore obtenu cela, je n’ai pas encore atteint la perfection, mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir, puisque j’ai moi-même été saisi par le Christ Jésus. Frères, quant à moi, je ne pense pas avoir déjà saisi cela. Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers le but en vue du prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus » (Phil 3, 12-14)

Baptisés, ressuscités, nous sommes appelés à la même attitude qui fait de nous des disciples authentiques de Jésus : le suivre, même quand nous ne comprenons pas totalement. Nous comprendrons tout un jour, quand nous serons totalement en lui, quand nous le verrons face à face. Mais aujourd’hui déjà, vivons en « ressuscités ». Cherchons les choses d’en-haut ! Cultivons des désirs, des projets qui nous unissent davantage à Jésus ressuscité. Prenons notre responsabilité, dans l’Eglise, dans le monde, dans la société pour les rendre meilleurs ! Vivre en ressuscité ne signifie pas que nous devons profiter moins de la vie présente. Cela signifie que nous devons orienter notre vie présente de telle manière qu’elle se conforme à ce à quoi nous sommes appelés dans le baptême : devenir saint chaque jour en nous unissant davantage au Christ mort et ressuscité dont nous sommes témoins. Amen.

 

Homélie du Père Joseph du Dimanche de Pâques, année B (2021)2021-04-20T22:58:17+02:00

Homélie du Père Joseph des Rameaux, année B (2021)

Nous sommes finalement arrivés au cœur de la foi chrétienne : la passion et la mort du Dieu toujours vivant ! Pendant 40 jours, nous sommes allés au désert pour y être tentés avec le Seigneur, ensuite sur le Tabor pour admirer la beauté de la transfiguration, le temple de Jérusalem pour rappeler qu’est une maison de prière et pas de trafic ni de commerce ! Nous avons été instruits par le dialogue entre Jésus et Nicodème. Ensuite, dimanche dernier nous nous sommes retrouvés parmi ces Grecs qui, exprimaient à Philippe leur désir de voir Jésus.

Nous entrons aujourd’hui dans cette grande semaine, appelée sainte, parce qu’elle est le coeur de la vie chrétienne. Nous accompagnons Jésus, dans les dernières heures de vie terrestre, pour lui demander la grâce de vivre pleinement et avec passion notre vie ici-bas. Nous suivrons Jésus, chaque jour de cette semaine, en nous plongeant cette ambiance faite de silence, de peur, de douleur et trahison. Il s’agit de jours d’angoisse pour Jésus ! Lui ouvrirons-nous enfin notre cœur ou bien, Jésus, le Fils de Dieu restera-t-il parmi les millions des crucifiés anonymesde l’histoire de l’humanité ? Jésus choisit de mourir et joue sa dernière carte ! On peut parler de la mort de Dieu. Arrêtons-nous cette semaine et admirons ce spectacle de la croix qu’il faut appeler « spectacle de l’Amour Infini ».

Le dimanche des Rameaux nous raconte une contradiction.  Une foule qui accueille Jésus de manière triomphale et enthousiaste. Elle crie « hosanna au fils de David ». Rameaux en mains, habits étendus à son passage, ils acclament le Roi. Mais cette même foule, vendredi soir, va crier « crucifie-le » La Passion du Seigneur est marquée par plusieurs contradictions. Pierre qui se dit être prêt à donner sa vie pour Jésus, mais qui se défile et le reniedevant les questions d’une simple servante.  Où sont les disciples ? Amis de Jésus, ils ont été avec lui nuit et jour pendant trois ans, mais, à ce moment crucial et éprouvant de la vie de Jésus, ils sont soit endormis poings fermés, soit, ils l’ont abandonné en prenant la fuite. Pas la peine de rappeler la trahison de Judas, l’un des douze qui le vend.

Quand nous lisons les récits de la Passion du Seigneur, ne cherchons pas les bons et les méchants. Cherchons plutôt à y trouver notre propre place, avec les côtés lumineux et obscurs de notre vie. Nous sommes ces disciples qui choisissons tantôt de rester à ses côtés, mais qui le trahissons alors qu’il a besoin de notre aide, parfois d’accord avec Pilate pour crucifier Jésus en dehors de Jérusalem, quand nous le jetons en dehors de nos vies par lâcheté ou par convenance personnelle. C’est seulement en accueillant ces contradictions que nous pouvons réellement vivre ces fêtes pascales pendant lesquelles nous célébrons la plus grande défaite, celle de la passion et de m mort de Dieu, mais défaite qui est devenue ensuite la plus grande victoire. Si nous acceptons de vivre ces contradictions, échecs, défaites et chutes avec Jésus, alors nous pouvons aussi célébrer la victoire à ses côtés : « Si nous souffrons avec lui, avec lui nous régnerons, si nous mourons avec lui, avec lui nous vivrons ! »

Le récit de la Passion selon saint Marc est celui qui conserve pratiquement à la lettre le récit primitif de la Passion tant aimé par les chrétiens de la communauté primitive de Jérusalem. Ce récit était tellement aimé et vénéré par la première génération des chrétiens que ces derniers le lisaient lors des assemblées pour que chaque nouveau chrétien soit mis devant la contemplation du vrai visage de Dieu révélé au Golgotha, un Dieu qui est Amour, qui accepte de souffrir par amour.

Saint Marc, à la différence des autres évangélistes, met en lumière les réactions très humaines de Jésus devant la mort.  Nous pouvons ainsi contempler Jésus qui a peur, qui est terrorisé ! Seul saint Marc mentionne que Jésus, dans le jardin des Oliviers, se rendant compte qu’on le cherchait pour le condamner à la mort, « commença à ressentir frayeur et angoisse, et dit « mon âme est triste à en mourir » Dans ce récit, Jésus ne dit rien quand Judas l’embrasse.

Dans ce récit de la Passion, Jésus est toujours en silence. Aux autorités religieuses qui lui demandent s’il est le messie et à Pilate qui veut savoir s’il est le roi, Jésus répond simplement par un : « oui je le suis », sans rien ajouter d’autre. Bref, un Jésus qui ne se rebelle pas devant les événements qu’il ne peut empêcher mais qui il lâche prise totalement pour permettre que les choses arrivent selon le projet du Père.

Dans ce récit, contemplons un personnage particulier : le centurion romain. Tout l’évangile de Marc cherche à répondre à question : qui est Jésus ? Quel est l’identité de Jésus ? La réponse nous est donnée dans la profession de foi d’un étranger, un païen, et non par la bouche d’un disciple. L’évangile nous dit : « Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, déclara « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! » Le centurion nous indique en quoi consiste la foi chrétienne : reconnaitre le Fils de Dieu dans le visage crucifié de Jésus.

Si pendant le carême nous avons été acteurs et protagonistes par nos prières, nos sacrifices, nos pénitences, nos jeûnes….la cette semaine sainte nous rappelle que le seul protagoniste, le seul acteur que nous devons contempler, c’est Jésus. Pendant quarante jours nous nous sommes demandé « quoi faire pour le Seigneur », les célébrations de la semaine sainte nous invitent à contempler ce que Dieu est capable de faire pour nous :  accepter les humiliations et donner sa propre vie sur la croix par amour pour nous.

Peut-être, allons-nous nous retrouver au milieu de tous ces personnages qui entourent Jésus pendant sa passion, dans la diversité de leurs attitudes positives et négatives ? Allez-vous peut-être vous reconnaitre dans la personne de Pierre ou de Judas, le centurion romain ou ces femmes présentes au pied de la croix quand meurt Jésus. Chacun y trouvera sa place, avec ce que nous portons dans nos cœurs, ce que nous faisons autour de nous, de beau, de bon ou de mauvais, au quotidien, souvent ou de temps en temps.

Ce qui est arrivé à Jésus il y a plus de deux mille ans s’actualise encore aujourd’hui à travers chaque sacrifice eucharistique célébré. En effet, au cours de chaque messe, nous célébrons la passion, la mort et la résurrection de Jésus, de ce Dieu fait homme par amour pour nous, qui souffre et livre son corps sur la croix par amour pour nous, mais qui triomphe de la mort parce qu’il a nous aimé jusqu’au bout. Que le Seigneur nous donne de vivre notre vie avec passion, passion amoureuse comme il nous a aimés, même quand nous traversons des épreuves, quand nous portons des croix en nous unissant chaque jour à Lui. Amen.

Homélie du Père Joseph des Rameaux, année B (2021)2021-03-26T17:21:18+01:00

Homélie du Père Joseph du V° dimanche de Carême, année B (2021)

Mes chers frères et sœurs !

Quand on regarde le fond du fond des choses, dans la vie, il y a qu’un seul combat à mener : celui entre la vie et la mort, entre vivre pleinement vivants ou alors vivre comme un mourant ou comme si l’on était déjà mort, et cela dès notre existence terrestre. Par notre manière de vivre, nous permettons que la vie soit contagieuse et se répande comme un bon virus positif, non pas comme la Covid19, mais d’une vie toujours victorieuse sur la mort sous toutes ses formes. Nous pouvons aussi permettre malheureusement que la mort se répandre dans chaque dimension de notre vie. On le voit dans ce contexte pandémique : des personnes qui, par leur courage, la foi, leur solidarité, le déploiement de la recherche scientifique, l’attention aux autres, en particulier aux plus démunis, les malades, les isolés, le respect aux mesures barrières…permettent que la vie soit toujours victorieuse. D’autres au contraire, par certaines attitudes et idéologie négatives, entretiennent une culture de la mort et lui donnent raison sur la vie.

Chers catéchumènes, depuis le début du carême, nous avons contemplé les grâces du désert avec les tentations du Seigneur ! Nous pouvons vaincre nos tentations de ce monde ! Comme nous, le Seigneur a été éprouvé mais il s’en est sorti. De même, dans notre vie, quand nous sommes accablés par toute forme d’épreuve, s’en remettre et contempler Jésus victorieux des tentations au désert nous permet de sortir plus vivants et vainqueurs de nos épreuves. Nous avons contemplé aussi la joie d’une vie transfigurée par le Seigneur comme sur le Tabor, avec Pierre, Jacques et Jean : Jésus nous dit qu’il peut changer et transfigurer nos vies si nous le laissons prendre réellement place en nous.  Nous avons vu les bienfaits d’une vie assoiffée de Dieu comme la Samaritaine au bord du puits de Jacob : seul Jésus comble no soifs les plus profondes ! Il est la Source d’Eau Vive qui ne tarit jamais. Dimanche dernier, c’était la contemplation d’une vie lumineuse, libérée des ténèbres comme l’aveugle-né… ! Jésus fait de nous des créatures nouvelles grâce à la lumière de la foi.

Tous ces passages de l’évangile depuis le début du Carême nous invitent à réfléchir sur nos choix : choisissons-nous de vivre pleinement ou de mourir un peu plus chaque jour ? Un chrétien ne peut vivoter, comme nous le faisons, surtout quand viennent les épreuves, quand nous faisons face à nos fragilités, nos limites, les jugements et le sens de culpabilité imposés de l’extérieur. On l’a vu avec la Samaritaine écrasée par ces regards inquisiteurs qui la condamnaient ou l’aveugle-né vivant enfermé dans son handicap. Jésus nous appelle à prendre en main notre vie et nous libère pour vivre d’une façon plus vivante malgré nos épreuves.

Ce dimanche de votre troisième scrutin, Jésus est confronté à l’épreuve de la mort. Cet événement malheureux devient pour lui l’occasion de manifester son amour pour son ami Lazare, et pour ses sœurs Marthe et Marie ! Oui, l’amitié manifestée à ceux qui sont éprouvés par le deuil est la manifestation que la vie est plus forte, que l’amour sera toujours plus fort que la mort, que l’amour véritable est capable de faire des choses inimaginables, comme redonner la vie à quelqu’un qui est mort, ou redonner envie de vivre à quelqu’un qui pensait, à cause des épreuves, que sa vie n’avait plus de sens. C’est ce que Jésus nous apprend aux côtés de Marthe et Marie, de cette foule dans laquelle il y a des gens sincères et d’autres simplement curieux ou prêts à le dénoncer pour le condamner à mort.

En ressuscitant Lazare, Jésus signe sa condamnation à mort. Cela se passe à Béthanie. Etymologiquement, Béthanie, c’est la maison des « dattes non-mûres », la « maison du pauvre », « maison de l’affligé ». C’est dans ce village que vivent Lazare, Marthe et Marie, amis de Jésus. On lui a annoncé la mort de son ami Lazare. Marthe et Marie, malgré leur foi sont comme désespérées. Quand Jésus arrive, c’est Marthe qui sort la première pour venir à sa rencontre. Marthe est toujours agissante, toujours active, comme lorsque Jésus était venu encore manger dans leur la maison ! Marthe aime se mettre au service et aller à la rencontre des autres.  Lorsqu’elle rencontre Jésus, Marthe fait une profession de foi qui sonne cependant comme un reproche : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort ! » Ce n’est pas vrai ! Même si Jésus avait été présent, il n’aurait pas empêché la mort de Lazare. Ce n’est pas parce que Jésus est présent dans notre vie, et qu’il est notre ami que nous sommes épargnés et vaccinés contre la mort, la souffrance, les épreuves de la vie. Jésus lui-même n’a pas fui devant les épreuves, la douleur et la mort. Être chrétien n’est pas un vaccin contre les épreuves. Il est donc normal cependant presque instinctif de penser que Jésus doit nous protéger, nous sauver. Evidemment qu’il le fait, mais pas toujours comme nous le pensions, pas comme nous le voulions.

A travers Marthe, Jésus nous invite à croire en lui, même au cœur de nos épreuves.  Croire que sa résurrection comble, remplit et traverse déjà notre vie, qu’elle donne sens et joie à la vie présente. Marthe fait confiance. Elle essaye de comprendre même si elle ne voit pas comment cela peut bien se faire. Malgré qu’elle ne comprenne pas bien, Marthe est déjà missionnaire auprès de sa sœur Marie qu’elle va chercher ! « Marie, le Maître est là et il te cherche ! »  Même si nous ne comprenons pas tout de la foi chrétienne et que nous portons en nous des questions non résolues, Jésus nous envoie en mission comme Marthe qui va annoncer à sa sœur que Jésus est là, présent, dans nos vies éprouvées. Marthe nous encourage aussi à aller, comme elle, à la rencontre de Jésus pour lui présenter nos cœurs parfois blessés par de nombreuses douleurs.

A l’appel de Marthe, Marie se lève, et avec elle, tous les voisins, amis et parents en deuil. La même scène se répète, une profession de foi mêlée à un doux reproche, comme l’avait fait Marthe : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort ! » Jésus est émue et craque de tristesse !  Jésus fond en larmes. Cet évangile a libéré mon cœur des nœuds de ma culture où on m’avait toujours dit qu’un homme doit encaisser les coups, mais ne pleure jamais. Comment ne pas pleurer, de joie comme de tristesse, alors que notre Seigneur a pleuré lui aussi ? Le Dieu en qui vous serez baptisés n’est pas impassible. Il pleure de nos douleurs et se réjouit de nos joies. Il a un cœur de chair, des tripes, et non un cœur de pierre comme les juifs qui persécutaient l’aveugle-né au lieu de se réjouir avec lui.

Jésus pleure de tristesse devant la mort de son ami Lazare. « Où l’avez-vous déposé ? » « Viens et tu verras », lui disent les gens. Trois ans auparavant, aux deux disciples de Jean-Baptiste qui lui avaient demandé « Maitre où demeures-tu », Jésus avait donné cette même réponse. Venez et vous verrez ! Ils le suivirent et virent qu’il était Dieu. A Béthanie, c’est Dieu qui voit où est la mort, et devant elle, pose un choix : celui pour la vie.

« Lazare, viens dehors ! » Jésus ressuscite la Lazare, mais il sait que ce signe accompli à Béthanie marque sa propre fin. Dans l’assistance, certains iront le dénoncer. Il accepte sa condamnation à mort et donne sa vie pour redonner vie à Lazare. C’est cela la foi chrétienne : accepter que Jésus nous sauve de la mort éternelle en donnant sa vie pour nous sur la croix.

Après avoir ressuscité Lazare, Jésus reprend son chemin vers Jérusalem où il va affronter l’épreuve de la mort par amour nous. Cependant, parce qu’il nous a aimés jusqu’au bout, il triomphera de la mort par sa résurrection. C’est cela le baptême : être plongé dans la mort avec Jésus pour ressusciter avec lui. Après sa résurrection, Lazare est mort de nouveau, je ne sais quand ! Mais pour nous, baptisés dans la mort avec le Christ, la mort n’a plus aucun pouvoir sur nous car nous sommes plongés avec Jésus dans la vie éternelle. C’est pour cela que Jésus nous invite, dès ici-bas, en raison de sa résurrection, à vivre pleinement, et à dépenser et donner notre vie pour les autres, car il n’y pas de plus grand amour que de donner sa vie pour les gens qu’on aime !

Homélie du Père Joseph du V° dimanche de Carême, année B (2021)2021-03-20T22:24:51+01:00

Homélie du Père Joseph du IV° dimanche de Carême, année B (2021)

Mes chers frères et sœurs, chers amis appelés au baptême.

Il y a des jours ou des périodes de notre vie où nous sommes presque plongés dans la nuit. Je ne parle pas de cette nuit arrive avec le couvre-feu, après une journée de travail, nuit qui peut être intense, douce, reposante avec les anges qui nous bercent ! Je parle ici de la nuit intérieure de l’esprit, celle de l’âme, de la conscience. Un état dans lequel les ténèbres obscurcissent nos choix, nos décisions, notre parcours de vie. C’est la nuit qui arrive à travers une épreuve, une maladie, un deuil, un échec, une erreur…. Nous pouvons alors faire semblant, faire comme si tout allait bien… mais les gens finissent par s’en apercevoir. Dans un monde des ténèbres et d’obscurité, on s’habitue rapidement à l’absence de la lumière. Combien des gens aujourd’hui sont dans la nuit de l’âme sans en avoir conscience, parce qu’ils ne savent plus ce que veut dire voir et vivre dans la lumière.

Ce dimanche et votre scrutin est une étape importante dans ce temps de purification, de conversion, de retour à l’essentiel, de vivification qu’est le carême. Vous êtes sur le chemin qui vous conduit au baptême (c’est bientôt). Pour nous autres baptisés récents ou de depuis très longtemps, votre cheminement nous invite à redécouvrir la grandeur de notre baptême (« France, fille ainée de l’Eglise, qu’as-tu fait de ton baptême ? » est la grande question que Jean Paul II avait posé aux Français !)  L’Evangile d’aujourd’hui nous parle de l’illumination. Nous sommes assoiffés et le Christ est l’Eau vive comme nous l’avons vue dimanche dernier lors du premier scrutin avec la Samaritaine. Aujourd’hui, pour le deuxième scrutin, l’évangile nous rappelle que nous sommes tous un peu, beaucoup des aveugles, aveuglés par les ténèbres de nos péchés, par le monde, mais que le Christ est notre Lumière comme nous le chanterons en allumant le cierge pascal dans quelques jours !

A travers l’épisode de l’aveugle-né, saint Jean tente de nous décrire en quoi consiste la conversion, l’accueil de l’Evangile, la rencontre avec Jésus dans notre vie : c’est une réelle et vraie illumination. C’est comme celui qui est dans une chambre obscure depuis toute une vie, et d’un coup, à l’improviste, quelqu’un défonce la porte de cette chambre ou de la cave où l’on était prisonnier pour laisser entrer la lumière. Pensez à un otage des djihadistes, enfermé dans un bunker, dans une cave, et qui, sans s’y attendre, est libéré par les GIGN ou les Forces Spéciales ! Imaginez-vous le contraste ! L’otage est ébloui par cette lumière qui lui change la vie et lui fait voir les choses différemment.

C’est l’expérience que fait de l’aveugle-né : mendiant, jugé pécheur, lui et ses parents, dans la logique sans pitié de ceux qui le regardaient. Cet homme est habitué à vivre et à composer avec les ténèbres, le jugement et les critiques des autres ! C’est comme nous aussi, quand nous sommes suspendus aux paroles, critiques et remarquesdes autres, en faisant toujours attention à nous à avoir le look, l’image et à nous comporter comme voudraient les autres parce que nous voulons mériter leur attention, leur respect, leur approbation. Chrétiens catholiques, nous n’en sommes pas épargnés.

Heureusement que Jésus passe et remarque cet aveugle-né auquel personne ne prêtait plus attention. Comme avec David pris au milieu de sens frères les plus beaux, Dieu ne regarde pas ce que à quoi nous humains mettons l’accent. Jésus voit le cœur et voit au-delà des apparences.  Ensuite, Jésus commence une liturgie des gestes simples et primitifs : « il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ; puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle, et lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » – ce nom se traduit : Envoyé. L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait. » Heureusement qu’il n’y avait pas la Covid à ce moment-là ! Imaginez aujourd’hui que je vous touche avec mes doigts dont j’ai mouillé avec ma propre salive ! Vous auriez déjà appelé l’ARS d’Occitanie je crois !

Ces gestes sont signes du baptême qui purifie. L’illumination, la conversion advient progressivement, mais elle a commencé d’abord par une rencontre. L’être humain est aveugle, mais Dieu nous voit, où que nous soyons, qui que nous soyons et il veut nous rencontrer. Quand Dieu nous voit, comme quand Jésus a vu Zachée caché dans un arbre, comme il a vu le publicain Mathieu penché à son bureau de collecteur d’impôts, comme quand il vu Saul, devenu Paul sur le chemin de Damas… cela provoque un changement radical dans notre vie, une inexorable et puissante conversion, tellement puissante que les gens autour risquent de ne plus nous reconnaitre, comme ces gens qui ne reconnaissent plus cet homme qui était pourtant à cet endroit chaque jour pour mendier. Lorsque nous devenons disciples et amis de Jésus, inexorablement, nous ne sommes plus le même qu’avant, méconnaissable pour certains, parfois même pour les plus proches. Parfois nous-mêmes ne nous reconnaissons plus, tellement notre vie a pris une autre signification ! J’ai déjà entendu des gens dire : « je m’étonne moi-même de celui ou celle que je suis devenu depuis le jour de ma conversion ! »

Et pourtant, au lieu de danser, de rendre grâce, de se réjouir pour ce qui est arrivé à l’aveugle-né, les purs ou puritains de la Loi ont des objections.  Devenus insensibles aux émotions et sentiments positifs, leurs cœurs sont devenus durs comme des pierres. Ils se sont octroyé le rôle des défenseurs de Dieu, comme si Dieu avait besoin qu’on le défende. Alors ils enquêtent, interrogent, demandent et menacent ! Pour avoir fait ce miracle le jour du sabbat, Jésus est un imposteur, un pécheur qui transgresse la Loi de Moïse qui interdit travailler le jour du sabbat. Or, il est impossible qu’un imposteur, un pécheur fasse un miracle. Conclusion logique, ce miracle n’a pas eu lieu et cette guérison est bien un coup monté, un mensonge.

Ces juifs, pharisiens et docteurs de la Loi ont enfermé Dieu dans une logique absurde et sans cœur.  Ne sommes-nous pas parfois comme eux quand nous refusons que Dieu ait de la fantaisie, quand Dieu agit avec humour et pas toujours selon nos normes ? Autour de l’aveugle-né, la guerre est dure, et au milieu, il y a la plus terrible des armes de destruction massive : le sens de culpabilité.  Un aveugle-né, un handicap de naissance, est pour eux la conséquence pour eux de la faute quelqu’un. Si ce n’est pas lui, cela doit être la faute des parents qui, dévorés et nourris de sens de culpabilité depuis des décennies, sont terrorisés au point de ne pas prendre la défense de leur propre fils ! Imaginez un enfant abandonné même par ses propres parents à cause de la peur.  La querelle est dure, les questions fusent, toutes philosophico-théologiques et compliquées les unes que les autres sur l’origine du mal. Dieu n’entre pas dans ce jeu ! Il n’est pas l’auteur du mal et ne veut trouver aucun responsable coupable ! Le seul désir de Dieu est seulement faire une création nouvelle, faire de l’aveugle-né une nouvelle création !

Entre-temps, Jésus a disparu. Il laisse grandir l’aveugle-né qui maintenant y voit très bien et est déjà personne nouvelle. Non plus la victime du sens de culpabilité, mais un homme nouveau, libre, vivant, debout, et capable de se défendre, d’argumenter. Lisez la Bible, lisez la Loi de Moïse, je vous prie ! Il argumente et se met au même niveau que les docteurs de la Loi, répond, presque en se moquant d’ailleurs ! « Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux. Dieu, nous le savons, n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce. Jamais encore on n’avait entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance. Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire » Eux qui croient de tout savoir ne savent même pas expliquer comment un pécheur peut guérir un aveugle ! Alors, qui est vraiment aveugle dans cet épisode ? Ce sont bien ceux qui ne veulent pas quitter leur logique absurde malgré toutes les explications et les faits. Dans la vie parfois, devant les résistances de quelqu’un qui est aveuglé qui ne veut pas comprendre, tellement bourré par une idéologie, il vaut mieux ne pas discuter pour ne pas se torturer la tête et le coeur !

A la fin, on voit bien que c’est l’aveugle qui est libre et dans la lumière pendant que les autres restent fermés dans les ténèbres de leur logique. A présent, ayant retrouvé la vue, l’aveugle guéri a tous les éléments pour comprendre. Il est libre, il y voit, n’est plus opprimé par le jugement des autres, surtout ce ceux qui se considéraient pieux et gardiens d’une religion pure. Le Seigneur nous rejoint toujours. Il prend l’initiative, nous suit…si nous le désirons vraiment. Il nous donne sa lumière et nous libère de nos aveuglements. Mon frère, ma sœur qui te prépares au baptême, toi qui es baptisé depuis bien longtemps, de quels aveuglements veux-tu être libéré par Jésus ? Il est notre Lumière qui brise les ténèbres du mal et de la Mort au matin de Pâques ? Présente-lui ta vie avec tes handicaps, tes aveuglements pour qu’il te libère et te donne sa lumière. Amen.

Homélie du Père Joseph du IV° dimanche de Carême, année B (2021)2021-03-14T13:57:10+01:00

Homélie du Père Joseph du II° dimanche de Carême, année B (2021)

Mes chers frères et sœurs !

La Parole de Dieu, l’Eglise et la liturgie nous rappellent que le Carême est un temps de désert et de solitude. Cette année, cela tombe très mal car nous en avons tous un peu marre de la solitude, de cette solitude imposée par la Covid19 depuis plus et d’autres solitudes négatives. La solitude de nos personnes âgées dans leurs maisons de retraite ou leur appartement, des malades dans leurs lits d’hôpital, solitude d’être coupé de ses collègues de boulot à cause du confinement ou du télétravail, solitude pesante de tous ces jeunes étudiants qui dépriment parce que coupés socialement, obligés à suivre les cours derrière un écran… et toute cette solitude qui était déjà, avant le Covid19 la grande pauvreté de nos sociétés occidentales. Cette solitude-là est négative, pesante et mortifère. Nous aimerions tellement en être libérés.

Cependant, il y a un autre désert, une solitude positive. Quand nous nous retrouvons, pour l’avoir choisi, voulu et désiré, tout seul, en silence, loin de la foule, des bruits, de nos portables et tablettes. Ce désert intérieur positif nous permet de nous poser et méditer, prier et réfléchir, dans un monastère, une église, dans la nature ou dans notre maison. Cette solitude-là est une occasion favorable pour regarder notre vie en vérité, nous interroger sur qui nous sommes, sur le sens de notre vie, de notre profession, sur notre vocation dans le monde et dans l’histoire de l’humanité. Elle nous permet aussi d’écouter Dieu, de lui poser des questions, de le laisser se révéler à nous, de découvrir quelle place Dieu a réellement dans notre vie.

J’espère que pendant ce temps de Carême, chacun de nous prendra un peu de temps de solitude, de désert pour se poser certaines questions essentielles. Quelle est place dans l’histoire ? Suis-je un petit détail de rien du tout, une présence inutile, perdu au milieu de plus de plus 7 milliards d’individus « hyperconnectés », mais parfois déconnectés des uns des autres sur notre planète…? Quelle valeur peut avoir ma petite vie personnelle quand je me rends compte qu’elle dépend des décisions politiques et économiques qui me dépassent. J’ai pris personnellement conscience que je ne suis pas indispensable, que je peux disparaitre à tout moment, tomber malade, choper ce fichu virus, sans que cela affecte la marche normale du monde et de l’histoire….

Dans sa solitude et son désert, Abraham a trouvé sa vocation en découvrant, comme nous l’avons entendu dans la première lecture, que Dieu est l’Absolu à qui il doit tout sacrifier, fut-ce notre enfant unique Isaac. Pour nous aujourd’hui, l’idée même de sacrifier notre enfant à Dieu est abominable, mais tous les peuples voisins d’Israël, païens et polythéistes, faisaient des sacrifices humains pour faire plaisir à leurs dieux. Abraham pense aussi la même chose de son Dieu mais il se trompe car notre Dieu n’est semblable aux dieux païens.  Dieu nous dit dans la première lecture qu’il n’a pas besoin de sacrifier notre vie, qu’il a horreur des sacrifices humains. Au lieu de sacrifier notre vie, Dieu sacrifie sa propre vie pour sauver la nôtre. C’est un sévère avertissement pour nous : le Dieu d’Abraham déteste ceux qui tuent, et plus encore ceux qui tuent en son nom. Aujourd’hui encore, il y en a qui pensent que Dieu nous demande des sacrifices insupportables. Nous nous trompons. C’est important de le souligner au cœur du carême : le Seigneur Jésus n’a pas plaisir et n’a pas besoin de nos sacrifices !  Comme nous le dit le psalmiste, le sacrifice qui plait à Dieu est un esprit brisé, un cœur contrit, conscient de ses péchés pour accepter d’être sauvé par Dieu.

Comme Abraham qui se trompait sur l’identité de Dieu, les apôtres prétendaient aussi connaître Jésus, mais ils se trompaient sur qui il était vraiment ! Pour eux, avant la transfiguration, Jésus était celui qui faisait des miracles, nourrissait les foules, enseignait avec autorité, faisait marcher les boiteux, purifiait les lépreux…. bref, un Jésus que nous aimons bien parce qu’il répond présent à nos appels, il comble nos désirs et nos demandes, mais un Jésus dont on peut facilement se passer quand on a rien à lui demander, comme on oublie un ballet dans un placard jusqu’à ce que vienne le jour du ménage….Nous pouvons être disciples depuis toujours, suivre Jésus comme, prêtres, religieuses, laïcs engagés dans l’Eglise…sans connaitre le vraiment. Ce dimanche, Jésus nous invite à monter avec lui sur le Tabor, pour entendre son Père nous révéler son identité profonde.

Sur le mont Tabor, les disciples contemplent la beauté de Jésus, entouré de Moïse et Elie, c’est-à-dire, la Loi et les prophètes autour de lui, et la voix du Père révélant son identité : il est le Messie : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! » Pierre veut construire trois tentes mais, Elie et Moïse ont disparu. Jésus demande à ses disciples de quitter la montagne de la transfiguration car il doit monter sur une autre montagne qui se présenter devant Lui.

Cette nouvelle montagne s’appelle le Calvaire ou Golgota, couverte des pierres que les Romains utilisaient pour crucifier les condamnés à mort. Avec Pierre, Jacques et Jean, nous réalisons que dans la vie chrétienne, il n’y a pas de Tabor sans le Golgota, et inversement, il n’y a pas de Golgota sans Tabor. Dans la vie, la joie, la beauté, le bonheur demandent à un peu de travail, des efforts, des sacrifices. De même, toute douleur, toute souffrance portée avec amour comme Jésus au Calvaire conduit à la vraie lumière de la Résurrection, car le récit de la transfiguration anticipe la gloire de la résurrection ! Jésus transfigure et donne sens à nos vies, Il les rend belles et éclatantes même quand elles paraissent comme des petits détails inutiles aux yeux du monde. Pour cela, nous devons choisir parfois la solitude et le silence du Tabor avec Jésus pour voir ces transfigurations quotidiennes, (parfois tellement simples) qu’il nous donne de contempler, de gouter dans nos vies, tellement petites mais combien merveilleuses et belles aux ses yeux de Dieu, même si parfois nos vies sont lourdes, douloureuses et éprouvantes comme au Calvaire.

Seul le Fils Bien-Aimé du Père nous redit que chacun de nous est un enfant bien-aimé du Père quand nous nous s’enracinons dans son Cœur transpercé, quand nous écoutons sa Parole, comme nous y invite le Père : « celui-ci est min fils bien-aimé, écoutez-le !). Jésus nous révèle notre vocation et notre identité profonde, nous indique ce à quoi le Père nous appelle personnellement au milieu de ces milliards d’êtres humains vivant sur cette planète qui a besoin d’être sauvegardée. Pour Jésus, ma petite vie n’est pas un détail, un point perdu de l’histoire du monde. Grâce et par son Fils Unique Jésus, le Père appelle chacun de nous par son prénom et me dit que je suis unique à ses yeux, que j’ai une valeur infinie pour lui ! Dans et par le baptême, chacun de nous devient le préféré, l’enfant bien-aimé du Père.

Cette conscience d’être infiniment aimé de Dieu, quoiqu’il arrive, nous guérit de l’angoisse existentielle et de la tentation de penser que notre vie ne vaut rien ! Pour le Seigneur, personne ne pourra prendre ma place, car je suis irremplaçable et unique à ses yeux. Cela veut dire que je dois prendre ma vie au sérieux et l’enraciner dans le Cœur Sacré de Jésus. Lorsque Jésus est au centre de notre vie, quand nous sommes présents à Lui, parce que Lui est toujours présent à nous, alors nous découvrirons que nos vies, sont belles ont de la valeur et que la vie est tellement belle malgré nos fragilités, nos failles et nos calvaires.

Disciples du Christ transfiguré sur le Tabor, à la suite de Pierre, Jacques et Jean, le temps du carême nous invite à vivre en beauté les relations qui nous unissent en nous appuyant sur Jésus qui veut nous transfigurer chaque jour. Témoignons, en toute simplicité mais en vérité que Jésus comble et donne sens à notre vie. Alors, comme le dit Emmanuel Mounier, ce grand philosophe chrétien et Français, nous vivrons un tragique optimisme : tragique parce que le temps sont difficiles et que notre vie est parfois éprouvante ( c’est le cas de le dire avec ce que nous vivons depuis un an !), mais toujours optimistes parce que nous savons fermement que Jésus est la beauté, le Visage du Père et qu’Il rend belle chacune de nos vies, parce qu’Il nous a aimés jusqu’au bout, en donnant totalement sa vie afin qu’elle transfigure et resplendisse dans celle de chacun de nous. Amen.

 

Homélie du Père Joseph du II° dimanche de Carême, année B (2021)2021-03-01T20:14:52+01:00

Homélie du Père Joseph du I° dimanche de Carême, année B (2021)

Mes chers frères et sœurs !

En ce premier dimanche de Carême où la liturgie de la Parole, et plus particulièrement l’Evangile nous parle des tentations, je voudrais vous faire une confidence en vous parlant de certaines de mes propres tentations. Oui, dans ma vie quotidienne, je me bats sans cesse contre certaines tentations. Attention, je ne vais pas vus déballer toutes mes tentations ! La litanie serait très longue, comme ces amis qui me disent que pour les confesser, je dois prendre toute une journée, tellement ils ont péché et ça fait tellement longtemps qu’ils ne se sont pas confessés ! Pour faire court, je vous parlerai seulement d’une seule de ces tentations contre lesquelles je dois me battre très régulièrement. Si vous êtes honnêtes, vous savez que vous avez tous une grande tentation que vous devez trainer comme un boulet dans votre vie quotidienne :« Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre » avait dit Jésus aux bourreaux de la femme adultère ! Et vous, que celui qui n’a jamais eu ou n’a pas de tentation soit le premier à me jeter la première pierre…!

Certains parmi vous s’attendent déjà à la bombe de l’année ! Quel va être le scoop de Carême ! Qu’est-ce que le père Joseph va nous sortir !!! Quel scandale qui risque de nous éclabousser et blesser une Eglise déjà défigurée par les péchés de ses enfants, de ses ministres ?  En effet, cette tentation dont je souffre va vous éclabousser vous aussi ! La grande tentation, dont je souffre régulièrement, prêtre de mon état, c’est celle vouloir choisir dans la Parole de Dieu seulement ce qui me convient. C’est tellement gros que j’en ai fait l’amère expérience ce weekend quand j’ai commencé à préparer l’homélie de ce dimanche.

En effet, en prenant mon Missel de dimanche, pour la préparation, je savais déjà, par expérience de quelques années de ministère, que chaque année, le premier dimanche du Carême nous donne de contempler les tentations de Jésus au désert. Mais quand j’ai ouvert la Parole de Dieu, j’ai remarqué que certains détails importants que je connaissais par cœur et auxquels je tiens beaucoup ne se trouvaient pas dans l’évangile de Marc qui nous accompagne pendant cette année B, cet évangile tellement bref qu’il ne donne pas beaucoup de détails. Et pourtant, j’aime les détails dans la Parole de Dieu, et ne pas retrouver ces détails auxquels je tiens m’a un peu déstabilisé…. Le Seigneur me rappelle là qu’il faut que je lâche prise pour le laisser parler Lui, car dans la Bible, c’est Dieu qui nous parle, comme il veut, comme cela lui convient, pour notre bien, même si nous sommes parfois tentés de faire le tri dans la Bible pour ne retenir que ce qui nous convient et va dans notre sens.

Les trois évangiles synoptiques (Marc, Matthieu et Luc) nous parlent tous des tentations de Jésus dans le désert, quand il y est emporté par l’Esprit après son baptême. Nous connaissons par cœur les détails donnés par saints Luc et Matthieu. Mais saint Marc a oublié de donner ces détails ! Certains ont accusé Marc d’être paresseux ou de vouloir aller trop vite ! Au lieu de nous expliquer les choses, il nous donne un résumé minimal : dans son évangile, toutes les tentations de Jésus au désert sont résumées en un seul verset « Jésus venait d’être baptisé. Aussitôt l’Esprit le pousse au désert et, dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan ! »   Rien sur le contenu des tentations !

Quel contraste avec Luc et Matthieu ! Ceux-ci nous font une véritable mise en scène.  On dirait même qu’ils voudraient nous faire vivre le film sur les tentations, avec une mise en scène comme la comédie musicale de Pascal Obispo « Jésus, de Nazareth à Jérusalem » à laquelle j’ai eu la joie, invité par des paroissiens, il y a quelques années, au Zénith de Toulouse. Chez saints Luc et Matthieu, nous trouvons de très beaux détails qui nourrissent notre imaginaire, détails qui nous émeuvent et nous parlent. Le dialogue entre Jésus et Satan, ce Diable convaincant, pertinent, fin connaisseur des Ecritures, meilleur que tous ces prêtres et ces cathos qui ne retiennent rien de la Parole de Dieu seulement parce que nous ne la lisons pas suffisamment !

Eh oui, c’est dramatique et triste, mais c’est la réalité : les enquêtes prouvent que par rapport aux autres confessions chrétiennes, et les protestants en particuliers, les fidèles catholiques sont ceux qui lisent le moins la Parole de Dieu. Bref, saints Luc et Matthieu nous présentent une scène dramatique, des éléments et détails scénographiques spatio-temporels qui ne laissent pas indifférents : d’abord le désert, puis le haut du temple de Jérusalem, puis au sommet d’une montagne, avec toute leur symbolique dans la Bible. Et puis, la défaite de Satan, avec la promesse de revenir encore le moment venu, plus armé et plus convaincant pour faire sa revanche… au Jardin de Gethsémani.

Dans la discussion entre Jésus et Satan, Luc et Matthieu nous soulignent cette connaissance impressionnante de la Parole de Dieu par cœur, par Satan, et la résistance de Jésus qui puise ses réponses lui aussi dans la Parole de Dieu. Ces deux textes nous laissent des versets qui sont restés comme des slogans, de devises, tels quel, « l’homme de vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu », « Jette toi car il est écrit que Dieu enverra ses anges qui te porteront sur leurs mains de peur que ton pied ne heurte une pierre » « Tu ne mettras pas à l’épreuve le seigneur ton Dieu. » Tout ceci est absent de l’évangile selon saint Marc que nous venons d’écouter en ce premier dimanche de Carême de l’année B. D’où la tentation très forte de penser, comme il m’est souvent arrivé, que le récit raconté par saint Marc nous dit et nous apprend très peu de choses sur Jésus et les tentations qu’il a affrontées au désert et dans sa vie, tentations que nous devons affronter, nous aussi, dans notre quotidien.

Telle est la grande tentation que je dois combattre avec vous : celle de penser que certains passages de la Bible sont peu utiles, très peu intéressants et moins incisifs. Du coup, nous sommes parfois tentés d’aller chercher des récits à notre image et à notre ressemblance, ceux qui nous conviennent et qui nous font plaisir. Je me rappelle encore en automne d’une réunion que nous avions entre Cléophas, aumôniers et responsables des Scouts et Guides de France de plusieurs Territoires de France, en Visio sur Zoom pour parler de conversion écologique ou d’écologie intégrale dans le mouvement. Au cours de la réunion quelqu’un, de Haut de France, prend la parole (Dieu merci je ne connais pas) dit qu’il fallait bruler la Bible, et en particulier l’Ancien Testament car la Bible est contre l’écologie, d’après lui. Imaginez-vous le choc ! Il fallait se maîtriser pour ne pas montrer ma colère ! Nous étions tous choqués ! Ou bien ce monsieur ne lisait pas bien la Bible, ou bien pour lui l’écologie est simplement une idéologie. Il s’est rendu compte de l’énormité de ses propos qu’il a quitté la réunion sans dire au revoir. C’est tellement facile derrière un écran !

Bref, quand on prend la Parole de Dieu, on s’adresse parfois à Dieu comme à sa secrétaire en lui demandant un texte à relire, à valider, à corriger avant de l’expédier… mais avec la forme et le fond que nous avons presque décidés au préalable… Je me rappelle d’une préparation de la veillée pascale dans une paroisse où une dame de l’équipe liturgique voulait enlever la lecture du livre de l’Exode relatant la « traversée de la Mer Rouge » parce que ce texte lui paraissait trop violent, aux antipodes de l’image qu’il se faisait de Dieu !

Cette tentation de faire le tri dans la Parole de Dieu est l’une que nous sommes appelés à combattre pendant ce temps de Carême où l’Eglise nous appelle à accueillir la Parole de Dieu telle qu’elle nous est donnée chaque jour ! Ce n’est pas nous qui la choisissons. Elle n’est pas à notre mesure, ni à notre image. Par et à travers elle, c’est Dieu lui-même qui nous parle et qui nous appelle à la conversion. Je vous propose, par exemple, en ce temps de Carême, comme le fait déjà un paroissien qui s’en est ouverte à moi, à prendre les 4 évangiles pour en faire une lecture continue, en nous arrêtant un peu plus sur les pages les plus ardues, les plus difficiles, celles qui nous semblent les plus déplaisantes et plus dures à méditer…. Le Carême nous invite à écouter ce que Dieu nous dit, même si cela ne nous fait pas plaisir et ne nous convient pas. Luttons contre la tentation de « nous faire un Dieu à notre image et à notre ressemblance », un Dieu que nous maîtrisons et que nous arrivons à contrôler, à mettre à notre service.

En ce temps de Carême où nous sommes appelés à lutter contre toutes les formes des tentations, luttons contre celles qui nous poussent à utiliser Dieu à nos fins humaines et égoïstes pour lui imposer notre domination. Luttons contre celle de nous approprier la Parole de Dieu et de ne l’écouter que quand elle nous convient sans nous heurter, quand elle ne nous trouble pas, quand elle ne nous appelle pas à la conversion, quand elle ne brime pas nos penchants mauvais, quand elle ne recadre pas notre orgueil, notre toute-puissance et notre besoin d’indépendance vis-à-vis de Dieu et des autres. En ce temps de Carême, je recommande à prière de toute la communauté paroissiale pour les 90 catéchumènes du diocèse de Toulouse, dont 6 de notre ensemble paroissial (Béatrice, Gelareh, Laurent, Luc, Paux-Alexis et Ombeline) qui vont vivre l’Appel Décisif cet après-midi à la Basilique Sainte Germaine de Pibrac, afin que la Parole de Dieu puisse les transfigurer, les convertir vraiment, pour qu’ils ressuscitent avec Jésus, le soir de Pâques, à travers le sacrement du baptême ! Amen

 

Homélie du Père Joseph du I° dimanche de Carême, année B (2021)2021-02-22T19:01:57+01:00

Homélie du Père Joseph du IV° dimanche de l’Avent, année B (2020)

Mes chers frères et sœurs !

La fête de Noël arrive à grands pas ! Nous y sommes dans 4 jours ! ! Personnellement, je suis content de l’organisation. Sur tout notre ensemble paroissial, tout est prêt. Nous aurons 9 messes pour la veillée de Noël le 24 et 5 messes pour la nativité, le 25. Je voudrais remercier toutes les personnes qui, dans ce contexte compliqué, se sont mobilisé pour que tout soit bien organisé. Nombreux parmi nous sont tristes à cause du contexte, la famille qu’il ne pourront pas voir, alors que nous savons tous combien Noël est la fête familiale par excellence ici en France. Et pourtant, rien ne doit nous ôter la joie de Noël. Matériellement, c’est un peu la confusion, le bazard…. Mais là n’est pas l’essentiel de Noël.

La seule question qui en vaille vraiment la peine est celle de savoir si nous voulons de ce Dieu qui se révèle à nous à Noël à travers la naissance d’un petit enfant né de Marie à Bethléem ? Désirons-nous nous mettre en jeu, nous réveiller, nous réjouir, nous émerveiller devant cet Enfant-Dieu que nous attendons ?  Quoique nous vivions, quelles que soient les épreuves actuelles, Dieu continue à naître aujourd’hui encore dans nos vies, nos familles, nos communautés. Il vient nous visiter chaque jour ! Il nous provoque et, comme un mendiant, le Seigneur demande notre accueil et notre hospitalité. Il vient et frappe aux portes de notre cœur, fait irruption dans notre quotidien, au milieu de nos vies éprouvées et angoissées, au cœur de nos mouvements, migrations et déplacements dans un monde qui est devenu un grand village ! Dieu vient à notre rencontre dans et à travers l’Eglise que nous formons, en dépit de ses limites et faiblesses évidentes, mais qui sait se révéler comme une Mère qui donne la Vie, soutient l’espérance de ses enfants et sait se mettre à leur service, surtout quand les choses sont difficiles. Voici notre Dieu vient et veut naître, d’ici quatre jours, dans le cœur de chacun de nous. Mais, sommes-nous prêts pour l’accueillir comme Marie ?

Marie de Nazareth a été touchée par le Seigneur. Nous ne savons pas comment mais l’évangile nous dit qu’elle a eu la certitude d’une théophanie ou manifestation, de l’irruption de Dieu dans sa vie par la voix de l’archange Gabriel, l’archange messager de la Bonne Nouvelle de la part de Dieu.  Marie n’a pas rêvé, elle ne s’est pas faite des illusions. Elle a réellement fait une profonde expérience intérieure : celle de la rencontre avec Dieu à travers l’ange Gabriel.  En effet, Dieu se révèle toujours et se laisse trouver par ceux qui le cherchent en vérité ! La foi chrétienne est toujours une rencontre réelle et personnelle avec Dieu.

Dans l’évangile de l’annonciation que nous écoutons en ce quatrième dimanche de l’Avent, Marie comprend trois choses à travers la salutation de l’ange Gabriel.

D’abord qu’elle doit se réjouir ! Marie est invitée à entrer dans la joie du Seigneur. Même pour nous, Noël est une invitation à la Joie véritable. C’est l’invitation que Dieu nous a lancé depuis le Gaudete que nous avons célébré dimanche dernier. Malgré le contexte, Noël doit être un moment de joie véritable pour chacun de nous car à travers cette fête, Dieu nous manifeste son Amour en venant partager notre destin humain, pour nous transmettre un destin divin. Si nous sommes inquiets, angoissés à l’approche de Noël, profitons de ces quelques jours qui nous restent pour demander au Seigneur un cadeau, une grâce, celle de la Joie véritable à transmettre et à partager à Noël.

Ensuite, Marie comprend qu’elle est pleine de grâce, qu’elle est privilégiée. Nous aussi, Noël est porteur d’un privilège tout particulier :  grâce de Dieu nous est donnée si nous vivons Noël comme une expérience spirituelle, et non pas seulement comme un temps fête où nous devons manger, boire, offrir ou recevoir un cadeau, quel que soit le nombre limité que nous serons. Mangeons, buvons, recevons, donnons, partageons des cadeaux, mais n’oublions pas la grâce qu’apporte Noël pour chaque chrétien : Dieu qui s’incarne par amour pour nous pour que nous puissions partager sa vie nous aussi ! Tel est le privilège extraordinaire que seuls les chrétiens sont bénéficiaires par la foi. Nous sommes objets de la grâce de Dieu parce qu’Il précède et suscite lui-même notre conversion, il accompagne notre quête pour nous permettre de Le rencontrer réellement au moment favorable, en orientant nos décisions, surtout les plus difficiles.

Enfin, Marie a compris que le Seigneur est avec elle ! « Le Seigneur est avec toi » lui dit l’ange Gabriel à Marie. Noël n’est rien d’autre que la naissance d’Emmanuel, Dieu-avec-nous, Dieu-parmi-nous ! Ce même Dieu qui s’est penché sur Marie le fait encore chaque jour sur chacun de nous pour nous remplir de sa grâce et nous donner la joie parfaite, cette joie que nous avons contemplée à travers les diverses annonciations que nous allons écouter dans les lectures que la liturgie nous propose dans cette semaine avant Noël ! Cependant, il y a une condition à cette joie : nous vider, nous dépouiller de nous-même pour laisser que Dieu nous remplisse lui-même de sa présence. La salutation de l’ange est une invitation à la joie, car la foi chrétienne est fondée dans le fait de se savoir en compagnie de Dieu. C’est parce que Dieu est avec nous, quoiqu’il arrive, que nous sommes appelés à être toujours dans la joie et la confiance.

Marie est perturbée ! Comment de ne pas être perturbé par cette irruption, visite imprévue et improvisée de Dieu dans sa vie ? Marie est perturbée, presque angoissée mais l’ange la rassure : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu », et ajoute qu’elle sera bientôt mère ! Mais pas seulement ! En effet, l’ange dit à Marie que son enfant n’est pas comme les autres enfants : « Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » Marie a bien compris ! L’enfant que l’ange lui annonce est bien le Messie ! C’est énorme ! L’ange ne se rend pas compte qu’elle est en train de parler d’une chose inconcevable à cette jeune femme vierge. Quelqu’un disait que les anges devraient prendre des cours en techniques de communication et des leçons basiques de psychologie humainepour s’adresser à nous de la part de Dieu, et atténuer ainsi le choc de leur message qui chamboule nos vies.

Dieu fait irruption dans la vie de Marie pour la rendre féconde, pour faire en elle et à travers elle des choses extraordinaires, pour faire naître en elle un enfant qui sera la source de bénédiction pour toute l’humanité ! Ce que Dieu a fait en Marie, il veut le faire aussi en moi et pour chacun de nous aujourd’hui. Marie, comme fille d’Israël, sait que tout le peuple attend un libérateur, un sauveur, un nouveau David qui redonnera courage et gloire au peuple élu de Dieu… Marie se rend compte que tout cela est en train de se réaliser en ce moment, en elle, pour elle et par elle. C’est cela qui perturbe encore plus Marie ! Ce serait tellement beaucoup si chacun de nous permettait à Dieu de changer le monde, de le rendre meilleur, de le sauver à travers notre joie, notre Espérance et notre vie engagée dans le monde et dans l’Eglise.

Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je ne connais pas d’homme » Ce sont les premières paroles de Marie dans l’évangile ! Jusque-là, nous imaginons Marie toute tremblante, timide et intimidée… mais les choses sont différentes. Dans l’Annonciation, Marie tient tête à l’ange Gabriel. Elle réagit avec fermeté, déterminationet lucidité ! Les premières paroles de Marie sont une demande de précision, d’explications complémentaires pour mieux comprendre ce qui se passe ! Marie est une femme croyante, intelligente, posée, qui aime les choses bien concrètes et claires, les pieds à terre ! Ainsi, elle interroge le messager de Dieu !  C’est comme cela que doit réagir un chrétien. La foi est un don de Dieu. Ce n’est pas notre intelligence qui fait naître la foi en nous mais la foi que nous recevons de Dieu interroge ensuite notre intelligence pour mieux comprendre, mieux en témoigner et pouvoir en rendre compte dans la société. Le Dieu en qui nous croyons, Celui qui s’incarne à Noël est un Dieu qui nous ne nous traite pas comme des esclaves ! Il est notre Père et nous sommes ses enfants, ses amis et Il écoute nos questions et questionnements.

L’ange doit ainsi expliquer un peu plus les choses à Marie qui sait que pour avoir un enfant, il faut connaître un homme ! Alors, comment cela va se produire sans relation sexuelle ?  L’ange Gabriel essaye de donner quelques explications mais tout cela est peu concret pour Marie. Pourtant, Marie donne son oui librement ! Elle sait que sa vie ne lui appartient pas, qu’elle est toute donnée. Sa réponse est précise et directe ! Sa disponibilité est toute donnée à Dieu sans demi-mesure ! Marie a donné un oui généreux pour que puisse naître le Seigneur. Puissions-nous aussi donner notre oui afin que ce Noël soit une occasion de laisser naître Dieu dans nos cœurs. Amen.

 

Homélie du Père Joseph du IV° dimanche de l’Avent, année B (2020)2020-12-21T17:42:20+01:00

Homélie du Père Joseph du III° dimanche de l’Avent, année B (2020)

Mes chers frères et sœurs,

Noël approche, mais le contexte est difficile ! Si chaque année, à l’approche de Noël, on parle beaucoup de courses, shopping, de cadeaux, des repas familiaux… cette année, nous voyons que tout cela est mis à mal par la crise sanitaire, avec la montée récente des tests positifs, et les dernières mesures gouvernementales. Pas de besoin de polémiquer entre le Black Friday que certains voulaient voir remplacé par le Green Friday, l’espérance de se retrouver en famille qui se heurte à la jauge de 6 personnes, en évitant d’embrasser les grands-parents ! Beaucoup hésitent encore à aller voir les grands-parents, ou ceux-ci leur ont demandé de ne pas venir… pour ne pas les mettre en danger.  Au niveau ecclésial, nous espérions un Noël célébré sans trop contraintes et jauge, mais là aussi, nous devons faire avec les mesures actuelles. Je pense aussi à ceux parmi nous qui sont inquiets pour leur vie professionnelle, le boulot perdu ou qu’ils risquent de perdre d’ici janvier.  Tout cela nous inquiète à 10 jours de Noël.

Alors, comment garder la joie ? Comment se réjouir et donner de la joie autour de nous dans ce contexte ? C’est pourtant l’appel de la Parole de Dieu de ce troisième dimanche de l’Avent appelé aussi le « Gaudete ». En effet, la liturgie nous appelle à vaincre la peur, le pessimisme, les inquiétudes et la méfiance…qui nous empêcheraient d’entrer déjà dans la joie de Noël : « Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu. » nous dit Isaïe dans la première lecture. Le Psaume du jour reprend le cantique d’action de grâce de Marie qu’on appelle le Magnificat : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! ». Dans la deuxième lecture, saint Paul nous dit : « Frères, soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance : c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus »

Pour entrer dans la joie de Noël, déjà aujourd’hui, en dépit du contexte, demandons au Seigneur d’ouvrir nos yeux, nos oreilles pour voir sa présence et tout ce qu’il accomplit en nous et à travers nous, à travers ces hommes et femmes qui, aujourd’hui encore, sont des témoignages vivants qu’un monde meilleur, plus fraternel, plus juste, plus solidaire est possible. Soyons dans la joie de contempler autour de nous des gens qui ont envie de partager. Je pense en particulier à des organisations comme le CCFD pour lequel nous faisons la quête ce dimanche.  Des gens partagent et accueillent, parce qu’en accueillant les autres, nous accueillons Jésus qui pris notre humanité avec ses souffrances. Quelle joie d’appeler un paroissien ce jeudi matin et de l’entendre dire : «  non, je ne suis pas au travail, mais au Resto du Cœur pour donner un coup de main ! ». Des parents,  animateurs d’aumônerie, adultes et jeunes de notre ensemble paroissial qui, il y a quelques jours ont passé la journée dans les commerces pour la collecte de la  Banque Alimentaire ! ». D’autres  qui font des maraudes avec les jeunes de notre ensemble paroissial… Cette semaine, avec deux paroissiens, nous avons passé presque des heures à essayer trouver un logement pour une famille d’immigrée, 5 enfant dont l’ainé à 6 ans et les trois derniers, des triplets, ont deux à peine, mais qui sont expulsés de l’appart city om ils étaient logés et qui risquent, en pleine hiver et pendant la crise sanitaire, de se retrouver dans la rue ! Et le soir, une animatrice d’aumônerie qui me dit : « Père Joseph, cette famille peut venir chez moi mardi. Certes c’est temporaire, mais il ne faut pas les laisser dehors en pleine hiver ! » et dans la foulée, une autre paroissienne qui proposer d’accueillir cette famille pour un mois. Nous avons appris que 20 étudiants ont demandé le baptême à la paroisse étudiante depuis la rentrée. Des adultes et des jeunes, de plus en plus nombreux retrouvent ou reviennent à la foi, demandant le baptême, la communion ou la confirmation sur notre ensemble paroissial.  Je pense aussi à tous ces engagements pastoraux, associatifs, dans les groupes et mouvements que beaucoup autour de nous déploient pour que la vie continue !

Tous ces exemples sont source de joie qui va au-delà du climat maussade que nous traversons, et nous montrent que Jésus est venu nous transmettre la joie d’une vie pleine et heureuse de la part de son Père, une joie qu’aucune situation malheureuse ne devrait nous voler. Ne vous laissez pas voler votre joie d’être aimé par Dieu, en Jésus, dirait le pape François. C’est pour cela que nous devons avoir un regard qui sache voir plus loin, au-delà de l’immédiat, de l’ici et maintenant, pour réaliser que notre monde peut changer et qu’il est d’ailleurs en train de changer par cette prise de conscience collective que l’incarnation de Dieu à Noël est source de joie parce que Jésus se fait l’un de nous pour nous transmettre la vie en plénitude.

Se réjouir n’est pas d’abord une émotion, mais un geste de volonté. Nous pouvons être dans la joie, même au cœur de nos épreuves.  La joie chrétienne n’est pas la joie passagère de nos moments de bonheur paisible, d’excitation physique ou émotionnelle, l’entrain de nos satisfactions, la joie fragile selon les saisons de l’âme ! Pour la foi chrétienne, la joie n’est pas l’ennemi de la souffrance et des drames de la vie ! La preuve, c’est que nous croyons en un Dieu qui est passé par le drame du rejet et de la mort en croix. La joie chrétienne n’est pas une joie passagère comme le retour du soleil après l’orage ou du printemps après l’hiver, mais une joie inaltérable, joie du disciple qui croit au Christ vivant et qui reçoit de lui une vie capable de traverser même la mort. Dans ce que nous vivons aujourd’hui, dans nos épreuves, dans les secousses du monde, il nous faut garder cette joie profonde, la joie d’être frères et sœurs du Christ dans nos épreuves, la joie de l’amour indéfectible du Père. Jésus nous a dit que rien ne peut nous arracher de sa main ni de la main du Père.

C’est l’espérance qui fonde cette joie qui me permet de vivre la douleur actuelle avec confiance. Cela se nourrit dans la prière. C’est dans le cœur de Jésus que nous puisons la joie véritable. Il nous dit en effet que si nous croyons en lui et suivons ses commandements nous serons dans la joie, et notre joie sera parfaite !  Saint Paul le dit aussi aux Thessaloniciens. Il s’agit ici d’une prière qui n’est pas l’insistante demande que Dieu résolve nos problèmes, mais l’abandon confiant en Celui qui peut me donner la force d’affronter toute sorte de nuit et de douleur. « Frères, soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance ». Il est encore possible de grandir dans l’action de grâce, dans prière de joie et de louange, en dépit de nos épreuves. Dommage que le confinement nous ait privé de notre soirée de louange pendant le temps de l’Avent, mais j’espère nos maisons sont de lieux de louange et de cette joie d’être infiniment aimés de Lui.  Le Christ peut apporter cette joie dans nos cœurs si nous le désirons, en laissant que l’intériorité reprenne toute sa place dans notre vie personnelle, car seule âme qui cultive l’intériorité et la prière grandit dans la joie douce que donne le Saint Esprit qui souffle sur nous comme une brise légère et se laisser habiter par la joie de Dieu, au cœur de nos vies tourmentées, en reconnaissant nos limites.

Pour cela, nous devons connaitre qui nous sommes vraiment, connaitre notre identité profonde, notre vocation, trouver ce à quoi Dieu nous appelle, au lieu de porter des masques (je ne parle pas des masques antiCovid, même si j’espère et prie que nous en soyons libérés le plus vite possible !). Porter un masque, pour moi ici, c’est cette tentation que nous avons à mener une vie théâtrale, dans laquelle nous jouons des rôles qui ne nous appartiennent pas vraiment. Nous devons trouver notre voie, chercher la vérité de notre vie et reconnaitre nos limites comme Jean-Baptiste qui reçoit la visite des envoyés du sanhédrin. Ceux-ci l’interrogent sur sa mission et son identité. Jean est tellement vrai, loin de la culture de l’image, des apparences qu’il n’a pas peur de ces autorités religieuses. Tellement humble, il refuse de profiter de sa notoriété pour gonfler son rôle et sa mission.

« Qui es-tu », lui demandent-ils ? Jean est clair ! « Je ne suis pas le Christ ». Ceux qui l’interrogent auraient bien voulu qu’il réponde par l’affirmative. Jean-Baptiste refuse de prendre la place du Christ, de se faire passer pour Dieu, de céder à la plus sournoise des tentations, ce délire de toute-puissance qui est en chacun de nous et qui naît de notre orgueil…. Jean-Baptiste veut garder son identité de précurseur, de témoin. Lui aussi, comme les autres pénitents au Jourdain est un homme en recherche de Dieu. Jean nous donne un conseil : reconnaitre ses limites est une source de joie ! Quand j’accepte ma vie, qui je suis, je suis heureux. Mais dès que je commence à désirer la vie des autres, je deviens jaloux, rancunier, voleur, menteur, et du coup, je deviens triste… C’est en accueillant nos limites et nos fragilités que nous pouvons accueillir ce Dieu qui naît à Noël et qui nous apporte la vraie joie.

Qui es-tu alors ? Qui sommes-nous au fond ? La logique du monde nous dit que nous sommes ce que nous produisons, ce que nous consommons, ce que nous donnons à voir en public, le salaire que nous gagnons chaque mois, la voiture que nous conduisons…. Jean-Baptiste nous rappelle au contraire que la joie n’est pas dans tout cela, que cette logique est illusoire et mensongère, qu’elle nous éloigne de la vraie joie. Jean-Baptiste a découvert ses limites, ce vide qui le rend capable d’attendre lui aussi le messie. Alors, qui es-tu ? Es-tu un mystique, un provocateur, un guru ? Non, Jean-Baptiste n’est pas tout cela. Il est une voix ! Voix qui témoigne, voix qui interpelle, voix qui appelle à l’accueil du messie, à la conversion, à la joie véritable ! Puissions-nous aussi être, en cette période de l’Avent, des voix qui appellent vraiment à vivre Noël autrement, dans la Joie, dans la Foi. Amen.

 

Homélie du Père Joseph du III° dimanche de l’Avent, année B (2020)2020-12-15T18:33:03+01:00

Homélie du Père Joseph du II° dimanche de l’Avent, année B (2020)

Mes chers frères et sœurs !

Continuons, dans nos maisons et dans nos communautés, à préparer la naissance de Jésus, et surtout, n’oublions pas ce qui est le cœur de Noël : en Jésus veut naitre dans la vie de chacun de nous.  Nous sommes en chemin, en attente, et sur ce chemin, les évangiles (que vous allez recevoir tout à l’heure, vous les catéchumènes) nous présentent plusieurs visages qui nous accompagnent pendant le temps de l’Avent. Aujourd’hui, je voudrais en mentionner deux. D’abord, un visage féminin et maternel, celui de Vierge Marie, l’incontournable icône à contempler pendant le temps de l’Avent pour sa confiance, son accueil de la Parole dans son cœur, dans son sein. Il y aussi un autre visage, masculin, plus virile, celui de Jean-Baptiste que l’évangile de ce dimanche nous présente. On ne peut parler vivre l’Avent sans penser à Jean-Baptiste, l’humble Précurseur qui nous invite à préparer nos cœurs, à aplanir la route, rendre droits les sentiers, abaisser en nous ces nombreuses montagnes qui risquent d’empêcher la rencontre avec le Messie qui vient. Il est sec, transparent, sans mystère et ne se laisse pas séduire par la tentation de se faire passer pour le Messie.

Le visage de Jean-Baptiste est un appel à la conversion pour nous ! Il nous invite à regarder la vérité sur les choses qui nous entourent, nous angoissent, nous préoccupent mais surtout vérité sur nous-même, sur notre vie, sur notre foi appelée à se purifier pour se conformer chaque jour à Jésus que nous voulons suivre pour devenir ses disciples. Cela va s’adresse en particulier à ces 5 catéchumènes qui, à travers ce rite de l’entrée en catéchuménat de ce dimanche 6 décembre, font officiellement leur demande à l’Eglise pour devenir chrétiens. Demander le baptême, devenir chrétien, signifie pour nous creuser en nous le désir de se rapprocher davantage de Jésus qui fait de nous des créatures nouvelles, au lieu de rester dans la routine d’une vie passée, avec les casseroles et blessures que nous trainons parfois.  Pour Jean-Baptiste, le message est simple : en acceptant son baptême de conversion, le peuple se met en marche pour cheminer avec Dieu qui veut nous sauver en nous faisant découvrir son Amour qui renouvelle en profondeur notre vie personnelle.

La figure de Jean-Baptiste est très austère. Il porte un « vêtement de poils de chameaux, une ceinture autour des reins et mangeant des sauterelles et du miel sauvages ».  Je voudrais m’arrêter un peu sur l’habillement et le régime alimentaire de Jean-Baptiste parce que si saint Marc le souligne, c’est pour nous transmettre un message. D’abord son vêtement de poil de chameaux ! Heureusement que le mouvement Extinction Rébellion, n’existait pas encore à l’époque de Jean-Baptiste ! Le poil de chameau !  Dans la conception sémitique de l’époque, on pensait que le chameau était l’unique animal capable de traverser le désert sans perdre d’orientation et sans mourir. Un animal intelligent et très résistant aux aléas du désert qui est le symbole de la faim, de la soif, des dangers, et donc d’une mort possible.  Notre Seigneur a traversé le désert de la mort et en est sorti vainqueur par son Amour et il est vivant pour toujours.  Saint Marc, comme un bon catéchiste (on dit que l’évangile de Marc est celui du catéchiste par sa simplicité et sa pédagogie), en mentionnant cet habillement de poil de chameau, invite les chrétiens à chercher à revêtir le Christ, dans notre manière de vivre, de penser et d’agir. Devenir chrétien, c’est se revêtir de l’Evangile, de l’Amour de Dieu pour nous, embrasser la logique du bien. Nous nous revêtons du Christ qui nous permet de traverser notre quotidien marqué malheureusement par des épreuves de toute sorte, des dangers, des tentations. Saint Paul nous rappelle que rien ne peut nous séparer de l’Amour de Dieu en Jésus qui est mort pour nous ! Pendant ce temps de l’Avent, et ce cheminement vers le baptême, ouvrons au Christ notre coeur pour vivre de son Amour.

Saint Marc nous dit ensuite que Jean-Baptiste portait une ceinture autour de rein. Pendant l’Exode, le peuple hébreu était appelé à nouer son habit d’une ceinture, (comme quand on noue son aube par un cordon) pour pouvoir marcher librement, pour ne pas piétiner son habit, ne pas glisser et tomber, et surtout pour parcourir plus rapidement le chemin vers la Terre Promise. Nous sommes appelés, surtout en ce temps de l’Avent, à aller de l’avant, à avancer, à nous empresser pour entrer dans la plénitude de vie qui nous attend. Pour cela, mettons en place des mécanismes humains et spirituels pour ne pas tomber en glissant sur les distractions, les tentations, les épreuves…qui risquent de ralentir notre marche ou de nous faire changer de destination ou de direction. Cela veut dire que nous devons être attentif à garder le cap, être déterminé à ne suivre que Jésus jusqu’au bout : c’est le choix que font les catéchumènes dès l’entrée en catéchuménat (et le jour du baptême) en renonçant au mal et à d’autres divinités qui pourraient nous détourner de Jésus.

Jean Baptiste se nourrit de miel sauvage. Du miel, même sauvage, c’est quand même du miel ! Dans toute la Bible, le miel est le symbole de la Parole de Dieu.  En soulignant le régime alimentaire de Jean-Baptiste, l’évangéliste-catéchiste saint Marc nous rappelle que pour marcher à la rencontre et à la suite de Jésus, nous devons nous nourrir de la Parole de Dieu. Rappelez-vous que lors des tentations au désert, le diable avait demandé à Jésus en lui demandant de transformer les pierres en pains pour nourrir son corps affamé des 40 jours de jeûne. Jésus lui avait rétorqué que « l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». En ce temps de l’Avent où spontanément nous sommes appelés à nourrir et vêtir nos corps (achats et fête de Noël), n’oublions de nourrir notre âme par la Parole de Dieu et par la prière. La Parole de Dieu, écoutée, priée, méditée est une nourriture qui fortifie l’âme, une lampe, une lumière sur notre route et nous aide y voir où le Malin veut nous tenter dans notre quotidien. Pendant  l’Avent, tout votre cheminement vers le baptême, et pas que, ouvrons les Evangiles, la Parole de Dieu pour s’en nourrir.

Le temps de l’Avent est un temps d’attente du Sauveur qui vient combler nos vies et étancher ces soifs, petites et grandes que nous ressentons en nous. En ce temps d’Avent, apprenons à discerner nos désirs les plus profonds pour les présenter à Jésus Sauveur. Mais, rappelons-nous aussi que le Sauveur ne vient pas que pour moi, mais pour toute l’humanité. Noël n’aura vraiment tout son sens que si je me soucie des faims et soifs des hommes et femmes qui nous entourent, et si nous faisons de notre mieux pour qu’aucun être humain, et plus particulièrement les plus pauvres les personnes malades, isolées….ne puissent penser que Noël, c’est la fête de certains seulement, et pas de tous. Non, Noël est bien la fête de toute l’humanité, même des non-chrétiens car à Noël, Dieu embrasse notre condition humaine pour nous faire partager sa divinité. Ainsi, pendant l’attente de l’Avent, ouvrons nos yeux pour voir, nos oreilles pour entendre les cris de nos frères et sœurs qui ont besoin d’être sauvés des différentes prisons, de la solitude, de l’isolement, de la pauvreté, du froid, de la maladie, de différentes addictions, de la peur de perdre sa famille, son travail…. Attendre un Dieu solidaire qui a accepté de partager notre humanité par amour nous invite à vivre une attente, un avent plus solidaire, plus fraternel avec le monde qui nous entoure.

Dans l’évangile de ce jour, Jean-Baptiste prêche un baptême de conversion. Très souvent, nous prenons des résolutions pendant le Carême. Au cœur de l’Avent, le message principal du Baptiste est la conversion. Pour cela, il nous montre une attitude : l’humilité et simplicité. « Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi ; je ne suis pas digne de m’abaisser pour défaire la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint » Jean-Baptiste reconnait humblement qu’il n’est pas le messie. Une leçon pour nous, pour notre monde tellement orgueilleux qu’il veut prendre la place du Créateur. C’est aussi l’humilité de Marie, l’humble servante du Seigneur. C’est cette même humilité simple que nous allons retrouver dans la crèche de Noël.

Pendant ce temps de l’Avent, demandons de nous convertir à l’humilité et à la simplicité dans ce que nous vivons dans nos maisons et dans nos communautés. Nos célébrations, comme nos rencontres familiales, cette année, n’auront pas la même intensité matérielle que les années précédentes à cause du contexte. Peut-être, dépourvu de cette dimension très solennelle et pompeuse, nous vivrons un Noël sombre mais de grande qualité, la sobriété heureuse dont parle le pape François, la belle simplicité que nous trouvons chez Jean-Baptiste et que nous contemplons dans le visage de la Vierge Marie, de saint Joseph, qui nous accompagnent pendant ce temps de l’Avent.

Homélie du Père Joseph du II° dimanche de l’Avent, année B (2020)2020-12-07T18:43:26+01:00
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